10/08/2015

De la connaissance de Dieu

La destructuration des cerveaux est galopante. Plus ça va, plus je croise d’interlocuteurs dont la pensée me fait l’impression de petits lambeaux qui flottent au vent. Certains scientifiques disent que c’est la faute aux SMS…
Et c’est vrai que je ne vois guère comment le Saint-Esprit va régler la question (ce qui nous est promis depuis des lustres), sauf à violer toutes les lois qui font que l’univers tient debout. On ne transforme pas un crapaud en cheval de course.
Je pense que cette espèce de croyance dans le fait que « Dieu » va faire quelque chose pour sauver la situation au mépris de toutes les lois d’interdépendance, est l’autre versant de notre tendance à générer des idées maladives autant que fausses sur la nature de Dieu.
Il y a quelques années déjà je m’étais posé la question : »Que serait ma connaissance de Dieu si je n’avais rien lu à son sujet ? ». Rien. Ce qui voulait dire que ma connaissance était nulle, car ce ne sont pas des lectures mal comprises qui peuvent nous donner la connaissance de Dieu. Etonnamment, si je me posais la même question aujourd’hui, la réponse serait différente. Au fond, notre connaissance de Dieu est exactement ce qui nous reste une fois que nous enlevons toutes nos idées à son sujet. Et c’est bien à partir de ce reste qu’il nous faut avancer, car en réalité c’est quelque chose qui se développe à partir de l’intérieur. 
Quand je regarde le Cheikh Nazim, je me rends compte qu’il est bête. Mais ça n’est pas un problème, parce qu’il est très expressif, ce qui signifie que son âme a acquis une véritable substance. Il paraît que pas mal de gens le tiennent pour un faux maître, mais pas moi. Qu’il n’ait pas de sphère intellectuelle ne préjuge pas de sa réalisation. De toutes façons, les maîtres qui sont une puissante sphère intellectuelle semblent la minorité. Cela dit, on voit que les gens qui ne lisent pas, et qui essaient de se développer de l’intérieur, échouent lamentablement. Les lectures devraient nous servir à développer de la substance, mais pas des idées, alors que c’est le contraire qui se produit. Les livres sont une malédiction quand ils nous font développer des idées, une bénédiction quand ils nous font développer de la substance. Castaneda est un bon exemple. Si on s’en sert pour essayer de connaître quelque chose, on devient complètement fou. Si on s’en sert pour se constituer des paysages intérieurs, c’est un bon usage. Par contre si on croit pouvoir éviter les livres, on se trompe (sauf cas très particulier), car l’homme, justement, n’a pas de substance en propre. Le cas des enfants-loups le prouve.
Ce soir je lisais les Pensée d’Anna Schäffer, et ce qui m’a frappé c’est qu’elle n’avait absolument aucune idée sur Dieu. Elle ne faisait que décrire son expérience, une expérience qui comparée aux pensée sublimes d’Aurobindo ne va pas loin semble-t-il. Mais en même temps, on sent que derrière la répétitivité de son expression qui est en réalité totalement impuissante à décrire quoi que ce soit, il y a un univers, qui est juste indescriptible. Et quelque part, je peux comprendre. Elle a son Jésus comme j’ai mes amis imaginaires, et c’est strictement la même chose, sauf que c’est bien plus développé chez elle. Il n’y a rien de plus à aller chercher. Il faut se constituer des amis imaginaires, dans des terres pures imaginaires, et creuser là-dedans. C’est à cela que se résume toute notre connaissance de Dieu, au final. C’est cela qui conduit à l’omniscience, aussi étrange que ça puisse paraître, parce que l’amour de nos amis imaginaires développe la clarté, aussi minables soient-ils, et la clarté nous dévoile l’interdépendance. Je veux dire que mes amis ne sont ni Jésus ni Marie, mais je me suis rendu compte que la « grandeur » de Jésus et Marie sont secondaires, en tant que ce sont des idées. Imaginer un Jésus immense qui serait le roi de l’univers est finalement préjudiciable, parce que c’est un exercice du mental. On s’en fiche du roi de l’univers. Ce qui est important, c’est de l’aimer. C’est l’amour qui dévoilera le grandeur, et non pas la grandeur qui va provoquer l’amour. Alors pourquoi l’aime-t-on ? Juste parce qu’on a envie d’avoir un ami.  

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15:15 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/12/2013

Le bon usage de l'Avatar

Reprenons ce que nous disent les Avatars d’eux-mêmes et examinons leurs propos. Ce qui les distinguent des bouddhas très lointains pour nous (parce qu'il est très difficile de les concevoir et qu'ils n'ont pas de karma commun avec nous) c’est qu’ils prétendent se situer sur un « plan d’immanence », au plus près de la matière. C’est pour cette raison facilement qu’ils se font adorer par des grandes foules (alors que le culte des bouddhas est quand même plus restreint et moins facile d'accès), parce qu’ils sont très proches des gens (leurs qualités sont visibles et sensibles), aptes à inspirer des millions de vies de migrants en drainant vers eux une quantité de shakti quasiment illimitée qu'ils vont redistribuer un peu dans tous les sens mais avec une grande prodigalité. Ils peuvent être la source d'une grande inspiration et d'une grande aide.


Dans toutes les autres manifestations du sacré, la divinité est tout à la fois absente et présente, et généralement plutôt absente que présente. La spiritualité consiste à voir et sentir en cette absence une présence et en cette présence une absence, selon tout une gamme de rapports subtils de dissimulations et de dévoilements, pour aboutir à un équilibre dynamique qui embrase toute notre vie. Le peuple hébreu est errant tout autour de la terre sans point fixe d’attachement (ce qui signale la "rupture" avec son Dieu tutélaire). Les chrétiens vivent dans le paradoxe permanent d’une Toute-puissance qui s’est incarnée dans une forme partageant des attributs relatifs et qui est un peu difficile à appréhender pour la raison. Les musulmans sunnites tournent tout leur être vers la transcendance d’un Dieu qui dépasse toute qualification et tout attribut humain et les chiites vivent dans l’occultation mystérieuse du 12è imam. Si on est bouddhiste, tant qu’on a pas conçu clairement un bouddha dans son esprit (ce qui n’est pas une mince affaire), il ne faut pas espérer en rencontrer un dans son jardin ou sa salle à manger...


Mais les Avatars nous racontent qu’ils sont là bel et bien autour de nous, dans un plan d’immanence, et que seul notre absence de foi et de dévotion les empêchent de nous déverser leur grâce. Ils possèderaient les attributs d’omniprésence - omnipotence - omniscience dans ce monde même, tels des rayons d’esprit pur qui arrivent à descendre jusqu’à cet univers tordu, et le désordre de notre terre dont on pourrait s'offusquer ne tiendrait qu'à notre propre égarement, puisqu'ils limitent volontairement leur action pour préserver notre liberté.


« DIEU, VOTRE GUIDE -1 août 1956
Dieu est « Mahâshakti » et le « Jiva » (l'individu) est « Mâya Shâkti ». Il est ce qui est réel, tandis que le « Jiva » est l'ombre, l'apparence, l'illusion. Même Moi, Je dois endosser cette « Maya Shâkti » pour venir parmi vous, comme le policier doit se déguiser en voleur, pour pouvoir se mêler au gang et l'arrêter. Le Seigneur ne peut ni descendre, ni se montrer dans Sa « Mahâshakti » intacte. Il doit venir, limité dans Sa splendeur pour devenir l'objet de la « Bhakti » (dévotion) et de l'amour des hommes. Dans ce monde impermanent et en constante transformation, le pouvoir immanent du Seigneur est la seule et unique entité durable et constante ».

«LA VIE DIVINE - 1 avril 1957 (date approximative)
Une assemblée telle que celle des « travailleurs de la mission de la vie Divine » doit embrasser l'humanité entière. Tous en font partie, sans exception et tous se déplacent péniblement sur le chemin de la Réalisation de la Divinité Immanente. La mission de l'être humain est de se fondre dans l'Absolu. L'existence, ou « Sat », a été engendrée par la source de tout « Sat » : Brahman. Ainsi la conscience ou « Chit » est née de la conscience suprême de Brahman, et « Ananda » (la béatitude), aussi. Vous êtes tous « Sat-Chit-Ananda Swarupa » : les incarnations du Principe Suprême, mais vous n'en n'avez pas conscience. Vous imaginez que vous êtes un individu sujet à telle ou telle limitation. C'est ce mythe que vous devez abolir pour amorcer une vie Divine. C'est la Divinité qui inspire, anime et dirige la vie de tous les êtres, quelle que soit leur structure physique. Toutes les entités, de la plus petite à la plus grande vont un jour se jeter dans l'estuaire pour se fondre dans l'océan de la béatitude.

La vie Divine est le souffle même de tous les êtres. Elle est « Sathya » (la vérité) « Prema » (l'amour) et « Ahimsa » (la non-violence). Comment peut-on être faux envers quelqu'un alors qu'en réalité il n'y a pas « d’autre »? C'est la peur qui engendre le mensonge. Quand on réalise qu'il n'existe qu'une seule et unique entité, il ne peut y avoir de place pour de tels sentiments. L'entité que vous aimez le plus au monde, c'est vous-mêmes! Quand vous reconnaissez que tout ce qui existe et tous les êtres ne sont qu'une autre forme de vous-mêmes, vous pouvez aimer à la perfection. Qui pourrait faire du tort à qui... quand tous ne sont qu'un?

Comment mener une vie Divine ? Tout effort en vue de réaliser l'unité qui est à la base de la multiplicité apparente est un pas vers la vie Divine. Vous devez baratter le lait si vous voulez séparer et identifier le beurre qui y est immanent. Ainsi, vous devez suivre un certain processus de pensée et d'action pour aller au coeur de la foi. Cette foi vous fera comprendre que ce monde est en fait un mélange étrange de « Sathyam » (vérité) et d’« Asathyam » (non vérité), et qu'il est « Mithya » (irréel). La vie Divine n'admet pas d'impureté de caractère ni d'erreur de jugement. Les personnes qui vivent ainsi doivent mettre leurs qualités supérieures en relief afin d'être des exemples pour les autres. Quand on a arraché les racines de l'anxiété, de la peur et de l'ignorance, la véritable personnalité de l'homme peut se révéler. La foi élimine l'anxiété et nous assure que tout ce qui arrive est pour le mieux et que la volonté du Seigneur doit se faire. » (Saï-Baba)


Donc suivant ce mantra, en adorant son propre "Je suis" sous la forme de sa divinité d'élection on finit par se fondre dans son propre Soi immortel et non né et on atteint la félicité. Soit. Amma ne dit pas autre chose et elle ne cesse d’affirmer qu’elle est omniprésente et omnisciente dans sa Terre pure. Mais dans les faits, on constate que la lumière et la grâce déversées chez les disciples est sans arrêt gaspillée par les dévots, de telle sorte qu’on assiste à un jeu sans fin à somme nulle, dans laquelle il semble n’y avoir aucun progrès quand on retourne d'année en année aux divers tours, même si le robinet est constamment ouvert. Le « sanathana dharma » a beau jeu d’être réaffirmé sans arrêt il est aussitôt oublié et les masses de dévots deviennent un peu comme des drogués, voire des sortes de zombis qui ont un besoin absolu de leur darshan, ne voient plus rien autour d’eux et se sentent pleins d'une auto-suffisance. Alors comment concilier l' affirmation grandiloquente des avatars à leur sujet et ce qu’on observe concrètement autour de soi, si on leur donne le bénéfice du doute et qu'on prend le parti de leur bonne foi ? Le modèle proposé par la kabbale fournit la réponse.


« Il n'existe rien hormis le désir du Créateur consistant à faire plaisir, et le désir de la création consistant à recevoir, à éprouver des délices. Tout est subordonné à ce processus. Quoi que nous puissions dire de la création, de toutes les phases de son développement : minéral, végétal, animal et humain, tout est désir de recevoir une certaine portion de lumière, désir de se délecter. Le Créateur a créé la création pour que, quand elle reçoit la lumière, elle se délecte non pas égoïstement, mais avec une perfection absolue : qu'elle éprouve des délices infinis et illimités. Si la lumière pénètre le récipient et l'emplit totalement, ce récipient ne peut plus rien recevoir, car la lumière éteint le désir, et la délectation disparaît avec l'extinction du désir.

Il n'est possible de recevoir sans limites que dans le cas où l'homme reçoit dans une intention non orientée vers soi-même, autrement dit quand il se délecte pour faire plaisir à celui qui donne. Par expérience, nous savons tous que même lorsque nous avons très faim et que nous commençons à manger, au bout d'un certain laps de temps, nous apaisons notre faim au point de ne plus désirer manger, même si les mets proposés sont les plus délicieux.

Le plaisir n'est pratiquement éprouvé qu'à la limite entre le plaisir lui-même et le désir d'éprouver du plaisir. Dès que le plaisir pénètre dans le désir et commence à le satisfaire, le désir d'éprouver du plaisir s'éteint progressivement. Si le plaisir est plus grand que le désir, il provoque même de la répulsion.

Comment transformer le plaisir en quelque chose de parfait et d'illimité ? Un schéma particulier a été mis au point par le Créateur. Selon ce schéma, si l'homme éprouve du plaisir non pas de recevoir pour soi-même, mais de faire plaisir à autrui, ce plaisir est infini parce qu'il dépend de la quantité et de la personne à qui il peut faire plaisir, plus la quantité donnée est grande, plus cet homme éprouve de plaisir. Cet état engendre une existence éternelle, la perfection, et correspond aux attributs divins. C'est précisément à cet état que le Créateur souhaite amener l'ensemble de la création. Si la créature souhaite exclusivement recevoir, elle se trouve naturellement dans un cercle fermé et a bien la sensation qu'elle est à l'intérieur de ce cercle. Si elle ressentait le plaisir que le Créateur éprouve quand elle se délecte, elle se délecterait infiniment, à l'image de la mère qui donne sans réserve à son enfant.

Le schéma optimal correspond à la perfection. La lumière ne porte pas de simples délices en elle, il s'agit des délices procurés par la connaissance illimitée, l'existence infinie, la connaissance de soi, l'analyse de soi, par la sensation d'éternité, de perfection et de délectation qui imprègne tout. Ce schéma idéal correspond au Créateur qui donne sans réserve la lumière à la créature. Cette créature consent à recevoir la lumière à la condition qu'elle fasse ainsi plaisir au Créateur.

Ce schéma est qualifié de réciproque, porte le nom de lumière réfléchie, à la différence de la lumière directe qui émane du Créateur. Pour réaliser ce schéma, il faut, avant tout, qu'il y ait un désir qui attire la lumière directe vers la créature. Ensuite, la créature place un écran sur le trajet de cette lumière, un écran qui fait obstacle à la pénétration de la délectation éprouvée à des fins personnelles et qui dirait en quelque sorte qu'il peut recevoir les délices en lui, mais seulement dans une portion équivalant à ce qu'il peut donner sans réserve, autrement dit dans une intention orientée vers le Créateur. En d'autres termes, l'échange suivant a lieu: le Créateur procure du plaisir à la créature, celle-ci consent à éprouver, à recevoir ce plaisir à la condition exclusive que, ce faisant, elle fasse plaisir au Créateur ». (Cahiers d’étude de la Kabbale, Cahier n°4 – Structure des mondes spirituels)

 
Il semble que les Avatars ont le pouvoir de donner sans compter car ils sont réellement omniprésents, mais cela signifie-t-il pour autant qu’ils partagent l’attribut de l’Intelligence éveillée ? En d'autres termes, peut-on être un quasi Dieu mais limité intellectuellement ? Il semble que oui (d'ailleurs si on lit les anciennes chroniques c'est un peu ce qu'on voit), malgré tout le respect qu’on doit à des êtres plus évolués que nous. Si on lit le livre récemment publié par Gayatri, Amma n’est pas parvenu à faire sortir de la frustration même ses disciples les plus proches et elle a du se résoudre à coucher avec son homme de main, sans grand résultat pour lui au final. Gayatri n'a pas su tirer grand chose de son expérience, à part du ressentiment. Pourtant, pouvoir côtoyer pendant un temps une Reine amazonique ou un agent du Prince de ce monde me semble plus intéressant que mener une vie misérable où il ne se passe rien du tout et végéter, ce qui est promis à la plupart d'entre nous. En vérité, à chaque fois que la lumière est donnée par Amma, que ce soit par le haut ou vers le bas, elle est absorbée dans un trou noir de l’espace, un maelstrom des océans et est gaspillée. Ce n’est pas la bonne volonté d'Amma qui est en cause, mais la bêtise des dévots qui se sont agglutinés autour d’elle pour le pire et le fait qu’elle n’a pas donné de méthode pour que les disciples fabriquent eux-mêmes leur récipient, la seule chose qui peut contenir l’amour divin et la lumière pour la faire fructifier.
 

Le résultat, c’est que les âmes se brisent autour d’Amma autant que les mouches tournent autour du pot de miel, répétant comme dans un écho lointain l’antique brisure des vases qui a atomisé l’Adam a Rishom, par présomption de sa valeur et de sa capacité à accueillir toute la Lumière divine dans la matière elle-même (cf texte référencé chapitre 5). Kali n'a même rien à voir avec cette affaire. Or, par définition la matière (Malkhut) est le dernier sephiroth qui peut être restauré à la toute fin du processus car c’est le plus corrompu. C’est le dernier à pouvoir recevoir la Lumière qui descend selon cinq grandes vagues, correspondant à cinq types d’extases de plus en plus puissantes et prolongées (correspondant au processus de constitution et d’apparition cosmologique des cinq partzufim et aux cinq stades de fonte des gouttes individuels dans tumo). Au fur et à mesure que les lumières sont intégrées en un être, il y a un « appel » quasi irrésistible des désirs résiduels dont la mémoire (reshimot) a été activée de recevoir la lumière. Mais comme il est humainement impossible de résister à un tel appel, alors l’écran doit éjecter toute la lumière, car la pression interne et externe est insupportable et c'est le Maître ou son Dieu qui le fait pour soi. Mais pour un être quasi divin qui certes n'a sans doute pas de "mémoire" comme nous mais peut être légèrement identifié à son rôle il y a un danger de tomber dans cette tentation qui a pour racine le désir de "bien faire" pour une humanité de fourmis.


Il semble qu’Amma a pensé pouvoir changer le monde par son œuvre humanitaire, et ce faisant elle a un peu délaissé sa mission spirituelle tout en brisant - quasiment par mégarde - les âmes autour d’elle, faute de réceptacle constitué.


Quels sont les enseignements à en tirer pour son prochain passage sur terre quand celui-là sera achevé ?

Et bien pour ceux qui voudront être ses dévots, il faudra sans doute qu’elle fasse comme dans toutes religions qui se respectent, qu’elle donne une règle et une loi ainsi qu’un enseignement structuré et pas juste des darshans et du travail, afin que les dévots puissent se fabriquer des klis. Sinon l’affaire risque de recommencer à l’identique. Cela signifie aussi qu’à une moindre mesure, si on est pas un petit potier qui ne compte pas sur les autres pour recevoir quelque chose, il vaut mieux volontairement créer un écran entre soi et une source de chaleur afin de ne pas être brûlé vif et consumé par le feu. C’est cela l’enfer, la fournaise qui se ravive sans arrêt, il n’est pas dû aux péchés de la créature qui la font brûler et qui la rendent fou par l’effet d’un châtiment et d’une punition quelconque, mais le résultat du désir d’un contact trop rapproché entre deux natures dissemblables et hétérogènes : une matière purifiée et une autre qui ne l'est pas (encore). Or le feu céleste ne purifie pas la matière, il la consume et il la brûle comme le feu naturel. Ce qui la purifie, c’est la formation d’un écran qui permet au flux de grâce de se réguler (raison pour laquelle les moines sont astreints à plein de travaux pénibles dans les monastères orthodoxes) qu'on appelle en alchimie "feu contre nature" ou "philosophique" (Encyclopédie des connaissances humaines Tome XVIII, Le Feu, p755), que ce soit par le suivi absolu d’une règle unique ou l'auto-développement par un processus continu de transformations et de métamorphoses incessantes.

23:09 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/12/2013

Lettre à un ami thérapeute

LES BAINS CORROSIFS ET LES EAUX CELESTES

Peut-être es-tu au courant, mais nous nous sommes faits proprement éjecter avec Ry et E, car notre "attitude" (enfin surtout celle de Ry qui a été la cible de l’ire du groupe) n’a pas été aimée par les participants, qui se sont plaints à Driss qui en retour a fait en sorte que nous plions bagage au milieu du stage, alors que nous ne faisions rien de particulier pour gêner les autres ou se faire remarquer. Dès le début il n'avait pas aimé le fait qu'on soit avec un bébé, et que nous ne puissions pas tous les trois participer à tous les ateliers (du fait qu'il fallait bien garder le bébé). En effet, son travail est tellement sérieux qu'il ne saurait souffrir que l'on n'en fasse que la moitié. Mais le sérieux, c'est précisément ce qui est en cause, et le véritable motif de notre exclusion du groupe, c'est précisément que nous étions conscients de ce qui se passait réellement. La thérapie proposée s’oriente-t-elle vers la constitution d’un Pôle structurant un univers ou nous ramène-t-elle à une conscience indifférenciée (présentée comme source de l'omniscience), mais qui est en réalité une nuit primitive, barbare sous des aspects guimauve et chaotique dans son principe ?

 
Je ne sais pas si tu connais cette thèse, elle est extrêmement intéressante, et corrobore nos propres observations, tout en proposant des explications vraiment dignes d'attention, à partir de notes sur le terrain et d'études poussées en religion comparée et en alchimie. Elle montre que pour qu’il y ait une efficacité thérapeutique dans la résolution d’une crise (quelles que soient les formes variées de pathologies qui sont répertoriées assez précisément dans la tradition et des remèdes attenants, selon qu’ils relèvent de l’adorcisme ou de l’exorcisme), il faut que tous les intervenants (du spectateur un peu passif à celui qui officie, en passant par les malades) partagent un univers culturel commun, qui permette aux personnes présentes de structurer l'expérience de dissolution/coagulation et de donner du sens à la cérémonie. Sinon elle n'en a pas et il n'y a pas de guérison possible. Dans le milieu soufi, c'est grâce au Verbe coranique, à l’inscription dans une atmosphère spécifique au sein de laquelle les entités (pathologies) agissantes ont un nom qui permet de les traiter, qu'il est possible d’entamer le dialogue avec elles, de trouver des solutions aux problèmes des individus et de libérer au final les patients de leur mal, qu’il soit bénin ou nécessite la constitution d’un « tribunal mystique » présidé par le cherif. La cérémonie est une action, une sorte de drame mis en scène qui met en jeu des protagonistes différenciés et non un déchaînement privé hystérique de pulsions sexuelles refoulées.
 

Si les entités n’ont pas de nom, il n’est pas possible de traiter la personne et le cherif est impuissant. L'auteur, qui n'est pas vraiment musulman, en conclut non pas au besoin impératif de faire référence au monde de l’Islam dans un cadre thérapeutique, mais à la nécessité de sa placer dans le giron d’un univers culturel déterminé pour aller vers la guérison du patient. Si on s’en tient seulement à la subjectivité du patient et à la "bonne volonté" du thérapeute, au mieux on réorganisera le vernis superficiel du patient en sorte de l'adapter un peu mieux à son milieu ambiant, au pire on va le faire plonger dans les eaux corrosives de l'inconscient collectif, sans lui donner aucun modèle lui permettant de se restructurer à la sortie. Or c’est ce que font la plupart des thérapeutes aujourd’hui, et on peut supposer que s’ils disposaient d’outils réellement efficaces, le résultat serait l’anéantissement pur et simple du psychisme des gens. Jung a lui même décrit la façon dont il a failli devenir fou en plongeant dans ces eaux, et s'il s'en est sorti, c'est simplement parce qu'il a fait machine arrière avant d'être englouti.


Dans cette thèse, qui donne des analyses et des exemples très variés à travers des époques et les cultures différentes, on voit bien que le point commun est que les transes s’inscrivent toujours dans un cadre de référence déterminé autour d’un Pôle. Alors on peut éventuellement concevoir un univers multi-polaire (plus difficile à organiser) pour résoudre des conflits et progresser dans l'intégration des complexes, mais sûrement pas le rien donné comme horizon ultime en Occident.


Or, Driss ne donne précisément aucun cadre (il se dit soufi tout en refusant de se référer à l’Islam dont il provient pourtant, ce qui est un non-sens si on connaît le soufisme), et pire, il prétend que les séances d’exercice physique et énergétique peuvent se substituer à tout cadre spirituel de référence, comme si le physique-énergétique et le spirituel étaient deux choses situées au même niveau. Or, le fondement même du soufisme, c'est de considérer que l'Imaginal est premier et moteur et que le monde sensible est une simple apparence irréelle ontologiquement (cf dernier chapitre de la thèse). Alors comment peut-on se passer de la lecture, de la psalmodie et de la référence aux textes sacrés (où la thérapie trouve la source de son efficacité en raison des paroles de puissance qui se trouvent dedans) ? Ont-ils vraiment leur équivalent dans des mouvements pseudo spontanés et libératoires du malade ? Si Driss a réellement eu un vrai maître soufi, ce dernier serait consterné de savoir ce qu'il fait, en soumettant les gens à des forces de dissolution puissantes sans aucun arrière-plan spirituel.

 
Dans les séances de piscine, nous avons pu constater que les personnes étaient littéralement possédées physiquement au point de pousser des hurlements bachiques à tout bout de champ (en langage soufi on dirait qu'il y a provocation d'une "djinnopathie"), mais qu’au sortir de leur « bain », elles avaient beau dire qu’elles se sentaient « merveilleusement » bien, elles étaient encore plus agressives et bornées qu’avant, et j’en veux comme preuve leur attitude à notre égard. Si réellement elles allaient mieux, qu'elles étaient sorties nouvellement nées de la fontaine de jouvence grâce à leur accoucheur, elles ne se seraient pas empressées de déployer leur haine sur des badauds comme nous qui avaient juste le tort de ne pas rentrer aveuglément dans leur jeu et dans leur croyance. Une bonne analogie donnée dans la thèse, c'est l'usage des drogues. Comme le signale l'auteur, il s'agit en effet de procédés d'explosion des névroses et de dissolution du psychisme, mais utilisés sans cadre de référence spirituel, ce dernier se recompose, finalement plus désespéré et névrosé qu'à l'origine. C'est exactement ce que nous avons pu constater, non seulement chez Driss, mais également chez un pseudo-chamane qui met les gens en transe avec de la techno. Ils poussent des hurlements de bête, et le lendemain, ils ont l'air encore plus bizarres que la veille.
 

Lorsque nous avons demandé à Driss quelle différence il faisait entre transe et extase, puisqu'il emploie les deux termes, il nous a fourni une explication fumeuse prouvant qu'il n'en avait pas la moindre idée. L'auteur de la thèse, à défaut d'en connaître l'explication au niveau du corps subtil, est au moins capable de faire une distinction opérative : la transe, c'est lorsque la personne est possédée par ses complexes (Djinns), l'extase c'est quand ces même forces sont maîtrisées et canalisées vers le divin. Inutile de dire que nous n'avons pas vu l'ombre de la moindre maîtrise chez les stagiaires de Driss, il semble au contraire que le "lâcher-prise" se renforce séance après séance (d'après leurs dires), à savoir qu'ils entrent de plus en plus profondément dans la dissolution. Et en raison de leur absence de lien à aucune tradition, il est absolument impossible qu'ils en ressortent plus structurés, car la structure ne surgit pas spontanément du chaos, elle vient de la force spirituelle qui assiste la cérémonie (en islam, le Saint, channellisé par le Cherif ou le lieu saint : il y a des preuves physiques de cette présence des Saints, qui sont justement les trois sortes de miracles qui au départ font l'objet de la thèse), mais aussi de la foi du malade en cette force spirituelle, sans laquelle rien ne peut se faire (cf Jésus : "va, ta foi t'a guéri").


Le passage par le bain dans des conditions d'agnosticisme ne permet pas de vivre les différents niveaux de l’amour et de l’eros (désignés chez les grecs par Aphrodite « populaire »  et Aphrodite « céleste » ), de s’élever vers le Ciel intelligible et le Créateur, mais dissout dangereusement la psyché dans un analogue du Chaos primordial, indéterminé et informe. En l’occurrence, la piscine ne saurait désigner métaphoriquement ou manifester des eaux de Vie, du Mercure retrouvé, du Vinaigre des Philosophes, du Basalte liquéfié, mais nous ramène aux eaux ténébreuses et de mort d'une nuit d'ignorance pure : c’est le retour au Bassin du Léthé, d’Hypnos et de Thanatos confondus.

 
Car toutes les traditions et mythologies de l’univers ont pour fonction de structurer le Chaos originel, de l’ informer pour faire ad-venir un Cosmos qui a du sens et qui est organisé, à l’image de la psyché en devenir. Après il y a autant de variantes possibles de cet acte fondateur que de planètes, de régions et de peuples, car la créativité de l’esprit est infinie. Mais tous les êtres en devenir depuis l’aube des temps se sont accordés sur le fait que le cosmos ne pouvait pas demeurer dans cet état informe, dans cette « turba », dans cet abîme, et qu’il devait être organisé par une Lumière informante et structurante. Il ne serait venu à personne de présenter comme un progrès le retour au néant. Or, c’est précisément le programme actuel de thérapies en tous genre détachées d’un substrat culturel, qui voulant « laver » l’ego dans les douches maternelles, ramènent l’homme à un état infra-humain. Cela annonce un crépuscule probable de l’humanité.   

 
Une fois ressortie de ce chaudron ténébreux, la psyché n'ayant rien pour se restructurer, elle va prendre la première hallucination venue (par exemple chez les scientologues il y a tout un protocole assez élaboré qui dissout peu à peu les repères de la personnalité qui se restructure ensuite autour du gourou et de ses élucubrations) pour une signification profonde (elle adorera des « entités-volcans », l'étoile Sirius ou se contentera de se dire qu’elle se « sent bien » car elle devenue toute vide et absente à elle-même). Elle ne va pas se réorganiser en un Monde transfiguré autour d’un Pôle par la présence enveloppante d’une « Montagne » ou d’une île, d’un Axe et d’une géographie à la fois terrestre et cosmique. Là c'est le pôle "objectif" de l'affaire, le pôle subjectif c'est l'acquisition du "corps vajra" d'une divinité quand l'esprit a été ré-informé et le corps subtil purifié par les eaux mercurielles. Le langage des peuples déjà existant relié à une histoire est le gage et le garant de significations linguistiques profondes si on prend la peine de les étudier, ce qui ouvre déjà des pistes et donne une matière première à explorer.

Par exemple, dans le monde bön pré-bouddhiste du Tibet, l’univers se structure à partir de la rupture de la « corde Mu » dans les temps très reculés mais datés qui permettait de relier le Ciel à la Terre. A partir de là, tout s’inscrit dans une logique, dans cette « religion des adorateurs du Ciel » qu'est le Bön éternel.


« Les mythes d’origine parlent une époque révolue où les dieux-montagnes vivaient parmi les hommes. Puis un démon souterrain s’échappa et répandit le mal sur terre. Le monde dégénéra et continuera à dégénérer jusqu’à une nouvelle renaissance, pendant laquelle les morts ressusciteront. Le monde était divisé en trois parties. Les dieux habitaient en haut, les divinités aquatiques et souterraines en bas, et les hommes au milieu. Les montagnes ont une forte valorisation religieuse en tant que « Piliers du Ciel » ou « Clous de la Terre ». Le Ciel et le monde souterrain comportent des étages dont l’accès est rendu possible par les divers piliers ou ouvertures (par exemple le trou dans le toit ou le foyer dans les maisons). Le rôle du roi est fondamental, sa nature divine se manifestait par son « éclat » et ses pouvoirs magiques. La nuit, les premiers rois retournaient physiquement au Ciel. Ils étaient reliés au Ciel par une corde de lumière magique, la corde mu. A leur mort ils se fondaient dans cette corde pour réintégrer le Ciel, ne laissant pas de cadavre. La corde mu relie la Terre et le Ciel comme un axis mundi, et joue un rôle central dans le système d’homologie Cosmos-habitation-corps. C’est l’échelle par laquelle l’âme monte au ciel. Les âmes et les dieux sont fréquemment  assimilés. De plus, les âmes peuvent siéger dans des éléments extérieurs : arbres, rochers, … En tant qu’être spirituel, l’homme partage une condition divine ».


Les premiers ancêtres venaient du ciel et se résorbaient spontanément grâce à la corde Mu qui maintenait en équilibre la terre et le ciel. On peut en déduire qu’ils avaient probablement réalisé le corps arc-en-ciel et servaient de modèle primitif et original pour les êtres qui vivaient avant la rupture originelle. Le père de Tönpa Shenrab à pour nom patronymique Mu qui désigne à la fois le ciel en langage du Zhang-zung (traduit ultérieurement en tibétain par Nam-mkha) et le nom de la famille royale dont il est issu. La pratique de Thögal a pour fonction de restaurer cette corde Mu qui a été rompue par la maladresse (volontaire ?) de Ding-ru selon les anciennes chroniques.

(Notes d’etymologie tibetaine par Stein, p 213 sur l’etymologie de Zan-Zun et Ol-mo-ul-rin la terre pure des Bön)


La pratique individuelle se relie à une « transmission » qui a une forme et une structure précise inscrite dans une histoire, qui est à la fois celle des hommes, des Dieux-montagne, de toutes sortes de déités et de bouddhas. J'imagine que tu connais tout ça mais c’est juste pour donner un exemple précis et montrer que d'une thérapie classique à la thérapie ultime des bouddhas - le fameux état naturel accompagné de ses visions lumineuses - on s'inscrit toujours dans une forme précise qu'on appelle "transmission" et un univers culturel qu'on ne peut pas biffer comme ça.


Bref, j'espère que tu jetteras un coup d'oeil sur cette thèse et que tu me diras ce que tu penses de tout ça, car il me semble que les enjeux sont de taille. Je sais qu'en tant que thérapeute tu ne touches pas à des techniques trop puissantes, et que tu ne risques pas de rendre fous tes patients, mais cela n'empêche pas de réfléchir à ce que pourraient être des thérapies plus profondes, si l'on voulait vraiment qu'elles existent. Quel cadre pourrait-on finalement leur donner ? Ry a inventé sa technique bien rodée pour elle du Roman dharmique pour pallier à cet écueil, car il permet alchimiquement de créer de nouvelles structures à partir des anciennes, de fabriquer des récipients qui peuvent réceptionner la lumière dans un Vaisseau-athanor. Moi je suis juste un débutant et encore peu aguerri à tout ça, mais je fais beaucoup de lectures qui me donnent des modèles de relations structurantes et des embryons de vie. Cependant il ne s'agit que de tentatives individuelles qui ne sauraient en aucun cas servir de modèles à d'autres... Quant à ce que nous avons vu du christianisme (qui représente le substrat culturel commun en Occident), nous avons pu constater qu'il est presque mort, alors nous voilà sans autre Dieu que le "bien-être" et son cortège de méthodes, qui ne font que rendre les frustrations plus visibles...

23:05 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La voie du petit potier

Il existe visiblement deux voies bien distinctes. Soit on espère recevoir quelque chose de Dieu par l’intermédiaire d’un Maître ou directement sous forme de félicité et de grâce qu'on ne mérite pas, soit on forge lentement mais sûrement ses réceptacles comme un petit potier, conformément à la méthode de la kabbale, afin d'accueillir progressivement les cinq lumières et les cinq niveaux de l'âme en transformant le désir de recevoir en volonté de donner. Avec la première méthode, on reçoit d’abord, on est plongé dans l'extase mais l'addition est tout de suite très salée : il faut immédiatement construire un écran pour renvoyer la lumière (cf Etude sur Talmud des 10 Sephiroths), sinon le récipient risque d’exploser énergétiquement, et l'élu va perdre la raison. Donc pratiquement le cadeau divin va toujours avec une loi dissimulée plus ou moins dans l'emballage, un système de restrictions d’autant plus fort que le don initial a été important. Plus on est « choisi » et «élu » et plus le prix à payer va être important. Il n’y a qu’à consulter les vies de saints chrétiens pour s’en convaincre. On peut dire que la Loi et la restriction doivent être absolues et non relatives, la « sharia » accompagne la "Miséricorde", le martyr la gloire, la souffrance en enfer la résurrection au ciel. Selon ce cheminement le plus en vogue dans les religions, l’engagement doit être total. Il est absolu et irréversible. Une fois qu’on a pris une direction on ne peut plus en changer sous peine de tout perdre. C’est ce qui se produit avec les fameux « samayas » dans le bouddhisme tantrique qui ne permettent pas la plaisanterie.
 

A l’inverse, dans la voie du petit potier, la loi et la restrictions sont toujours relatives et jamais absolues. Le principe à la base c’est la liberté et la mesure. Le petit potier forge ses klis par résonance sympathique, en suscitant en lui les ambiances et les actions de ses objets de dévotion et de prédilection, qui peuvent changer au cours du temps. Alors pour pouvoir imaginer la vie d’un saint ou d’un Imam du chiisme il faut s’imposer quelques restrictions, afin d' avoir quelque idée de la vie qu’on examine, mais la discipline n’est pas une fin en soi. Elle sert à produire dans l’esprit un cliché viable (parce que tous les êtres en proximité avec leur Seigneur ont connu des restrictions) qui a nécessairement attiré dans son kli une Présence effective qui va le remplir sans un engagement particulier. C'est une loi spirituelle expliquée en détail chez les soufis et dans la kabbale, mais présente partout : le semblable attire le semblable selon les affinités et les sympathies. L’artisan fabrique la forme et Dieu fait tomber la manne et la substance à la mesure du récipient. Mais dans ce cas ce n’est pas un cadeau excédentaire, car Dieu ne peut faire autrement que remplir cette forme exactement selon son "volume spirituel". Un bol aux contours dessinés attire nécessairement un contenu pour le remplir, car l’univers est une plénitude et na nature n'aime pas le vide. L’effort est premier et le remplissage ultérieur et conséquent. Il n’y a donc eu aucun don qui dépasse la capacité de recevoir, contrairement à la première voie où le don est toujours donné en profusion, en excès, ce qui va littéralement obliger le receveur et l’étourdir dans un système de contraintes d’autant plus redoutable que le cadeau aura été important. A l'image de la voie chrétienne, où la plénitude est toujours une effusion débordante et un jaillissement de trop plein.


Alors après chacun fait selon sa tendance, mais il faut savoir que même si on fait tous les efforts du monde (qu’on s’impose un tas de restrictions) mais qu’un Maître ou un Dieu ne nous a pas inscrit dans sa liste, on perd tout simplement son temps et son énergie, voire sa vie. Dans l’autre cas, on commence très modestement, telle la « petite voie » de Thérèse. Et on aspire à rien d’autre que devenir un "débutant", comme le lopön qui a fini en corps-d'arc-en-ciel au nez et à la barbe de tous. Mais petit à petit le potier fait son nid, et ni vu ni connu, il peut fabriquer un grand nombre de klis en puisant un peu partout, en faisant ses courses ici et là, sans jamais rien réclamer à personne, ni amour ni attention particulière, sinon la faculté de discerner là où se trouve le Bien sans le vouloir pour lui. Et en vertu des lois naturelles et sa capacité à former des récipients plus vastes et mieux proportionnés, il reçoit en conséquence, sans excès ni démesure. Y-a-t-il meilleure sagesse pour une personne vierge de toute liste, invisible et sans but mondain, qui puisse concilier aspiration maximale et demande nulle, fabriquer un écran panoramique en pratiquant les restrictions minimales ?

02:20 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/12/2013

Lettre au Cardinal Ricard

TEMOIGNAGE D'UN CATECHUMENE ERRANT

Cher Monsieur - ou comment s'assurer que sa lettre ne sera pas lue -

Je tiens à vous faire part de mon témoignage qui devrait vous interpeller si vous vous sentez concerné par la conversion des âmes. J’ai entamé récemment une démarche de catéchuménat dans la paroisse de M. après d’autres essais infructueux en raison de circonstances matérielles peu propices (j’en étais à mon quatrième essai qui sera apparemment le dernier). Cette fois, j’y ai rencontré un prête polonais nouvellement affecté, qui semblait très motivé dans l’exercice de son ministère. La collaboration s’avérait très prometteuse avec cette recrue enthousiaste, car il souhaitait comme moi voir les églises remplies par des jeunes, et non ressemblant à des musées ou à des repères de vieilles personnes aigries. La mère de ma petite fille de 18 mois (qui a été baptisée par ce prêtre il y a peu) et moi-même avons proposé nos services dans un esprit de charité en essayant d’apporter autant que nous pouvions notre contribution à la vie pastorale et à la communauté.

E., qui a été dix ans chantre professionnelle à Notre-Dame (elle a chanté en parallèle à l’opéra Bastille et au Châtelet), a agrémenté les offices un certain nombre de fois avec sa voix travaillée et n’a jamais eu le moindre signe de remerciement. On lui a proposé de faire partie de la chorale locale, car elle « avait une belle voix ». De mon côté, après avoir été copieusement insulté pour avoir prétendu accompagner à l'orgue une messe (par le "titulaire" du clavier électrique qui était là depuis 62 ans à l'Eglise de R. en attendant la réfection du grand orgue), j’ai commencé à faire bénévolement il y a deux mois une petit chorale avec les enfants du catéchisme de G., avec la bénédiction et les encouragements du prêtre, car je suis passionné par l’éveil musical (c’est mon métier que j’exerce dans les écoles de la ville de Paris après des études de piano et de philosophie). Pour ce faire, je suis allé chercher en voiture à mes frais un petit orgue que j’ai acheté pour l’occasion. Je l’ai installé dans la salle qui sert au catéchisme pour faire des répétitions. Les enfants ont assez vite progressé et se sont montrés dans l’ensemble réceptifs, mais personne ne s'est ému de cette action outre mesure, qui semblait "aller de soi" comme toutes choses.

Tout se passait donc très bien, jusqu’au moment où j’ai « commis » une intervention qui a été jugée intempestive lors d’une séance de catéchuménat avec les adultes, et qui a été rapportée au prêtre par la personne responsable. Elle a été indignée qu’un pauvre catéchumène puisse avoir fait quelques lectures, prié et documenté avant de venir à la réunion et ne fasse pas que se taire et attendre passivement la fin d'un cour magistral ennuyeux. A la place de se réjouir de cet apport d'information, elle a été scandalisée, apeurée par l'inconnu, comme si elle était menacée par quelque danger imaginaire. Mon propos était pourtant limpide : face à l’énigme de la souffrance qui interpelle tout un chacun, j'ai juste rappelé que l’essence de la vie chrétienne ne consiste ni à « accepter passivement ce que nous offre l’instant présent » (conception psychologique à la mode qui marque simplement une forme de stoïcisme sommaire et qu’on trouve étalée dans maints journaux qui se disent chrétiens mais qui tombent à mon avis dans « l’esprit du monde » à la place de nous élever) ni à « jouir de cet instant présent » en remerciant Dieu de sa prodigalité (remake d’une conception épicurienne très en vogue aujourd’hui).

Bien au contraire, mes lectures des mystiques et des Saints reconnus par l’Eglise m’ont appris que la souffrance vécue à la lumière du Christ n’était pas considérée comme un mal nécessaire, mais pouvait être ressentie au cœur de la chair comme une grâce. Au point que les Saints ne subissent pas une souffrance jugée inévitable, mais la veulent de tout leur cœur, car elle seule permet de transmuter le vieil homme et d’opérer la déification qui nous ouvre les portes du Paradis. Ainsi les Saints peuvent s’identifier au Christ souffrant et glorieux à la fois, qui est "descendu aux enfers" et a triomphé de la mort. C'est l'occasion pour eux de parfaire leurs vertus. Je n’invente rien et ne dis rien de nouveau, mais ces bases semblent n'être plus enseignées. Tous les Pères de l’Eglise s'expriment ainsi et je mets au défi quiconque de me citer un Saint ou un Père qui n’a pas à un moment ou à un autre recherché la souffrance pour s’identifier au Christ. Sinon, à quoi bon être ch rétien ?

On m’a donc à mots plus ou moins couverts reproché de vouloir faire l’apologie du dolorisme, voire d’être l’apôtre d’une forme de masochisme. Bref, de faire revivre des archaïsmes dépassés pour notre époque. Puis après, cette attaque ayant été une première fois démentie par le prêtre (il est venu déjeuner chez moi et a pu voir ma façon de vivre avec ma famille), j'ai été accusé d'être un "bouddhiste caché" ou "repenti" qui avait encore les traces de l'erreur en lui, car j'ai expliqué que je m'intéressais aussi aux autres religions et que je ne me satisfaisais pas des apparences. Mais où est le mal ? Voudra-t-on m'expliquer ? Ce reproche comme l'autre est infondé et tombe de lui-même si on réfléchit un peu. Si vouloir souffrir est une folie furieuse, qu’est-ce que disent tous les saints qui font le trésor de l’Eglise vivante ? Sont-ils aliénés ? Racontent-ils des bobards pour tromper leur monde ? Mais dans ce cas, pourquoi ont-ils été reconnus saints ? Et si on a peur des autres religions et d'un misérable catéchumène errant, c'est que quelque part on a pas confiance en la sienne et qu'on s'est détourné de la vérité.

Je tenais juste à rappeler la spécificité du Christianisme par rapport aux autres religions, et en quoi elle a un chemin de sainteté fulgurant pour ceux qui se sentent appelés et ont été prédestinés. A cet effet, j’avais commencé à rédiger un « manuel de vie chrétienne » à caractère apologétique, mais qui se veut parfaitement rationnel. Je pourrais vous l’adresser si cela pouvait vous intéresser, car il peut donner des arguments valables pour un éventuel dialogue entre les religions.Jusqu’à présent, le « dialogue inter-religieux » est un simulacre qui permet aux hiérarques de chaque obédience de se cacher et de se maintenir à distance, tout en se croyant supérieur à l’autre, et de tromper le bon peuple.En effet, pour comprendre autrui, il faut pouvoir épouser son point–de–vue et se mettre à sa place. Mais personne ne prend la peine de comprendre l’autre de l’intérieur et de l’aimer pour ce qu’il est. Cela voudrait dire réaliser qu’on est « rien » à la base et qu’on peut p rendre toutes les formes. Donc acquérir une certaine forme d'humilité. Alors chacun « tient sa position » comme un bastion, considère « sa » religion comme une forteresse, et « sa » vérité comme la seule norme, en se pensant supérieur à l’autre en son for intérieur. Mais paradoxalement, cet absolutisme théologique en matière de religion amène pratiquement le règne du nihilisme, du relativisme et de la division entre les hommes, à la place de les rassembler en une unité plus grande pour ressouder l'Adam primordial. Cet absolutisme est le plus grand allié du « modernisme » triomphant et mène droit au chaos et à la désintégration des sociétés que l’on connaît et qu'on observe autour de soi. C'est le contraire de l'amour tant prôné ici et là, qui aboutit concrètement à faire de l'embryon un objet qu'on peut manipuler à sa guise et à martyriser celui qui parait le plus faible aux yeux de la collectivité.

Il se trouve que je pratique la multi-confessionalité, ce qui peut sembler une hérésie, une abomination, une impossibilité dans les termes comme définir un cercle carré, alors que l’expérience montre que c’est tout à fait possible, même si ce n’est pas très couru comme démarche en raison de ses exigences. Elles ne se posent pas en terme de "loi" -faire ceci plutôt que cela- mais d'ouverture, de subtilité et de finesse. Pour comprendre l'autre, je dois devenir comme lui et être capable de me changer, épouser ses vêtements et ses conceptions. Je précise tout de suite qu’il ne s’agit pas du tout de « syncrétisme » ni de « confusionnisme », ni d’aucune chose de ce genre. En fait c’est une tentative qui n’a jamais encore été réalisée, car autrefois on aurait été directement étripé pour ça. Aujourd’hui, on prétend respecter la « différence », « l’autre » pris comme des absolus, mais ce sont seulement des effets et des artifices de langage qui masquent le vide, l’absence de contenu dans l’échange qui s’en tient à un niveau superficiel. Dans les faits, chacun a peur de l'inconnu et reste terré dans son coin. Je l’ai constaté à moult reprises, en fréquentant de nombreux groupes et assemblées à vocation spirituelle et je n’ai jusqu’à présent pas trouvé une seule exception.

La seule chose qui était permise autrefois pour aller à l’encontre d’autres cultures et d’autres religions, c'était de venir en "missionnaire" pour imposer sa vision des choses. Les choses n'ont guère changé aujourd’hui malgré les discours de façade. Simplement les intentions ne sont plus déclarées ouvertement (par peur de déplaire et par consensus global) et tout un chacun emprunte un langage de « tolérance » qui masque mal l’ignorance abyssale du voisin et sa propre volonté de puissance. Les pensées de supériorité sont juste masquées, ce qui est tout aussi nocif à mon sens et attise encore davantage le ressentiment et la haine des voisins, parce que les « autres » n’aiment pas être pris pour des imbéciles, surtout quand on prône l'humilité. Tous les discours lénifiants ne changeront rien à l’affaire. Il suffit de voir l’état réel du monde autour de soi, qui n’est guère brillant. Dans ma démarche, le but n’est pas de convertir, mais de vivre et de comprendre pour partager. C’est une forme de charité active et non une pensée complaisante de bonne conscience et d’auto–satisfaction entretenue, parce qu’on pense avoir découvert « la » vérité à l’exclusion du reste.

Par cette pratique qui dure depuis maintenant douze ans, j’en suis arrivé à la conclusion que toutes les grandes religions (dans lesquelles j’inclus le bouddhisme ayant commencé par là) sont également fondées et amènent chacun à son Seigneur, qui lui est propre, personnel et unique par une voie spécifique à découvrir pour chaque âme, l’essence commune étant inatteignable, insondable et au-delà de toute qualification et attribution.
Or, on entend partout au sein de l’Eglise catholique que « tout un chacun est appelé à la sainteté ». Mais comment la grâce va-t-elle bien venir, si le chemin qui mène au Christ -porter sa croix et imiter le Christ en souffrant- est considéré au sein même de l’Eglise aujourd’hui comme une aberration mentale ?

Je me serais abstenu de vous faire part de ces considérations si je n’avais pas été exclu des réunions publiques de catéchuménat, avec l’aval du prêtre, sous prétexte que j’allais sans doute « perturber » des esprits encore malléables en leur donnant des informations portant sur la « mystagogie » et non sur les bases élémentaires de la foi. Mais la foi de base semble avoir déserté l’Eglise et j’ai vu bien des gens voulant entrer en son sein mus uniquement par des considérations sociales n’ayant rien à voir avec le domaine surnaturel. Ils sont encouragés alors que des personnes consacrant déjà une grande part de leur vie à Dieu sont jetées à la porte sans ménagement.

Et en discutant avec mes collègues du catéchuménat, j’ai appris qu’ils avaient été plutôt stimulés par mon intervention que rebutés et effrayés. En fait, le niveau de culture spirituelle est proche de zéro au départ, alors ce n’est pas difficile d’intéresser les gens. Loin de les déstabiliser, ils avaient été enrichis par la diversité que je pouvais apporter. Non contents de m’avoir mis dehors de ces réunions suite à une seule plainte, le prêtre s’est permis une intrusion directe dans ma vie privée et s’est autorisé à proférer des remarques déplacées (d’après lui nous ne formions pas une famille !) qui ont mis fin mon projet de chorale ainsi qu’à mon baptême prévu en Avril (la mère de ma petite fille a aussi préféré y renoncer). Il lui paraît inconcevable que nous vivions chastement pour éduquer notre enfant et que nous ne souhaitions pas nous marier. Malheureusement, ce genre d’attitude autoritaire semble donner raison à Eugen Drewermann et à ses thèses sur les « fonctionna ires de Dieu ».

J’ai essayé de jouer le jeu comme j’ai pu mais au final le résultat est effroyable et donne envie de prier pour cette Eglise privée de grâces. Je ne donnerai là pas mon temps et mon argent pour rien, pas plus que je l’ai donné pour faire construire des centres à des lamas tibétains exilés, ou pour renforcer la puissance d’une indienne charismatique nommée Amma qui ne se fait rien moins que passer pour Dieu ! Les ministères du Christ sont « juste » ses représentants, mais cela suffit pour rendre les gens incapables de voir leur propre misère et leur propre souffrance. Ils organisent ainsi leur propre enfer, avec la complicité et même l’aval des chefs. Quand cela va-t-il changer et va-t-on instruire réellement les fidèles ? Quand va-t-on remettre les lectures des sains au goût du jour plutôt que faire l'apologie d'une sorte d'écologie et de philosophie du bien-être déguisée en spiritualité ?

De mon point – de - vue, je suis plutôt heureux d’être mis à la porte d’une institution qui semble incapable de voir ce que les gens peuvent apporter et je le remercie de me rendre un temps précieux. Mais pour l’Eglise, ce corps vivant censé être l’œuvre du Christ et la Mère universelle des âmes, je ne comprends pas qu’elle se prive du sang neuf et des bonnes volontés. A moins que tout soit déjà écrit et que chaque religion se partage un certain nombre d’âmes ? La question mérite en tous cas d’être posée si on regarde non les théories, mais les faits.

On entend partout comme un chant de pleureuses que les églises sont vides et que les vocations manquent. Mais pourquoi ? N’est-ce pas une volonté sciemment entretenue ?
J’ai eu par ailleurs l’occasion aussi d’assister au catéchisme pour les enfants. Malgré toute la bonne volonté du professeur, il est évident que l’état d’esprit qui est instillé aujourd'hui ne donne aux enfants aucun piste sérieuse pour appréhender les mystères de la foi et de la grâce. C’est une vieille histoire, mais qui est particulièrement criante aujourd’hui. Il s’agirait plutôt de se rassurer en se disant que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes », à partir du moment où on va à la messe de temps en temps et qu’on a été baptisé, sous entendu que « Dieu » veille sur nous, un peu comme un magicien. Mais pour qu’il veille, il faut connaître son Nom et savoir le prier, donc savoir un minimum le concevoir par son intelligence en fonction des Ecritures et des vies des saints. Sinon il ne s’agit que d’une forme de superstition. Mais apprendre à prier en des termes vivants et éloquents je n’en ai jamais entendu parler, tout simplement parce que l’expérience fait cruellement défaut aux personnes chargées d'instruire les autres.

Mon ex-témoin pour le catéchuménat, baptisé depuis fort longtemps, n’a jamais pris la peine de me présenter les membres de la communauté, tout en louant avec d’autres le caractère éminemment communautaire de la vie chrétienne ! Est-ce le résultat d’une vie de prière ? Evidemment je ne jette la pierre à personne (au moins j’aurais retenu ça de mon passage chez les chrétiens) et je ne m’estime pas plus avancé ni plus astucieux que les personnes qui m’entourent. Mais aveugle parmi les aveugles, sourd parmi les sourds, vais-je suivre celui qui parle plus fort que les autres parce qu’il a une voix sonnante et trébucher à mon tour ? Celui qui prétend que tout le monde voit déjà le ciel, est-il pour autant déjà dans le ciel ? Ne vais-je pas plutôt chercher à ouvrir les yeux avec mes voisins invisibles ?
Je vous remercie pour le temps que vous avez passé à lire cette lettre et espère que d’autres personnes cultivées, ayant déjà une certaine vie de prière et motivées pour entrer dans l’Eglise auront plus de succès que moi pour apporter aux autres leurs richesses.

Je vous prie d’agréer l’expression de toute ma considération pour la sagesse que l'exercice de votre magistère ne doit pas manquer de vous apporter.

23:46 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

15/12/2013

La valeur de l'expérience et la porte de l'âme

Jalons pour une libération de l’imagination créatrice

Il y a quelque mois de cela vous disiez que c'était le bouddhisme qui était impraticable et que c'était le christianisme la solution et maintenant vous dites l'inverse !?

Plus on s’autorise des hypothèses qui sembleraient a-priori « farfelues » et on les "teste" dans la réalité et son univers de référence, plus on avance, parce que ce processus libère l’imagination qui est réduite habituellement à une portion minuscule, par rapport à son immense potentiel. C'est une méthode expérimentale et non "a-priori". Une fois une hypothèse testée, on en prend une autre, etc à l'infini. On réalise comme cela ce qui est commun à toutes les expériences : Soi, l'âme qui se perçoit elle-même et qui se reconnaît comme telle, mais qui n'est aucun chose en particulier. Pour demeurer dans le "Je suis", s'élire soi-même, pouvoir dire avec conviction je ne suis "ni ceci", "ni cela", il faut tester ceci et cela sans fin et sans relâche si on a pas de Maître comme référence. Tester veut dire agir, que ce soit dans son fauteuil en méditant ou en allant à la rencontre des phénomènes extérieurs. C'est en fait les deux faces de la même méthode : la recherche de soi. Plus l’imagination progresse, plus les hypothèses les plus étonnantes sont testées, et plus l’esprit s'élargit et devient vaste, ce qui laisse moins de terrain pour les restrictions et les limitations. Vient un moment ou le goût du "Je suis" commence à poindre, une fois admis et reconnu uniquement les expériences qui sont le produit de sa propre imagination et non "implantées" par des choses indéfinissables qui peuvent prendre toutes les formes, se parer de tous les atours ou demeurer tapies dans le noir de la nuit. C'est "l'écran" qui permet à la Lumière de se révéler.

J’ai découvert des livres extra-ordinaires de Zacharia Sitchin, suite à mes recherches sur le phénomène O-V-N-I, après avoir déduit que le monde des « saints » chrétiens était entré en « collision » avec le notre après mes méditations sur le sujet. Il est évident pour moi aujourd'hui qu’ils ne vivent pas dans le même espace-temps, mais je n'accrédite pas les "raisons "invoquées" par l'Eglise. Cela ne colle pas du tout avec le tableau que j'ai sous les yeux, les récits des saints et les témoignages rapportés. La « version » officielle, c’est qu’ils vivent dans la "sphère" du Dieu unique qui est amour. Mais j’ai pu constater que chaque tradition a sa propre sphère, et elles ne communiquent pas forcément dans le multi-vers infini. Et que cet amour soit-disant universel est bien partiel, souvent aveugle, fauteur de trouble et de violence malgré toutes les belles déclarations et les jolies histoires. Pourquoi ?


Depuis l’aube de l’humanité, personne ne veut admettre et ne dit clairement que "son" Dieu est le miroir de son âme, et non quelque chose d'extrinsèque inconnaissable par nature. A part quelques mystiques, mais qui sont quand même assez ambigus. Or, ce sont bien les dieux qui ont importé le modèle de la guerre chez les humains contrairement à ce qu'on veut nous faire croire. L'exemple vient d'en haut, car toutes les branches sont connectées aux racines. Les racines reptiliennes de notre violence ne viennent pas de nulle part, car notre ADN semble avoir été modifié pour perdre ses capacités innées supportant biologiquement le potentiel créateur. Les chroniques anciennes rapportent des faits réels qui s’étalent sur des centaines de milliers d’années, voire des milliards d’années. Ce ne sont pas des broderies mais le résultat de l’intervention incessante des dieux dans les affaires humaines. Autrefois, personne ne songeait à remettre cela en cause, car c'était une perception, comme une pomme ou un ordinateur. Au fil du temps, cette perception a disparu et les témoignages d'autrefois sont relégués dans la catégorie du "mystérieux inconnu" et de l'"étrange" (Robert Charroux). Pourtant, toute l’histoire de l’humanité se résume à apprendre à se libérer des dieux usurpateurs, pour retrouver le Vivant créateur en soi.

 
Dans chaque religion (excepté quelques « folklores » africains ou d'autres religions d’allure « chamanistes»), les dirigeants font exprès de couper notre mémoire à très long terme en simplifiant et en détournant l'histoire de son sens, afin d’enfermer une créature supposée misérable dans un dogme étroit et une borne mentale minuscule : l’esprit est confiné dans une boîte noire et le corps étouffe. C'est la révolte, mais l'adversaire est mal identifié.


Le schéma implantatoire des dieux extra-terrestres est toujours le même : la créature n’est rien par elle-même et tout va lui venir d’un Dieu extrinsèque. Tout vient de l'Initiateur et rien ne peut être fait par soi. En réalité, c’est le paradigme contenu dans  « l’implant extra-terrestre » qu'on a reçu en héritage, consistant à attendre que quelque chose vienne du « dehors » pour nous éclairer et nous illuminer. Ce schéma est inscrit dans nos neurones, dans notre langage, partout dans et autour de nous. Et le monde probable des "êtres pucés" qui nous attend n'est que la version sensible de cette réalité énergétique sous-jacente.


A cet égard, il est très intéressant d’étudier la phénoménologie des apparitions extra-terrestres à travers l’histoire et pas juste aujourd’hui, car on s’aperçoit de la connexion réelle avec un grand nombre d’expériences mystiques (cf « Rencontres avec le divin » de Zacharia Sitchin qui reprend les épisodes de l'Ancien Testament et aussi cette analyse étonnante des « apparitions » de Fatima, véritable machination ; on pourrait étendre ces réflexions à bon nombre d'autres prétendues apparitions de la « Vierge » qui diffusent toujours le même genre de message désespérant et impersonnel - Ovnis et le "Miracle" de Fatima). Jung l’avait pressenti en son temps dans son étude sur les soucoupes ("un mythe moderne"), mais l’analyse actuelle du dossier avec tous les éléments est très riche et instructive.


Du point de vue métaphysique, se donner aux dieux extra-terrestres est sous-tendu par la croyance que la créature n’a pas d’être par elle-même, et que cet "être" lui est donné de l’extérieur (l'image - archétype est le baptême), ce qui la fait « naître » soudainement, là où elle n’était rien avant à part un pur néant. Mais qui donne l’être ? Ce n’est certes pas le Dieu Parfait et très Bon, mais un artefact, un être omnipotent dans sa sphère qui se fait passer pour Dieu comme il y en a tant. Le problème, c’est qu’ils sont tous en concurrence les uns les autres. Et donc ça barde au ciel comme sur la terre, car ils veulent s’arracher les créatures terrestres pour les réduire en esclavage en les mettant sur leurs listes ! Après les parents font la même chose avec leurs enfants humains et exercent sur eux le même genre de chantage.

 
Il suffit de consulter les chroniques célestes et terrestres à tous les niveaux pour s'en aviser. Il n’y a jamais eu de « paix » dans l'univers au sens où on l’imagine platement. Le cosmos est le théâtre d’une lutte incessante entre la « Haine » et l’ « Amour », avec quelques plages de repos. On peut appeler ça « impermanence », conflit perpétuel, métamorphose incessante. Quelle que soit la désignation, le fait n’en demeure pas moins toujours le même.


Car le contraire de la Guerre généralisée et du Chaos (nos deux guerres mondiales ne sont que le lointain écho d’immenses guerres cosmiques ; les archives de la terre portent les stigmates de maintes catastrophes qui ont marqué et scellé la mémoire des peuples, lui infligeant maints traumatismes qui expliquent leur enfouissement dans les limons de la psyché collective), ce n’est pas un pseudo-monde paix divin apporté par des entités capables de prendre toutes les formes et toutes les apparences (qui n’existe pas et n’existera jamais autrement que dans l’esprit des poètes et des manipulateurs), mais un monde où l’Etre émané a repris le contrôle et la maîtrise de son esprit : il est devenu créateur.

 
En effet, comme nous l’enseigne la kabbale authentique, l’attribut de création est partagé par la créature et le créateur. La finalité de la création, c’est que la créature qui est réceptrice au départ de la Lumière (malkhut) devienne elle-même « don » (la nature du créateur émané en Hockma - Talmud des Dix Sephiroth) et créatrice par elle-même.


L’imposture consiste à laisser entendre que seul le Créateur (l’Emanateur) peut créer et possède la primauté de l’acte à toutes les étapes du "jeu divin". En vérité, le Créateur est pur don, mais une fois le don réalisé il ne peut plus reprendre ce qu’il a donné (c’est ça qui entretient une peur constante chez les êtres, c’est la manipulation du Dieu jaloux qui menace toujours de reprendre ce qu'il a donné). Le don du créateur, ce sont les âmes. Une fois créées, elles sont des entités éternelles qui survivent à la naissance, au développement et à la mort d’univers entiers et de myriades de corps. Elles sont antérieures aux corps qu’elles projettent. Ils en sont des reflets physiques lointains et matérialisés. Notre problème c’est de nous relier à notre âme pré-existante et non de la créer. Pour cela il faut descendre aux "enfers" et renaître ensuite à la Lumière.

 
L’attribut essentiel de Dieu c’est le don. Mais aucune forme ne peut prétendre incarner ce don en tant que tel, car c’est la nature même du Rien créateur de « donner »  quelque chose. Si on applique cette logique à la Trinité chrétienne, il est clair que l’attribut essentiel du Père c’est l’Amour (le pur don), celui du Fils c’est l’Intelligence créative (comme l’explique de façon très convaincante Charles Stoffels), tandis que l’Esprit représente le « lieu » de rencontre du Père et du Fils. L’attribut du don ne peut être à mon avis celui du Fils que secondairement, parce que le Don provient nécessairement du Père à la source. Le "donnant" n'est pas le "donné".  


Ce qui empêche notre connexion avec notre âme pré-existante et vaste nous contraint artificiellement l’esprit et le corps dans une croyance déterminée. A la limite, on peut se demander si Jésus a bien existé, physiquement parlant, car il y a quand même des choses plus qu’étranges dans cette affaire qui vont dans le sens de la manipulation collective par une "réalité holographique" projetée intentionnellement pour conduire des masses dans un sens voulu. Le simple fait que le chroniques romaines et juives de l’époque ne parlent même pas de ce Jésus, et que la constitution des écritures semble un montage réalisé de toutes pièces suffit à donner des doutes à n’importe quel esprit un peu rationnel. Celse l'avait bien vu dans sa critique des chrétiens au premier siècle. En fait, l’histoire de Jésus paraît être une sorte de « Roman dharmique » qui a été « collé » sur les faits sensibles afin d’ « orienter » la réalité dans un sens donné voulu pour influencer le plus de monde possible avec une histoire holographique fascinante, puisqu'elle joue sur l'anthropophagie fondamentale de l'être humain (toujours refoulée) et l'image mythique du sacrifice rédempteur.   (Le plus grand secret de David Icke)

Vouloir implanter dans l’esprit humain l’hologramme du « Dieu Sauveur » est une longue pièce en plusieurs épisodes, dont on peut remonter les étapes une par une. Cela permet un contrôle aisé de l’esprit humain par une multitude d'entités qui s'entendent à ce jeu là. Dans l’histoire, l' « invasion » de notre espèce a sans doute bien eu lieu, pas juste sut un plan psychique, comme le montre Zacharia Sitchin dans la série de ses douze ouvrages consacrés au sujet. Même si on peut être légitimement dubitatif sur la validité des « faits » historiques rapportés et tirés du déchiffrement d'obscures "tablettes" cunéiformes, la logique du processus d’ensemble paraît vraiment coller aux faits et à ce qu’on observe autour de soi comme résultat. Tout est interdépendant si on sait relier les phénomènes entre eux : théogonie, cosmogonie, psychologie et sociologie. On peut partir du fait que l’esprit humain maintient une croyance étouffante envers et contre tout (la lumière vient du dehors et je dois rester passif pour la recevoir : ce schéma est récurrent), alors qu’elle n’apporte que misère et drame. La question est : d’où vient cette croyance ? Qui l’a implanté ? Pourquoi est-elle maintenue ? Par qui ? A qui profite le crime ? Que suis-je ?


Il suffit d’appliquer la logique, et on en arrive immanquablement à la cause. Le résultat rien à voir avec la « paranoïa » ou un esprit de « conspirationniste » de bazar (qui sert à discréditer la valeur de la découverte), mais avec l’application d’une logique élémentaire. Il y a bel et bien eu une modification volontaire du « plan » de l’ « Emanateur » primordial pour que les créatures terrestres ne puissent pas se relier à leur âme. Les "messagères de l'Aube" ont sans doute raison. Des dieux, qui s’allient momentanément, se font en suite la guerre, se font entre eux toutes sortes de tractations, essayent de piller les ressources de l’être de la terre et de ses habitants depuis que la terre est terre. Là où je ne rejoins pas David Icke, c’est qu’il pense que la « conspiration » est unifiée. En vérité, c’est aussi la somme d’intérêts divergents dans un univers baroque et protéiforme. C’est pour ça que la fin du monde n’est pas pour demain à mon avis et que le plan n’aboutira jamais, en raison de la division des prédateurs.


Lorsqu’on accepte ce paradigme dans son esprit avec ses corollaires (invasions de la terre, catastrophes à répétitions, traumatisme mémoriel, histoires réelles et non métaphoriques de fricotages entre dieux et humaines, etc….) même s’il contredit tout ce qu’on apprend habituellement, soudainement tout change et tout s’éclaircit : la mémoire cachée à long terme revient et on trouve enfin une « porte d’entrée » avec son âme, la connexion temporelle. Tout nous pousse dans notre monde à nous percevoir sur des durées courtes. Le point culminant ce sont les "bits" évanescents d'information. Or, l’âme n’a « pas d’âge » d’une certaine façon. Donc en concevant des imaginations qui portent sur des durées immenses, on crée dans son esprit un des attributs de l’âme : la longue durée. C'est lui qui nous sert d'entrée. Peu importe que ces imaginations soient objectivement « vraies » ou « fausses ». L’important c’est qu’elles correspondent à la création de canaux nouveaux, porteurs d’informations et de lumière.

La valeur de l’expérience, qu’elle soit interne ou externe, c’est d’être porteuse et créatrice d’information. Tel est en substance le message des « Pléiadiens », ces messagèrs de l’Aube annonciateurs de l’Aurore naissante (Les Messagers de L'Aube de Barbara Marciniak). Le défaut du « néo-vedanta » actuel, c’est de ne pas donner d’informations propres à changer notre cerveau et notre perception. Il ne suffit pas de marteler à tout bout de champ qu’on est créateur pour qu’on le devienne. Pour devenir créateur, il n’y a pas trente-six solutions, il faut créer un réceptacle, un Vaisseau suffisamment vaste pour coordonner une masse d’informations en mouvement et en devenir perpétuel. Lire est un excellent moyen parmi d'autres, si on sait coordonner entre elles les informations et les idées disparates comme dans un organisme vivant. Autrefois, certaines cultures traditionnelles étaient capables d’informer les peuples des réalités surnaturelles. Il reste aujourd’hui un ultime Pôle qui a encore en lui et qui porte le message de l’amour. Credo Mutwa (descendre un peu pour trouver ses vidéos et son étonnant témoignage sur les extra-terrestres et les humains) est-il un des ultimes témoins conscients et en vie de l’histoire réelle de notre humanité ?

18:47 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/12/2013

L'oeil ne doit pas essayer de se voir

Si l'homme reste bête, c'est parce qu'il a toujours (après la chute) été soumis à des peurs animales de base, et que malgré tous les pseudos-éveil à la con, les pulsions du vital sont bel et bien là, et que démultipliées par la technologie elles ont créé un enfermement terrifiant. A partir du moment où on est convaincu que nous avons utilisé nos puissances pour aller à rebours de Dieu

 
Justement je ne suis pas du tout convaincu que ça soit l'effet d'un quelconque péché originel, mais plus d'une intervention extérieure. En effet c'est ce que montre l'histoire d'après moi. Quand on voit l'impact des européens sur les amérindiens, rien n'empêche de penser qu'il nous est arrivé la même chose en tant qu'espèce, qu'une autre plus évoluée a pensé qu'on ferait de bons esclaves etc... J'ai lu un channelling assez intéressant (surtout comparé à des dizaines d'autres qui sont n'importe quoi), je te le joins, tu connais peut-être. ça explique que notre ADN a été mis sans dessus dessous, et je le crois aisément, ainsi que la plupart des autres choses qu'ils disent, parce que ça correspond complètement à mon expérience. Je veux dire par là que les "effets"  et les faits correspondent à ce que j'observe, évidemment pour ce qui est de la théorie explicative je ne sais pas si c'est juste. Mais après tout, qu'on parle d'ADN qui se recompose ou des thèses de Damakirti exposées par Kelsang Gyatso, c'est la même chose qui est décrite. Leur théorie est totalement bouddhiste à la base, à savoir que c'est toujours la conception qui crée la réalité, et que leur channelling est simplement venu modifier des conceptions sans prétendre être la vérité vraie. En somme ils se présentent comme les héros d'un roman dharmique. Et je ne vois pas pourquoi la modification de l'ADN serait un truc plus fou que les Rinpoches qui traversent les murs.
Par contre je vois bien que cette entreprise de modification de paradigme ne peut marcher qu'au niveau où les personnes se trouvent. Une personne qui n'aurait pas entrepris de longue date un travail consistant à générer des cognitions valides avec la méthode exposée par KG, va juste se retrouver avec un mental modifié. Ou plus exactement, en fonction de ce qu'elle aura réussi à rendre réceptif chez elle, ou pas, le message sera correctement reçu, ou partiellement, ou la rendra cinglée etc... 
Tout ce qu'ils disent peut être interprété dans 2 sens, un sens droit et un sens tordu. Par exemple quand ils disent qu'il faut s'aimer soi-même on voit facilement comment ça peut être mal interprété, pourtant c'est fondamentalement vrai. Quand ils disent aussi que la sexualité est le meilleur moyen qu'on ait à notre disposition pour se réaliser dans le bon sens, c'est aussi ce que j'ai constaté (mais il faut voir ce qu'on font la majorité...). Et quand ils disent que les églises ont tout fait pour couper les gens de ce moyen, c'est clairement vrai aussi. Maintenant je ne dis pas que les tantras c'est bien pour les gens. Je dis plutôt qu'il y a un truc à détordre dans leur corps énergétique, et qu'une fois détordu, tout devient simple. 
 
Je suis effaré de voir mes propres carences, et ma propre incapacité à ne pas sombrer dans des trous noirs liés aux besoins de base, à certains moments ponctuels, c'est comme si Dieu ça n'avait plus aucun sens. Mais comment pourrait-il en être autrement, puisqu'il y a des trous dans le véhicule ? Et ça c'est pas de la théologie, c'est parfois le "quotidien", l'assaut donné par les besoins primordiaux qui réclament leur pitance...
>
Il me semble que c'est parce que tu juges, ce qui crée une sorte d'effet larsen de retour sur soi qui est précisément le truc tordu. Quelque part, il faut renoncer à se regarder soi-même, ce qui n'empêche pas de constater les effets de sa connerie. D'après mon expérience, la bonne direction c'est de se regarder en tant que reflet dans le monde et jamais directement, c'est sans doute l'histoire de la Méduse qu'on n'a pas le droit de regarder en face. Par exemple si on se demande comment les autres nous perçoivent, on est foutu, car on est en train d'essayer de se voir directement (l'oeil qui essaie de se voir), et ça crée une horrible torsion métaphysique. Par contre, si on définit que soi, c'est son regard sur le monde, là ça marche : tel que je vois le monde, c'est ce que je suis. Les soufis diraient aussi : tel qu'on conçoit Dieu, c'est ce qui nous révèle.
Les gens se trompent presque tous de direction, mais une fois qu'on a compris le truc, cette horrible sensation de péché originel disparaît, parce qu'on fait disparaître l'effet larsen gravitationnel qui crée le trou noir. Il faut totalement renoncer à se regarder soi-même, accepter d'être pour soi-même un parfait inconnaissable. 
En terme d'auto-psychanalyse, ça revient à cesser de se dire "ai-je bien agi ? ai-je mal agi ?", ce qui n'est jamais loin de "qu'est-ce que les autres vont penser de moi", mais plutôt à se plonger dans le sentiment qu'on a, jusqu'au bout. Puisque le sentiment est un reflet. Comme je l'ai dit, on a le droit de contempler tout reflet qu'on projette, mais jamais de chercher à savoir "qui" projette. Tu vas me dire "c'est le contraire du Je suis". Ben en fait, non. Il faut chercher le Je suis dans sa projection, mais jamais directement. Le Je suis est sa projection précisément. C'est ce que Dieu a compris quand il a fait la création. Il a compris que s'il essayait de se voir lui-même en tant que tel, il finirait pétrifié... Quand on se contemple dans les reflets, on accède à l'état naturel, ce qui est derrière. On voit le miroir.

 

>Oui, pour ton diagnostic, les religions versées dans une outre sale ne permettent pas que le résultat soit bien propre, et tout ce que nous touchons impurement nous le faisons tourner. Mis vu d'où nous partons, et que nous sommes à des millions de lieues de pouvoir mettre en pratique (surtout quand le collectif devient de plus en plus coercitif en tirant vers le bas)
 
Il tire vers le bas si on se branche sur lui. Sinon, il n'a pas d'influence (en tant que mode de perception impure, pour le contenu bien sûr on le perçoit, mais la vraie chose importante c'est le mode de perception).

17:53 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/12/2013

Les élus, les dieux et les hommes

Il me semble que certains êtres sont littéralement « prédestinés » dans leur vie terrestre, ce qui les dispense de trop se poser de questions. Si on baigne de naissance dans un autre monde fait de félicité, de sens et de pouvoir, pourquoi s'en faire  et sonder le mystérieux inconnu et les secrets des autre dieux ? Les membres de la "race des dieux" sont inscrits dans des « listes d’élus » et pris en charge pas leurs « dieux ». Ces dieux peuvent être connus sous les noms publics de Jeovah, Allah ou même Jésus, la Mère divine, ou prendre la forme d’autres entités connues et inconnues. Ce sont des êtres dotés d'une volonté propre et qui influencent le cours d'univers entiers. Il en existe à mon avis des milliards.

Ils ont tous la capacité de se faire passer pour « Dieu » lui-même (vu la naïveté et la bêtise insondable des êtres humains), le "Parfait et le Très Bon" qui se tient au-dessus de la mêlée mais qui est silencieux et non agissant, source de toutes les qualités et de tous les univers, et d’usurper son titre. De toutes façons sa nature est la non-intervention, la béatitude et la paix qui transcendent tout. La palme revenant au Dieu des chrétiens qui se fait nommer le « Dieu vrai » et prétend éclipser tous les autres ! Il est vrai qu’il a réalisé sa propre mutilation et son auto-sacrifice (il s’est scindé en trois personnes) pour faire ce qu’aucun autre Dieu n’avait pu même envisagé, même Odin qui aime pourtant le sang frais : partager l’ignorance des êtres en se livrant aux ténèbres. Le malheureux Fils a donc du souffrir une Passion sans équivalent dans l’histoire, afin d’amener la Lumière pour certains hommes. Mais le problème c’est qu’au final cela ne change rien à notre condition si on est pas inscrit de facto sur une liste de prédestiné.

Jean-Paul Sartre dans un tout autre contexte a écrit des lignes fort pertinentes qui éclairent notre condition.

"L'existentialisme n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt : même si Dieu existait, ça ne changerait rien ; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyons que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence ; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action, et c'est seulement par mauvaise foi que, confondant leur propre désespoir avec le nôtre, les chrétiens peuvent nous appeler désespérés."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'existentialisme est un humanisme)


Même si "Dieu" existe, et là est toute la nuance concernant l’hypothèse de son existence ou de son absence, s’il ne nous a pas inscrit sur son « livre de vie » cela ne changera à notre affaire et à notre vie. C’est là où se situe le nœud gordien pour les chrétiens et pour toutes les religions. On laisse des misérables, des orphelins des Dieux, croupir dans des cercles de religieux qui radotent sans fin, alors qu’ils n’ont rien à y faire. On comprend que des esprits forts comme Lucifer ou Nietzsche se soient révoltés : le "plan" laisse des êtres à la traîne sans raisons valables. Est-ce juste en fin de compte ? Car la vie des non-prédestinés est d'un genre inférieur, limitée et souvent gâchée, et personne ne prend la peine de dire que l'affaire est sans avenir. Mieux : tout est fait pour maintenir le statut quo, afin qu'il n'y ait pas de remous et de vagues dans l'univers. On fait mijoter les esclaves dans l’espoir qu’un jour ils iront au paradis, que cela soit celui d’Amma, de Jésus, de Bouddha et j’en passe et des meilleures, en leur imposant des règles toutes plus bêtes les unes que les autres qui les font s'entredéchirer.

En vérité, les règles fonctionnent et ont un sens quand un Dieu particulier a jeté son dévolu sur l’âme qu’il a créée précédemment. Alors la « règle » est une restriction indispensable à la descente de la Lumière, l'irruption soudaine de la Grâce et la stabilisation de la Félicité. Toutes trois s’éploient généreusement sur celui qui a été choisi volontairement. Les chroniques des saints abondent dans ce récit redondant. Si un écran n'est pas instauré, l'élu deviendrait fou, perdrait la raison ou céderait à l’orgueil. Il doit donc subir des « nuits noires » (à la Saint-Jean de la Croix) et de sévères épreuves (comme les saints et martyrs chrétiens) pour recevoir toujours plus.  Il lui faut donc que son Dieu assigne sans cesse une limite à son chouchou qui est la « Loi » qu’il donne en même temps que sa Miséricorde, pour faire cet « écran » qui seul permet aux réceptacles de Lumière de se purifier et de s’agrandir sans céder sous la pression. C’est le témoignage de son amour. Sinon il y a risque que les réceptacles explosent comme cela arrive parfois (je crois que c’est même ça qui est arrivé à Amma car elle n’a pas fait « d’écran » au nombre et à la folie de ses disciples et s'est prise pour le Dieu qui l'a investie). Tout cela est expliqué en détail dans la kabbale juive suivant le Ari et son interprète Ashlag.
 
