13.05.2012

Saison 8 - 14

 

Journal de Ryndil.

Malgré mon impatience, j'ai attendu une journée de plus. Je me disais que si Dieu ne voulait pas me voir accomplir mon dessein, Justine parlerait à ses supérieures, qui l'enverraient simplement ailleurs, afin que je ne la retrouve pas. En lui annonçant mes intentions, j'établissais une relation intense, mais je lui laissais le loisir de m'échapper, surtout en lui laissant un jour de plus. Cela me semblait juste, et je ne contraignais pas Dieu à accomplir quelque miracle impossible pour me contrer.

Mais ce faisant, j'ai pu expérimenter l'inquiétude. Je ne pouvais pas concevoir de ne pas la revoir, et durant un jour et demi, j'ai vécu dans des tourments dont j'avais totalement oublié l'existence. De toute mon âme, je priai Dieu de m'accorder l'accomplissement de mon désir, et je me sentais défaillir à chaque fois que je m'imaginais trouver la cellule vide. Mais en un autre sens, il me plaisait de me soumettre à cette épreuve, que j'offrais à Dieu en gage de mon obéissance et de mon amour. Je sais d'ailleurs que si mon maître m'était apparu pour me demander d'arrêter là, je lui aurais obéi, car je ne rêve que de lui faire l'offrande de moi-même. C'est probablement pour cette raison qu'il ne me l'a pas demandé.

 

Lorsque je suis arrivé en vue de la petite cabane de Justine, j'ai ressenti une extraordinaire gratitude envers le Seigneur, car je sentais sa présence. Ici la pensée m'a effleuré que si j'aurais volontiers accepté d'y renoncer à la demande de mon maître, je l'aurais pris beaucoup moins favorablement si cela m'avait été imposé de façon impersonnelle par les événements. A méditer pour l'avenir.

Quoi qu'il en fut, je suis tombé à genoux dans le jardin, et je me suis prosterné face contre terre, louant la miséricorde divine comme jamais je ne l'avais fait, pleurant toutes les larmes de mon corps.

Ensuite je me suis relevé et je suis allé la trouver. Elle priait à genoux les bras en croix dans la semi-obscurité, son doux visage baigné de larmes. Quand elle m’a vu, elle s’est levée pour me faire face. Elle était très pâle et semblait très affaiblie par l'épreuve, mais elle n’a rien dit, elle connaissait ma détermination.

- Votre Jésus est resté muet, n'est-ce pas ?

- Faites ce que vous avez à faire, mais si vous n'êtes pas un démon comme vous le prétendez, vous n'ajouterez pas à mes tourments par des paroles blessantes.

- Mon intention n'était pas de vous blesser, ma Soeur, simplement de vous faire remarquer que si Jésus approuvait mes actions, il n'aurait aucun moyen de vous le faire savoir, puisqu'il lui est interdit de dire ce qui contredit la règle. Ou du moins il vous est interdit de le croire.

- Jésus ne veut plus de moi, en vous cédant je me suis rendue indigne de lui. Vous pouvez faire ce que bon vous semble, car je suis déjà morte.

- Est-ce la raison pour laquelle vous êtes restée alors que vous pouviez partir et vous échapper ?

Elle n'a pas répondu. Elle tremblait de la tête aux pieds, je ne sais si c'était d'épuisement ou de désespoir, et pourtant, bien qu'elle se crût abandonnée de Jésus, je sentais en elle une immense force intérieure. Même dans le dénuement le plus absolu, elle faisait face. Dieu avait accompli une oeuvre réellement admirable avec elle, et je lui étais infiniment reconnaissant de m'en accorder la connaissance. 

M'approchant, je l'ai dévêtue avec toute la délicatesse possible, puis je l'ai doucement allongée sur sa couche. Son corps frémissait sous mes caresses, sous l'effet simultané de son refus et de l'attirance qu'elle éprouvait. Car elle me connaissait déjà, par moi elle s'était unie à Jésus, et elle se souvenait de moi. J'ai longuement caressé son corps frêle et si tendre, et par mon souffle, je lui ai communiqué ma flamme, tout en m'unissant à elle. Elle a fini par s'abandonner dans mes bras, envahie par une félicité qu'elle ne comprenait pas. Son corps subtil était si pur qu'il ne lui était plus possible de chuter dans les excès du vital, l'énergie quelle qu'elle fût ne pouvait qu'alimenter son amour pour Dieu, mais pour elle qui avait toute sa vie considéré les unions comme la chose impure par excellence et qui en outre s'imaginait abandonnée de Jésus, ce mystère lui était inintelligible. Mais Dieu n'était-il pas le plus haut mystère ? L'amour divin coulait en elle comme un fleuve de lumière, pénétrait tous mes canaux et m'emportait dans un tourbillon extatique où se mêlaient les visions et les signes de dissolution. Ces dernières étaient si puissantes que j'ai failli en perdre conscience, mais la passion qui m'animait et mon désir de la connaître m'ont empêché de sombrer tout à fait. Je l'ai enlacée aussi étroitement que je pouvais et j'ai aspiré en moi tout son être. Alors Dieu s'est révélé à moi sous l'aspect de la Majesté et j'ai éprouvé la crainte révérentielle.

Je ne pouvais pas contenir ce que j'avais pris, c'était comme si j'avais absorbé le coeur d'une étoile, je ressentais en moi la présence d'une puissance en face de laquelle je n'étais que néant, et c'était uniquement par l'effet de son amour infini se voilant lui-même pour que je puisse subsister, que je n'étais pas consumé. Mais j'avais tout de même outrepassé. Mon être s'est fracturé sous l'effet de sa magnificence, un abîme s'est ouvert en moi et j'allais m'y anéantir sans retour lorsque j'ai senti une main me saisir. C'était la grâce infinie de la miséricorde divine, en la personne de Jésus. Il était si beau que je ne saurais commencer à le décrire. Un rayon de lumière rouge et blanc sortait de son coeur et venait m'envelopper tout entier comme si j'étais son enfant. "Tu as voulu me connaître. Me voilà". Je me prosternai. "Désormais, mon regard sera sur toi". A cet instant j'ai senti s'infuser en moi la détermination essentielle de Justine, qui m'est devenue aussi proche de moi que je l'étais moi-même. Nous étions devenus un, sans cesser d'être deux cependant. Je la connaissais, et elle me connaissait, par la grâce de son abandon. Je voyais le chemin par lequel Jésus l'avait menée comme elle le voyait elle-même, les souffrances qu'elle avait traversées, la pureté de son intention, la puissance de sa détermination, sa fidélité, son obéissance... c'était comme un torrent de lumières et de visions intellectuelles qui se déversait en moi, c'était le déploiement de toutes ses qualités, empreintes d'une forme absolument unique, le secret de sa Beauté, la façon dont Dieu se contemplait Lui-même en elle.

Quant à elle, elle a vu le chemin par lequel Dieu m'avait conduit, mais elle n'a pas supporté cette révélation, et elle a voulu mourir. C'est Jésus qui l'a ramenée, car je ne l'aurais jamais pu, incapable de mouvement ni de décision, foudroyé par les splendeurs insupportables qui se déversaient en moi.

11.05.2012

Saison 8 - 13

 

Journal de Ryndil

Cet après-midi, je suis allé voir ma petite Sœur, alors qu’elle travaillait au jardin. Je me demandais ce qu’elle reconnaîtrait de moi, mais surtout j’avais envie de lui parler, d'entrer en relation avec elle, même si elle observe un certain vœu de silence, assez relatif au demeurant si l'on en croit son journal. Elle n’a bien sûr pas droit aux visites, mais ce n'est pas un problème. Les autres Soeurs, qui ne l'aiment guère, la relèguent volontiers aux taches ingrates ou solitaires, en sorte qu'il est facile de l'aborder sans être vu par d'autres (même s'il m'est toujours loisible de manipuler l'esprit des gens en sorte qu'ils ne se souviennent pas m'avoir vu).

Je me suis assis à quelque distance, et je l’ai regardée pendant qu’elle repiquait une rangée de tomates. Elle s’acquittait de sa tache avec une diligence touchante, chacun de ses gestes était comme une offrande à son Seigneur, chaque souffle une prière. Plus je la contemplais, plus je m'en sentais follement épris, et moins je supportais l'idée qu'elle puisse ne pas me connaître. Soudain, elle s’est avisée de ma présence. D’un bond, elle s’est levée, s'approchant de moi d’un pas vif qui n'augurait rien de bon en termes de relations cordiales, et m’a giflé de sa jolie main toute pleine de terre, avec une force étonnante pour une petite femme si frêle. Stoïque, je n’ai pas bougé. Nous nous sommes regardés, comme si elle cherchait à sonder mon coeur, mais elle ne le pouvait pas car de tels secrets ne lui étaient pas accessibles, et elle m’a dit :

- Je ne sais pas ce que vous êtes, ni d’où vous venez, mais vous n’êtes pas le bienvenu. Allez-vous en, démon.

- Vous n’avez pas de chance, ma Sœur, parce que telle n’est pas mon intention" répondis-je d'une voix douce.

- Le mal que vous avez fait ne vous suffit pas ?

- Vous m'en voyez sincèrement peiné si vous le percevez comme un mal, car à la vérité, je vous ai aimée, et je veux vous aimer encore. Je vais revenir, et cette fois je connaîtrai le secret de votre âme". Je lui parlais très gentiment, ce qui ne faisait qu'ajouter à son trouble.

- C'est impossible. Vous pouvez prendre ma vertu par la contrainte ou la fourberie comme vous l'avez fait, mais mon âme n'appartient qu'à Dieu.

- Détrompez-vous, voler les âmes est le pouvoir propre de ma race. Mais rassurez-vous, je vous la rendrai.

- Je vous l’interdis !" S'écria-t-elle sous l'effet du désespoir car elle voyait que je disais vrai.

- Vous n’avez pas ce pouvoir. Mais votre Jésus le peut, bien sûr. C’est à lui qu’il faut vous adresser.

Soudain elle a fondu en larmes.

- Pourquoi me faites-vous souffrir ainsi ? Pourquoi ne me laissez-vous pas tranquille ?

- Parce que je désire vous connaître.

- Cela n’a-t-il aucune valeur à vos yeux que je ne le veuille pas ? Vous dites que vous m'aimez, mais où est l'amour dans le sacrilège que vous avez l'intention de commettre ?

- Je ne peux pas vous l'expliquer parce que vous ne pouvez pas le comprendre, mais sachez que je ne vous infligerais pas une telle épreuve si vous n'étiez pas une sainte. Cependant j'ai lu votre journal, et je sais que l'épreuve vous fortifie, loin de vous affaiblir. Maintenant, il appartient à votre Dieu de retenir ma main s'il ne souhaite pas cela pour vous. Car même si j'étais un démon comme vous le croyez, vous avez écrit vous-même que les démons ne tourmentent les saints que par la permission que Dieu leur accorde".

Elle est tombée à genoux devant moi.

- Je vous en prie...

Avez-vous une idée de la puissance des supplications d'une Sainte ? Son regard empli de larmes me transperçait le coeur, m'emplissait simultanément d'une compassion infinie et d'une indescriptible exultation…

- Vous me demandez l’impossible » fis-je en me levant : « A ce soir.

J'étais moi aussi sur le point de m'effondrer, mieux valait que je parte.

Saison 8 - 12

 

Journal de Ryndil

J’y suis retourné au milieu de la nuit, dans un état de folie avancée (que j'avais soigneusement entretenue), mais cependant très lucide, et étrangement calme. Je savais que si j’avais une chance de passer au travers de son refus, ce serait en faisant usage d'un certain siddhi propre à mon espèce, et en l’abordant dans l’état modifié de conscience qui est celui du sommeil et de ses abords, lorsque l’esprit est passif et que le rêve et la réalité ont tendance à se mêler.

Après avoir parcouru la centaine de kilomètres qui séparaient notre villa du domaine de sa Congrégation, volant au-dessus des collines, des forêts et des champs, je me suis posé sans bruit dans le jardin, foulant l'herbe d'un pas léger, et j'ai joui de cet instant. La nuit était belle, une lumière surnaturelle semblait habiter le jardin, et les odeurs des plantes aromatiques et des fleurs m'emplissaient de délices. Sa petite cabane était là, juste devant moi, et je savais qu'elle s'y trouvait, je pouvais sentir sa présence. Une brise douce et tiède caressait mon visage et mes mains, mon corps tout entier vibrait de lumière, toutes mes sensations semblaient décuplées, je me sentais divin...

J'ai poussé la porte et je suis entré, silencieusement. Elle dormait paisiblement, dans une attitude d’abandon touchante, ses beaux cheveux noirs dénoués sur son oreiller. Une épaule blanche sortait de sa mince couverture, et je devinais les courbes de son corps, souples et gracieuses, promesses d'une extase dont je ressentais largement les prémisses. Je me suis assis à ses côtés pour la contempler, les larmes aux yeux, brûlant de désir. Mon corps avait perdu ses limites et devenait un tourbillon d'énergie. C'était comme si l'univers entier se pressait pour entrer dans mon canal central, accompagné d'une chaleur intense et d'une fraîcheur surnaturelle, pour s'émaner du coeur en rayons de lumière.

Lorsque mon désir s'est trouvé au plus haut degré où je pouvais le porter par la contemplation, je me suis dévêtu et je me suis glissé sous sa couverture en exerçant puissamment mon Charme, autant qu'il m'était possible dans la mesure où mon esprit conceptuel était en train de s'abîmer dans le soleil de mon coeur. Son corps frêle et chaud comme celui d'un petit agneau a remué faiblement entre mes bras, exhalant un soupir : « Oh, mon Jésus, mais que fais-tu ? ». Je l'ai caressée à travers sa chemise de nuit, puis je l'ai dénudée, me pressant contre elle avec passion, la couvrant de baisers, à demi évanoui d'extase, buvant la vie éternelle à la coupe de ses lèvres, fou d'amour. Je sentais son énergie d’une pureté inconcevable me pénétrer de part en part, et je sentais tout mon être se dissoudre dans la beauté sublime de cette âme si totalement offerte à Dieu. Alors je me suis uni à elle, et j’ai été submergé par un océan d’extases, tandis qu'elle gémissait et soupirait entre mes bras, murmurait le nom de Jésus, se perdant en lui jusqu'aux rivages de sa pré-éternité.

Oserais-je dire que je ressortis de chez elle avec une sorte de frustration ? Cela semble impossible, et pourtant... J'avais eu la perception indubitable qu'elle ne s'était pas unie à moi, mais à Jésus, et cela ne me convenait pas, car je voulais qu'elle s'unisse à moi, et moi à elle. Durant cette expérience d'une rare intensité, j'avais eu la grâce ou la malédiction de discerner que nous avions chacun perçu le divin sous un mode qui nous était propre. Mais ce n'était pas ce pour quoi j'étais venu. Si je voulais expérimenter la claire lumière, si je voulais avoir des extases ou de visions, je pouvais m'y prendre autrement. Je voulais connaître Dieu de la façon dont elle le connaissait, je voulais connaître le secret le plus intime de son âme. Et lui faire connaître le mien, si elle le pouvait.

Depuis que Shéhérazade s'est donnée à moi, un abîme s'est ouvert en mon âme, car elle m'a donné la capacité de connaître le secret des autres (ou elle l'a révélée). Celui de Shéhérazade, en premier lieu. Mais aussi celui des autres, tous ceux dont je me suis nourri lorsque je ne pouvais pas faire autrement, mais que j'avais soigneusement choisis en fonction de leurs qualités. A l'époque, il ne m'était permis de jouir que de ces qualités. Anton m'avait rendu la potentialité d'accéder à l'Essence. Mais je veux et je peux maintenant connaître les Noms des autres, la relation qu'ils entretiennent en propre avec leur Seigneur. Folie, sans doute, mais c'est la mienne, elle est ce que Dieu m'a donné en partage.

Il y a quelques jours au cours d'une méditation, le secret du Père François s'est dévoilé à moi, j'ai ressenti dans ma chair et dans mon âme l'incandescence de sa passion pour Marie, j'ai vu la façon dont il s'était donné à elle, ce qu'il avait souffert pour Elle, l'inexprimable Beauté de Dieu se manifestant à travers lui de façon absolument singulière. Durant les semaines précédentes, j'en avais vu d'autres, moins parfaits, respectables cependant dans leur simplicité, leur sincérité. Ces secrets se sont gravés en moi à l'instant de leur mort. Je détiens le Nom de tous ceux dont j'ai pris la vie.

Depuis que j'ai accédé à la connaissance particulière du Père François, je brûle de connaître les autres Saints, mais c'est la rencontre de Justine qui m'a convaincu que je dois agir en ce sens.

Saison 8 - 11

Journal de Ryndil

Hier j’ai découvert un trésor. En me promenant dans la région, je suis tombé sur un couvent de moniales, les « Petites Sœurs de Jésus », situé sur le flanc d'une montagne à mille mètres d'altitude, au milieu des sapins et les alpages. Comme j'arrivais pile à l'heure pour la messe du soir, j'ai eu l'occasion de communier, malgré la méfiance du prêtre qui m'a demandé si j'étais bien chrétien, ce dont je l'ai assuré la main sur le coeur. J’avais certes omis de me confesser au préalable, mais enfin, mes affaires sont assez compliquées... Sans compter que je ne sais plus exactement ce qu’est un « péché ». Je sais certes ce qu’est un péché dans la lettre de cette religion, mais dans l’esprit ? Cela dit, je précise tout de même que j’ai reçu le baptême il y a quelques années à ma demande dans un culte chrétien, sur l’une des planètes ayant la chance ou la malchance d’être encore sous ma juridiction, ce qui me donne théoriquement le droit de communier. Je dis bien théoriquement, car je pense que mon baptême ne serait pas reconnu chez les chrétiens d’ici, mais si je commence à vouloir me mettre en règle, je ne m’en sortirai pas, dans la mesure où je suis déjà converti à quinze autres religions que je ne souhaite pas abandonner, ce qui ne serait pas accepté je pense.

Bref, j’ai profité du sermon pour observer l’assistance afin de sonder les cœurs, même si seul Dieu à la capacité réelle de le faire. Mais peu m’importe la capacité, je trouve mes délices dans la contemplation des âmes qui sont amies de Dieu, elles m’inspirent par leur exemple, à travers elles je participe à des mystères inconcevables. Et c’est bien en ce sens que j’ai découvert un trésor parmi ces petites Sœurs.

Dissimulée au fond de l’église, à la place la plus obscure, agenouillée derrière un pilier comme en pénitence, j’ai aperçu une jeune Sœur d’apparence misérable, pâle et chétive, enveloppée dans un pauvre vêtement rapiécé trop grand pour elle, mais dont le visage marqué par l'épreuve et les austérités rayonnait d’une lumière extraordinaire. Je l’ai contemplée longuement, surtout après la communion, mais je ne crois pas qu’elle m’ait vue, tant elle était perdue en Dieu. Elle semblait s'entretenir avec Jésus, et je me disais que j'aurais tellement aimé savoir ce qu'ils se disaient... Non par indiscrétion, mais tout simplement parce que je voyais que ces entretiens recelaient de puissantes transmissions, des connaissances particulières et des sciences qui sont les grâces que Dieu réserve à ses Saints, et auxquelles je brûle de participer à chaque fois que j'ai l'occasion de contempler l'un d'entre eux.

C'est contraire à toutes les lois de la courtoisie spirituelle, mais ce désir qui m'habite est plus puissant que toutes les lois, et je n'y peux rien. J'y suis soumis comme chaque Saint se trouve soumis à son Seigneur, au point que j'ai fini par en conclure que mon propre Seigneur est un Nom qui se révèle précisément par ce désir, et que je n'ai plus qu'à obéir, quoi qu'il doive m'en coûter. Car je soupçonne que si je commence à vouloir violer les secrets des Saints, la colère divine va s'abattre sur ma tête, ce qui sera une grâce immense si j'en crois cette parole d'un Sage : "Aurais-tu accompli mille ans de dévotion, tu n'aurais fait que payer le prix d'une heure de Sa malédiction". Par le passé j'ai souffert terriblement d'avoir pris les âmes de nombreux hommes qui avaient voué leur vie à Dieu, mais il n'y avait qu'un seul Saint parmi eux, et encore je n'ai pas vu son secret. Que va-t-il m'échoir si je vais plus avant ? Et cependant j'aime Dieu d'un tel amour que je veux Le connaître par tous les Noms par lesquels Il chante Sa propre louange. 

Après la messe j'ai interrogé une Soeur à son sujet, et je n'ai eu aucun mal à obtenir les renseignements qui m'intéressaient, par l'usage de mes capacités naturelles de persuasion. Ma petite sainte se nommait Soeur Justine, elle était arrivée là quelques mois plus tôt, et tout le monde la considérait comme une illuminée et une extravagante illusionnée par le Démon ou peu s'en fallait. Ces renseignements pris, j’ai attendu que toute la communauté soit occupée à la prière du soir pour aller visiter sa cellule. C’était assez facile, car les Sœurs vivaient dans des sortes de cabanes individuelles assez éloignées les unes des autres, réparties sur le terrain appartenant à la congrégation, et rien n’était fermé à clé.

Les cellules étaient assez petites, celle de sœur Justine devait faire environ deux mètres sur trois. Elle était en pierre et la base était en partie creusée dans le sol. Il n'y avait qu'une fenêtre, une perte en bois assez branlante, et l'étanchéité de l'ensemble semblait pour le moins sujette à caution. Un crucifix ornait le mur au-dessus du lit qui se constituait d’une pauvre paillasse, une icône représentant une vierge à l’enfant était disposée à son chevet, et à part cela, il n’y avait qu'une pauvre petite table basse. C’est ici que j'ai commencé à comprendre la signification du vœu de pauvreté. Non par le dénuement apparent de l'endroit, mais par la sérénité qui s'en dégageait.

En ce lieu sombre et humide, je pouvais sentir la présence de Dieu de manière tangible. A dire vrai mes sens subtils m'y révélaient une luminosité qui n'existait pas dans les autres cellules, mais il n'y avait pas que cela, il y avait une Présence, quelque chose de mystérieux et d'insondable qui m'emplissait le coeur d'une grande suavité, et portait au recueillement. Je me suis assis sur le lit pour méditer. J’imaginais la vie de cette petite sœur, une vie de travaux, de prière et de souffrance, entièrement consacrée à Jésus, et je me sentais empli d’un amour ineffable, autant que d'une gratitude immense envers Dieu qui produisait de telles âmes et leur permettait d'éclairer les autres.

C'est alors que sous le coup d’une intuition fulgurante, j’ai soulevé la paillasse, à la tête du lit, et j’y ai trouvé un ensemble de feuillets rangés dans une petite pochette, recouverts d’une jolie écriture ronde. Un journal intime ! Quelle chance inespérée ! Louant silencieusement le Seigneur d'avoir agréé ma demande de connaître cette âme, j’en commençai sur-le-champ la lecture, assis en tailleur sur le lit, et dès la première page, les larmes me sont venues, devant l'inconcevable Beauté qui se révélait à moi. Soeur Justine était une âme pure qu'on aurait dite prédestinée, car sa vocation d'épouse du Christ s’était affermie dès l’âge de sept ans, âge depuis lequel elle n’avait jamais dévié de son chemin malgré les épreuves qui lui étaient envoyées en grand nombre. La maladie, l’incompréhension, les humiliations, rien n’avait épargné cette pauvre petite Sœur, bien qu’à la lumière de son journal tout cela apparût clairement comme une immense grâce. Depuis qu'elle avait donné sa vie à Jésus, avec lequel elle vivait dans une extraordinaire intimité, elle partageait sa Croix. Jésus lui envoyait toutes les souffrances qu’il jugeait bon pour son perfectionnement et pour le salut des âmes, et elle les acceptait avec joie, ou du moins avec courage, car elle ne désirait rien de plus que lui plaire. C’était lui bien sûr qui l’avait envoyée dans ce pays hostile à sa religion, loin de sa famille, en terre étrangère, dans cette congrégation qui ne la comprenait pas, pour la conversion des pécheurs.

Je me suis senti particulièrement touché par les passages où elle demandait à souffrir pour le salut des Soeurs qui l'humiliaient ou disaient du mal d'elle, ainsi que par la relation qu'elle entretenait avec son confesseur et la Mère Supérieur, auxquels elle obéissait en tous points. J'ai compris en la lisant pourquoi j'aspirais tellement à trouver un maître aux pieds desquels je pourrais m'anéantir, j'avais simplement pressenti à quel point cette vertu d'obéissance est chose sainte et sublime - moi qui suis un transgresseur né. Ce paradoxe avait bien de quoi faire rire, si l'on y songeait. Et pourtant, il est à la source même de mon être, comme de nombreux autres.

Je trouvai en revanche d'attristantes considérations au sujet de la religion Ishraqi, au sens où les chrétiens ne semblaient pas plus la comprendre qu’ils n'en étaient eux-mêmes compris, il en résultait qu’ils se considéraient mutuellement comme des hérétiques à sauver de la damnation éternelle, et je me sentis chagriné que Sœur Justine partageât cette vue, car du peu que je connais de cette religion, je sais qu’elle recèle des merveilles inconcevables. Je trouve véritablement étrange qu’une sainte – car pour moi Soeur Justine est une sainte – puisse se méprendre à ce point sur la spiritualité du peuple qui l’entoure, et je dois avouer que mon intelligence bute sur ce fait. Dans la compréhension que j’ai, le saint est celui qui a développé la connaissance par identité, et je peine à voir en quoi cette connaissance devrait se limiter à certains objets.

Bref, j’ai fait en sorte de tout lire avant son retour, avec un effort particulier pour en retenir jusqu'aux plus petits détails, afin de pouvoir méditer plus tard sur ce texte admirable. J’aurais aimé pouvoir le faire à la première lecture, car la première lecture recèle toujours des trésors uniques et particuliers si l'on sait prendre le temps nécessaire, mais j’ai préféré prendre connaissance de la totalité de son journal tant que j’en avais l’occasion, car nul ne sait de quoi demain sera fait. Après quoi je suis rentré.

Shéhérazade ne m’a posé aucune question sur mon absence, elle ne se permet jamais de m’interroger.

J’ai passé la nuit à méditer sur Sœur Justine, et bientôt, j’ai commencé à ressentir un puissant désir à son endroit, conformément à ma nature. Je désirais m'unir à elle, car je sentais qu'elle avait des qualités qui associées aux miennes me permettraient d'être plus complet, c'est-à-dire de me rapprocher de Dieu, et plus j'imaginais que je le faisais, plus le désir augmentait.

Au point que c’en est devenu une véritable obsession, au cours de la journée qui a suivi. A l'heure qu'il est, je ne peux plus penser à autre chose qu’à elle, et même si cette pensée contient déjà d'immenses délices, car en méditant sur elle je sens ses qualités s’infuser en moi, je sens que cela ne me suffira pas. Je la veux toute entière, je brûle pour elle d'un feu qui me consume, je veux m'anéantir dans sa pureté.

Je sais parfaitement qu’elle ne voudra pas de moi, mais ça n'a aucune importance.

08.05.2012

Le potager des elfes

Lorsque nous sommes arrivés dans notre nouveau potager, le spectale était à peu près effrayant, et se résumait à peu près à ceci sur l'ensemble du terrain se situant hors de portée des moutons (qui là étaient rentrés à cause d'une porte ouverte), de l'herbe de 40cm de haut dans tous les sens :

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On en a désherbé une partie à la grelinette, le reste à la motobineuse. Les dépenses à Auchan et Gamm'vert ont été quelque peu faramineuses entre le terreau, le paillage, l'arrosage automatique, et les outils, mais par chance ont a fait de belles économies de tuteurs grâce au champ du voisin qui possède une forêt de bambous dont il n'a strictement rien à faire. Ce qui nous a permis de fabriquer des cages gratuites (mais coûteuses en temps) pour les tomates, poivrons et aubergines :

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On espère juste que les bambous, qui sont encore verts, ne vont pas prendre racine, sinon adieu potager... A cette occasion j'ai d'ailleurs pu constater que l'Homme est un ravageur-né de la nature, car à peine voit-il une forêt de bambous qu'il attrape son sécateur, et hop, pas de quartier, surtout vu le prix des tuteurs à Auchan. Mais bon, le principe est bien là, de même s'il y a une malheureuse fourmilière au beau milieu de la future ligne de tomates, elle ne fera pas long feu.

Bref, on a désherbé, ensuite on a creusé des trous pour mettre du terreau avec de l'engrais, ensuite on a planté, puis paillé, puis tuteuré si nécessaire, puis mis l'arrosage...Sans compter que comme les trous de l'arrosage étaient à 30cm les uns des autres et impossibles à boucher, on a mis une ou deux graines de salade, ou un oignon, entre chaque tomate, courgette ou autre.

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Ici la ligne carottes haricots, avec les framboisiers groseillers au milieu :

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Ici les fraises :

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Ici les courges et les patates :

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L'année prochaine ce sera tout à fait différent évidemment, on va mettre du BRF à l'automne, et du coup il n'y aura presque aucun boulot à faire, puisque le sol sera déjà en bon état au printemps, et pas besoin d'engrais. Mais là on n'avait pas le choix.

 

Ici Arthur, le petit agneau qui a perdu sa maman et son petit frère à l'âge de 2 jours, et qu'on a nourri au biberon (il appartient à l'ancien proprio, qui laisse ses moutons chez nous jusqu'au mois d'août) :

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Le jour où sa maman est morte :

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22.04.2012

Lettre à Chat des Sables

salut

sur ton forum j'ai trouvé :

"O* ayant trouvé une citation qui convient parfaitement je la donne ici et je pourrai ensuite laisser cet article à disposition l'esprit plus tranquille.

"Un jour, au cours d'une retraite, j'ai lu un texte traditionnel qui parlait de félicité et d'expériences spéciales, et j'ai commencé à me sentir malheureuse. J'ai ressenti la pauvreté de n'avoir jamais vécu d'expériences de félicité, de clarté ou de luminosité. Je me suis sentie déprimée de n'avoir jamais été à la hauteur d'aucun de ces mots brillants. Heureusement, j'ai posé ce livre et j'ai ouvert un ouvrage traitant de la manière d'être tout bonnement vivant avec celui que l'on est à l'instant même - rien de spécial, rien de dramatique, de l'ordinaire; contentez vous de garder ouverts les yeux et les oreilles et de demeurer éveillé. Ces instructions simples ont commencé à me ragaillardir, car je sentais que je pouvais les suivre." - Pema Chödrön

Certaines personnes sont dotées de facilités, ce n'est pas toujours bon signe. Certaines ressentent de grandes difficultés et c'est loin d'être mauvais signe. La progression s'obtient dans tous les cas par la mise en pratique au quotidien de l'enseignement et non pas par les expériences éphémères de transes spectaculaires".

J'y vais de mon petit commentaire.
- il suffit de regarder les photos de Pema Chodron pour voir qu'elle a eu exactement le résultat de sa paresse. 
- ce qu'elle lisait n'était pas un ouvrage proposant d'atteindre des "expériences éphémères de transes spectaculaires". Vu ce qu'elle dit, je pense qu'elle était en train de lire un texte sur les tantras, et peut-être bien sur tummo, car j'ai eu la même expérience qu'elle, c'est vrai que ça fout les boules quand ils parlent sans arrêt de félicité, comme quand les sopufis parlent sans arrêt d'extase (c'est leur mot pour désigner la même chose). A la différence d'elle, je me suis dit que j'allais faire ces pratiques et en obtenir le résultat. Je ne l'ai pas en entier (puisqu'il s'agirait du corps illusoire), mais si je ne l'avais pas fait, je ne serais jamais arrivée à rien. On peut voir sur sa tête que c'est son cas et qu'elle ne sait toujours pas ce qu'est la félicité. Je trouve ça bien triste, car franchement, avoir passé sa vie là-dedans et ne toujours pas savoir ce qu'est l'amour divin, ça fait pitié. Et en plus elle se croit très maline et très heureuse. L'extase mystique n'est pas le bout de la voie, mais franchement, si on se consacre à la pratique et qu'on ne le connaît pas, on a tout bonnement gâché sa vie. Moi maintenant j'en parle, parce que c'est ce qui peut arriver de mieux dans une vie. Et tant pis si ça fait rigoler, de toutes façons dans notre société, on ne court plus le risque de finir comme Hallaj.

Ry

18.04.2012

Les enfants de la serre au 18-04

Quand je fais le bilan de la serre (au bout d'un mois...), je me dis que je vais sûrement en acheter d'autres une fois qu'on sera dans la maison. En effet, en cette période où les températures extérieures sont assez fraîches et où rien ne pousserait vraiment dehors, les courgettes commencent à faire des fleurs et les tomates sont en fleurs depuis 10 jours. Il faut préciser qu'une serre non chauffée ne protège pas vraiment des températures froides la nuit (+2° par rapport à la température extérieure, cela dit ça a suffi à maintenir la température en-dessus de 3° depuis 1 mois), en revanche il suffit qu'il y ait un peu de soleil pour qu'il y fasse bien chaud la journée, même si ça caille dehors. Donc je me dis qu'en hiver ça ne serait pas forcément un mauvais calcul, il faudrait chauffer un peu la nuit, mais les jours où il y a du soleil, ça pourrait peut-être se chauffer tout seul. En tous cas, tout ce qu'il y a dedans est luxuriant sans avoir besoin de chauffer, y compris les mauvaises herbes, au contraire de ce qui se trouve en extérieur et qui a un peu de mal à pousser, comme nos haricots dont les 2/3 sont morts de froid, et ceux qui restent font un peu pitié. On a aussi mis des patates il y a un mois, certains sont sorties depuis 15 jours, mais d'autres peinent toujours à émerger, bien que la totalité ait germé.

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15.04.2012

Le sens de l'aspiration

Il me semble de plus en plus vrai que ce n'est que par l'exemple que nous pouvons progresser vers le divin. Cet exemple, dans la plupart des cas, est celui d'un maître vivant ou mort (comme Jésus), bien qu'il soit possible de suivre celui d'un maître imaginé, même si je ne saurais expliquer dans quelles conditions cette dernière option peut fonctionner, car on voit bien que la plupart du temps elle ne fonctionne pas. En tous cas ce qui est nécessaire dans un cas comme dans l'autre, c'est la capacité d'établir un rapport de dualitude (cf article précédent) avec le maître, ce qui va automatiquement se traduire par l'aspiration à la Servitude, ainsi que le constate Ryndil. Inversement, on peut dire que cette aspiration qui apparaîtrait sans ce rapport de dualitude, est le signe d'une dévotion et d'un esprit de sacrifice qui vont rendre possible son instauration.

Ordinairement, on peut donc dire qu'il y a une progression logique dans le chemin : l'aspiration à la station de la Servitude, qui reproduit le rapport existant entre Adam (l'homme universel) et Dieu, et qui semble-t-il organise la totalité des cieux et des maîtres entre eux. Cette aspiration du disciple va attiser l'aspiration du maître envers lui, ce qui rendra possible l'établissement du rapport de dualitude. En effet, ce dernier n'émergera que par l'apparition de l'imaginal chez le disciple (la rencontre avec son Ange), épiphanisé par le maître. C'est la signification du stade de génération chez les tibétains. Mais on comprend que dans le cas général, le yidam ne va pouvoir émerger que par la transmission du pouvoir spirituel du maître, qui ne se fera que par l'aspiration du disciple à Le servir. Ensuite, on peut dire que c'est lorsqu'il deviendra complètement ouvert à l'aspiration du maître, comme le miroir s'alignant parfaitement face au soleil, qu'il deviendra lui-même le but de Dieu, et apte à prendre des disciples.

C'est la configuration idéale évidemment. Dans mon Roman, on voit qu'une disciple échoit à Ryndil avant qu'il se juge apte, tandis que lui-même n'a pas encore trouvé de maître physique alors que son maître imaginal est puissamment établi, comme en témoignent ses visions. On peut en déduire que son futur maître n'aura pas pour fonction de lui faire accomplir le stade de génération, mais le stade d'accomplissement, qui n'est pas à la portée de tous. En effet, le stade de génération révèle les attributs de Beauté, dans la présence, tandis que le stade d'accomplissement révèle la Majesté, dans l'absence. C'est une épreuve que toutes les âmes ne sont pas prêtes à subir. Anton, par exemple, n'a jamais été abandonné par son gourou, cela va de pair avec le fait que son gourou a pris une bonne partie de son karma pour le sauver, en conséquence de quoi il n'est pas d'une grande solidité. C'est le modèle du "bon" disciple, qui n'aspire qu'à une vie de dévotions. Mais celui qui a de réelles prédispositions à la sainteté sera abandonné, pour ne pas dire rejeté, et soumis à une épreuve qui briserait tous les bons disciples. C'est à travers l'absence qu'il atteindra à l'anéantissement total de son être, et donc à la surexistence.

Quoi qu'il en soit mon objet n'est pas là. Ce que je voulais dire au départ, c'est que si une personne trouve un maître qu'il a la moindre aspiration à servir, il ferait bien de se jeter à ses pieds et de le servir, seule façon de devenir le but du maître, car s'il ne le devient pas, il a peu de chances de voir son aspiration survivre, sans parler de la transmettre.

On peut donc conclure que l'on ne peut avoir un elfe que si on est/a été soi-même l'elfe de quelqu'un et qu'on a compris ce que cela implique.

Saison 8 - 10

 

 

Journal de Ryndil.

Lorsque je me suis levé après notre nuit de noces, j'ai compris le sens de la parole "le monde entier vous apparaîtra comme le gourou", car le monde entier m'apparaissait comme Elendriel. Cela n'avait évidemment rien d'intellectuel, et c'est quelque chose de bien difficile à décrire, mais je pourrais dire que c'est comme si chaque élément, personne, arbre, maison, épiphanisait l'un de ses attributs ainsi que les rapports qui existent entre eux, dont la plupart me sont encore obscurs. Mais je ressentais que tout cela avait un sens, qu'il y avait là derrière un ordonnancement divin.

Quoi qu'il en fut, Shéhérazade m'a proposé d'emménager avec elle dans une villa dont elle est propriétaire, et j'ai découvert les joies du jardinage. Jamais je n'avais véritablement réfléchi au miracle de tous ces végétaux qui poussent dans la terre. Il faut dire que j'ai vécu toute ma vie dans des vaisseaux spatiaux, et que du point de vue du rapport à la terre, les Asûrim sont particulièrement dénaturés, même s'il y a de nombreux jardins sur le Deänir. J'aime les fleurs, mais je n'avais jamais mis les mains dans la terre, et je dois reconnaître qu'il y a une satisfaction particulière à le faire. J'en venais presque à comprendre l'obsession d'Enlil pour ses tomates.

Par ailleurs Shéhérazade m'a présenté l'Imam du Grand Temple, et j'en ai profité pour me convertir à leur religion après qu'il se fût entretenu avec moi sur mes motivations et mes connaissances, qu'il a jugées correctes. Comme on s'en doute, j'ai évité de lui dire que pour moi, leur religion n'était qu'une des versions possibles du rapport entre l'homme et Dieu, et que je me convertissais uniquement pour visiter le merveilleux jardin de leurs visions et stations, autant que ma capacité me le permettrait. Comprendre intellectuellement ne m'intéresse pas, pas plus que de déchiffrer une religion par les autres. Ce que je désire, c'est l'expérience personnelle. Vivre l'expérience religieuse et mystique en tant qu'Ur-phaenomenon, phénomène premier contenant en lui-même son propre sens, sans avoir à le rapporter à autre chose qu'à lui-même. C'était ainsi que je pouvais partager l'âme de ce peuple, et découvrir un aspect de ma propre âme que je ne connaissais pas. Expliquer l'inconnu par le connu n'est pas une option pour celui qui veut s'agrandir aux dimensions de l'univers et aimer Dieu par tous ses Noms. Quant à mon maître céleste, que ce soit en cette religion ou en toutes les autres, c'est Elendriel, et je prie chaque jour de pouvoir le rencontrer physiquement ou de rencontrer un maître qui sera son prophète, afin de pouvoir réaliser par lui la station de la Pure Servitude, à laquelle j'aspire de tout mon coeur. En effet, le manteau de la Seigneurie dont les circonstances m'ont revêtu aux yeux des humains n'est valable que pour eux, et pour moi il n'a pas d'autre signification que l'aide que je peux leur apporter. Je voudrais rencontrer pour moi quelqu'un qui sera comme je suis pour Shéhérazade.

 

Je passe également beaucoup de temps à lire, surtout la nuit, pendant que Shéhérazade se repose, et j'y passe d'autant plus de temps que je n'ai plus du tout la même façon de lire. Lorsque j'ai découvert la littérature consacrée à la spiritualité, grâce à Enlil, j'ai stocké dans mon esprit des milliers de livres à ma façon habituelle, j'en lisais dix par jour et en recherchant les informations pertinentes, tout ce qui pouvait concerner le "comment" de l'expérience spirituelle. Je cherchais des informations sur les méthodes, les modalités, les conditions, la physiologie subtile et la psychologie des états mystiques selon les différentes traditions... ce qu'on appelle la science des savants. Mais je m'aperçois maintenant que c'était une erreur, du moins en ce qui concerne les écrits des Saints, et que je suis passé complètement à côté de choses merveilleuses. Mais j'étais "jeune" dans ce domaine et j'imagine que c'était fatal que je n'y comprenne rien, surtout avec un professeur comme Enlil qui n'a jamais prétendu à la maîtrise d'ailleurs, mais qui était la seule personne que j'avais sous la main pour m'expliquer les choses. Je peux dire qu'il m'a farci de sornettes, même si je ne peux lui en vouloir car il était de bonne volonté.

Quoi qu'il en soit, je lis très lentement maintenant, ce qui me prend un temps fou. En effet, je me suis aperçu que certains mots, expressions, images, ont la capacité de générer en moi des expériences fortes qui leur sont plus ou moins directement reliées, ce qui me contraint d'arrêter ma lecture très souvent afin que ce qui émerge puisse se déployer et se résorber. Chaque expérience doit être entièrement vécue dans un temps propre qui ne dépend que d'elle-même, sans quoi il reste comme un goût d'inachevé. Lorsque je lis le récit d'une vision ou d'un état, je prends le parti de ne pas chercher à comprendre, ni à comparer, mais de le vivre, comme si c'était le mien, sans m'en séparer de quelque manière que ce soit. Ce qui en résulte, c'est une expérience qui m'est propre, qui ne saurait être comparée à celle du Saint qui en a fait la description, et cela n'a pas d'importance, parce que c'est moi que je cherche à connaître, et ces ouvrages sont extrêmement riches de ces sortes de choses. La nuit dernière, j'ai lu la vie d'un maître exposant sa méthode d'enseignement, et les retraites qu'il imposait à ses disciples, censées provoquer des extases "extraordinaires", et j'ai conçu une telle tristesse de ne pas me trouver chez un tel maître qui me ferait ainsi bénéficier de sa transmission que je m'en suis à moitié roulé par terre en pleurant toutes les larmes de mon corps, ce qui m'a fait finir moi-même dans une sorte d'extase, au cours de laquelle j'ai eu la vision d'un lieu merveilleux. Je me trouvais sur une sorte de haut-plateau, au pied d'imposants pics rocheux, et tout y était d'une pureté et d'une transparence incomparable, l'eau, l'air, la pierre, l'herbe, le soleil... Je dansais sous la lumière, et je tournoyais, je tournoyais, et j'étais pris dans une colonne de lumière radieuse qui descendait sur moi comme une pluie dorée depuis un lieu inconcevable de Beauté et de Majesté, mais que j'identifiais comme étant le trône de Dieu. Et dans cette lumière, je percevais comme un bruissement d'ailes en nombre infini, auquel se mêlait celui de mes propres ailes, un son d'une douceur et d'une puissance extraordinaires qui pénétrait toute mon âme, qui était comme la louange des Anges au Seigneur.

J'ai eu l'impression de me dissoudre en atomes dans cette lumière, puis je me suis retrouvé couché sur l'herbe, et mon corps se répandait partout autour de moi, j'étais la montagne, le lac, l'herbe et la terre, et j'éprouvais une telle gratitude... Alors je ne cherche plus à comprendre. Rien n'est ce qu'il semble devoir être, et à quel savoir peut-on encore prétendre quand la Présence se révèle être une Absence et que l'Absence se révèle comme Présence ? 

 

Saison 8 - 09

 

Journal de Shéhérazade

La nuit où je croyais mourir a été celle de ma renaissance. Les Asûrim, le peuple de Ryndil, sont des êtres véritablement effrayants, mais par sa propre aspiration au divin, il en a fait quelque chose de sublime. Je suppose qu'il y a une leçon à en tirer, que ce que nous pensons être nos pires malédictions peuvent devenir un puissant moyen d'aider les êtres une fois que nous comprenons l'ordonnancement des phénomènes. Et que plus généralement, les choses sont ce que nous en faisons.

Depuis, je vis avec lui, pour lui et en lui. Comme il n'avait pas de projets, à part celui d'étudier notre religion, il a accepté d'emménager avec moi dans une villa qui m'a été léguée par un oncle, située dans le quartier résidentiel de la ville de Tâklit, à dix verstes du palais royal, et à proximité du Temple Hagia Maryam, célèbre pour ses dômes en turquoise. Allez savoir comment il se débrouille, il passe quasiment inaperçu malgré son apparence, à croire qu'il courbe l'espace autour de lui afin de se rendre invisible. Et si d'aucuns s'étonnent de la pâleur de son teint, de ses yeux, ou d'autre chose, il répond qu'il vient de lointaines contrées nordiques, là où il fait nuit trois mois de l'année, c'est-à-dire là où personne n'est jamais allé, faisant remarquer à l'occasion qu'il n'est pas plus différent de nous que la race noire n'est différente de la race blanche. Mensonge éhonté que le Shaykh Suleyman, Imam du Grand temple n'a pas cru une seule seconde. Cela ne l'a pas empêché de lui accorder l'accès à la bibliothèque, et même de lui permettre même d'assister aux prières, depuis qu'il s'est converti à la religion Ishraqi. En revanche, il n'a probablement pas perçu le sens de la conversion de Ryndil, qui s'était déjà converti à quinze religions au minimum.

Pour ce qui est de nos journées, nous les passons agréablement. Le matin, nous faisons un peu de jardinage - ce qu'il n'a jamais fait en plus de trois mille ans -, et comme c'est le printemps, nous avons planté ensemble fleurs et légumes. L'après-midi, il me fait quelque massage de son invention, et je lui rends la pareille.

Le premier jour, il m'avait expliqué comment tous nos canaux subtils sont à la fois reliés à notre coeur et à la périphérie de notre corps, et comment il était nécessaire de débloquer les souffles subtils et dégeler les gouttes qui sont l'essence du corps physique, afin que les gouttes puissent se réunir dans le canal central et que les souffles puissent se dissoudre dans le coeur. Ce qui provoque l'expérience qualifiée de la claire lumière, ou Essence Divine, dans laquelle il existe des degrés. D'après sa compréhension, l'union de l'âme et du corps, celle qui est expérimentée par l'homme ordinaire, est impropre à la vie divine, car l'âme est enchâssée dans le corps comme une main dans un gant, les deux se trouvant en relation d'extériorité réciproque, en sorte que l'homme reste étranger à lui-même quelle que soit la façon dont il se considère. Mais si cette assemblage pouvait être défait dans sa totalité, il était possible de les unir à nouveau d'une façon surnaturelle ou divine, selon la forme du Yidam ou de l'Ange de son être, qui serait une relation d'intériorité réciproque divine par nature. Il en résultait que si j'avais pu vivre ma mort consciemment, à savoir la séparation de mon âme et de mon corps, j'en serais ressortie avec le "corps illusoire impur", hélas j'ai perdu conscience en cours de route mais il semble que je ne pouvais pas m'attendre à autre chose, car de toutes façons je ne connais pas très bien la forme de mon Ange, pas mieux que la nature de mon esprit.

Il m'a également expliqué comment de nombreux mystiques parvenaient à ce résultat par des austérités et des mortifications, ce qui ne lui convenait pas, et comment il préférait produire directement des extases par des méthodes diverses et variées, ce qui était possible si l'on avait une concentration correcte et si l'on savait ce que l'on recherchait. De fait, son exemple est plutôt convaincant, car il suffit que je commence à le caresser quelque part pour qu'il se pâme d'une manière qui produit en moi un effet puissant. Ensuite, lorsqu'il me raconte ses expériences, il en a tous les jours de nouvelles, cela fait sens, car il est capable de me faire ressentir la même chose que lui, ou du moins quelque chose de similaire. D'ailleurs, nous n'avons pas eu de nouvelle union, mais je ne me sens pas non plus si pressée d'en avoir de nouveau, car mon pauvre corps et mon pauvre esprit ont déjà bien du mal à supporter tout ce qui vient.

En effet, je suis loin d'être pure, et la lumière qui se dégage de ses transmissions vient régulièrement heurter des traces karmiques bien enfouies dans mon inconscient. Tous les jours, je suis saisie de peurs irrationnelles, parce que je laisse vagabonder mes pensées sur des sujets qui m'inquiètent, qui finissent par prendre corps à force d'y penser, comme par exemple le fait qu'il pourrait disparaître de ce monde aussi soudainement qu'il est apparu et me laisser seule. Lorsque je lui en parle, il me répond qu'il comprend mon attachement, mais qu'il ne peut pas m'aider, car malgré sa grande longévité, il est mortel, et que le risque de le perdre existe effectivement et qu'il est inhérent à notre condition. Que tout ce qu'il peut faire, c'est me promettre que s'il accède au corps d'immortalité, il viendra me chercher dans l'océan du samsara où que je puisse me trouver. Mais que je n'ai évidemment aucune preuve de cela, et que je peux m'imaginer tout ce que je veux pour me faire des frayeurs si cela me plaît.

Alors je me réfugie dans Son amour, et je Lui demande comment Le servir. Là, il me trouve des choses à faire, et comme je suis occupée, je cesse de nourrir mes imaginations.

12.04.2012

Nouvelle introduction au futur cours qui ne verra peut-être jamais le jour

L’alchimie spirituelle restituée
Accéder à l’immortalité par l’union avec l'Ange de son être

"Ô Toi, mon Seigneur et prince, mon Ange sacro-saint, mon précieux être spirituel, Tu es le Père au Ciel de l'esprit et l'Enfant au Ciel de la Pensée". Sohrawardi.

"La figure de l'Enfant, plus exactement du renovatus in novam infantiam, marque la simultanéité de deux termes opposés, terme initial et terme final, préexistence et surexistence, le déjà et le pas encore; elle cohère en leur unité les phases que traverse la Pierre mystique". Henry Corbin, l'Homme et son Ange.


Encore une élucubration de plus sur l’alchimie, un sujet aussi rebattu que mystérieux et inaccessible ? Et pourtant. Après douze années de recherches et de pratique, nous proposons une méthode originale dans sa présentation, bien qu'elle ne prétende pas innover dans son contenu, fondée sur le développement de l'imagination vraie, qui est la faculté spirituelle par excellence.

En effet, notre alchimie est « spirituelle » dans la mesure où elle ne fait pas appel à la matière externe, minérale ou végétale, mais va directement au coeur du problème. Elle traite avec les composants du corps subtil correctement identifiés : « souffles, gouttes, et canaux » (selon la description donnée par le bouddhisme tibétain).

Avant toute chose, il convient de se défaire des idées toutes faites concernant ce que seraient notre corps et notre esprit. La modélisation qui nous est transmise par la médecine occidentale et plus généralement par le mode de pensée ambiant, où le corps serait une sorte d'enveloppe de chair à l’intérieur de laquelle on trouverait des organes divers et varié, et où le second serait une entité mystérieuse dont la liaison avec le premier s’avère inexplicable, n'est pas opérative en termes d'alchimie. Ce n'est pas pour rien qu'elle a fait l’embarras des philosophes.

Le modèle opératif peut se résumer en quelques mots : le corps tel que nous l'expérimentons est un assemblage de "souffles" (pranas) et de "gouttes" (tiglés, bindus), qui sont de deux sortes. Les gouttes rouges et blanches sont l'essence du corps physique, c'est à partir d'elles que se forme l'embryon. Les souffles sont "l'âme" qui vient s'incarner dans cet embryon. Quant à la source divine qui donne vie à l'ensemble, on peut en première approximation la localiser dans cette autre forme de gouttes situées au centre de chaque chakra, et notamment du chakra du coeur.

Dans l'individu ordinaire, le corps et l'esprit sont unis de façon "naturelle" : l'âme (sous forme de souffles) parcourt les gouttes (essence du corps physique) en y traçant des canaux, l'ensemble formant une sorte de composé qui se ressent lui-même comme imparfait, insatisfait. L'âme se sent emprisonnée dans le corps, ce qui n'est pas faux, mais elle aurait tort d'en conclure que son salut est ailleurs.

En effet, l'Opération alchimique consiste à défaire cette union grossière, adaptée uniquement à la vie matérielle, émotionnelle et mentale, pour en créer une autre, appropriée à la vie divine. En effet, dans l'union naturelle, le corps et l'âme sont en relation d'extériorité récproque, ce qui fait du corps un simple instrument mais aussi une prison, qui aliène l'âme. C'est pour cette raison qu'il est nécessaire de la remplacer par une autre forme d'union qui sera le corps d'immortalité, le puer aeternus des alchimistes. C'est l'union l'âme avec son Ange, qui ne peut se constituer que par la médiation du corps physique. En effet, les gouttes sont le "lieu", la materia prima, où les souffles doivent épiphaniser notre Forme divine individuelle qui a été nommée, selon les différentes traditions Atman, Nature de Bouddha, heccéité, Nom divin, Ange de notre être, Esprit-saint... Le corps d'immortalité résulte donc de la conjonction de l'âme et du corps selon la forme du Nom divin ou de l'Ange, plutôt que selon les lois naturelles comme c'est le cas chez l'individu ordinaire. Et il ne se présente pas comme un être unique, mais comme deux êtres : "L'eschaton de son pèlerinage terrestre [celui d'Hermès, qui représente l'adepte] dans les Ténèbres doit s'accomplir comme une nouvelle naissance, un enfantement en lui-même de la Nature Parfaite, tel qu'il se conjoigne à elle dans une dualitude qui n'est plus la dualité de deux êtres distants ou juxtaposés, mais le mystère de Deux en un Unique." Henry Corbin, l'Homme et son Ange.

Une dualitude, aussi éloignée de l’expérience de la dualité ordinaire que de la fausse non-dualité où tout s’abat dans un néant où ne resterait plus "personne", pris à tort pour la vacuité. L'Ange est toujours présent à l’état latent en tant que principe divin ou héccéité éternelle, mais notre tache consiste à l’engendrer pour qu'il devienne présence actuelle qui apporte amour, félicité et bonheur grâce à un dialogue permanent avec lui. C'est pour cette raison que Dieu est le Premier et le Dernier : il est Premier en tant que source ultime de tous les esprits et de toutes les âmes, mais il est le Dernier en tant qu'il doit être engendré pour atteindre à la plénitude de ses attributs, qui sinon resteront de pures essences non-existantes, dans la pré-éternité.

L’Ange (l'esprit) est à la fois nous-même et un autre que nous-même, puisqu’il est un reflet de l'aile droite de Gabriel (l'Ange archétype du genre humain), tandis que l'homme terrestre (en tant qu'âme et corps) est un reflet de l'aile gauche enténébrée. Sa rencontre marque le début du voyage sans fin en Dieu, qui nous mène à l’immortalité.

Provoquer sa rencontre (ce qu’on appelle « reconnaître sa véritable nature »), et accomplir toutes les potentialités qu’elle induit, c’est le but de notre alchimie. Pour cela, le Roman alchimique nous sert de support et de matière vivante. Il permet d’engendrer en soi un Arbre de cognitions valides à partir de notre esprit divin, ou Nature Parfaite.

Cette démarche sera exemplifiée par le roman de Ry, auquel il sera régulièrement fait référence, et qui pourra servir de base à telle ou telle méditation ou réflexion. La forme et l'ordonnancement en sont personnels, mais la valeur est en universelle, car il ne raconte rien de moins que l’histoire de l’union de l’homme avec le divin, aussi bien sous l’aspect de l’union avec l’Essence que de la manifestation des attributs.

Notre alchimie consiste à engendrer une imagination vraie (nommée "imaginal" par Henry Corbin, himma en islam) en rapport avec la prédisposition éternelle de son esprit (la forme de son Ange), ce qui se fait par la compréhension correcte du processus, aboutissant à un ensemble de méditations qui permettent de purifier les conceptions fausses, tout en générant des images nouvelles et opérantes qui ont la capacité de défaire l'union grossière de l'âme et du corps afin de recréer une nouvelle union selon la forme de son Ange. Le résultat est une « théophanie », à savoir la manifestation des attributs du divin sous la forme d'une figure personnelle, notre corps de gloire futur qui est une sorte d’Entité vivante unie à notre âme, mais qui a sa vie propre.

Les textes traditionnels se donnent sous forme de sens « littéral », et pour en découvrir le sens réel, il faut passer par l’interprétation et l’exégèse (ta'wil). Dans la méthode que nous proposons, la matière ne sera ni le Coran ni la Bible ou quelque livre révélé, mais l'adepte lui-même, qui par des méditations correctement conduites sur des thèmes susceptibles de développer l'imaginal, sera amené à se lire lui-même selon des niveaux de lecture de plus en plus subtils, à dénouer les fils de son propre karma, et à générer son propre roman personnel, sous une forme interne ou externe. Le Roman ainsi conçu n’est rien d’autre que le reflet du mouvement éternel de la vie divine, puisqu’il révèle l’évolution qui conduit à l’union avec son Ange.

Chaque cours traitera d'un thème spécifique dont la compréhension est cruciale en termes d'évolution, dont il révèlera les tenants et les aboutissants (de manière forcément partielle, puisque l'interprétation n'est jamais finale, et chacun devrait être amené à produire la sienne propre) avant de proposer différentes façons de méditer dessus et d'en tirer des enseignements, tout en indiquant des lectures qui permettront un approfondissement et un enrichissement.

10.04.2012

Du néant à l’être : le pouvoir de la décision

Un échange entre Petit elfe et Jo me donne l’occasion rêvée de m’exprimer sur un sujet qui me tient à cœur, parce que depuis longtemps je sens une contradiction entre ce qui est prétendument voulu (la révélation de l’ « elfe »), et ce qui est entrepris. Je n’ai quasiment aucune qualification sur le sujet, mis à part que je me réjouis de pouvoir lentement tenter de découvrir et d’enlever les voiles entre P* et moi depuis quelques mois.

« Enfin tout ça pour dire que je ne sais pas trop à quoi ça rime finalement de jouer les types indépendants par rapport à sa copine. Tu veux avoir l’air fort ? La force moi que je veux voir de Ry, c’est quelqu’un qui m’enveloppe et me pénètre, mais surtout pas qui fait mine de ne pas avoir besoin de moi en quelque sorte.

Oui, c’est vrai, mais là tu parles d’une relation elfique, où vous les deux êtes bien amoureux un de l’autre. Pour ma part, je sais que ces attitudes n’arriveront sinon à l’instant où je reconnaisse pour de vrai mon elfe, pas avant. Du coup, ça sera p.e. un signe, à condition que je ne fasse pas de projections fausses… Entre- temps, je sais que le mieux à faire est de laisser suivre naturellement ma nature de « mâle », et agir en accord avec ça. »

Je crois que cet extrait de correspondance illustre très bien l’illusion fondamentale dans laquelle nous nous trouvons tous. Nous croyons que « quelque chose » va arriver dans notre vie, qui va modifier la donne, et qui va faire qu’on va entrer en « état d’amour » par une sorte de miracle, par un accord mystérieux entre nous et un(e) autre. Qu’il apparaisse sous la figure du Sauveur, du gourou, de l’elfe, de la femme idéale, du prince charmant ou d’autre chose. L’éducation et l’environnement nous poussent à croire au mythe du « coup de foudre ». En réalité, le « coup de fondre  » ainsi conçu traduit la rencontre de deux névroses qui font un éclair momentané, et cela donne l’assurance qu’elles vont se renforcer sans fin. Même un bon pratiquant pourra difficilement s’en sortir dans ces conditions, et c’est pour ça que le « brahmacarya » a de beaux jours devant lui. Les films et les romans nous aident bien à cela, et le résultat c’est qu’on rêve tous, surtout les hommes, parce qu’on fait dépendre notre vie d’un état hypothétique subjectif du mental (l’état d’amour), alors qu’elle devrait découler logiquement d’une puissance de décision, si ce n’est d’une force de vérité. On pense qu’il faudrait être au préalable «amoureux » (sans trop savoir en quoi ça consiste finalement) pour choisir d’entrer en relation avec une fille, dans le but d’avoir des échanges physiques, verbaux et mentaux avec elle (le lecteur choisira l’ordre qu’il préfère…). Et du coup, on ne fait rien, ou on se condamne à entrer dans des relations sans issue et sans suite, en estimant que les filles et les femmes ne valent rien, et ne sont pas à notre hauteur. Du coup elles se morfondent de leur côté et broient du noir, en raison de l’absence de compagnon. On en arrive là parce qu’à la base, le premier coup qui nous fait passer du néant à l’être, ou au moins dans la zone de l’entre-deux, n’a pas été joué.

Ce qui distingue l’homme de l’animal et fonde son appartenance au « règne hominal », c’est sa capacité imaginative et créatrice. Il peut projeter sur des formes par essence vides ce qu’il veut, et recevoir en retour les reflets de ce qu’il a engendré. L’amour que l’homme porte à une femme est le résultat de sa projection imaginative des attributs de Beauté et de Perfection sur elle. Hors de cela, il n’y a que des états psychologiques passagers, transitoires et im – permanents qui vont apporter des déceptions et de la rancune très vite, ainsi que des complications sans fin.
Pratiquement, cela signifie qu’on ne tombe pas « amoureux » en vertu d’une chimie naturelle ou subtile ou au gré de circonstances mouvantes (= mécanisme de causalité et de nécessité), ou en réponse à une mystérieuse sorcellerie, mais bien parce qu’on le décide à la base, par un acte de volonté à la fois absolu et singulier.

Si je trouve une personne qui nous attire suffisamment, je décide de tenter cette projection coûte que coûte avec toute ma sincérité possible, sans attendre que l’autre soit déjà « amoureuse » de moi, et surtout sans calculs mesquins d’intérêts et de « compatibilités ». Parce qu’en fait, la « psychologie » est tout à fait secondaire dans cette affaire, contrairement à ce qu’on pourrait croire (si on lit trop les magasines et les livres sur la question). Cela veut dire qu’il ne sert à rien de finasser en se mettant à distance, mais qu’ une attitude franche a beaucoup plus de chance d’être efficace, dans la mesure où une femme attend de recevoir quelque chose de net, et n’aime pas trop être menée en bateau au grès des flots. Après elle peut choisir d’entrer dans la partie ou non, c’est sa liberté, mais il y a fort à parier que la réponse sera positive, dans la mesure où son souhait secret n’est pas de s’engager dans des aventures bizarres et sans lendemain, mais bien d’être prise en charge et sécurisée dans une relation stable.

Alors on objectera : mais où sont les « sentiments » là-dedans ? Paradoxalement nulle part, et c’est bien pour cela qu’on part sur de bonnes bases. Parce que sinon, il y a fort à parier que l’on s’embarque dans le jeu des névroses croisées, qui camouflent les faiblesses de chacun en renforçant un lien vital qui bloquera l’émergence ultérieure de l’Etre psychique. Si on décide qu’une Forme de Beauté sera potentiellement sa femme – même si il n’y a pas trop de signes positifs au départ -, cela signifie renoncer à attendre qu’elle soit à notre « hauteur » supposée, ce qui est juste la marque de la suffisance. C’est à l’homme de lui donner une forme et de lui faire acquérir les qualités qui lui manqueraient éventuellement, et pas l’inverse. Après, bien entendu, les sentiments doivent se développer et l’amour doit être engendrer dans le cœur, et là toutes les méthodes connues peuvent être une aide précieuse. Mais sans la connaissance de la base réelle, tout échange risque d’être un feu follet, et pas l’embrasement des gouttes rouges et blanches.

Et si une femme sent cela chez un compagnon éventuel, alors il y a de fortes chances qu’elle dise « oui », même si elle n’est pas vraiment amoureuse au départ. Et en partant au ras des pâquerettes, du point zéro, il est très difficile de chuter, voire impossible, alors que si on espère se trouver d’emblée au sommet de la montage en jouant les « mâles alpha », on risque juste la dégringolade devant tout le monde. Tous les hommes rêves d’être des « mâles alpha » et pensent peu ou prou en être, alors que les véritables mâles alpha se comptent sur les doigts de la main dans une communauté. Il y a surtout des gros bétas qui pullulent un peu partout.

Devenir un « mâle alpha », c’est le résultat du déploiement complet de sa Volonté dans la sphère manifestée et de toutes les qualités engendrées dans un espace commun partagé. La femme se sent enveloppée, pénétrée et sécurisée, et peut alors déployer spontanément toutes les qualités, parce qu’elle a un foyer, un lieu à la fois matériel et spirituel ou brûle le feu divin et rayonne la Lumière du cœur. Mais même si on a quasiment aucune qualité au départ, il est toujours possible de poser la première pierre, car chacun est libre et dispose d’une faculté de décision, du simple fait qu’il est. Ce premier acte passe donc par cette ferme décision, qui peut se traduire en cette loi éthique fondamentale : « j’accepte de prendre en charge cette personne si elle le veut, de faire tout ce que je peux pour elle en fonction de mes moyens (même si ils sont très limités), et de tenter de la rendre heureuse en appliquant ma faculté imaginative sur elle, en projetant sur sa forme mon idéal. » Evidemment il faut en avoir un et disposer d’une faculté imaginative opérationnelle.

Mais c’est le propre de l’homme, qui le distingue des animaux. En retour, la forme semblera parée de tous les atours. Ils n’existent pas « objectivement », ils sont le résultat de la Vue de l’homme. Mais comme la femme sent intuitivement cette Vue même si elle n’en a pas forcément la cognition valide, elle y répond conformément à sa nature.

Autrefois, les mariages traditionnels étaient plus ou moins arrangés, parce qu’on savait bien que les sentiments naissent spontanément si la Vue de part et d’autre était correcte, et qu’ils n’ont pas besoin d’être là au départ. Dans le monde moderne, on estime que l’état subjectif des individus doit prévaloir, mais c’est cela qui conduit aux divorces et à la confusion affective et mentale. Je ne veux pas prendre parti pour telle ou telle habitude, mais juste montrer ce qui me paraît vraiment essentiel. Le travail de l’homme, c’est d’ habiller une matière vierge et pure par sa Vue pénétrante (dont l’action énergétique s’appelle « shakti »), car c’est le meilleur des cadeaux qu’il puisse lui faire. En retour, elle se montrera une femme réelle, quelque soit sa condition psychologique particulière. A partir de cette prémisse, tous les degrés, les stations et l’échelle de l’Amour peuvent être gravie, de la relation ordinaire voilée à quatre-vingt dix neuf pour cent aux sommets de la Vie elfique et au partage absolu (relaté dans la saison huit du Roman de Ry), en passant par le mariage. Mais avec une base conforme à la nature des phénomènes, il est difficile d’avoir des déceptions. On ira juste à la limite de sa faculté imaginative et on en récoltera le fruit, ni plus ni moins, de la plénitude des sens à l’expérience de la claire-lumière. Il n’y a aucune surprise, et ce qui se passe dans la réalité « sensible » traduit juste la mesure de nos conceptions vraies et efficientes.

Pour ma part, j’ai juste la connaissance et l’expérience de la faculté décisionnelle au point zéro, entre le néant et l’être, sans avoir vraiment le pouvoir imaginatif concommitant. P* m’a tout de suite « conquis », alors que j’ignorais tout d’elle, à la seconde même où Ry m’a conseillé de trouver une nouvelle amie, et m’a suggéré son nom. Mais je n’ai jamais été dupe de ma propre imagination, tout en sachant le poids de mes conditionnements. J’ai décidé instantanément de la suite des événements, alors que je la connaissais pas du tout, et j’avais à peine vu sa photo, tandis que les relations avec le frère étaient très houleuses à l’époque.

Par la suite, ma « déclaration » faite contre toutes les règles de cet art a été un véritable flop, même si j’ai commencé à semer un peu de désordre dans son esprit très rangé mais aussi très malléable, et heureusement je n’ai suivi aucun conseil m’enjoignant de stopper l’aventure, même si elle semblait se heurter au mur de l’indifférence, le plus difficile à traverser. Mais à force d’insister – sans rejeter sur elle les difficulté et les obstacles (même si j’étais contraint d’écrire des « lettres » parfois cinglantes pour éviter l’enlisement complet de la relation) – le cœur de P* a fini par commencer à fondre, et j’ai commencé à sentir et à goûter le parfum de quelques pétales. A l’époque je l’appelais Petit Dragon et moi j’étais qualifié de « hobbit », car elle a un caractère assez fort que son père avait remarqué. Aujourd’hui, nous nous sentons plutôt comme des petites plantes ou des bons légumes qui poussent dans la serre psychique d’oncle Ry, conformément à nos nouveaux Noms de pouvoir ! Je n’ai jamais éprouvé de déception qui m’aie fait régresser dans cette relation (même s’il y a de nombreuses difficultés), et ma perception s’est toujours enrichie, même si je suis à des années lumière d’incarner le « modèle » de la relation elfique et que je ne viens pas à bout de mes névroses. Mais peu importe, parce que ce qui compte c’est de jouer le premier coup, et de faire en sorte que les suivants aient toujours l’air d’être nouveaux.

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L’allégeance au Seigneur et l’ordre micro-macro cosmique (9-04-12)

Hier soir, nous avons partagé le repas ensemble avec P* et Cornichonou (son nouveau nom de « légume de pouvoir »), et nous avons fait un remake du « Banquet », comme en Juin dernier, mais comme on était plus et que chacun a progressé à son rythme, la conversation était plus productive. Ry me reprochait de ne pas saisir le sens de la transmission entre Ry et Shéhérazade dans sa nouvelle saison romanesque et de ne voir les choses à la surface, alors que c’est l’axe de toute vie spirituelle qui vise un accomplissement, me faisant remarquer que Cornichonou était beaucoup plus lucide sur la question, malgré ses voiles. Et comme j’avais déclaré un peu abruptement que je sentais pas d’amour de ma part pour elle, elle me demanda ce qu’était l’amour pour moi, et comment je pouvais différencier entre celui que je pouvais porter à Amma et celui que je pouvais porter à P*. La coquine avait lu le dernier chapitre de « La Sagesse des prophètes » d’Ibn Arabi consacré à Mohammed – un texte extra-ordinaire – une sorte de testament qui résume en quelques pages toute la doctrine, que j’avais lu et auquel je n’avais rien compris, ou pas grand chose, et qu’elle a pu expérimenter de l’intérieur grâce à son roman. Alors que je tenais la main de P*, j’ai commencé par énoncer une bourde en disant que l’amour humain portait sur un objet fini et l’amour divin sur un objet infini, alors que ce n’est pas ma conception ni ma perception.

Mais en fait je ne voyais pas trop, et je ne voulais pas débiter une leçon toute faite du genre : l’amour consiste à veiller tous les instants à son trésor le plus cher, à travers un échange simultané de sentiments et une attention réciproque et partagée, etc… Alors j’ai dit que l’amour était une sorte de « mouvement qui nous portait hors de nous-même », tout en sachant que c’était bien vague. Là Cornichonou est venu à ma rescousse, car il avait mieux évalué la situation. Il y a deux sortes d’amour, celui qui nous porte à nous élever vers l’infini et à la contemplation d’un horizon et d’une valeur ultime, et celui qui nous porte à nous occuper des autres, à vouloir les faire grandir comme on s’occupe des plantes et des fleurs de son jardin, de petits enfants ou de son elfe chéri. L’un est « passif », l’autre est « actif » par essence. Faute de comprendre cette distinction, on court le risque de mélanger le naturel et le surnaturel, le Samsara et le Nirvana.

Lorsque l’homme pratique l’oraison et tente d’établir le contact conscient avec son Seigneur par la pratique de l’appel divin en engageant un dialogue avec l’Etre des êtres, il est passif, à l’instar de l’Homme vis-à-vis du Créateur. En effet, celui-ci agit par un acte divin (Amr) qui modèle la substance plastique universelle et lui donne une forme dotée de qualités (Adam). L’homme est un réceptacle de l’ »influx » et de la miséricorde divine qui lui donne l’existence à travers son expir. Il n’est pas créateur mais pur réceptacle. Il est donc en situation de « serviteur » par rapport à l’Essence, et donc placé dans une situation ontologique d’infériorité.

A partir de là, tout le Nirvana, l’ensemble des Cieux est orienté hiérarchiquement autour du Pôle (le Trône), avec des rapports de subordonnants à subordonnés, des cohortes de louangeurs, et c’est pour cette raison que les textes chrétiens parlent de « monarchie » céleste, de « hiérarchies spirituelles » et non de démocraties ou tout le monde vivrait à égalité de dispositions et d’aptitudes (cf Denys l’Aréopagite). Il suffit de s’y reporter, pourvu de cette cognition valide. Il y a égalité du mode d’existence au sein de la Nature, mais les qualités sont infiniment différenciées et réparties selon un ordre précis. Après cela n’a pas d’implication politiques directes, parce qu’il ne faut pas mélanger les deux ordres de réalité, sinon on tombe dans le fanatisme et l’extrémisme, dont on comprend la source réelle, une déformation d’un pressentiment spirituel profond.

Pratiquement, cela signifie que pour recevoir une transmission valide, il faut avoir reproduit à l’intérieur de soi cette structure, c’est-à-dire d’avoir fait allégeance à son Seigneur, reconnaître son néant et faire preuve d’humilité, sans se plaindre s’il nous jette dans un puits d’eau glacée. Ou être capable de faire le sacrifice d’Abraham, ou encore tout autre équivalent qui implique de se dépouiller, de se déposséder de ses attachements trompeurs pour marcher vers son lieu de salut. Enfin c’est le but et le sens de l »obéissance du disciple envers le Maître » dans le royaume manifesté. C’est donc témoigner de son état de créature, de pure passivité à l’égard de Miséricorde et de la Majesté divine. Lorsque Shéhérazade tombe amoureuse du Seigneur Ry, elle perçoir l’attribut de Majesté, la manifestation numineuse qui apporte l’effroi et la terreur sacrée (selon l’expression de l’anthropologue Rudolph Otto), mais aussi l’amour ultime. Si les textes sacrés parlent sans arrêt de terreur et sont effrayants par certains abords (comme l’Ancien Testament et le Coran), c’est le signe de la Présence et des effets des attributs de Majesté et de Puissance, de même qu’ Amma dit qu’elle voile sa vraie nature, qui consumerait tout le monde sur place.

Du point-de-vue de la féminité, elle est passive par rapport à celui qui est investi de la condition Seigneuriale, et qui représente le sceau et la marque indélébile du divin. Donc la Femme universelle est à l’égard de l’Homme véritable (qui a actualisé « virilement » des qualités divines) en situation analogue de celui-ci à l’égard de son Seigneur : elle est passive. De son côté, l’homme est actif vis-à-vis de la femme en tant qu’il va l’élever et prendre soin d’elle, mais il est en même temps passif, dans la mesure où la femme qui s’abandonne devient le lieu d’une Théophanie et qu’il peut contempler en elle l’Infini dont il est issu, qui n’est finalement autre que le Regard du créateur envers sa créature, par sa conception propre. C’est pour ça que la femme est le meilleur support de contemplation dans l’univers, car elle permet d’unir en un seul lieu les deux modes de l’Amour divin, actif et passif, qui représentent les deux pôles de l’Existence universelle et le meilleur reflet de la Béatitude divine originelle. Et Mohammed apporte au monde le « Sceau de la singularité », celui qui permet à chacun de discerner clairement ces réalités.

Dans le bouddhisme et le « tantrisme », tout cela est implicite mais jamais vraiment expliqué, et on se perd facilement dans la technique, (qui dégénère dans des pseudos problèmes de « retenue » de l’essence vitale), alors qu’à la base il faudrait pouvoir réaliser ce genre de contemplation. Alors automatiquement tout se met en place, aux niveaux énergétiques et physiques, si l’intention initiale est juste.

Mais du coup, si on tire l’implication de cette réalité, il est évident que l’ »elfe » ne peut apparaître que si on a soi-même un Maître envers lequel existe cette relation « hiérarchique », puisque le compagnon d’elfe et son elfe représentent au niveau de la Nature créée le rapport initial entre le Serviteur et le Créateur. Dans les textes bouddhistes, il et dit que la « parèdre » apparaît spontanément lors de la phase d’accomplissement, et pas avant. Donc inutile de se leurrer, aucun elfe ne viendra avant l’heure. Par contre, il est tout à fait possible d’avoir une femme légitime avec laquelle partager sa vie, si elle est respectée et vue selon certaines « normes » divines, et cela peut être bénéfique pour un couple, à condition qu’il s’inscrive dans une réalité plus large que la bulle d’égoïsme à deux. IL y a donc continuité entre tous les niveaux de réalité quand la perception est ordonnée correctement autour d’un Pôle, et que cela forme un beau mandala intérieur qui va permettre d’intégrer peu à peu tous les contenus psychiques et pas conduire au chaos.

Si le rapport correct entre la Créature et le Créateur est établi, tout le reste en découle logiquement : les quatre éléments vont s’ordonner entre eux, le sens va apparaître et les fonctions naturelles de la Nature et de la Vie universelle vont se déployer. Autrement c’est la maladie et le désordre assurés. Mais comme nous avons la tête dure et que nous sommes des fortes têtes, nous croyons que nous pouvons nous en sortir seuls, et c’est précisément ce qui empêche la Grâce spontanément présente d’agir et de se répandre sur nos petites têtes de linote.

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09.04.2012

Pauvres petits elfes...

D'aucuns se plaignent que je passe trop de temps à critiquer, ce qui n'est pas spirituel, mais quand je mets des choses qui relèvent de l'expérience, il n'y a plus aucune réaction. La conclusion qui se tire toute seule, c'est que si je veux qu'il y ait un échange, il faut critiquer. Cela dit je ne m'étonne pas trop du manque de réaction, c'est comme pour le Manuel du compagnon d'elfe, je m'imaginais que ça pourrait donner quelque chose, mais il s'avère en réalité que la relation elfique est la plus difficile qui soit, car elle réunit l'aspect passif de la contemplation de l'homme envers Dieu, et l'aspect actif de la contemplation du maître envers le disciple. C'est pour cette raison, dit Ibn Arabi, que la contemplation de la femme est la plus parfaite, puisqu'elle réunit les aspects actif et passif. Mais cela signifie 1) qu'il faut pouvoir contempler Dieu avec une certaine stabilité (du moins ses attributs) 2) qu'il faut pouvoir être le maître de quelqu'un d'autre, ce qui n'est pas possible si on ne peut déjà pas être le sien propre (ce qui n'exclut pas qu'on en ait d'autres, puisqu'ils sont tous reliés). Et qu'il faut évidemment savoir comment transmettre à une autre personne ce que l'on reçoit de Dieu. On peut évidemment le faire sans le savoir, mais au final, il se dégage quand même un certain nombre de modalités, qui sont décrites dans les textes, et qui ne nécessitent pas forcément d'être dans le même lit.

Les 7 niveaux de lecture du Coran sont :
- La lecture littérale de celui qui lit tout à la lettre
- La lecture des docteurs de la Loi qui ont une vue globale de la lettre
- Les philosophes qui ont une compréhension intellectuelle des réalités métaphysiques
- Les gnostiques qui ont une compréhension expérientielle (que je dirais passive)
- Les fidèles d'amour
- Les saints et prophètes
- Les pôles (qui se situent au niveau de la réalité muhammadienne)

Donc, bien qu'en Islam, la relation elfique soit le modèle idéal de la relation homme-femme (puisque l'homme doit tirer sa réalisation de Dieu et la femme de l'homme, mais il lui est également loisible de contempler Dieu en la femme) son idéal n'est réalisé qu'au cinquième niveau qui n'est accessible qu'à un très petit nombre.

Le Prophète a pu supporter de voir que ses écrits ont aidé une bande d'abrutis à se justifier dans la maltraitance d'une bande d'idiotes, mais pour ma part, je n'aime pas voir les femmes méprisées et rabaissées au rang d'objets servant à lustrer son ego ou à satisfaire son vital. Or je vois que finalement c'est un peu ce qu'il est advenu depuis que j'ai suggéré à certains de trouver des elfes.

Saison 8 - 08

 

Journal de Shéhérazade.

            Depuis trois jours, je ne fais rien d'autre que méditer sur la forme de mon bien-aimé. Mon entourage s'inquiète grandement pour ma santé, mais j'ai refusé de leur parler, de toutes façons personne ne me comprendrait, alors tout le monde me croit atteinte d'une étrange maladie. Sauf Abdul, peut-être.

Ma vie arrive à son point d'aboutissement, et j'ai eu ce soir la révélation de ce que je devais faire. Dieu me pardonne.  

 

Journal de Ryndil.

            Aujourd'hui, Shéhérazade a totalement ébranlé ma certitude que je n'avais rien à faire avec elle. Non seulement elle l'a ébranlée, mais elle m'a prouvé le contraire, qu'elle était digne de devenir ma bien-aimée. Peut-être bien qu'elle est en réalité complètement folle, mais c'est une folie que je comprends, parce que j'ai la même. Je sais ce qu'elle ressent, et je ne peux rien lui refuser.

            Tout a commencé quand elle est venue me voir, vers minuit, sur la terrasse fleurie. Je ne l'avais pas vue depuis trois jours, et pour cause, je les avais passés enfermé à la bibliothèque, mais peut-être qu'elle-même avait eu des obligations. Le moins qu'on puisse dire c'est que son état ne s'était pas amélioré, si on en jugeait par sa coiffure échevelée et sa tenue défaite, cependant son regard brillait d'une étrange détermination. Elle est venue s'asseoir en face de moi et m'a regardé droit dans les yeux.

- Je sais ce que vous êtes, et je suis venue vous demander de prendre ma vie.

            Elle pouvait le savoir, ce que j'étais, si elle avait correctement médité sur moi, et peut-être l'avait-elle véritablement fait. L'amour peut donner des connaissances que la philosophie ne donnera jamais.

- Je ne veux pas prendre ta vie.

- La séparation m'est insupportable. Je pense à vous tout le temps, j'ai perdu le sommeil et l'appétit, je n'ai plus qu'un unique désir, c'est de mourir en vous, puisque qu'il m'est impossible de vivre à vos côtés.

- Je ne peux pas.

            Elle s'est levée, très calme.

- Si je ne peux m'anéantir en vous, alors... je le ferai hors de vous.

            Et elle s'est jetée du toit.

            Il m'a bien fallu une seconde pour que je sorte de la stupeur où son geste m'a jeté. J'ai eu tout juste le temps de la rattraper avant qu'elle ne s'écrase dans un massif de fleurs, trois étages en-dessous.

            Se voyant enfin dans mes bras, elle s'est serrée contre moi, et son désir était d'une telle intensité qu'il a éveillé sa contrepartie chez moi. Alors je l'ai ramenée dans sa chambre par la voie des airs, où je l'ai dévêtue, puis j'ai ôté mes vêtements et j'ai enlacée tendrement son petit corps si doux, si gentil. Le feu qui m'habitait n'était pas chaud, c'était celui de mon désir mais c'était aussi celui de ma faim, et il était glacé. Mon corps était extrêmement froid comparé au sien, j'avais conscience que cette sensation était terrible pour une humaine, comme si elle se jetait dans une eau noire et sans fond. En réalité, elle se jetait dans les bras de la mort elle-même, mais elle le faisait avec toute le force de son amour, car elle savait que c'était le seul moyen de ne plus être séparée de moi, et que par-delà la froideur de mon corps, mon âme était brûlante. Elle s'est abandonnée comme personne encore ne l'avait fait, et lorsque le passage entre son canal central et le mien s'est ouvert comme un oeil divin, la lumière est entrée en nous comme dans une cathédrale, l'énergie primordiale a jailli, et leur union était une gloire sans nom. Mais ce n'était pas assez pour elle, elle désirait s'unir à moi au plus intime de mon âme et de ma conscience secrète, mes attributs ne lui suffisaient pas, elle désirait connaître mon essence. Alors toute sa vie, de son aspect le plus vital à sa nature la plus spirituelle, est entrée en moi, alors même qu'il n'y avait aucune nécessité à cela, et je l'ai sentie s'anéantir dans l'océan de mon extase.

            A cet instant, j'ai eu la vision de ce qui était advenu de la Reine. L'histoire dit qu'elle s'était jetée par une fenêtre, mais la vérité c'est qu'elle venait de s'unir à son bien-aimé, et qu'il avait recueilli son âme dans son secret. Ce qu'il en avait fait ensuite ne m'a pas été révélé, mais la fenêtre était une mise en scène, car la Reine était déjà morte.

            Quoi qu'il en fut, mes desseins étaient différents, et j'ai ressuscité Shéhérazade, puisque c'était possible.

            Jamais je n'aurais cru qu'il puisse y avoir une telle beauté chez ces êtres d'apparence si chétive et à l'intellect si limité. Mais il en est bien ainsi qu'il est dit dans les textes, ils sont à l'image de Dieu, qui leur a donné la connaissance de tous Ses noms. J'avais été tel Iblîs, incroyant, et je n'avais pas reconnu qu'ils étaient Ses héritiers, autant que les elfes je suppose. Je m'étais trompé sur l'essence de la Sainteté, même en voyant des saints de mes propres yeux et en assimilant leur vie. J'avais cru, d'une manière ou d'une autre, qu'ils avaient été investis de la condition seigneuriale indépendamment de leur faiblesse, ou en dépit d'elle. Je m'étais dit qu'ils avaient atteint cela par une longue ascèse, des purifications de toutes sortes, que sais-je. Je n'avais pas compris le lien intime entre leur anéantissement et leur émergence dans l'océan de la surexistence. Enlil n'avait pas pu me le montrer, parce qu'il s'était donné par compassion, non par amour. Le Père François s'était donné pour le salut des autres. Quant à Erik, il était mort par amour certes, mais à son corps défendant.

C'était la vision d'Elendriel qui m'avait donné l'intime certitude que je ne pourrais m'unir à Dieu que par l'anéantissement dans Son essence, mais c'était Shéhérazade qui l'avait exemplifié pour moi. Maintenant que j'y songe, il ne m'a jamais été montré autre chose, dans tous les écrits des mystiques que j'ai pu lire, mais cette compréhension fondamentale m'avait toujours échappé, parce que mon amour n'était pas assez entier.

Saison 8 - 07

 

Journal de Ryndil.

            Cette nuit, je me suis décidé à aller trouver un repas, car ça ne pouvait plus durer. Même si la pensée de Dieu m'emplissait d'une joie ineffable à certains moments, la faim ne disparaissait pas, et ne disparaîtrait pas, alors autant régler la question.

            Après le départ de Shéhérazade, je suis allé chercher la nourriture que je stockais dans ma chambre, et je me suis envolé sans bruit par la fenêtre. Je préférais leur faire croire que je la mangeais, afin d'éviter les questions qui ne manqueraient pas de surgir dans le cas contraire.

            J'ai déposé ma nourriture au bord d'un chemin, puis j'ai un peu survolé les environs, afin de me faire une idée de la topographie des lieux, ainsi que de l'avancement de cette société, qui se trouvait au stade pré-industriel à en juger par leur agriculture ainsi que de nombreux autres détails. La religion semblait assez répandue, j'en voulais pour preuve un certain nombre de lieux de cultes, dont l'un était particulièrement beau, je dois le reconnaître. Situé dans la ville la plus proche, il comportait un grand dôme de turquoise orné de motifs en or, quatre minarets, et une cour intérieure d'une grande beauté, toute en marbre. Les murs étaient recouverts de mosaïques merveilleuses qui représentaient des images et des écritures saintes. J'ai été tellement touché par la finesse de leur art religieux et par le sentiment du divin qui s'en dégageait, que j'ai décidé d'étudier leur religion dès que possible. Il y avait chez eux des saints qui sauraient me faire progresser dans l'amour, j'en étais convaincu.

            Ensuite, j'ai survolé quelques maisons, afin de déterminer celle dont le jardin serait le mieux entretenu et le plus joli, et dont l'extérieur montrerait les signes d'une présence féminine plutôt jeune (un jouet perdu dans l'herbe, qui indiquerait la présence d'un enfant en bas âge), tout en indiquant clairement l'absence du père (une écurie dont le cheval aurait disparu avec son équipement). Mais je n'ai rien trouvé de probant, et je commençais à désespérer lorsque tout à coup j'ai aperçu la maison de ma petite danseuse. Je me suis posé sur le toit de la véranda, devant la fenêtre du premier étage, qui était celle de sa chambre à coucher, saisi par on ne sait quelle impulsion. Ou plutôt, je ne le savais que trop bien. Je m'étais surestimé en imaginant que je pourrais résister à l'action conjuguée de sa beauté, de ma faim et de mon désir pour elle. J'avais pu renvoyer Shéhérazade à ses foyers alors qu'elle était venue s'offrir, mais là, c'en était trop.

 

            A l'intérieur, elle dormait paisiblement, dans un lit dont on pouvait dire à l'apparence qu'il sentait bon. Il m'a suffi de l'appeler télépathiquement pour qu'elle vienne m'ouvrir et me laisse entrer. Je n'ai pas eu à l'influencer beaucoup, simplement à modifier sa faculté de vision afin qu'elle perçoive mon corps subtil, et à l'amplifier, ce qui me donnerait à ses yeux l'apparence d'un ange de lumière, car je dois préciser que j'ai des ailes qui semblent d'une substance très douce et jolie. En temps normal, les humains ne perçoivent pas ma brillance, à l'exception d'Enlil et de Maria, qui ont des facultés particulières, mais je peux déplacer leur conscience en sorte de le leur rendre visible si je le désire. Ainsi qu'en témoignaient les images saintes au-dessus de son lit, il s'agissait d'une femme assez pieuse, et elle n'a eu aucun mal à s'imaginer que j'étais un être surnaturel venu des royaumes divins pour s'unir à elle.      Elle était d'une incroyable beauté sous sa fine chemise de nuit, et j'étais transi d'amour rien qu'à contempler son corps svelte qui savait si bien s'offrir à ses amants. Je l'ai prise dans mes bras, elle était d'une douceur surnaturelle et sentait si bon que j'ai senti mon coeur fondre. C'était l'odeur d'un être innocent et gentil, d'une merveilleuse petite maman qui aimait tendrement sa petite fille. Comment pouvais-je prendre cette vie innocente ? Je ne désirais rien d'autre, mais je savais par expérience que si je le faisais, j'allais le regretter amèrement. Alors je l'ai serré contre moi, embrassée avec passion, et j'ai senti qu'un peu de la lumière qu'Elendriel m'avait transmis de cette même façon passait en elle. Mais c'était trop intense pour sa faible constitution, elle a gémi avant de défaillir dans mes bras. Je l'ai remise dans son lit, tendrement, et je suis reparti.

Après ça, je n'avais plus le goût d'en chercher une autre et je suis rentré le ventre vide, si je puis dire. J'ai passé le reste de la nuit à méditer sur elle, c'est-à-dire sur la beauté de l'innocence. Je ne regrettais pas d'y avoir renoncé. En fait, pour la première fois de ma vie, j'avais une perception nouvelle de cette situation : j'étais si reconnaissant envers Dieu d'avoir créé une telle beauté, que je voulais lui offrir ma souffrance. Je ne percevais plus la faim comme une malédiction, une malchance, ni même comme un mal nécessaire à endurer du fait de mon mauvais karma. C'était une gloire, c'était une lumière qui irradiait de mon corps, c'était un océan d'extase, c'était une offrande que Dieu se faisait à lui-même. A ce moment, je Lui ai dit qu'il Lui appartenait de faire ce qu'Il voulait de moi, que je ne chercherais plus à me libérer, mais je l'ai surtout prié de me laisser dans cet état où je comprenais que cette souffrance était un cadeau de Son amour. Ensuite, j'ai eu la vision d'Elendriel qui venait s'agenouiller devant ses bourreaux et leur offrait ses mains. Je n'ai pas vu ce qu'ils lui ont fait ensuite, mais j'ai su qu'il était très vieux, plus de dix mille ans, et que c'était un être incroyablement puissant à l'époque où il était venu ici. Et pourtant, il avait fait cela. J'ai pleuré jusqu'au petit matin, ensuite je me suis rendu dans la bibliothèque pour étudier.  

Saison 8 - 06

 

Journal de Shéhérazade.

Cet après-midi je n'ai pas eu le courage de me rendre au spectacle, avec mes yeux tout rouges. Bien m'en a pris, j'ai pu avoir une conversation avec Abdul, qui m'a appris des choses véritablement étonnantes. Du coup, malgré l'émotion terrible que cela n'allait pas manquer de me provoquer, je suis retournée voir le Seigneur Ryndil après le repas du soir, confuse en tremblante. J'avais conscience d'être comme le papillon qui se jette sur la flamme, mais je ne pouvais pas me retenir, même si la raison me commandait impérieusement de m'en tenir éloignée et de ne plus jamais l'approcher. Le pire de tout cela, c'est que je ne pouvais parler à personne. Qui aurait pu me comprendre, me conseiller, m'aider ? Jamais je ne me suis sentie aussi seule, et je vois de moins en moins comment je vais survivre à cette épreuve, car à chaque fois que je le vois, j'en ressors plus ébranlée. Et de plus en plus désespérée. Je sais que je ne suis pas capable de contenir cette souffrance, et elle me détruit.

            Je ne l'ai pas trouvé dans sa chambre, mais on m'informa qu'il était monté sur l'une des terrasses fleuries du toit, celle dont ma soeur Leyla prend un soin tout particulier.

            En arrivant sur la les lieux, je l'ai trouvé assis en tailleur, la main sur le coeur, en train de se balancer doucement au milieu des jasmins, des hortensias et des pivoines. Il était extraordinairement beau, on aurait presque dit une femme, et ce caractère androgyne me troublait profondément. D'ailleurs, son corps me paraissait extrêmement doux, comme celui d'une fille, ce qui ne faisait qu'ajouter au désir que j'avais de lui. A mon arrivée, il a ouvert des yeux.

- Est-ce que je vous dérange ?

            Il n'a pas répondu.

            Je me suis prosternée devant lui, puis je me suis assise en face de lui.

- En conversant avec un vieux serviteur, j'ai appris des choses que personne ne vous a dites, je pense, à moins que vous vous soyez entretenu avec d'autres personne.

- Ce n'est pas le cas.

- Il y a un siècle, nous avons eu la visite d'un autre être tel que vous.

            Brusquement, j'ai eu le sentiment de l'intéresser.

- En quelles circonstances ?

- Il est descendu du ciel dans une sorte de grand oiseau de métal, et il s'est présenté à la Cour en parlant notre langue, disant qu'il venait des étoiles et qu'il souhaitait visiter ce monde.

- Qu'est-il devenu ?

- Il est mort.

            Il a eu l'air extrêmement peiné.

- Comment ?

- L'histoire raconte qu'il serait tombé amoureux de la Reine, avec laquelle il aurait entretenu une relation. Mais il n'y a pas qu'elle, apparemment c'était un séducteur invétéré, et toutes les femmes tombaient amoureuses de lui. Au final, le roi l'a appris, il l'a fait saisir par ses gens et il aurait fait un exemple avec lui. Ensuite il a interdit que son nom soit mentionné ainsi que tout ce qui pouvait le concerner, et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour effacer sa mémoire. J'ai demandé plus de détails, mais Abdul a refusé de m'en dire plus.

- Cet être avait-il un nom ?

- Elie.

            Soudain, il a pris son visage entre ses mains, et il s'est mis à pleurer. J'ai été tellement émue de le voir ainsi que moi-même, je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer.

- Qu'est-il advenu de la Reine ?" demanda-t-il soudain.

- Elle s'est jetée par une fenêtre.

            De tout mon coeur, je souhaitais pouvoir le prendre dans mes bras, le consoler, lui manifester mon affection. Jamais je n'avais vu un être aussi magnifique. D'une intelligence si vaste que je ne pouvais la concevoir, d'un esprit si puissant que je ne pouvais me ressentir autrement que comme un néant face à lui, voilà qu'il se mettait à pleurer devant une petite princesse de rien du tout.

- Est-ce que vous le connaissez ?

- En quelque sorte.

            Puis soudain, il a séché ses larmes, et s'est redressé.

- Tu voulais me parler d'autre chose, je t'écoute.

- Ce n'est peut-être pas le moment, vous venez d'apprendre la mort de votre ami, je ne vais pas vous ennuyer avec mes histoires.

- Tu ne m'ennuies pas, et je vois bien que tu souffres. Parle moi, afin que nous puissions voir ensemble ce qui peut être fait.

            J'ai pris une profonde inspiration, envahie d'une immense gratitude. Il n'était pas indifférent à mon sort, il avait vu mon état et s'en souciait.

- Depuis que je suis petite, j'attends de rencontrer quelqu'un comme vous, que je puisse aimer, et qui puisse en même temps m'instruire de Dieu.

- N'as-tu pas cherché de maître ?

- La religion de notre pays a une façon de traiter les femmes que je n'arrive pas à accepter, et elle est structurée de telle façon que l'ésotérisme ne peut pas être séparé de l'exotérisme. On considère que les femmes sont inférieures à l'homme d'un point de vue cosmologique, ce que je veux bien accepter, mais jamais je n'ai rencontré d'homme qui m'inspire le désir de le servir, à part vous. On considère également que les autres religions sont inférieures et c'est quelque chose que je ne peux pas davantage accepter, car je les ai étudiées, et je pense qu'elles sont différentes façons d'adorer Dieu, et qu'il n'y en a pas une qui soit plus vraie que l'autre.

- Je comprends.

- Je désire vous servir, être auprès de vous. Je ne dors plus, je ne mange plus, je ne pense qu'à vous jour et nuit, je vous aime d'un amour qui me tue. Je ne comprends pas ce qui m'arrive, il y a en moi comme un gouffre qui s'est ouvert à votre vue et que seule votre présence peut combler.

- Je sais ce que tu désires, mais tu dois savoir que tu n'y survivrais pas. Ma race est spéciale, et moi je suis encore plus spécial. Si tu reste à mes côtés avec ce désir qui est le tien, notre union sera consommée et tu y perdras la vie. Je voudrais pouvoir t'aider, mais il n'y a rien que je puisse faire. Il n'y a qu'une seule solution pour toi, c'est de rester éloignée de moi. Avec le temps, tu guériras.

Je me suis effondrée en sanglots. Sans un mot, il s'est levé et il est parti.

Saison 8 - 05

 

Journal de Ryndil.

            Aujourd'hui, j'ai assisté à un merveilleux spectacle au palais, à l'occasion du cinquantième troisième anniversaire du roi. C'était une sorte de ballet, donné dans le grand amphithéâtre, qui contait l'amour impossible d'un prince et d'une bergère. Histoire classique s'il en est, certes, mais je crois que je suis tombé amoureux de la danseuse qui tenait le rôle de la bergère. Toute vêtue de rouge, ses beaux cheveux noirs coiffés en une longue tresse, elle dansait si merveilleusement bien, son corps souple ondulait et s'abandonnait si tendrement entre les mains du prince que j'en avais des extases rien qu'à les regarder. Bien entendu, je n'ai pas imaginé une seconde que j'aurais pu aller la trouver dans sa loge pour lui rendre mes hommages, car ensuite, quoi ? Il me suffisait de me montrer tel que j'étais pour la séduire, mais c'était une union que nous ne pouvions pas consommer. J'avais déjà un cas Shéhérazade sur les bras, ce n'était pas la peine d'empirer la situation par un comportement insouciant voire inconscient. Shéhérazade qui n'est d'ailleurs pas venue au spectacle, j'imagine qu'elle était en train de pleurer dans sa chambre. Je n'ai pas su quoi faire cet après-midi quand elle s'est effondrée devant moi, d'autant que j'étais le principal responsable. D'aucuns pourraient la juger émotionnellement instable, mais je sais ce qu'il en est. C'est moi qui ai produit cette fracture en elle, et je peux le voir. Si je savais quoi faire, je le ferais.

            Quoi qu'il en soit, tout le personnel du palais semble avoir été mis au courant de ma présence, et les gens sont assez polis pour ne pas me dévisager, bien que ce ne soit pas l'envie qui leur manque. Certains ont tenté de m'adresser la parole pour me saluer ou plus si affinités, mais je leur ai poliment répondu en leur faisant comprendre que je n'étais pas doué en langues et que je n'étais pas en état de soutenir la moindre conversation. Du coup, personne n'a trop insisté, et j'ai pu les observer tranquillement. Non qu'il y ait rien de très nouveau dans ce palais où les courtisans étaient nombreux et les gens honnêtes, rares.

            Comme je ne souhaitais pas spécialement profiter du buffet, je suis sorti après le spectacle, histoire de prendre un peu l'air, et je me suis promené dans les jardins. C'était le début du printemps, et de nombreux arbres et buissons étaient en fleurs. J'ai regardé travailler les jardiniers, je suis allé faire le tour de la roseraie, j'ai admiré les fontaines sculptées, les parterres en mosaïque, et j'ai déambulé dans les petits chemins de gravier blanc en prenant le soleil. Le monde était enchanté, mais j'avais conscience que ce n'était ni à cause du beau temps, ni des massifs fleuris, ni des oiseaux qui pépiaient joyeusement. L'amour habitait mon coeur, et j'étais environné par une beauté poignante qui m'apparaissait clairement comme la projection de ma faculté imaginative. Même les fourmis qui marchaient au milieu des gravier en transportant des miettes de gâteau revêtaient une sorte de caractère sacré, ce qui était tout de même curieux quand on y songeait. Mais je pouvais voir que ce qui se projetait sur le monde "extérieur", c'était des formes qui préexistaient dans mon esprit comme une sorte de paysage de qualités divines, ou de géographie sacrée. Cela expliquait bien des choses, et je m'étonnais que personne n'eût expliqué cela clairement, laissant croire à l'aspect objectif et donc universellement véridique de leur révélation.

C'est à ce moment que j'ai aperçu ma petite danseuse, un peu plus loin. Elle était vêtue d'une jolie robe blanche, ses longs cheveux dénoués tombaient en cascade sur ses épaules bronzées, et elle était accompagnée d'une petite fille de quatre ou cinq ans très mignonne. Sans y songer, j'ai commencé à la suivre, ne serait-ce que pour avoir la joie de la regarder marcher et parler à sa petite fille. Elles étaient tellement charmantes, il y avait une telle tendresse dans leurs échanges, que j'en avais les larmes aux yeux. En fait, elles habitaient dans le petit village situé juste à l'extérieur de l'enceinte du parc, et en grimpant sur le mur, j'ai pu voir où elles habitaient, une jolie petite maison située dans un jardin bien entretenu. Ça m'aurait presque donné envie de faire du jardinage.

08.04.2012

Saison 8 - 04

 

Journal de Shéhérazade

            Je ne sais pas ce qu'il m'a fait. Je n'ai rien mangé hier soir ni ce matin, je n'arrive pas à trouver le sommeil, et je n'arrête pas de penser à lui. Je sais que ce n'est pas une forme d'envoûtement magique, du moins pas comme on l'entend ordinairement, car ces choses-là provoquent des pensées obsessives dont la personne ne veut pas réellement. Or, rien ne m'est plus délicieux que de penser à lui, mais en même temps, je suis emplie de tristesse, car j'ai le sentiment qu'il ne voudra jamais de moi, et que cet amour est destiné à être aussi malheureux que le reste de ma vie.

            Au fond, j'ai l'impression que personne n'a jamais voulu de moi. A commencer par Mère, qui aurait voulu un garçon pour donner un héritier à Père. Ensuite, mes professeurs, dont la plupart étaient exaspérés par mon esprit distrait et original - un peu trop sans doute.

Et enfin, par ma belle-famille, lorsque j'ai eu vingt ans et que les nécessités de la diplomatie m'ont conduite à devenir la femme du prince Amal de Syrthie. Par chance, si j'ose dire, il est mort trois mois plus tard d'une mystérieuse maladie dont certains m'ont d'ailleurs accusée d'être la cause (on se demande bien comment), et j'ai été renvoyée dans mes foyers. Depuis, c'est comme si j'étais frappée d'une malédiction, je suis devenue invisible.

            Enfin, j'exagère. Je suis devenue invisible avec ceux de ma société, mais j'entretiens d'excellentes relations avec les serviteurs du palais, et le petit peuple en général. Le problème, c'est qu'ils ne pourront jamais devenir mes amis, il y aura toujours une barrière entre nous, car les choses sont ainsi faites. Parfois, je me dis que j'aurais aimé embrasser la vie religieuse, mais comment ? Dans notre religion, il n'y a pas de monastères pour femmes, la seule vie religieuse que les femmes puissent mener consiste à servir leur mari comme s'il était leur seigneur et maître. D'un autre côté, je ne me vois pas m'exiler dans les contrées septentrionales dont la religion, différente de la nôtre, comporte des ordres monastiques féminins. D'ailleurs quand j'y réfléchis, il me conviendrait tout à fait d'être la servante du Seigneur Ryndil, je sais que sa présence suffirait à me rendre heureuse même si j'ignore tout de lui. Mais je me sens invinciblement attirée par lui, et j'accepterais même qu'il ait d'autres femmes, pour autant qu'il m'accorde un peu de son attention de temps en temps. De toutes façons, je sais bien qu'un tel être n'accordera jamais tout son temps à une personne aussi insignifiante que moi, et je ne le demande pas.

            Mais nous n'en sommes pas là.

            Père ayant émis le souhait de le recevoir en début d'après-midi, je suis montée le trouver après le repas, avec une certaine appréhension je dois bien l'avouer. Cela dit, j'étais extrêmement curieuse de ses progrès dans l'étude de notre langue. Je lui avais fait apporter une grammaire, un dictionnaire, ainsi que divers autres livres, qui étaient empilés sur sa table lorsque je me suis présentée. Son apparence était assez différente de ce que j'avais vu la veille, il s'en dégageait quelque chose de presque fragile et de tendre, comme s'il avait passé toute la matinée à pleurer. Je dois avouer que c'était une idée assez extraordinaire, et cependant cela ne diminuait pas les sentiments que j'avais pour lui, bien au contraire. Je le trouvais encore plus beau que lorsqu'il était investi de la dimension seigneuriale, peut-être parce qu'il me faisait moins peur.

- Vous me faites penser à Baba Yazid lorsqu'il sort de ses extases mystiques" fis-je tout haut, sans m'imaginer qu'il comprendrait.

- Il y a sans doute un rapport.

- Vous me comprenez ?

- Par chance, votre langue est facile" répondit-il simplement.

            Son accent étranger était imperceptible, et cela plus encore que le reste m'impressionna. Quelle sorte d'être pouvait apprendre une langue à laquelle il ne connaissait rien en une seule journée ?

            Saisie d'une inspiration subite, je me jetai à ses pieds.

- Enseignez-moi, je vous en prie.

- Je ne te connais pas assez pour cela.

- Votre regard n'embrasse-t-il pas les êtres tels que moi ?

- Les potentialités ne se révèlent que dans l'action, de même que l'essence ne se révèle que dans l'existence. C'est ton action qui me dira qui tu es. Conduis-moi à ton père, puisqu'il m'attend. Mais ne lui révèle pas que je parle votre langue.

- Voilà qui ne va pas faciliter la communication" fis-je en me relevant, déçue.

- Je ne souhaite pas qu'elle soit facilitée pour le moment. Les affaires du monde ne m'intéressent pas et je n'ai aucun désir qu'on me demande d'y participer. J'ai moi-même été roi, je connais les cours et les courtisans. Si je suis un hôte indésirable, j'irai me trouver une autre logement.

- Je ne pense pas que mon père vous jettera à la porte, surtout s'il apprend que vous avez été roi.

- Et comment l'apprendrait-il, puisque je ne parle pas votre langue ?

            J'étais parfois la reine de la bévue.

- Je comprends.

           

            L'entrevue a été un succès mitigé, comme on peut l'imaginer. Père souhaitait évidemment en apprendre davantage, le Seigneur Ryndil faisait mine de ne comprendre aucune de ses questions, un "interprète" spécialisé a pu en tirer à peu près autant que ce que j'avais pu en tirer la veille grâce à une langue de signes improvisée, et au bout d'une demi-heure, il est devenu évident qu'il n'y avait plus rien à se dire. Père lui a dit qu'il pouvait rester pour le moment car son éducation témoignait d'un rang élevé, mais qu'il ne devait pas dépasser les limites du parc attenant au palais afin de n'effrayer personne. Il espérait qu'il apprendrait les rudiments de notre langue ou qu'il nous apprendrait des rudiments de la sienne, et lui a fait signe qu'il pouvait se retirer.

            - Souhaitez-vous visiter le parc ?" demandai-je soudain, alors que nous reprenions la direction de ses appartements.

            Là, il m'a regardée et j'ai su qu'il savait ce que j'avais en tête.

- Je me demande si ce serait souhaitable.

            L'émotion était trop forte, j'ai fondu en larmes. Le résultat, c'est qu'il a aimablement pris congé, ou, dit autrement, qu'il m'a plantée là.

            Qu'est-ce que j'allais faire ? Je perdais tous mes moyens quand je me retrouvais en face de lui, et je me discréditais complètement. Qui aurait voulu d'une fille qui pleurait tout le temps et qui était incapable de mener une conversation normale, ou d'essuyer le moindre refus sans s'effondrer ? J'avais toujours été émotionnellement fragile, et je ne m'arrangeais pas avec l'âge.

07.04.2012

Saison 8 - 03

 Journal de Ryndil.

            La princesse Shéhérazade, deuxième fille du roi de ce pays, est venue me rendre visite en fin d'après-midi. Elle m'a fait savoir que c'est elle qui m'avait trouvé, et j'ai profité de sa bonne volonté pour apprendre les rudiments de leur langue, ce qui me permettra de continuer à l'étudier dans leurs livres. Mais ce n'est pas mon propos. Le fait le plus marquant a eu lieu au moment de son arrivée.

            Alors que je prends toujours grand soin de me voiler face aux humains, sachant la commotion qui se produit ordinairement dans leur constitution lorsqu'ils me perçoivent tel que je suis, quelque chose m'a empêché de le faire lorsqu'elle est entrée dans mes appartements, et j'ai vu son corps subtil se fissurer d'un bout à l'autre sous l'effet de sa vision. Pire encore, quelque chose en elle a attiré mon énergie, qui l'a pénétrée de toutes parts, alors même qu'elle n'avait aucune capacité à le supporter. Ce que les humains appellent "viol" n'est rien en comparaison de ce qui s'est produit là, malgré le fait que je n'y sois absolument pour rien. Par chance, j'ai réussi à reprendre le contrôle de la situation avant qu'elle ne s'effondre à mes pieds, et j'ai fait de mon mieux pour effacer son souvenir et colmater la brèche, mais je sais que je n'ai pas totalement réussi, et je crains maintenant pour sa santé mentale.

            J'ignore ce qui a pu produire ce mariage inopiné, mais je soupçonne qu'il s'agit d'une fragilité particulière de sa constitution, liée à un puissant désir d'être libérée de sa condition misérable. Je ne peux pas dire que j'ai vu son histoire au sens événementiel, mais j'en ai perçu la structure, et je sais qu'elle se sent inadaptée et inutile, et qu'elle n'a plus l'espoir de trouver sa place dans le monde. Elle est réellement très jolie, pourtant, avec ses longs cheveux noirs et ses grands yeux pleins d'une innocence presque enfantine, mais elle se comporte comme si elle se pensait insignifiante ou invisible, malgré son charme certain et son âme généreuse. Je pense qu'elle a déjà été mariée, mais qu'il a dû se passer quelque chose, peut-être que son mari est mort avant de lui donner un enfant, et qu'elle a été renvoyée chez son père comme une malpropre, sa vie brisée. En tous cas c'est l'impression qu'elle donne. Je ne sais pas ce qu'elle pourrait faire pour donner un sens à sa vie, car elle a l'air intelligente et pleine de qualités.

            Quoi qu'il en soit quelqu'un est venu m'apporter les livres qu'elle m'avait promis, ce qui m'a permis d'étudier presque toute la nuit. En effet, je souhaitais en finir rapidement avec l'apprentissage de cette langue au demeurant assez simple. Mais je me suis assoupi peu avant l'aube et j'ai fait une sorte de rêve qui m'a laissé dans une grande agitation je dois dire. Quittant mon corps physique avec un corps de rêve qui a la forme et l'aspect lumineux de mon corps subtil, comme lorsque cela m'arrive souvent lorsque je m'endors, j'ai fait quelques pas dans l'obscurité, et puis une porte s'est dessinée devant moi, qui s'est ouverte. Je me suis retrouvé dans un bois enchanté dont les arbres et tous les végétaux irradiaient d'une douce lumière. Sur le chemin argenté qui se déroulait devant moi, une biche au regard intelligent me considérait paisiblement en mâchouillant une touffe d'herbe. Les astres au-dessus de ma tête semblaient des anges qui veillaient sur moi, et j'entendais une mélodie lointaine qui ressemblait à un chant dévotionnel. C'est alors qu'un vieil homme basané à la barbe blanche s'est présenté à moi, vêtu d'une robe verte et d'un turban. Amicalement, il m'a fait signe de le suivre, et m'a conduit jusqu'à un petit temple, ou peut-être un mausolée. Un corps était allongé sur une dalle de marbre blanc, au milieu des fleurs, et en m'approchant, j'ai vu le plus beau des elfes. Son auguste front jetait des rayons d'intelligence, la blancheur immaculée de ses joues était pure comme l'aube naissante, et le rubis de ses lèvres comme la promesse d'un amour éclatant. Ses longs cheveux bouclés auréolaient son doux visage d'une lumière dorée qui semblait la substance même de la sainteté. Vêtu d'une sorte d'habit immatériel et lumineux qui chatoyait de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, il semblait dormir paisiblement. Sous l'effet d'une telle beauté, mon être intime a vacillé dans ses fondements, mon intelligence a été foudroyée, ma raison anéantie, et j'ai été saisi d'un amour si violent que je me suis effondré à son chevet en poussant des soupirs à fendre l'âme, hors de moi-même. C'est alors qu'il s'est assis et qu'il a posé sur mon bras une main d'une délicatesse incomparable, ce qui m'a relativement calmé. Assis à ses pieds, je pleurais doucement, baigné par la suavité de sa présence ineffable.

- Eäryndil, mon bien-aimé... que désires-tu ?

            Je relevai la tête. Ses yeux d'un vert profond étaient comme une niche de lumière qui contenait tous les secrets de l'univers, et même s'ils m'étaient indéchiffrables, c'était comme si j'étais un miroir et qu'ils projetaient leur clarté en moi. J'étais illuminé de l'intérieur.

- Elendriel... je ne désire que Toi.

            Mes mots se sont éteints. Je voulais mourir en Lui, m'anéantir en Son essence et me perdre dans l'océan de Son unicité. Avec un sourire divin, il a pris mon visage entre ses mains et m'a embrassé sur la bouche. Un océan de lumière blanche s'est déversé en moi, je l'ai bu tout entier, et je me suis réveillé avec au coeur une douleur insoutenable qui était en même temps une extase indicible, transpercé d'amour. J'ai poussé des gémissements qui étaient presque des cris, je me suis tordu sur le sol, et j'ai versé des torrents de larmes... jamais je n'aurais cru que j'avais autant d'eau dans le corps.

Ensuite j'ai passé la matinée sur mon lit, incapable de penser à autre chose qu'à mon bien-aimé. J'étais terrassé par cet amour qui était à la fois une atteinte et un voile, j'étais dans la stupeur et dans la perplexité, dans l'extase de la présence et dans la douleur de l'absence.

Saison 8 - 02

 

Journal de Shéhérazade.

            Vers la fin de l'après-midi, je suis montée voir si l'étranger s'était réveillé aussitôt que mes obligations m'en ont laissé le loisir. A dire vrai, c'est moi qui l'ai découvert, hier, alors que je revenais de ma visite hebdomadaires aux pauvres du village, accompagnée d'Abdul et de Sahoddin, le médecin du palais. En passant dans la clairière aux orchidées, j'ai aperçu un corps allongé dans l'herbe haute. Nous avons d'abord craint qu'il ne s'agisse d'un cadavre, comme il arrive parfois qu'on en trouve au détour d'un chemin, sauvagement assassinés et détroussés par des brigands, mais nous avons découvert un être comme je n'en avais jamais vu dans aucun livre.

            Son apparence était étrange et vaguement inquiétante, mais en même temps il y avait en lui une grâce presque enfantine qui ne trompait pas. Etendu sur le sol comme une fleur, ses longs cheveux dorés formant comme une couronne autour de son beau visage tout blanc, il paraissait dormir paisiblement. Il portait de longs vêtements de cuir noir, et plusieurs bijoux et artefacts dont l'usage ne semblait pas évident au premier abord. La valeur de ses bijoux, des bagues et bracelets en or sertis de rubis, saphirs et diamants, m'a immédiatement laissé penser qu'il s'agissait d'un personnage de haut rang. Après l'avoir examiné, Sahoddin a déclaré qu'il était bien vivant, et qu'il serait préférable de le ramener au palais avant qu'une bande de malandrins ne le découvre. Pendant ce temps, je ne pus m'empêcher de noter qu'Abdul se tenait en retrait avec une mine assez sombre, mais il n'a fait aucun commentaire. Plus tard, lorsque je l'ai interrogé, il m'a répondu que cet être était d'une race de seigneurs qui habitaient parmi les étoiles et qui vivaient des milliers d'années. Et que sa venue n'augurait rien de bon. Il m'a été impossible d'en savoir plus, mais je me suis promis de faire une enquête dès que possible.

            Quoi qu'il en fut, nous l'avons ramené au palais - il était d'ailleurs étonnamment léger pour son gabarit - et nous l'avons installé dans l'un des appartements du troisième étage, avant d'aller annoncer à Père qu'il avait un hôte inhabituel. Il n'a pas semblé troublé, et il a simplement demandé qu'on le tienne au courant de l'évolution de la situation.

 

            J'avais pensé à lui toute la nuit, me demandant ce qu'il était exactement, d'où il venait, et j'espérais surtout que mon frère Jamal avait tort à son sujet. En effet, cet idiot était allé le voir dans le courant de la matinée alors qu'il "dormait" encore, et il avait prétendu qu'il s'agissait d'une sorte de vampire, en se moquant à moitié de moi. Evidemment, nous nous sommes disputés, mais à la vérité, je me demande s'il ne pourrait pas avoir raison.

            Lorsque je suis entrée dans ses appartement, après avoir dûment frappé à la porte, je dois dire que je ne m'attendais pas à ressentir une telle frayeur.

            Ce n'était pas son apparence physique, même si comme je l'ai dit elle était inhabituelle, car somme toute il n'était pas si différent de nous. Un peu plus d'un mètre quatre vingt dix, élancé, il se tenait avec la prestance d'un roi, ou d'un prince, à quoi s'ajoutait une grâce naturelle absolument exquise. Quant à son visage je le trouvais encore plus beau que dans mon souvenir. Ses traits fins auraient pu être ceux d'une femme aussi bien que d'un homme, ses longs cheveux blonds étaient coiffés et tressés comme ceux des elfes, et son teint pâle était presque lumineux. Même ses yeux, semblables à ceux d'un félin, ne me semblaient pas si étranges. Mais il émanait de sa personne l'aura d'une puissance écrasante, comme si je m'étais trouvée en face d'un dieu. J'avais la certitude absolue qu'il pouvait me pulvériser d'un seul regard, et tout mon corps s'est mis à trembler d'une manière incontrôlable. Moi qui ai d'ordinaire la langue si bien pendue, j'étais incapable de m'exprimer, paralysée par une terreur sacrée.

            Et puis, d'un coup, tout a disparu comme si son aura s'était résorbée dans une autre dimension, et j'ai retrouvé la sensation assez ordinaire de me tenir en face d'un bel homme, ou d'une belle femme, au sourire engageant, et au regard pétillant d'intelligence.

            Je ne comprenais plus rien. Avais-je rêvé ? Je ne le croyais pas. L'impression précédente avait été trop forte, j'en avais encore les jambes en coton et le souffle court. C'était comme s'il m'avait montré sa vraie nature, avant de se voiler subitement. En tous cas je ne voyais pas d'autre explication, alors je décidai de le traiter conformément à ce que j'avais vu, en priant pour ne pas l'oublier, car je ne voulais pas que son courroux s'abatte jamais sur ma pauvre tête.

- Bonjour. Comprenez-vous notre langue ?

            Voyant qu'il ne réagissait pas, j'ai posé la main sur ma poitrine.

- Shéhérazade.

- Ryndil" fit-il en se désignant lui-même. Sa voix grave et chaude me fit décider qu'il s'agissait d'un être masculin.

- D'où venez-vous ?" demandai-je en accompagnant ma question de signes que j'espérais compréhensibles.

            Il a répondu par signes et j'ai compris qu'il venait d'un monde lointain situé dans les étoiles, ce qui confirmait les propos d'Abdul. Ensuite il a fait mine d'écrire sur sa main, alors j'ai sorti du papier et une plume du bureau.

            Il a dessiné différents objets en me demandant leur nom, répétant après moi, et ensuite en me demandant de les écrire. J'ai dû également lui apprendre notre alphabet et lui en expliquer le fonctionnement. Ensuite il a désigné tout ce qui se trouvait autour de nous, le lit, les murs, les chaises... avant de passer à lui-même, cheveux, yeux, nez... Je me demandais comment il pouvait retenir tout ça mais ça ne semblait pas lui poser de problème, et bientôt il m'a réclamé des livres pour apprendre notre langue. Je lui ai promis de les lui faire apporter dans les plus brefs délais.

            Puisqu'il comprenait quelques mots maintenant, j'ai lui ai demandé ce qu'il souhaitait manger pour son repas du soir, car son plateau de nourriture était vide. Il a dessiné de la salade, du riz et de fruits, après quoi j'ai pris congé, en lui disant que demain matin, Père souhaiterait certainement le voir, mais que d'ici là, il serait bien aimable de ne pas quitter sa chambre, afin de ne pas terroriser le personnel du palais. Je ne sais pas s'il a tout compris, mais enfin, il a au moins compris que Père souhaitait qu'il reste dans sa chambre. Il ferait évidemment ce qu'il voudrait.

            En sortant, j'ai brusquement réalisé que j'avais un tas de questions à lui poser. Et pourtant, à peine mon cours de langue terminé, j'avais décidé de partir, comme si c'était l'évidence qu'il n'y avait plus rien à faire ici. Pourtant, ce n'était absolument pas l'évidence, et cela n'avait jamais été mon intention. Mais maintenant que je me trouvais devant sa porte fermée, je n'allais pas frapper à nouveau, j'avais bien trop peur de lui.

            Se pouvait-il qu'il eût le pouvoir d'enchanter l'esprit des gens, et de leur faire faire ce qu'il désirait ? J'étais prête à le croire, car vraiment j'avais eu toute la nuit pour penser à toutes les questions que je désirais lui poser, par exemple son âge et son rang, et je n'en avais posé aucune, alors même qu'il commençait à parler notre langue, et que je comprenais parfaitement ce qu'il me disait par signes. Ce qui était d'ailleurs assez curieux si j'y repensais. Je n'avais jamais été la spécialiste des signes, et je ne comprenais jamais rien quand les gens commençaient à me parler de cette façon. Il y a par exemple un sourd-muet, au village, je le fuis comme la peste parce que je suis incapable de savoir de quoi il essaie de me parler et qu'il me fait me sentir comme une idiote. Pourtant, lorsque j'observais le Seigneur Ryndil, le sens de ses signes était lumineux, les idées se formaient instantanément dans mon esprit, et à l'inverse, il avait semblé me comprendre parfaitement.

            Je suis restée un long moment devant sa porte, incapable de partir, envahie d'un sentiment étrange et trouble. Finalement, j'ai fondu en larmes et je suis rentrée dans mes appartements.

            Je crois que je suis amoureuse de lui.

06.04.2012

Saison 8 - 01

 

Journal de Ryndil.

            Voilà qu'il vient de m'arriver une aventure tout à fait singulière. Au moment où j'empruntais le téléporteur pour me rendre sur Selenia où toute ma garde avait déjà été dépêchée pour ma visite trimestrielle, j'ai été frappé par un grand éclair bleu, j'ai perdu conscience, et je me suis réveillé ici. "Ici". Ne me demandez pas où : dans un grand lit à baldaquin, disposé dans une chambre richement meublée, l'absence d'électricité et la présence de bougies indiquant une civilisation pré-industrielle. Le soleil double qui brillait à travers les fenêtres m'a rassuré immédiatement : je n'étais pas tombé sur Selenia. Je dis qu'il m'a rassuré, car j'ai craint un instant d'être perdu sur une planète inconnue, par quelque mauvais fonctionnement du téléporteur. Constatant que c'était effectivement le cas, je n'avais plus à le craindre, et j'ai retrouvé ma bonne humeur sur-le-champ.

            Pour ce que j'en sais, je peux avoir été expédié à l'autre bout de la galaxie, c'est arrivé à plus d'un malheureux que personne n'a jamais retrouvés, notamment lorsqu'une personne utilise simultanément le distrans et le téléporteur, et qu'il se produit une interférence entre les deux systèmes. Bien que j'aie interdit leur usage simultané sur le Deänir, je sais qu'il y a toujours des ânes qui s'empressent de contrevenir aux ordres, surtout lorsque c'est nécessaire pour accomplir quelque plan de la Providence ou de la Nécessité.

            Dans mon cas, je penche pour la Providence, car de toutes façons, j'en ai assez de cette existence idiote qui est la mienne sur le Deänir depuis que j'ai abandonné l'Empire à son triste sort, ce qui m'a forcé à me replier sur une petite douzaine de systèmes stellaires qui ont le mérite d'être suffisamment peu intéressants pour que personne ne vienne me les disputer. Un mérite qui est aussi leur principal inconvénient. On a beau dire, je me sentais plus utile lorsque je dirigeais l'Empire, après que tous les Régents m'eussent prêté allégeance. Malheureusement ce sont les autres qui n'ont pas voulu de moi, le petit peuple des Asûrim  égoïstes et stupides, alors que je savais pouvoir les sortir de cette situation tragique qui est la leur. Peut-être notre race est-elle destinée à l'extinction, c'est même certain d'ailleurs, puisque tout ce qui est apparu un jour doit disparaître, mais je suis triste de voir qu'elle disparaîtra probablement avant d'avoir pu atteindre la gloire à laquelle elle aurait pu prétendre si elle avait accepté de se détourner de son ignominie. Enfin... il restera toujours mes petits elfes noirs, mais ce ne sont pas eux qui vont donner naissance à la brillante civilisation dont je rêvais pour les Asûrim, il faut être réaliste.

            Erik a trouvé sa vocation, mais c'est un esprit simple. Pour ma part, je rêve d'une surexistence que je ne sens pas exactement compatible avec la vie champêtre, mais on m'a toujours dit que j'étais trop compliqué. Pour tromper l'ennui de ma nouvelle situation, je n'avais évidemment rien trouvé de mieux à faire que de baiser toute la journée, sauf que le nombre de mes partenaires s'était considérablement restreint, pour les raison que j'expliquerai plus tard. Quoi qu'il en soit, cette mésaventure tombe à point nommé.

 

            Après avoir inspecté les environs à travers la fenêtre, j'ai pu déduire que je me trouve hébergé dans quelque palais royal, car le bâtiment, tout en marbre blanc, semble vaste, d'une architecture recherchée, tout en donnant sur de grands jardins où s'affaire un nombreux personnel.

            Le végétation et l'architecture sont celles d'un climat chaud et sec, le lieu semble agréable et je me réjouis déjà de pouvoir découvrir un nouvel endroit, loin de mes responsabilités quotidiennes, et sans aucune sorte de mauvaise conscience puisque je n'ai aucun moyen de contacter le Deänir. Certes je pourrais me mettre à la recherche du distrans, car je n'aurais jamais pu atterrir sur cette planète dans la présence d'un distrans, mais mon petit doigt me dit qu'il se trouve en orbite géostationnaire. Il ne me reste plus qu'à occuper mon temps du mieux que je peux, et bien sûr à découvrir les raisons de ma présence ici. Ou à défaut les inventer. J'ai juste un petit problème.

            J'ai faim.

            C'est ce qui me fait dire que je suis tombé de l'espace, car je ne vois pas quelle sorte d'acrobatie aurait pu provoquer chez moi une telle déperdition de Xi en dehors d'une chute de cette ampleur. Ou alors j'ai dormi pendant six mois, ce que je ne crois pas. Ma situation n'est pas critique, je ne souffre pas véritablement, mais c'est suffisamment sensible pour m'occuper l'esprit de manière constante, un peu comme ce que les humains appellent une rage de dents.

            Je sais aussi que le yoga ne suffira pas, de toutes façons il n'a jamais suffi et ne suffira sans doute jamais à me sustenter. Les unions, par contre...

            Au fil du temps, j'ai réussi à me trouver quelques partenaires "qualifiés", j'entends par là des amants assez ouverts pour laisser passer la shakti sans la bloquer, en conséquence de quoi mon corps, cet être étrange et imprévisible, ne se sert pas sur leur énergie vitale, mais sur l'énergie divine qui résulte de nos unions. Malheureusement, si l'énergie se retrouve bloquée d'une façon ou d'une autre, je me trouve incapable d'empêcher le transfert d'énergie vitale. S'il est faible, tout va bien, il y a toujours moyen de réparer (ou non) les dégâts, mais il m'est arrivé de me retrouver avec sur les bras des morts impossibles à ressusciter. C'est une situation fort embarrassante, car même si je n'ai jamais eu une grande estime pour les êtres humains, je n'aime pas davantage leur prendre la vie qu'à n'importe quel être vivant. La vie est une merveille, même chez ces êtres chétifs aux prétentions pathétiques.

            Par chance, mon corps sait m'indiquer les partenaires qualifiés, il les reconnaît très vite. Par malchance, je n'en ai jamais croisé chez les humains, dont la constitution est trop faible, ce qui exige qu'ils aient atteint un haut niveau spirituel en compensation. J'imagine qu'en faisant le tour des monastères de ce pays, je finirais par trouver une sainte qui aurait la capacité requise, mais encore faudrait-il qu'elle soit volontaire, et même si j'ai une haute opinion de moi-même, je ne vois pas très bien ce qui pourrait me rendre intéressant aux yeux d'une sainte qui a Dieu pour compagnon.

            Sans compter qu'ils ont fermé ma porte à clé. Ceux qui m'ont logé ici savent très bien l'effet que ma vue produira sur les autres une fois réveillé, et je vais respecter leur volonté pendant quelques heures, puisqu'ils ont eu la bonté de me recueillir et de m'installer dans un lieu confortable. Ils ont même déposé de la nourriture sur ma table. Mais si personne ne se présente pour m'expliquer ma situation avant la nuit tombée, je sortirai par la fenêtre. En attendant, je vais faire un peu de yoga.

Le petit peuple de la serre

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Titi et Toutou (Butternut et Baby Bear)

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Les premières fleurs de tomates sont arrivées

02.04.2012

Le Nom n'est pas une simple désignation

Ce soir il m'est venu à l'esprit qu'il y a pas mal de soi-disant bouddhistes qui pensent que le nom est une simple désignation. En même temps je retournais un nom dans ma tête, qui n'était pas une simple désignation, mais plutôt un lieu théophanique.

Du coup ça m'a fait penser que ça a toujours été comme ça, qu'autrefois quand le nom d'une personne ou d'un lieu me tournait dans la tête, il était toujours chargé d'une signification particulière. On peut dire certes que cette signification n'est pas le nom, de même que la Beauté n'est pas la belle fleur, il n'empêche que le nom est le support dans lequel l'ensemble de qualités que je prête à la personne se reflète aisément. Du coup cela m'a fait penser à ces traditions magiques où, pour agir sur quelque chose, il faut connaître son nom véritable (cf les Chroniques de Krondor, entre autres). Ou encore au fait que le Lopön a dit qu'il nous fallait retenir les noms des bouddhas, parce que sans ça, il deviendrait impossible de les invoquer et donc de recevoir leur aide une fois qu'ils sont morts.

Les noms des objets sont donc loin d'être des désignations, comme une certaine philosophie moderne a essayé de nous le faire croire. De même qu'une personne peut être un lieu théophanique qui permet à notre Ange de se refléter à travers les qualités que nous lui attribuons, son Nom possède des facultés assez semblables. Et peut-être même qu'il peut nous révéler des choses, non de la façon pratiquée sur certains sites idiots qui vous expliquent que si votre enfant s'appelle Adolf il aura des dons artistiques, mais d'une façon beaucoup plus mystérieuse.

C'est aussi pour cette raison que les Asûrim ont un Nom secret.

Les enfants de la serre au 01-04

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30.03.2012

Réflexions sur la Passion

Suite au "test" sur l'article, j'ai repensé aux chrétiens qui méditent sur la Passion de Jésus, qui en un sens a vécu quelque chose de similaire tout en étant absolument pur (dans son cas on ne parle pas de karma, mais d'un choix fait avant son incarnation). En un sens, Jésus est devenu lui-même le thème de la méditation sur les choses affreuses du samsara (en plus d'y avoir ajouté beaucoup d'autres choses), et de nombreux martyrs se sont joints à lui, en sorte que pour les chrétiens, il devrait être assez facile de transmuter les aspects négatifs de leur esprit, s'ils suivent correctement l'enseignement de Jésus - cela dit j'ai pu constater que les gens avaient plutôt tendance à détester les romains qui ont fait ça, alors qu'il est évident que ce n'est pas ce qu'il faut faire. 

J'ai d'ailleurs pu noter qu'une photo de la petite fille qui a été tuée par Mo* m'a provoqué la même réaction que l'histoire de la somalienne, mais seulement une certaine photo où elle a l'air tout à fait innocente, ce qui me l'a fait assimiler directementà Bambi. Par contre, il y a d'autres photos où elle a déjà l'air d'une peste, ça ne marche pas, là j'ai plutôt l'impression de voir un lien karmique un peu fatal entre divers éléments samsariques. Je ne pense pas, comme certains, qu'elle l'aurait mérité sous prétexte qu'elle aurait accompli de mauvaises actions dans une autre vie. Le karma ne fonctionne pas comme ça. En fait, il y a des possibilités karmiques, en l'occurrence, le fait d'être mortel, petit et fragile, et en fonction du chaos samsarique (dont la météo est une bonne représentation), on peut bien tomber ou mal tomber. Elle s'est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, ça aurait pu être quelqu'un d'autre, même un tulkou. Sauf si le tulkou a un vieux maître clairvoyant ou des protecteurs qui le préviennent. Mais quand on considère que d'excellents lamas se sont retrouvés dans les geôles chinoises, de manière apparemment pas volontaire, puisqu'il y a même l'histoire de celui qui a fait un powa volontaire en disant qu'il perdait son temps ici et qu'il préférait partir ailleurs, on voit que ça peut réellement tomber sur n'importe qui, il suffit d'être assez faible pour que des gens armés puissent nous attraper. Ce qui est le cas de pas mal de monde...

J'en reviens à mes moutons, le sujet de méditation optimal semble être celui de l'innocence qui ne "mérite" pas ce qui lui arrive, c'est-à-dire dont l'esprit serait totalement pur à l'exception des voiles à l'omniscience, et qui se retrouverait soudain en contact avec le pire mal qu'on puisse imaginer (la bêtise humaine étant peut-être bien le pire des maux qu'on puisse imaginer, si l'on considère les qualités de l'Homme Universel). On comprend que cette méditation puisse être efficace puisque cela correspond, à l'intérieur de nous, au fait que nos voiles soient mis directement en contact avec la lumière divine. Et on comprend aussi que c'est raté si on ressent de la colère ou une quelconque émotion négative. Jésus a dit qu'il était venu prendre sur lui les péchés de l'humanité, en un sens c'est vrai. Ce serait vrai même s'il n'y avait aucune action magique de sa part de ce point de vue, s'il s'était juste contenté de vivre sa Passion, car le simple fait de méditer sur ce qu'il a fait est une action rédemptrice sur nous-mêmes. Sauf si on médite de travers et qu'on en veut aux romains. C'est peut-être le sens de la vision de Catherine Emmerich, où Jésus a vu qu'une part de sa souffrance serait perdue.

Du coup il va falloir que j'introduise ce thème dans ma saison 8 (comme le souhaitait Kiwi je crois).

Lettre à Monsieur Insignifiant « Un nom changera t-il quoi que ce soit ? »

Oui, parce que la base de la communication c’est de s’exprimer de façon ouverte. Et si on cherche à se cacher, c’est juste sa part d’ombre qui de toute façon est aussi visible que le nez au milieu de sa figure. Découvrir sa vraie nature c’est d’après mon expérience réaliser ce qui nous donne un « Nom »  réel, un assemblage particulier de qualités claires qu’on ne pourra pas nous voler, qui nous est propre, et qui fait que chacun est unique et distinct dans la création. Refuser cela, c’est reculer dans l’anonymat et la barbarie qui ne dit pas son nom, revenir en–deça de toute société et de toute civilisation.

 L’amour naît quand on accepte l’échange conscient de deux noms (et le « Mantra » dans ce sens c’est le nom caché que chacun porte en lui et qu’on ne peut pas révéler à n’importe qui, tant que la dignité de l’autre n’est pas reconnue et qu’il n’y a pas une base d’égalité dans l’échange). Evidemment je parle du sens de ces notions, et aborder ainsi Monsieur insignifiant semble être une belle gageure, parce celui-ci se vante de son invisibilité et de son néant d’être. Qu’on peut effectivement très bien constater, vu le ton péremptoire de quelqu’un qui vit dans le passé et pas dans le présent.    

 Car ses commentaires laissent entendre tout, sauf le fait qu’ils seraient insignifiants, puisqu’il se permet de juger là où il se sent blessé, parce qu’en réalité il doute de lui-même sans le savoir, en affichant un ton hautain. C’est un archétype de la chenille qui ne dit pas son nom, qui veut se faire remarquer sans donner de lui-même. Donc il est aisé d’en inférer que l’auteur des commentaires a une haute opinion d’un soi qu’il pense sans doute dénué d’existence, mais la modestie n’est pas son fort, comme tous les lecteurs peuvent s’en apercevoir. Mais comme c’est le monde à l’envers dans le Chaos bouillonnant, ce sont les plus prétentieux, qui croient avoir tout compris, qui s’avisent de donner des leçons aux autres.

 Alors il croit sans doute qu’il défend l’honneur des Maîtres et de l’enseignement bafoué, en venant mettre son grain de poivre mouliné chez ceux qu’il méprise, sans venir ajouter quoi que ce soit de positif, mais il se trompe foncièrement sur la nature des Maîtres, parce qu’il n’a aucune cognition valide à leur sujet. De deux choses l’une.

-Ou nous sommes sans aucune espèce d’intérêt pour lui, auquel cas nous ne méritons même pas son regard, car il a déjà sa propre certitude inébranlable.

-Ou il est justement piqué, parce qu’au fond de lui il doute profondément, et on comprend alors pourquoi il s’intéresse à nous sans oser se l’avouer, et qu’il revient à la charge après une longue absence, parce qu’on lui a manqué.

 Nous n’avons pas d’autorité légitime à ses yeux pour parler de certains sujets, mais qu’est-ce que la légitimité en fin de compte ? Je crois que c’est une bonne question à se et à lui poser.

 Est-ce de trôner sur un grand siège ? Est-ce de venir répéter qu’on détient une « voie insurpassable » et qu’on est plus malin que tout le monde ? Est-ce d’afficher des sourires benêts devant une assemblée ébahie qui se sent flattée ? Est-ce de venir se présenter en Maître de justice, tout en se prétendant insignifiant ? S’il étudiait un tant soit peu d’histoire, il saurait que la spiritualité ne se mesure ni au taux de flatteries qu’on déverse sur les gens, ni à la répétition figée des normes, mais à un esprit curieux qui n’a pas peur de remettre en cause ce qu’il voit. Evidemment avec ce parti pris on ne s’attire que du mépris de la part des autres, surtout de ceux qui sont jaloux sans se le dire. C’est bien le défaut fondamental du règne humain, qui empêche toutes les relations d’amitié sincères.  

 « Bonjour, je ne dis pas qu'elle est sans coeur, mais que ce qui ressort de la lecture de son blog et qui ressortait déjà des années auparavant, n'amène pas à ressentir quoique ce soit de Divin, ni aucune forme d'Amour, c'est très sec, peu aimable, emplis de jugements à l'emporte pièce sur ce qu'elle observe et qu'elle prête un importance "aux autres" douteuse. Qu'elle parle de ses propres errances et des difficultés qu'elle rencontre en elle même avec elle même : là c'est riche, mais déblatérer sur "les maîtres" en se drapant de la prétention de savoir les tenant et aboutissants de leur action ici... Je n'y trouve aucune démarche nourrissante (hormis celle de nourrir son propre ego) et on ressort avec une impression très terne car son approche n'est pas du tout positive ni ne laisse transparaître une quelconque Joie ».

 En fait il fait sans le voir une apologie de l’ égoïsme, confondu avec l’humilité. Se morfondre sur soi et entretenir des émotions contradictoires, c’est l’essence de l’ego. Interroger les relations objectives qu’il y a entre les phénomènes, « Maîtres » compris, il considère ça comme blasphématoire. Mais questionner une chose n’enlève rien à son mystère et à sa grandeur, sauf si ce n’est pas ce qu’on croit, et qu’elle  s’avère être le pur produit de son Moi irrél (au sens d’une construction imaginaire). Ce qu’il appelle « maître » dans son discours, c’est ce qu’on appelait Dieu autrefois, dans le pire sens du terme, quand on voulait empêcher les gens de s’exprimer et de réfléchir par eux-mêmes, ce qui a mené aux pires violences.

 Le problème c’est que son idée du « maître » est une coque vide qui ne pourra rien pour lui, s’ il n’a pas de relation personnelle avec ce dit Maître. Mais ose-t-il dire son nom devant lui ou a t-il secrètement honte ? Il défend en fait un spectre, tant que l’échange et la reconnaissance mutuelle ne sont pas établies. Ce n’est pas moi qui le dit. Tous les textes traditionnels l’affirment et si nous avons décidé de créer une structure qui soit le plus proche possible de ce mode antique de relation, c’est pour cette raison.

Justement parce que nous aimons tellement les Maîtres que nous les avons observés avec l’attention qu’ils méritent, eux et leur suite, sans les reléguer dans l’inconnaissable (le parfait alibi de l’ignorance) avec une véritable sympathie. Et il est vraiment comme celui qui regarde le doigt et ne voit pas le soleil. Je suis persuadé qu’aucun Maître digne de ce nom ne pourrait réprouver notre démarche si on lui présentait objectivement, et aucun protecteur non plus. Parce que le semblable reconnaît le semblable et ne peut s’y opposer. C’est une loi de la Nature parfaite. Au contraire, il se dirait qu’il ne s’est peut-être pas escrimer pour rien, si quelques personnes prennent leur sort en main, même si cela entraîne une jalousie et la haine du groupe. C’est le mécanisme instinctif des foules et ce n’est pas ça qui mène au bonheur et à la félicité.

"Je n'y trouve aucune démarche nourrissante (hormis celle de nourrir son propre ego) et on ressort avec une impression très terne car son approche n'est pas du tout positive ni ne laisse transparaître une quelconque Joie. Tu dis qu'elle est tendre et joyeuse, mais sens tu cette même tendresse dans ses articles ? Moi pas du tout, j'y voit régulièrement quelqu'un d'aigri et en colère avec le monde... Ce qui d'un côté pourrait aisément se comprendre, les bouddhistes l'appellent ça dukkha et ça peut mettre en rogne facilement ».

Ry – Sherlock - Flo a certes un caractère décapant. Je la connais depuis plus de douze ans et elle est entrée comme une « calamité » vivante dans mon existence, mais elle est tout sauf aigrie, en « colère » contre qui que ce soit ou même amère. J’habite auprès d’elle depuis neuf mois, et je peux témoigner que c’est elle qui a contribué à changer mon existence de façon totalement positive et que j’envisage maintenant les choses avec une grande sérénité, parce qu’elle vit à mes côtés avec Petit elfe. Et j’ai une chronique quotidienne qui témoigne de cette transformation et de son engagement réel pour les autres. L’argent qui est mis en bourse, ce n’est pas pour spécialement pour son propre compte, mais pour ses amis en partage. Maintenant je n’irai pas plus loin dans l’éloge, parce qu’un esprit mal intentionné estimerait que je suis « influencé ». Alors c’est sûr que je préfère être influencé par quelqu’un qui me donne de bons conseils et qui me connaît bien, dont je peux vérifier la pertinence chaque jour, que par n’importe qui d’autre.   

Où est le mal ? J’aimerais bien qu’on éclaire ma lanterne.

Monsieur insignifiant semble tout juger à son aune. Il n’apprécie pas le ton du blog, c’est son droit, mais pourquoi en faire une querelle personnelle sans le dire, si ce n’est pour sortir d’un anonymat qui doit être bien pesant ?

Les « Maîtres » dignes de ce nom se moquent royalement de quelques bâtards comme nous, mais lui est sans dessus dessous. C’est donc que quelque chose ne tourne pas rond dans son système et dans sa vie.

Au lieu d’essayer de trouver de quoi se nourrir chez les autres, comme nous le faisons dans les Traditions que nous respectons beaucoup plus qu’il ne le croit, il les repousse. A cause de son fanatisme, il ne sent pas que la dévotion de façade est facile à montrer, tandis que la Foi réelle qui n’a peur de s’exposer à la vindicte de l’ignorance hargneuse demande bien d’autres qualités, dont le courage n’est pas la moindre.

Il est aussi apparemment au courant de beaucoup de choses, puisqu’il juge d’un ton soupçonneux que je ne connais rien au soufisme et s’empresse de me discréditer, alors même qu’il avoue que les notions évoquées le dépassent complètement. Une fois de plus le jugement hâtif l’emporte sur l’examen des faits. Il se trouve que je passe ma vie en « philosophe oriental » consacrée aux pratiques, et j’ai même des diplômes universitaires actifs ainsi que d’autres capacités.

« C'est totalement obscur et fait appel à de nombreuses notions que je n'ai pas, et j'imagine aussi que ces mêmes notions sont vues et décrites selon un filtre bien spécifique, la personne ayant écrit cet article me semblant bien inexpérimentée dans ses connaissances sur le Soufisme mais ça ne semble pas la déranger pour affirmer beaucoup de choses invérifiables pour moi (sans y passer des années) ».

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29.03.2012

Tristesse

Dois-je rappeler que mon objectif n'est pas que les gens sortent de ce blog en étant joyeux, mais en étant soit déprimés, soit tristes, comme lorsqu'on lit un livre sur les défectuosités du samsara. En effet, tout le monde veut être joyeux, et ne jure que par la joie, et affirme se trouver dans la joie permanente. C'est un des plus grands mensonges de notre société, et c'est précisément cette impression que j'essaie de démolir (quant à ceux qui ne mentent pas, il s'agit malheureusement d'une joie vitale, qui est un des plus grands obstacles à la réalisation). J'ai déjà expliqué que ce n'est qu'en prenant conscience de sa souffrance réelle, qui est immense, que l'on peut espérer sortir du mensonge, et trouver une voie vers le divin. Tout cela est expliqué et détaillé ailleurs. Il serait étrange qu'en professant ces sortes de choses je m'emploie à montrer ensuite comment le monde est gentil et beau. Le samsara n'est pas beau, c'est la pire des choses. La beauté est en Dieu, et Dieu ne se révèle pas au sein du mensonge, ou du moins il ne peut s'y révéler que sous une forme destructrice (donc en général il évite de s'y révéler). 

Ceux qui sont déprimés par l'énumération des défectuosités du samsara sont simplement ceux qui n'ont pas intégré les préliminaires, et dont les fausses certitudes sont menacées. Les autres sont tristes, et la tristesse est la qualité fondamentale du soufi, comme elle est je pense une qualité du boddhisattva. En effet, elle est intimement liée à la compassion, et c'est quelque chose qui est ressenti ciomme étant totalement positif. Ce n'est cependant pas ce qui m'intéresse et je préfère la voie de l'amour. Malheureusement il m'est impossible d'en parler à une majorité de personnes qui croient aimer tout le monde tout en se disant dans la joie permanente, et je ne parle pas de l'extase mystique, mais du fait de se convaincre que tout va très bien, car mes propos seraient interprétés à l'envers de leur sens réel. Si on parle d'imaginal à ces personnes, ou d'amour divin, tous ceux qui n'y sont pas vont s'imaginer y être, comme sur le blog de C* qui est un modèle du genre, ou sur les forums new-age et ce serait leur faire un grand tort. C'est une autre des raisons pour lesquelles je ne veux pas décrire d'expériences ici. De toutes façons, celui qui est réellement dans la voie de l'amour aura développé une relation parfaite, soit avec une personne réelle, soit avec l'Ange de son être, ce qui est la même chose en un sens, et il ne pourra pas sortir d'ici déprimé ou avec le sentiment d'un endroit terne. Car ce qui me fait écrire n'a rien de terne, c'est même quelque chose d'assez puissant. Mais ceux qui ne l'ont pas en eux ne peuvent pas le percevoir.

L'extase mystique, en réalité, est beaucoup plus proche de la tristesse que ce que les gens appellent la joie. C'est aussi très proche du primal bien vécu, pour cette raison il est évident que je fais ce qu'il faut pour rapprocher les gens de leurs souffrances primales.

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Spirituel et Vital

Certains doivent se demander pourquoi je n'écris pas de posts plus positifs, sans m'occuper du mensonge ambiant, et ne décrivant que les choses spirituelles.

Le problème c'est que ça va un peu ensemble. Mis à part le fait que ce blog est lu par nombre d'"hostiles" et qu'il n'est pas souhaitable de décrire ses expériences dans de telles conditions, comment pourrait-on intéresser qui que ce soit en décrivant la démarche fastidieuse du chercheur d'or qui tamise l'or de la rivière pour trouver 3 grains par jour, alors que d'autres vous proposent des montagnes de joyaux exauçant tous les souhaits ? Maintenant tout le monde parle aux esprits planétaires et galactiques, je ne vois pas bien ce que je pourrais avoir à raconter à côté de ça. Le problème, comme je l'ai déjà dit, ce n'est pas l'objet qui est vu dans la vision, c'est la qualité de la vision. L'archange est confondu avec un aspect quantitatif, alors qu'ils s'agit d'un aspect qualitatif. Par définition, le qualitatif ne peut pas se positionner par rapport au quantitatif, de même que ce qui est élevé sur l'axe de Y peut apparaître au point 0 sur l'axe des X.

Hier, il est probable que plein de gens ont eu des visions "sublimes" de divinités couvertes de joyaux pendant l'initiation de Mahakala, ce qui n'a pas été mon cas. En revanche, je peux dire que qualitativement, parmi ceux que étaient dans mon champ de vision, je n'ai vu personne recevoir une miette de cette initiation, parce que l'imaginal a un effet physique, et que personne n'avait d'effet physique. Les gens devraient devenir beaux, tout simplement, et ils ne le sont pas. Mais ça ne s'explique pas, ça se voit.

Aujourd'hui, tout le monde confond l'extase mystique avec la transe vitale, c'est dire à quelle point de confusion on se trouve, car l'une est pure beauté, alors que l'autre est tout le contraire, puisque dans un cas on s'assimile à la divinité, et dans l'autre à la nature animale. L'autre jour je regardais une video de dhikr sur Youtube, il y avait un commentaire du genre "tout le monde était en extase", alors qu'il était évident que tout le monde était en transe. L'amour divin est aujourd'hui confondu avec les émotions fortes provenant du vital, à partir de là tous les n'importe quoi sont possibles, et puis quand même c'est bien pratique, car autant l'extase n'est pas à la portée de tout le monde, autant il n'y a rien de plus de facile que de donner aux gens des émotions fortes, surtout si on leur fait croire que c'est la la spiritualité.

Bref, mon "enseignement" se trouvera dans la saison 8 de mon roman.   

Et j'ai placé mon argent en bourse au lieu de le donner à des escrocs.

Marchands du temple, suite

Comme je reçois les pubs du Drukpa, je suis allée voir son dernier post, là aussi ça fait de plus en plus marchand du temple. Il me semble lui aussi prendre des postulats de base mensongers pour en tirer d'autres mensonges, ceci afin de plaire, bien qu'il s'en défende évidemment. Sa justification étant sans doute de financer de bonnes oeuvres.

Il est vrai qu'en un sens les gens sont fous et que la spiritualité véritable ne leur apporterait rien pour la plupart, qu'il est plus utile à la perpétuation du samsara de leur apprendre à aimer les poissons et la nature. Je parle de la perpétuation du samsara, parce qu'à l'aube de l'humanité, finalement, c'est bien ce que faisaient les gens je pense, aimer la nature. Il suffit de regarder des documentaires sur les aborigènes et autres primitifs sans sphère intellectuelle. Ils vivaient en harmonie avec la nature, mais c'est parce qu'ils sont quasiment sans mental. Ensuite, il est fatal que d'autres civilisations se développent, qui, découvrant le mental et la sphère intellectuelle, vont aussi découvrir les mondes spirituels, en même temps que la bombe atomique. Je ne vois pas en quoi l'action du Drukpa, ou d'autres, va permettre de dépasser ce problème.

En gros, il dit aux gens d'être contents de tout, avant de pouvoir recevoir son enseignement, citant pêle-mêle, la saleté, les indiens, la pollution, le froid etc... comme si on devait trouver quelque chose de positif dans le samsara. Il est possible d'arriver à ce résultat en niant complètement son ressenti, et c'est ce que font énormément de bouddhistes d'ailleurs, et pas seulement eux. Mais en réalité, le samsara est le samsara, et ne sera jamais le nirvana. Les maîtres incitent les gens à mentir et à se mentir, je ne vois pas en quoi ça va arranger la situation, parce qu'ils vont rendre leurs enfants complètement névrosés, et créer la contrepartie négative de leurs bons sentiments.

Certains se demandent quand même comment Mohammed M* a pu devenir ce qu'il est devenu. Je ne le sais pas, mais aux US, il y a des serial killers qui le sont devenus à force de se voir imposer l'obligation de devoir être toujours gentils avec tout le monde. Et l'on constate que les enfants de L* qui ont l'air déjà gravement névrosés alors qu'ils sont tout petits, ont affaire à une mère qui passe sa vie à prétendre que tout est merveilleux. Ils n'ont pas le droit de s'exprimer. Dans un autre ordre d'idées, j'avais un ami dont la fille s'est suicidée, une des causes étant qu'il n'arrêtait pas de dire qu'elle était parfaite et merveilleuse. Elle n'a jamais pu lui demander de l'aide, ayant trop peur de perdre son estime.

Si le Drukpa dit qu'il n'aime pas les gens qui se plaignent et qu'il ne donnera son enseignement qu'à ceux qui sont gentils, que va-t-il se passer ? Il va générer une armée de névrosés, en renforçant exactement le mécanisme dénoncé par Janov, celui qui fait que plus personne n'est "réel". Je voudrais ensuite qu'il m'explique ce qu'il va pouvoir enseigner à des gens irréels.

Je me demande toujours ce qui se passerait si les maîtres spirituels retrouvaient le chemin de la vérité, et commençaient à enseigner la vérité. Peut-être qu'ils perdraient 99% de leurs disciples, mais peut-être que ceux qui resteraient seraient de bons disciples. Alors que là, ils sélectionnent les plus névrosés par leurs exigences délirantes. En fait je ne vois pas en quoi on a besoin de maîtres authentiquement réalisés pour enseigner l'écologie et l'amour du samsara, un tas d'allumés new-age le font aussi bien, il me semble que le rôle d'un être réalisé, c'est de transmettre ce qu'il a de plus précieux, pas d'être un marchand du temple. Car si lui ne le fait pas, qui va le faire ? Mais j'oubliais... ils le transmettent à leurs tulkous, tout ce petit monde vivant confortablement aux frais de la princesse (qui est précisément l'attitude qu'il dénonce).

Le plus triste, ce que ce qui est véritablement spirituel est en train de disparaître, car il y a quand même des tulkous dont on se demande s'ils ne sont pas contaminés par le mensonge ambiant. Le Drukpa dit que les gens ont toute l'information spirituelle nécessaire, et même bien trop, la réalité c'est qu'ils ne l'ont pas. On peut éplucher autant de textes bouddhistes qu'on veut et aller à autant d'enseignements qu'on veut, et poser autant de question qu'on veut en entretien, la vraie information est toujours absente. On peut la trouver dans d'autres traditions. En fait, dans chaque tradition, un certain nombre d'informations capitales sont systématiquement absentes, ce qui permet au clergé de garder le pouvoir. Mais comme ils ne se reconnaissent absolument pas entre eux, ils ne se sont pas concertés pour que d'une tradition à l'autre les mêmes choses soient absentes. On découvre donc toute l'ampleur du mensonge des uns en lisant les autres, et vice-versa.