07/10/2012

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22:08 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Transmissions

L'autre jour en regardant la vidéo d'un lama, je retrouvais une sensation bien connue dans ma jeunesse. A dire vrai, il était assez beau, c'est-à-dire assez à mon goût, et j'ai eu la sensation de la pauvre fille qui voit un type qui lui plaît extraordinairement et qui ne posera jamais les yeux sur elle. Mais à la différence d'autrefois, c'était une sensation divine, que je voudrais bien pouvoir renouveler tous les jours. En langage pompeux, on pourrait dire que la chose s'auto-libérait au moment de son surgissement. Ou encore que je jouissais de l'objet de mes désirs tout en le regardant. Ce que je pouvais imaginer était réalisé dans l'instant. Quant à ce que je ne pouvais pas imaginer, comment m'en plaindre ? En effet, Petit Elfe m'a dit "Mais peut-être que si tu avais réellement des unions avec lui, tu recevrais plus". Sans doute. Mais ce que je peux imaginer, j'en jouis, puisque c'est auto-libéré, et ce que je ne peux imaginer, je ne peux me plaindre de son absence, par définition.

On voit donc que le problème de l'individu ordinaire, c'est de pouvoir imaginer quelque chose qu'il n'a pas, dit autrement : qu'il est séparé de son imagination. Ce qui est étrange si on y réfléchit. Ce que je conçois est forcément conçu dans mon esprit. Pour souffrir de son absence, il faut pouvoir s'imaginer que cela se trouve à l'extérieur, ou du moins ne plus sentir que c'est dans mon esprit.

On ne peut soigner ce mal par une conception mentale ou par un tour de passe-passe. Regarder son esprit en se disant "ah ben oui, les images sont dans mon esprit", ça ne marche pas. Comme je l'ai dit ailleurs, c'est un problème de câblage. Je ne regarde pas l'image du lama en me disant qu'elle est dans ma tête. Je ressens une grande félicité à la vue d'un être si beau, c'est tout. C'est en analysant ce qui se passe que je peux dire que cette félicité me vient par le biais d'un vieux vent karmique qui se soulève à sa vue, mais qui cette fois s'auto-libère au lieu de tournicoter dans tous les sens.

C'est donc ainsi que fonctionnent les transmissions. On voit une qualité chez quelqu'un, et cette qualité se retrouve immédiatement en nous. On ne peut jamais se dire "ah je voudrais bien être comme lui (ce qui se traduit souvent par "je voudrais bien coucher avec", tant il est vrai que si on veut coucher avec les gens, c'est parce qu'on pense s'approprier leurs qualités de cette façon)". On le voit, et la chose est en nous, c'est immédiat. C'est ainsi que l'on peut lire "tel maître a instantément transmis tel état de réalisation à tel disciple". Il ne lui a pas fourré quelque chose dans la tête ou ailleurs, il a manifesté un état spécifique, que le disciple a perçu. La transmission se fait selon l'extension de sa perception, ni plus ni moins.

Une fois qu'on a retrouvé cette capacité, d'être uni à ses conceptions, il ne faut donc plus se frapper de ne pas avoir de maître. Il suffit de regarder des vidéos par exemple, et l'on "voit" des choses. Chez Amma par exemple, il y a des états d'extases, que l'on peut attraper par ses bhajans, mais il y a aussi des états d'épuisement ou de mécontentement, qui montrent qu'elle n'est pas ce qu'elle prétend. Chez le Lopön, il est difficile d'attraper des états, parce qu'il ne montre rien (ou seulement à certains dans certains circonstances, je pense. Il n'a pas envie que des fous campent devant sa porte, or c'est ce qui arriverait s'il montrait certains choses). Il est nécessaire de développer une structure imaginale dense pour essayer d'attraper ce qui n'est pas montré. Par chance, il y a des lamas qui portent leur réalisation sur leur figure (et d'autres qui la cachent bien), c'est vers ceux-là qu'il faut se tourner, et simplement les regarder. Ce que je dis n'est pas nouveau, c'est très clairement exprimé dans la tradition soufie par exemple.