Mais si un Dieu ne nous a pas mis sur sa liste, toutes ces règles n’ont aucun sens, à part venir pourrir sa vie et être un prétexte à empoisonner celle des autres. C’est toute l’histoire des religions qui perdent l'homme sans essence et sans trop de qualités à la base.
"Quand Dieu se tait, on peut lui faire dire ce que l'on veut."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)


Cela ne tient pas à une prétendue part « humaine » et trouble qui s’opposerait à une part « divine et pure », mais au fait que les gens ne veulent pas voir l’aveuglante vérité : ils ne sont rien et n’ont pas d’être, en d'autres terme pas d’âme du tout. Elle n'a pas encore été créée car aucun Dieu ne l'a créée. Ils n’entendent rien et sont aveugles. Ils manquent d’humilité et ne refusent de "voir" leur triste condition.

"Dieu est mort, mais l'homme n'est pas, pour autant, devenu athée. Ce silence du transcendant, joint à la permanence du besoin religieux chez l'homme moderne, voilà la grande affaire aujourd'hui comme hier."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Situations)

"Je me demandais à chaque minute ce que je pouvais être aux yeux de Dieu. A présent je connais la réponse : rien. Dieu ne me voit pas, Dieu ne m'entend pas, Dieu ne me connaît pas. Tu vois ce vide au-dessus de nos têtes ? C'est Dieu. Tu vois cette brèche dans la porte ? C'est Dieu. Tu vois ce trou dans la terre ? C'est Dieu encore. Le silence c'est Dieu. L'absence c'est Dieu. Dieu c'est la solitude des hommes. Il n'y avait que moi : J'ai décidé seul du Ma l; seul, j'ai inventé le Bien. C'est moi qui ai triché, moi qui ai fait des miracles, c'est moi qui m'accuse aujourd'hui, moi seul peut m'absoudre ; moi, l'homme. Si Dieu existe, l'homme est néant ; si l'homme existe... "
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon Dieu, acte 2)
 

Mais là où l’affaire se complique, c’est qu’on peut « réaliser » au moins en partie son néant d’être (donc acquérir un minimum d'humilité), mais ce n’est pas pour autant que Dieu va se pencher sur notre cas et nous susurrer tendrement des mots doux à l’oreille. Alors il ne reste plus qu'à poser un soit-disant "libre choix" dans le néant du monde sensible, de se "projeter" dans un avenir illusoire. Pendant ce temps, Dieu est occupé ailleurs. Avec les membres de sa « communauté des saints », il aime se faire connaître d’eux toujours plus intimement et n'en a rien à faire de nous. Pour nous autres cela sera toujours zéro, encore zéro et éternellement zéro, alors que pour les êtres prédestinés c'est la béatitude éternelle. Bref ce qu'on appelle l'enfer, l'absence de Dieu et de l'être. Comment ne pas se révolter ? 

"Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)

A partir de là, on comprend aisément comment des sentiments de haine et de revanche sont générés chez les « réprouvés », qui sont d’autant plus aigris qu’ils imaginent que la récompense est proche. J'ai autour de moi une personne qui souffre tragiquement de cette situation. Mais à chaque pas en avant, elle ne fait que s’éloigner un peu plus de son but. C’est une situation dramatique qui pousse à la compassion, mais ces personnes refusent de voir la vérité en face, qui est assez cruelle il est vrai. Alors pendant que les dieux font la fête avec leurs élus et convolent en "noces chymiques", les êtres englués dans le samsara pleurent et travaillent pour rien, tout en jalousant dans leur folie d'autres réprouvés qu'ils s'imaginent privilégiés. Mais à qui profite ce crime organisé ?
 
"Le désordre est le meilleur serviteur de l'ordre établi. [...] Toute destruction brouillonne, affaiblit les faibles, enrichit les riches, accroît la puissance des puissants."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)

Comme le salut ne se produit pas et se fait attendre (on attend toujours Godot...), alors la haine et la malveillance des gens augmentent en proportion de la frustration, ce qui rend l’atmosphère proprement irrespirable dans les cercles spirituels infestés par le mensonge. Il y a l’idée insensée que le groupe est « élu » et que tous ses membres vont monter mystérieusement vers le ciel pour une Ascension. Peut-être une soucoupe volante ou autre chose d'infiniment improbable... Mais dans les faits concrets, dans la vie quotidienne, rien de tout cela ne se produit, et on se retrouve dans la situation d’Antoine Roquentin dans la nausée qui ne peut sortir de lui-même, de sa pensée et de son néant d’existence.

« La chose, qui attendait, s'est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j'en suis plein.- Ce n'est rien : la Chose, c'est moi. L'existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J'existe.J'existe. C'est doux, si doux, si lent. Et lége r: on dirait que ça tient en l'air tout seul. Ça remue. Ce sont des effleurements partout qui fondent et s'évanouissent. Tout doux, tout doux. Il y a de l'eau mousseuse dans ma bouche. Je l'avale, elle glisse dans ma gorge, elle me caresse - et la voila qui renaît dans ma bouche, j'ai dans la bouche à perpétuité une petite mare d'eau blanchâtre - discrète - qui frôle ma langue. Et cette mare, c'est encore moi. Et la langue. Et la gorge, c'est moi.

Je vois ma main, qui s'épanouit sur la table. Elle vit - c'est moi. Elle s'ouvre, les doigts se déploient et pointent. Elle est sur le dos. Elle me montre son ventre gras. Elle a l'air d'une bête à la renverse. Les doigts, ce sont les pattes. Je m'amuse à les faire remuer, très vite, comme les pattes d'un crabe qui est tombé sur le dos. Le crabe est mort : les pattes se recroquevillent, se ramènent sur le ventre de ma main. Je vois les ongles - la seule chose de moi qui ne vit pas. Et encore. Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant - on dirait un poisson, s'il n'y avait pas les poils roux à la naissance des phalanges. Je sens ma main. C'est moi, ces deux bêtes qui s'agitent au bout de mes bras. Ma main gratte une de ses pattes, avec l'ongle d'une autre patte ; je sens son poids sur la table qui n'est pas moi. C'est long, long, cette impression de poids, ça ne passe pas. Il n'y a pas de raison pour que ça passe. A la longue, c'est intolérable... Je retire ma main, je la mets dans ma poche. Mais je sens tout de suite, à travers l'étoffe, la chaleur de ma cuisse. Aussitôt, je fais sauter ma main de ma poche ; je la laisse pendre contre le dossier de la chaise. Maintenant, je sens son poids au bout de mon bras. Elle tire un peu, à peine, mollement, moelleusement, elle existe. Je n'insiste pas : ou que je la mette, elle continuera d'exister et je continuerai de sentir qu'elle existe ; je ne peux pas la supprimer, ni supprimer le reste de mon corps, la chaleur humide qui salit ma chemise, ni toute cette graisse chaude qui tourne paresseusement comme si on la remuait à la cuiller, ni toutes les sensations qui se promènent là-dedans, qui vont et viennent, remontent de mon flanc à mon aisselle ou bien qui végètent doucement, du matin jusqu'au soir, dans leur coin habituel.

Je me lève en sursaut : si seulement je pouvais m'arrêter de penser, ça irait déjà mieux. Les pensées, c'est ce qu'il y a de plus fade. Plus fade encore que de la chair. Ça s'étire à n'en plus finir et ça laisse un drôle de goût. Et puis il y a les mots, au-dedans des pensées, les mots inachevés, les ébauches de phrases qui reviennent tout le temps : "Il faut que je fini... J'ex... Mort... M. de Roll est mort... Je ne suis pas... J'ex..." Ça va, ça va... et ça ne finit jamais. C'est pis que le reste parce que je me sens responsable et complice. Par exemple, cette espèce de rumination douloureuse : j'existe, c'est moi qui l'entretiens. Moi. Le corps, ça vit tout seul, une fois que ça a commencé. Mais la pensée, c'est moi qui la continue, qui la déroule. J'existe. Je pense que j'existe. Oh! le long serpentin, ce sentiment d'exister - et je le déroule, tout doucement... Si je pouvais m'empêcher de penser! J'essaie, je réussis : il me semble que ma tête s'emplit de fumée... et voila que ça recommence :
"Fumée... ne pas penser... Je ne veux pas penser... Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c'est encore une pensée."
On n'en finira donc jamais?

Ma pensée, c'est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m'arrêter. J'existe par ce que je pense... et je ne peux pas m'empêcher de penser. En ce moment même - c'est affreux - si j'existe, c'est parce que j'ai horreur d'exister. C'est moi, c'est moi qui me tire du néant auquel j'aspire : la haine, le dégoût d'exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m'enfoncer dans l'existence. Les pensées naissent par derrière moi comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête... si je cède, elles vont venir la devant, entre mes yeux - et je cède toujours, la pensée grossit, grossit, et la voilà, l'immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence. (...)
Je suis, j'existe, je pense donc je suis ; je suis parce que je pense, pourquoi est-ce que je pense? je ne veux plus penser, je suis parce que je pense que je ne veux pas être, je pense que je... parce que... pouah ! » (Jean-Paul Sartre / La nausée)

 
Toute autre est la situation des êtres inscrits sur une « liste » dans l’éternité, comme on peut le voir en lisant des bio de saints dans toutes les religions (Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extra-ordinaires dans la vie mystique). Ils ont des signes précis de leur prédestination depuis l’enfance et leur vie s'accompagne de manifestations miraculeuses, car ils vivent dans un autre monde, qui n'a que des petites intersections avec le notre que nous croyons partager avec eux. Par exemple, des anges viennent leur parler, ils leur disent ce qu’ils doivent faire, leur donnent souvent une « mission ». Ce n’est pas un effet spécieux de l’imagination, mais la façon dont le Dieu en charge d’une certaine âme joue avec cette âme pour l’éprouver et entrer en union avec elle. Cela peut aller loin : Saint-Michel n'hésite pas à trouer les têtes pour ceux qui ont la tête un peu dure. Ainsi, l’histoire que le Dieu nous a montrée avec son enfant est-elle toute entière amour, jubilation et suavité, même dans les épreuves les plus difficiles et les plus rocambolesques. Tout fait sens pour renforcer le sentiment d'appartenance de l'âme à celui qui l'a créée.  

"[...] un élu, c'est un homme que le doigt de Dieu coince contre un mur."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)
 

Ce qui compte dans la vie du saint, ce n’est pas le contenu des événements qui se passent sur la terre. C'est qu’ils lui servent de « matière », de « base » pour établir une relation d’amour indéfectible avec son Seigneur. Ce sont les naïfs qui pensent que Dieu donne des « missions » pour des missions, pour les autres que le Saint lui-même. Il peut agir comme il veut avec ses élus, car il peut tout. La France aurait pu être délivrée autrement des anglais que par les moyens invraisemblables déployés par Jeanne-d’Arc (en suscitant par exemple un Napoléon avant l'heure), mais son Dieu a voulu jouer avec elle d’une certaine façon, parce que c’est ça qui lui plaisait, même si les procédés sont extravagants. Mais il aurait pu s’y prendre autrement, et Allah ou Heruka auraient sans doute procédé tout autrement...

L’essentiel c’est donc d'établir et de faire fructifier la relation d’amour (l’effusion de l’Esprit procédant du Père et du Fils) entre l’élu (le Fils) et le Père (le Dieu de l’élu). Le contenu de cette relation est juste un prétexte pour que l’amour se déploie en une relation vivante et personnelle. C’est aussi ce qu’éprouvent les personnes dite « libérées » en Inde. Ce ne sont pas les témoins neutres et détachés d’un monde vide en soi, mais les acteurs engagés dans une relation pleine et entière avec leur dieu sur le terrain du monde qui est devenu le miroir pur (et parfois impudique) de leurs ébats avec lui. Mais comme cette vision est privée, il n’y a pas de problème, elle reste secrète et les idiots sont dupés.   

Evidemment tous ceux qui ne vivent pas une telle relation "chérubinique" et envient cette relation sont persuadés que l’important c’est que Dieu fasse telle ou telle chose sur terre. Ils « littéralisent » pour ainsi dire Dieu, espèrent le faire entrer de force dans la trame de la réalité sensible pour masquer leur vide existentiel. C’est un phénomène de « saisie » au sens propre. Cela produit une regrettable et tragique confusion entre "amour séraphique" qui est toujours personnel et normes de conduites standardisées communes. Le dieu d’un Elu joue simplement avec lui et se moque un peu du reste pour progresser en amour et en perfection au sein de sa relation toujours perfectible dans sa manifestation, même si elle est parfaite en essence. Le monde est bien un prétexte pour cette "lila".

Il existe plusieurs races de Dieu avec plusieurs groupes d’élus aux caractères bien affirmés et trempés, de même qu’il y a des espèces bien différenciées d’hommes communs suivant leurs qualités et leurs aspirations. Je me demande même si les hommes et les femmes appartiennent à la même espèce, je n’en suis pas certain du tout. J'habite aussi avec un être androgyne qui vient visiblement d'ailleurs et je sais qu'il existe toutes sorte de personnes très différentes capables de certains prodiges du fait de leur différence. L’imposture de l’histoire humaine consiste à nier la réalité de la nature des Dieux (alors qu’on voit bien les traces précises de leur action sur certaines personnes choisies, les saints, et leur absence chez les autres), ou à réduire cette pluralité manifeste à un « Dieu unique » qui prétend avoir le monopole et régner sur tous. En fait au ciel comme sur la terre la bataille fait rage pour créer des âmes, se partager des élus, fabriquer des mondes, assurer la continuité des processions divines, engager des milices angéliques, etc…

La vie divine est une intense activité, une profusion extra-ordinaire, qui évoque davantage une composition baroque que la supposée immuable « harmonie des sphères » (alors que la vie réelle du cosmos est faite de catastrophes, de collisions multiples, c’est un bazar sans nom). La «  vie des maîtres », ce n’est pas se rassembler calmement autour d’une table pour discuter paisiblement de l’avenir de l’humanité, mais c’est coups fourrés, intrigues, équivoques et changements permanents. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et réciproquement. Les dieux peuvent prendre toutes les formes qu’ils veulent, il est donc très difficile même pour eux de savoir ce qui se passe vraiment, alors certains préfèrent demeurer tranquilles dans les sphères plutôt que trop se mêler des affaires humaines. Mais un autre a choisi une aventure unique et s’est mutilé pour venir faire une liste spéciale et rassembler des élus…Il doit passer pour avoir des goûts bizarres.


Donc pour l’homme qui a perçu qu’il n’avait pas d’essence fixe, pas de nature pré-déterminée, qu’il n’appartenait à aucune « liste », il ne lui reste plus qu’à devenir bouddhiste.

Bouddha savait bien que la majorité de la population ne pouvait pas trop compter sur les dieux au sens théiste, alors il a ouvert un chemin permettant de créer son Dieu, une relation personnelle d’amour avec un être dont on a la vision exclusive, avec son propre esprit sans faire appel à la race des dieux et à une alliance impossible et trompeuse. Mais cette voie est extrêmement subtile et délicate. Mais au moins on a une méthode plutôt que rien, en attendant qu’un véhicule réellement adapté à la race humaine se manifeste pour elle et soit créé en connaissance de cause.

17:19 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

04/12/2013

L'obscure clarté du néo-advaita (une correspondance de MisterT)

T:
Je me permets de vous écrire ce petit mot, car de nombreuses références de Maharaj illustrent votre site, ce que je peux comprendre, son enseignement étant des plus lumineux (et plus accessible que celui de Ranjit Maharaj par exemple).
Comment vous, dans votre vision, avez-vous intégré le résultat qu'en firent certains, notamment son traducteur Ramesh Balsekar ?

N:
Merci de votre présence sur le site, ce blog permet de mettre en relief ce qui pourrait bien être "ma vision" exprimée en mots; une façon de rendre hommage à ceux qui m'ont montré la Voie.
Quant à votre question, je ne suis pas sûre de bien la comprendre. Savez-vous qu'il y a un autre site *** ? celui-ci est le partage, au plus près, de Ce qui est vécu et que j'appelle LIBERTE :)
Après votre visite sur le blog, si des questions émergent, n'hésitez pas à m'écrire.

T:
Oui j'ai bien vu deux sites (lorsque j'ai reçu l'invitation pour vous écouter en satsang), je n'ai peut-être pas été clair quant à ma question.
Bien des gens expriment cette liberté propre à l'ultime, et ma question était votre opinion, sur les raisons qui pouvaient faire que certains, vivant à l'aune de ce dont vous témoignez et dont parlait magnifiquement Maharaj, puissent dans cette liberté manifester des comportements qui en sont manifestement l'opposé.
Ramesh Balsekar, ne décrit pas autre chose que ce que vous dites, Gangaji aussi par exemple, et Poonja, de même; ils ont chacun défrayé la chronique, en finalement estimant que le prarabda karma (résiduel) justifiait que leur corps et esprit agissent, mais qu'eux n'en étaient pas concernés (au point de vue du Soi).
Ma question était, en ce qui concerne votre expérience, la manière dont vous interprétiez ceci.
J'aurais pu avoir idée de vous poser une question plus personnelle, peut-être sera-ce plus tard.

N:
Je ne connais pas les raisons de tel ou tel comportements de tel ou tel enseignant, car voyez-vous il n'y en a aucune.
IL n'y a aucune raison à rien, c'est tout simple et c'est ainsi.
Nous faisons ce qui se fait, mais nous nous plaisons à croire que nous y sommes pour qq chose ...
L'individu veut bien des choses, des causes, des conséquences, un éveil sous une forme particulière et pas une autre ...etc
Blablabla
Une liberté sous certaines conditions, ou bien opposant certains comportements à d'autres, serait-ce la Liberté ?
Mais tout ceci est philosophie :)
Il y a bien plus important  : VOUS !!

T:
Merci de votre réponse,
Pour ma part les choses sont plus compliquées, en effet ainsi que vous pouvez le voir sur le site que je vous annexe (et pour autant que vous compreniez l'anglais), voici qui peut déjà différencier les approches :
Ramesh essentially teaches what has come to be called "neo-advaita" or "pseudo-advaita"—namely, that a cognitive realization of "the Truth" (that there is only Consciousness) utterly suffices, and so there is nothing to aspire toward, nothing to do, nothing to achieve. "Understanding is all," as Ramesh and other neo-advaitins have so often declared. Whatever happens in the dream of life is "God's will," beyond our responsibility. There are really no individuals or persons who could have "free will" or function as a "doer," and therefore no freedom from conditioning or bodily identification need be striven for or can ever be achieved through effort—unless it is God's will for this to happen!
In the view of Ramesh and other neo-advaitins, the world is but a Divinely predetermined mechanism playing out mechanistically, and "you" the personality are just a part of the functioning of this mechanism. "You" have no choice or free will about any of this. Que sera, sera. What will be, will be.
By contrast, both Nisargadatta and Siddharameshvar along with Ramana Maharshi and other "real Advaitin sages" taught a subtler, more nuanced view that involves the PARADOX of effort and Grace.
http://www.enlightened-spirituality.org/ramesh_balsekar.html

Je comprends bien tout ce que vous m'avez écrit, par expérience.
Pour autant, je n'en ai pas tiré les mêmes conclusions que vous, car même dans cette stabilisation (qui n'est pas la mienne, mon état de conscience est bien plus ordinaire), il reste un individu qui expérimente le prarabhda karma. Des actions sont faites, et l'on peut prétendre qu'elles appartiennent  à la conscience impersonnelle, il n'en demeure pas moins qu'il n'y a là pas de liberté pour le "body-mind" qui en est le jouet par participation.

Du point de vue absolu, il est évident que toutes les actions sont automatiques, se faisant par elles-même. C'est du point de vue de "Dieu" en tant que l'absolu qui transcende la ligne du temps (et qui peut s'y déplacer, dans le maintenant éternel). A chaque instant, peut être connu avec certitude par l'absolu, le résultat des différents choix qui sont faits par l'entité qui croît être ce qu'elle est. D'où par ces expériences d'éveil, la vision que tout est automatique, et que tout se fait par la conscience universelle, sans individu.

Nous sommes pourtant plus ou moins libres à chaque instant du temps, en dépendance de nos samskaras et de notre ré-intégration des énergies qui nous poussent à l'illusion (la liberté totale étant par essence le privilège de Dieu).
Voilà pourquoi rien ne s'est jamais produit (à la fin du parcours de l'entité), mais sur son chemin, il se produit quelque chose, par l'action de quelqu'un.
 
Pour dire ce que vous dites, ce doit être vécu que par une personne totalement libre (du point de vue de l'incarnation du body/mind, pas du Soi). Le corollaire en est de fait le sommeil conscient, antithèse absolue de l'état d'ignorance, et criterium indiscutable de l'état intégré de cette réalisation. D'où la différence entre Maharaj et ses continuateurs.

01:19 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/12/2013

Créer son propre Dieu

En regardant partout autour de soi - livres, pratiquants et forums -, la chose qui provoque l'échec de tout le monde, c'est le manque d'amour. Si Dieu ou un maître ne nous tombe pas dessus, il est quasiment impossible de générer un amour suffisant pour servir de fondement à toutes les pratiques possibles (yoga, mantras, méditation etc). On essaie de développer, la clarté, la sérénité, la joie sans cause, la liberté... tout ça c'est assez facile au fond, mais l'amour transverbérant, ou l'amour séraphique, celui qui va dénouer le noeud du coeur, c'est si difficile que personne ne souhaite s'aviser que c'est la base de tout, le plat principal. Le reste n'est qu'une sauce qui vient agrémenter ce plat.

Cet amour, étant notre fondement même, est la chose la plus cachée au monde. Dieu le réserve à ses saints, les maîtres à leurs proches disciples. Mais on voit finalement que c'est bien ce qui est pratiqué au fond. Quand on essaie de mettre en pratique le Guide du pays de dakinis, qui explique le stade de génération tout bête, on voit bien que tant qu'on n'éprouve pas un amour surnaturel pour le bouddha dont on doit générer la terre pure, c'est absolument peine perdue, ça ne marche pas. Et puisque personne ne semble disposé à nous le donner, il va bien falloir trouver des moyens d'y parvenir, d'une manière ou d'une autre. S'il y a une chose à laquelle on doit passer des années, voire toute sa vie, c'est bien celle-là. Le reste n'est pas important en comparaison, ce sont juste les options de la voiture. Le meilleur moyen à mon sens est le roman dharmique, puisque l'amour ne nous sera donné nulle part ailleurs, ni pour Jésus, ni pour Allah, ni pour Gourou Rinpoche, ni pour Amma. Le véritable critère de cet amour, c'est que pour lui on serait prêt à se faire martyr. En-dessous, ça n'est pas la vraie chose, et cela ne nous mènera pas au but. Cela ne veut pas dire qu'on devra se faire martyr, mais que si l'être auquel on voue son amour nous le demandait, on le ferait, comme Ryndil dans la saison 8 (dans une partie non encore publiée). Ce n'est pas qu'il ait tellement le choix. L'amour le contraint, il ne peut pas vouloir autre chose.

Pour nous, nous devons donc créer un être qui nous inspire cette sorte de dévotion et l'appeler "Dieu". En fin de compte, il est probable que cet être devienne notre corps d'immortalité. En attendant nous devons faire en sorte de concevoir Dieu, et c'est l'entreprise la plus compliquée possible car c'est quelque chose qui est notre opposé sur à peu près tous les plans. On ne sait pas le temps que gagnent les saints lorsque cette chose leur est donnée. C'est vraiment une très grande chance. J'ai rencontré des tas de gens qui prétendaient avoir de la dévotion pour leur maître, mais aucun n'avait ce dont je parle au centième, sinon il serait devenu saint en quelques années. Et dans les histoires tibétaines, de disciple rencontrant son maître, on peut soupçonner assez fortement que cela est donné, vu l'attitude tout à coup très bizarre du disciple qui ne se comporte plus du tout comme une personne normale. C'est pourquoi on dit que le gourou yoga est la base de tout. On oublie simplement de préciser que s'il n'est pas donné, il est inutile d'essayer de le générer sur une base extérieure à soi, Machin Rinpoche ou yidam truc, ces images ne nous correspondent pas, par définition. On est obligé de le tirer de sa propre substance si on veut avoir une chance de réussir. Notre karma fait un gros blocage si on essaie de s'y prendre autrement.

Mais comment un Dieu qui n'existe pas va nous aider ? C'est un peu le secret de l'état humain. Dans la théorie soufie, Dieu existe en tant que tel, mais nous sera toujours inconnaissable. La seule chose que nous pouvons connaître, c'est la projection que nous en faisons. Le vrai Dieu nous donne le pouvoir créateur pour générer notre Dieu à nous, qui est le seul que nous connaîtrons jamais. Alors pour limiter cette créativité, on nous dit que Dieu c'est Jésus, ou Allah, en sorte que tout le monde est bien encadré et que rien ne sort de la norme. En effet, ce pouvoir créateur est finalement énorme, si on y réfléchit. Il faut donc le limiter par tous les moyens possible. C'est à ça que servent les religions, et c'est d'ailleurs à quoi s'appliquent les entités qui sont les chefs de chaque religion. Il faut bien que les hommes puissent créer quelque chose pour qu'ils puissent accéder au paradis où leurs créateurs veulent les voir, mais chacun a sévèrement limité le mode d'emploi à un modèle ou deux.

Mais d'après mon expérience on peut se créer le Dieu qu'on veut, en tartiner ses murs, et avoir vraiment l'impression qu'il est là. Il y a réellement une force qui veille sur nous, et cette force prendra la forme que nous lui donnerons. Toutes les traditions le disent, à travers des dictons du style "je serai tel que tu penses que je suis". Dans le soufisme c'est dit clairement, sauf que le seule modèle possible, c'est le Prophète, ou le Cheikh.

Alors se créer un modèle de toutes pièces, ça n'est pas si facile, mais en s'inspirant de tous les autres, c'est assez possible finalement. Ensuite il faudra écrire son histoire, lui définir un certain nombre d'amis (sa "suite"), imaginer comment il est devenu Dieu, et il aura certainement son petit caractère... Ce qui modifie peu à peu toute notre perception de la réalité, et qui explique un peu mieux comment les dieux se comportent finalement. Si on connaît un peu l'âme humaine et qu'on se met à leur place, on voit vite qu'il n'y a pas 36 modes de relations possibles. Soit il s'en fiche complètement et reste au ciel, ce modèle n'a aucun intérêt, soit on arrive à un modèle de tyran parfait à la Allah ou à la Jehovah, parce que ça ne peut marcher que comme ça. En effet, ce type de Dieu veut tout donner, il doit donc obliger la créature à se créer le réceptacle nécessaire, ce qui ne peut se faire qu'en lui imposant écran sur écran (nuits obscures, souffrances et compagnie). Pour ma part, j'ai opté pour un modèle mixte, qui aime bien les martyrs, mais qui accepte qu'on reste chez soi pour pratiquer et qu'on puisse partir en corps d'arc-en-ciel, ce que les dieux des religions monothéismes n'admettent pas.

01:51 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |