Un échange entre Petit elfe et Jo me donne l’occasion rêvée de m’exprimer sur un sujet qui me tient à cœur, parce que depuis longtemps je sens une contradiction entre ce qui est prétendument voulu (la révélation de l’ « elfe »), et ce qui est entrepris. Je n’ai quasiment aucune qualification sur le sujet, mis à part que je me réjouis de pouvoir lentement tenter de découvrir et d’enlever les voiles entre P* et moi depuis quelques mois.
« Enfin tout ça pour dire que je ne sais pas trop à quoi ça rime finalement de jouer les types indépendants par rapport à sa copine. Tu veux avoir l’air fort ? La force moi que je veux voir de Ry, c’est quelqu’un qui m’enveloppe et me pénètre, mais surtout pas qui fait mine de ne pas avoir besoin de moi en quelque sorte.
Oui, c’est vrai, mais là tu parles d’une relation elfique, où vous les deux êtes bien amoureux un de l’autre. Pour ma part, je sais que ces attitudes n’arriveront sinon à l’instant où je reconnaisse pour de vrai mon elfe, pas avant. Du coup, ça sera p.e. un signe, à condition que je ne fasse pas de projections fausses… Entre- temps, je sais que le mieux à faire est de laisser suivre naturellement ma nature de « mâle », et agir en accord avec ça. »
Je crois que cet extrait de correspondance illustre très bien l’illusion fondamentale dans laquelle nous nous trouvons tous. Nous croyons que « quelque chose » va arriver dans notre vie, qui va modifier la donne, et qui va faire qu’on va entrer en « état d’amour » par une sorte de miracle, par un accord mystérieux entre nous et un(e) autre. Qu’il apparaisse sous la figure du Sauveur, du gourou, de l’elfe, de la femme idéale, du prince charmant ou d’autre chose. L’éducation et l’environnement nous poussent à croire au mythe du « coup de foudre ». En réalité, le « coup de fondre » ainsi conçu traduit la rencontre de deux névroses qui font un éclair momentané, et cela donne l’assurance qu’elles vont se renforcer sans fin. Même un bon pratiquant pourra difficilement s’en sortir dans ces conditions, et c’est pour ça que le « brahmacarya » a de beaux jours devant lui. Les films et les romans nous aident bien à cela, et le résultat c’est qu’on rêve tous, surtout les hommes, parce qu’on fait dépendre notre vie d’un état hypothétique subjectif du mental (l’état d’amour), alors qu’elle devrait découler logiquement d’une puissance de décision, si ce n’est d’une force de vérité. On pense qu’il faudrait être au préalable «amoureux » (sans trop savoir en quoi ça consiste finalement) pour choisir d’entrer en relation avec une fille, dans le but d’avoir des échanges physiques, verbaux et mentaux avec elle (le lecteur choisira l’ordre qu’il préfère…). Et du coup, on ne fait rien, ou on se condamne à entrer dans des relations sans issue et sans suite, en estimant que les filles et les femmes ne valent rien, et ne sont pas à notre hauteur. Du coup elles se morfondent de leur côté et broient du noir, en raison de l’absence de compagnon. On en arrive là parce qu’à la base, le premier coup qui nous fait passer du néant à l’être, ou au moins dans la zone de l’entre-deux, n’a pas été joué.
Ce qui distingue l’homme de l’animal et fonde son appartenance au « règne hominal », c’est sa capacité imaginative et créatrice. Il peut projeter sur des formes par essence vides ce qu’il veut, et recevoir en retour les reflets de ce qu’il a engendré. L’amour que l’homme porte à une femme est le résultat de sa projection imaginative des attributs de Beauté et de Perfection sur elle. Hors de cela, il n’y a que des états psychologiques passagers, transitoires et im – permanents qui vont apporter des déceptions et de la rancune très vite, ainsi que des complications sans fin.
Pratiquement, cela signifie qu’on ne tombe pas « amoureux » en vertu d’une chimie naturelle ou subtile ou au gré de circonstances mouvantes (= mécanisme de causalité et de nécessité), ou en réponse à une mystérieuse sorcellerie, mais bien parce qu’on le décide à la base, par un acte de volonté à la fois absolu et singulier.
Si je trouve une personne qui nous attire suffisamment, je décide de tenter cette projection coûte que coûte avec toute ma sincérité possible, sans attendre que l’autre soit déjà « amoureuse » de moi, et surtout sans calculs mesquins d’intérêts et de « compatibilités ». Parce qu’en fait, la « psychologie » est tout à fait secondaire dans cette affaire, contrairement à ce qu’on pourrait croire (si on lit trop les magasines et les livres sur la question). Cela veut dire qu’il ne sert à rien de finasser en se mettant à distance, mais qu’ une attitude franche a beaucoup plus de chance d’être efficace, dans la mesure où une femme attend de recevoir quelque chose de net, et n’aime pas trop être menée en bateau au grès des flots. Après elle peut choisir d’entrer dans la partie ou non, c’est sa liberté, mais il y a fort à parier que la réponse sera positive, dans la mesure où son souhait secret n’est pas de s’engager dans des aventures bizarres et sans lendemain, mais bien d’être prise en charge et sécurisée dans une relation stable.
Alors on objectera : mais où sont les « sentiments » là-dedans ? Paradoxalement nulle part, et c’est bien pour cela qu’on part sur de bonnes bases. Parce que sinon, il y a fort à parier que l’on s’embarque dans le jeu des névroses croisées, qui camouflent les faiblesses de chacun en renforçant un lien vital qui bloquera l’émergence ultérieure de l’Etre psychique. Si on décide qu’une Forme de Beauté sera potentiellement sa femme – même si il n’y a pas trop de signes positifs au départ -, cela signifie renoncer à attendre qu’elle soit à notre « hauteur » supposée, ce qui est juste la marque de la suffisance. C’est à l’homme de lui donner une forme et de lui faire acquérir les qualités qui lui manqueraient éventuellement, et pas l’inverse. Après, bien entendu, les sentiments doivent se développer et l’amour doit être engendrer dans le cœur, et là toutes les méthodes connues peuvent être une aide précieuse. Mais sans la connaissance de la base réelle, tout échange risque d’être un feu follet, et pas l’embrasement des gouttes rouges et blanches.
Et si une femme sent cela chez un compagnon éventuel, alors il y a de fortes chances qu’elle dise « oui », même si elle n’est pas vraiment amoureuse au départ. Et en partant au ras des pâquerettes, du point zéro, il est très difficile de chuter, voire impossible, alors que si on espère se trouver d’emblée au sommet de la montage en jouant les « mâles alpha », on risque juste la dégringolade devant tout le monde. Tous les hommes rêves d’être des « mâles alpha » et pensent peu ou prou en être, alors que les véritables mâles alpha se comptent sur les doigts de la main dans une communauté. Il y a surtout des gros bétas qui pullulent un peu partout.
Devenir un « mâle alpha », c’est le résultat du déploiement complet de sa Volonté dans la sphère manifestée et de toutes les qualités engendrées dans un espace commun partagé. La femme se sent enveloppée, pénétrée et sécurisée, et peut alors déployer spontanément toutes les qualités, parce qu’elle a un foyer, un lieu à la fois matériel et spirituel ou brûle le feu divin et rayonne la Lumière du cœur. Mais même si on a quasiment aucune qualité au départ, il est toujours possible de poser la première pierre, car chacun est libre et dispose d’une faculté de décision, du simple fait qu’il est. Ce premier acte passe donc par cette ferme décision, qui peut se traduire en cette loi éthique fondamentale : « j’accepte de prendre en charge cette personne si elle le veut, de faire tout ce que je peux pour elle en fonction de mes moyens (même si ils sont très limités), et de tenter de la rendre heureuse en appliquant ma faculté imaginative sur elle, en projetant sur sa forme mon idéal. » Evidemment il faut en avoir un et disposer d’une faculté imaginative opérationnelle.
Mais c’est le propre de l’homme, qui le distingue des animaux. En retour, la forme semblera parée de tous les atours. Ils n’existent pas « objectivement », ils sont le résultat de la Vue de l’homme. Mais comme la femme sent intuitivement cette Vue même si elle n’en a pas forcément la cognition valide, elle y répond conformément à sa nature.
Autrefois, les mariages traditionnels étaient plus ou moins arrangés, parce qu’on savait bien que les sentiments naissent spontanément si la Vue de part et d’autre était correcte, et qu’ils n’ont pas besoin d’être là au départ. Dans le monde moderne, on estime que l’état subjectif des individus doit prévaloir, mais c’est cela qui conduit aux divorces et à la confusion affective et mentale. Je ne veux pas prendre parti pour telle ou telle habitude, mais juste montrer ce qui me paraît vraiment essentiel. Le travail de l’homme, c’est d’ habiller une matière vierge et pure par sa Vue pénétrante (dont l’action énergétique s’appelle « shakti »), car c’est le meilleur des cadeaux qu’il puisse lui faire. En retour, elle se montrera une femme réelle, quelque soit sa condition psychologique particulière. A partir de cette prémisse, tous les degrés, les stations et l’échelle de l’Amour peuvent être gravie, de la relation ordinaire voilée à quatre-vingt dix neuf pour cent aux sommets de la Vie elfique et au partage absolu (relaté dans la saison huit du Roman de Ry), en passant par le mariage. Mais avec une base conforme à la nature des phénomènes, il est difficile d’avoir des déceptions. On ira juste à la limite de sa faculté imaginative et on en récoltera le fruit, ni plus ni moins, de la plénitude des sens à l’expérience de la claire-lumière. Il n’y a aucune surprise, et ce qui se passe dans la réalité « sensible » traduit juste la mesure de nos conceptions vraies et efficientes.
Pour ma part, j’ai juste la connaissance et l’expérience de la faculté décisionnelle au point zéro, entre le néant et l’être, sans avoir vraiment le pouvoir imaginatif concommitant. P* m’a tout de suite « conquis », alors que j’ignorais tout d’elle, à la seconde même où Ry m’a conseillé de trouver une nouvelle amie, et m’a suggéré son nom. Mais je n’ai jamais été dupe de ma propre imagination, tout en sachant le poids de mes conditionnements. J’ai décidé instantanément de la suite des événements, alors que je la connaissais pas du tout, et j’avais à peine vu sa photo, tandis que les relations avec le frère étaient très houleuses à l’époque.
Par la suite, ma « déclaration » faite contre toutes les règles de cet art a été un véritable flop, même si j’ai commencé à semer un peu de désordre dans son esprit très rangé mais aussi très malléable, et heureusement je n’ai suivi aucun conseil m’enjoignant de stopper l’aventure, même si elle semblait se heurter au mur de l’indifférence, le plus difficile à traverser. Mais à force d’insister – sans rejeter sur elle les difficulté et les obstacles (même si j’étais contraint d’écrire des « lettres » parfois cinglantes pour éviter l’enlisement complet de la relation) – le cœur de P* a fini par commencer à fondre, et j’ai commencé à sentir et à goûter le parfum de quelques pétales. A l’époque je l’appelais Petit Dragon et moi j’étais qualifié de « hobbit », car elle a un caractère assez fort que son père avait remarqué. Aujourd’hui, nous nous sentons plutôt comme des petites plantes ou des bons légumes qui poussent dans la serre psychique d’oncle Ry, conformément à nos nouveaux Noms de pouvoir ! Je n’ai jamais éprouvé de déception qui m’aie fait régresser dans cette relation (même s’il y a de nombreuses difficultés), et ma perception s’est toujours enrichie, même si je suis à des années lumière d’incarner le « modèle » de la relation elfique et que je ne viens pas à bout de mes névroses. Mais peu importe, parce que ce qui compte c’est de jouer le premier coup, et de faire en sorte que les suivants aient toujours l’air d’être nouveaux.