15:07 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (29) |  Facebook |

L'état naturel et les jeunes petits vieux des sanghas

Cette visite chez le Lopön m'a également rappelé cette période "héroïque" où vraiment il n'était pas possible de demander quoi que ce soit à qui que ce soit. Par exemple, il m'était impossible de savoir si j'avais identifié l'état naturel ou non. Je veux dire par là que même les Rinpoches ne répondent pas à cette question quand elle leur est posée. Ils disent toujours "ce n'est pas cela", parce qu'en effet ce n'est pas cela. Mais on peut toujours penser qu'on s'est très mal expliqué, car on essaie de parler de quelque chose d'indicible. Or nous avons tous quelque chose d'indicible en nous (qui s'avère être notre propre confusion lorsque nous essayons de voir clairement quelque chose, qui se traduit par une impossibilité de penser ou de percevoir quoi que ce soit), et nous pensons que c'est cela, l'état naturel. Trungpa a bien expliqué que ce n'était pas cela. Peine perdue. Dans d'autres cas, les Rinpoches répondent "il faut stabiliser ton état naturel" (alors qu'il n'est même pas identifié), ce qui noie bien le poisson. Il existe d'ailleurs de nombreux cas où il est expérimenté mais pas identifié, dire qu'il est nécessaire de le stabiliser n'est donc pas une fausse réponse, mais elle ne répond nullement au vrai problème de l'étudiant, qui n'a en réalité pas la moindre idée de ce qu''est l'état naturel. Il existe une grande variété d'états, mais il n'y en a qu'un qui ait de réelles vertus, c'est celui-là. Nous sommes dans le cas d'Indiana Jones, qui doit identifier le Graal au milieu d'une grande variété de coupes de toutes sortes.

A la différence d'Indiana Jones, l'étudiant ne possède pas les critères de jugement. Et il ne peut pas reconnaître les qualités de l'état naturel ni méditer dessus (à supposer que quelque lui dise : c'est celui-là) parce que son corps énergétique n'est pas câblé correctement. Pour cela, il faudrait avoir pratiqué Tummo. 

Pour savoir si l'on est câblé correctement (car il s'agit réellement d'un problème de hardware), il suffit de se demander ce que l'on a ressenti la dernière fois qu'on s'est cogné le genou contre une table. Si c'est "mal au genou", ce n'est pas bon. Si c'est "dans une puissante félicité", c'est bon. Je parle d'une félicité qui vaut bien celle d'un rapport sexuel réussi, et même davantage. C'est ce qu'on appelle "l'auto-libération". Dans ce cas, pourquoi ne pas se cogner le genou toute la journée ? C'est précisément le but des mortifications chez les saints catholiques, mais comme le yogi veut garder son corps en bon état, il va préférer les pranayamas ou toute autre pratique qui fait souffrir le corps sans l'abîmer. ça marche aussi avec ce qui est agréable, mais c'est plus difficile, car il faut vraiment quelque chose de très très agréable.

La méditation sur l'état naturel consiste à auto-libérer le plus de phénomènes possibles, ce qui n'est pas si facile, du fait que la plupart des phénomènes sont assez neutres, il faut donc soit augmenter sa sensibilité, soit remplacer ce qui est neutre par de l'agréable ou du désagréable.

Lorsque donc on nous parle de nous retourner sur notre propre pensée, il ne s'agit pas de sottises à la Douglas Harding. Il s'agit de percevoir l'origine de la pensée, dans le canal central, ce qui produit son auto-libération. Pour cela, il faut qu'il soit ouvert, c'est pour cette raison que le Lopön dit que ça n'est pas si facile. C'est même très difficile. Cela n'a rien à voir avec la confusion habituelle dans laquelle l'individu ordinaire se trouve lorsque sa pensée se dissout, et qui est "l'hedewa". Lorsque Dudjom Rinpoche parle de l'état clair et frais où il se trouve entre les pensées, il parle du ressenti d'une personne dont le canal central est ouvert. Frais pourquoi, d'ailleurs ? Je laisse la réponse au soin du lecteur, ce qui lui permettra de déterminer s'il est dans l'état naturel, puisqu'il y a une réponse précise.

L'état naturel n'est donc pas un état obscur où il ne se passe rien (comme l'état de confusion), c'est au contraire un état clair. Et pourquoi dit-on qu'il est clair ? Précisément parce qu'il permet de distinguer de plus en plus de choses - on en déduit donc qu'il se passe de plus en plus de choses, au fur et à mesure que l'esprit devient plus clair. Par exemple on distingue ce qui se passe pendant les initiations, et l'on peut dire ce qui a marché, et ce qui n'a pas marché. Dire "même si on ne s'en rend pas compte, le lama peut déposer des germes dans notre continuum de conscience sans qu'on le sache", c'est une connerie. Le seul endroit où le germe peut être déposé, c'est dans la goutte du coeur, et quand il s'y passe quelque chose, on est au courant. Le problème, c'est plutôt que dans le cas général, elle est barricadée, que le lama ne peut rien y déposer, et que donc on a perdu son temps en se rendant à l'initiation. "Formellement", on a la capacité de faire la pratique. En réalité, on ne l'a pas plus que la veille, ni que le lendemain. C'est donc une connerie de plus, de dire aux gens qu'ils peuvent commander tel fascicule parce qu'ils ont assisté à l'initiation. Il faudrait déjà savoir s'ils l'ont reçue, ce qui est rarement le cas, au vu des résultats. En effet, on voit rarement des gens qui rajeunissent dans les sanghas. Or cela devrait bien être l'effet constaté. Il ne s'agit pas forcément d'un effet physique, mais si l'on y regarde de près, on constate que les lamas d'un certain âge ont un air de jeunesse qui ne trompe pas, et c'est bien cet air qu'il faut chercher chez les pratiquants, notamment l'augmentation d'une certaine brillance subtile, qui témoigne de la purification des gouttes. Malheureusement on constate précisément le contraire, dans une proportion effrayante. Comme le constatait un camarade, on dirait qu'il y a dans les sanghas une accélération du karma. A mon avis, ce n'est pas la raison. La raison, c'est que les esprits s'y sclérosent plus vite qu'ailleurs, croyant avoir trouvé la seule vérité. Il n'y a donc plus de curiosité, plus d'efforts, plus de créativité - puisque "tout est là, il suffit de rester dans l'état naturel" -, ce qui accélère le processus de vieillissement. Sans projet mondain, ni lumière spirituelle, l'être humain n'a plus qu'à attendre sa déchéance, qui survient très vite. En dix ans, les sémillants quadragénaires aux grâcieuses silhouettes sont devenus des petits vieux, des sortes de momies empâtées, des zombies dont toute lumière a disparu.

Ce qui fait que certains ont pu se demander si les lamas tibétains ne vampirisaient pas les gens avec leurs rituels. Mais je ne le crois pas du tout. Le confort matériel et la paresse spirituelle, l'absence de tout dynamisme, sont des facteurs largement suffisants pour provoquer le vieillissement accéléré de n'importe qui. Toutes ces personnes qui ont trouvé une vérité se comportent comme ces retraités qui regardent passer les voitures et subissent le même sort vingt ans plus tôt.

14:45 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Occidentaux et tibétains

Après un petit détour par l'Orthodoxie, il s'est avéré que les vrais Pères Spirituels avaient probablement déserté ce pays, et que même à l'échelle de la planète ils devaient être rares. Sansd compter qu'au fond nous n'avons pas les "qualités" pour en rencontrer un. Je ne parle pas au sens moral, d'autant moins que je n'en cherche pas un. Cela dit, je m'étais dit que cela aurait pu être utile à d'autres, mais il s'avère que cela ne pourrait pas leur convenir non plus.

Bref, après moultes péripéties nous sommes retournés chez ce bon vieux Lopön pour une initiation, ce qui a été fort instructif. Par exemple, M* a discuté avec un moine occidental, ce qui lui a permis d'apprendre qu'il n'avait pas reçu plus d'explications que nous - j'en ai d'ailleurs déduit que les tibétains eux-mêmes n'en ont pas davantage. Il apprend le tibétain en se disant que cela lui permettra de trouver dans les textes tout ce qui lui manque, mais on peut déjà prévoir que ce que sera pas le cas. Car ce qui lui manque, ce ne sont pas instructions, c'est une certaine structure.

En effet, en regardant un documentaire sur des nonnes, j'ai pu constater que là-bas les gens ont une dévotion pour les Rinpoches que nous ne pouvons même pas imaginer. Parce que dès l'enfance on leur a dit : "Il y a des êtres divins qui marchent sur cette terre, ce sont les Rinpoches. Tu n'arrives pas à l'ongle de leur petit doigt de pied, ce sera une chance extraordinaire si l'un d'eux porte son regard sur toi, chacun d'entre eux à le pouvoir de te tirer du samsara si tu te dévoues corps et âme, mais n'espère pas cette chance, car tu ne la mérites nullement. Car ils sont des dieux et même bien plus, et toi rien du tout. Etc". Je n'invente rien. Ce discours se lit dans le regard et l'attitude de tous les villageois qu'ils croisent.

Donc, comme je le disais hier dans la voiture, on ne peut même pas dire que les Occidentaux manquent de dévotion ou de respect pour les Rinpoches. Car aucun Occidental n'a jamais vu un Rinpoche - cette structure énergético-mentale si particulière qui n'existe que chez les tibétains du fait de leur éducation / ces êtres divins qui arpentent la terre. Ils vivent dans un monde différent du nôtre. Dans notre monde, tous les gens se valent en dignité. Dans le leur, il y a une hiérarchie, et tout au sommet, au-dessus du trône de Dieu, il y a les Rinpoches et leur suite de protecteurs, dakinis et divinités.

C'est sur cette structure que se fondent les enseignements. Ce sont dans les plis et replis énergétiques créés par cette éducation que les initiations vont se loger. De même que si l'on veut apporter de la marchandise de Lyon à Marseille, il suffit de la déposer sur un bateau, et le Rhône la portera. Imaginez maintenant le même pays où le Rhône irait d'Est en Ouest. Prendre une initiation revient à déposer de la marchandise sur cette rivière en espérant qu'elle finira à Marseille. Sauf qu'on la retrouvera à Nantes, et qu'on ne le saura pas. Dans ce pays, Marseille n'existe pas, d'ailleurs, puisque le Rhône n'existe pas. Conduire de la marchandise à Marseille n'a donc même pas le moindre sens. Même si on pouvait prendre un avion, cela ne servirait à rien.

En ce sens, l'Occidental s'est construit autour de l'amour de lui-même et de la croyance en sa propre excellence. Si sa voie spirituelle ne le prend pas en compte, elle n'ira pas loin. Là-dessus sont survenus les new-age qui ont dit "vous êtes Dieu", pensant proposer précisément la voie qu'il fallait, mais ça ne marche pas non plus comme ça.

Si l'on y réfléchit, la différence entre occidentaux et tibétains ne concerne que l'objet. L'Occidental croit en sa propre valeur alors qu'il est nul, le tibétain croit aux Rinpoches, dont certains ne sont pas si divins que cela. Au final, c'est toujours la croyance en un pôle d'excellence, qu'il soit à l'intérieur ou à l'extérieur. Mais il n'existe ni intérieur, ni extérieur, ni pôle d'excellence dans l'un de ces deux lieux. Il doit donc bien exister une voie pour les Occidentaux, à ceci près qu'il ne suffit pas de simplement se prendre pour Dieu.

13:15 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |