26/01/2013

Insécurité et focalisation de la conscience

J'ai un ami qui a un besoin vital et fondamental de se sentir en "sécurité" (à savoir qu'on doit l'approuver, lui faire des compliments et ne pas le critiquer), sans quoi tout va mal. En même temps il voudrait réaliser le Soi (multidimensionnel). Ces deux choses ne sont absolument pas compatibles.

Dans "Words of my perfect teacher", Dzongsar Khyentsé explique que si on veut réaliser et qu'on cherche une personne pour nous aider, on demande en réalité à cette personne de rendre notre vie "misérable" (sic). Ce sera son rôle. On le voit avec Norbu et son fils. Quelles que soient mes critiques sur sa façon de l'avoir éduqué, en le laissant se faire pourrir par les idées modernes, il a eu au moins raison sur un point : il ne l'a jamais sécurisé.

Même si on ne cherche personne, on demande à la "vie" de nous plonger dans l'insécurité, car il n'y a pas d'autre moyen d'assouplir les canaux, qui autrement se rigidifient à toute vitesse sous l'effet de l'âge. On ne peut pas demander à avoir les canaux rigides d'une personne qui se sent en sécurité, et demander à réaliser le Soi.

Il y a aussi une autre raison, c'est que la seule sécurité "réelle" est celle de l'état naturel. "Dieu" ne peut pas vouloir nous sécuriser avec des objets transitoires, surtout si nous lui demandons de nous aider à progresser spirituellement.

Il y a d'ailleurs une différence entre sécurité matérielle et spirituelle. Il semble que la sécurité matérielle ne soit pas vraiment un problème, sinon les monastères n'auraient pas été inventés. On se rend d'ailleurs compte que même avec une sécurité matérielle parfaite, la sécurité spirituelle ne va pas du tout de soi, en fait ça n'a rien à voir. Et c'est celle-là qui est le fond du problème. Maintes fois j'ai cru être angoissée par un problème matériel, pour m'apercevoir à la disparition du problème que rien n'avait changé en réalité. Le "vrai" problème était toujours là. A l'inverse, on peut constater que dans un cas d'insécurité matérielle, si l'on est dans l'état naturel, on se sent tout à fait bien.

Bref, toujours est-il que l'ami en question dit toujours qu'il fait ce qu'il peut, mais ça paraît assez douteux vu la récurrence du problème. J'entends par là (et Seth l'entendrait aussi je pense) que si l'on est véritablement décidé à résoudre un problème, on trouve des solutions. En tous cas c'est ce que j'ai toujours constaté, pour le moment je n'ai pas vu d'exception.

Sur le plan spirituel, cela va évidemment très lentement, car c'est notre rapport à la conscience qui doit changer, et c'est la chose la plus difficile. Néammoins, en cherchant un petit progrès chaque jour, on s'aperçoit que réellement, les problèmes insolubles disparaissent. Cela peut passer par le fait de réaliser que nos "problèmes" sont la voie, et que sans eux, nous serions vraiment coincés. Si je prends l'exemple de mon "hypocondrie" qui semble vraiment le point central de mes "problèmes" (et qui n'est d'ailleurs pas du tout de l'hypocondrie selon la définition classique vu que je fuis les médecins et que je ne veux surtout pas en parler avec d'autres gens, afin d'éviter de solidifier télépathiquement des réalités dont je ne veux pas. Je crois que c'est le contraire du comportement hypocondriaque), il y a plusieurs explications que se dessinent. Mais la plus évidente est certainement que c'est la meilleure façon possible de ne jamais se sentir en sécurité, car quoi qu'il arrive on peut toujours mourir dans l'heure d'une crise cardiaque ou d'un AVC ou que sais-je. Du coup, je suis bien placée pour parler des bénéfices de l'insécurité, et pour savoir que si on n'en passe pas par là, on n'a aucune chance de réaliser. Cela explique la mine un peu défaite de certains religieux, y compris moines tibétains, car je pense que c'est un passage obligé. C* Rinpoche a expliqué un jour qu'il a eu toute une phase de sa vie où il était vraiment défait, et puis qu'il a eu un rêve particulier, et qu'ensuite c'était fini. Ce rêve correspond à la réalisation de la conscience qui se nourrit elle-même, et il n'y a en effet que cette réalisation qui peut nous sortir de notre misérable condition. Chez moi, je peux dire que c'est plus progressif (en apparence, car on ne sait pas en réalité ce qu'il a vécu), mais je peux dire une chose, c'est que sans cette insécurité fondamentale, il y a beaucoup de choses que je n'aurais pas cherchées et donc pas trouvées. La plupart de mes récentes découvertes en matière de fonctionnement de l'esprit (et d'imaginal) ont été motivées par cette insécurité. En fait la plupart des mes "progrès" viennent de là, j'ai donc la certitude que tant que j'en aurai besoin pour progresser, j'aurai une sorte de paranoïa sur la santé.

Mon ami n'a pas de paranoia sur la santé, par contre, il m'a, on peut dire que je joue ce rôle dans sa vie. Il me maudit régulièrement, mais il devrait peut-être faire comme moi, et se demander ce qu'il ferait sans ça. Il est coincé avec moi comme je suis coincée avec ma parano, il est évident qu'il l'a demandé comme je l'ai demandée, et qu'au lieu d'essayer de s'échapper, il ferait mieux d'essayer de comprendre pourquoi il l'a demandé.

Il pourrait aussi s'interroger sur la valeur des compliments des autres. Par exemple, il "nous" reprochait de ne pas se réjouir avec lui que du fait qu'il allait bien, qu'il était épanoui etc... d'après la dernière thérapeute consultée. Ce faisant, il fait exactement ce qu'il reproche à tout le monde, se sécuriser dans une image de soi tout à fait fallacieuse, alors qu'il est évident que ça ne va bien pour personne, et vouloir que les autres renforcent cette image.

Je ne comprends en réalité plus très bien ce qu'on peut gagner à entretenir une image de bien-être et de perfection, alors qu'il est infiniment plus intéressant, et même agréable, d'être tout nu face à la réalité - c'est-à-dire face à l'inconnu. En effet, quand on est tout nu, c'est-à-dire quand on n'est plus rien, et quand plus personne ne peut rien nous dire à notre sujet, y compris nous-même, on devient conscient de la circulation de l'énergie entre nous et le monde, ou plus exactement du fait qu'on crée notre réalité. Dit autrement, ce qui précédemment était vu comme objet s'intègre à l'état naturel et nous apparaît comme une projection.

L'autre jour par exemple en voyant un film, j'ai senti clairement l'énergie se focaliser sur une scène, ensuite j'ai reproduit cette opération de focalisation dans mon esprit, sans support, et j'ai vu que c'est précisément cela qui donne la sensation "d'ami intérieur". C'est aussi ce qui est utilisé dans le stade de génération. Cette "opération" n'est pas facile à identifier, car elle ne se produit quasiment jamais chez l'individu ordinaire. Le stade de génération la multiplie, et à force de la multiplier, nous rend apte à la percevoir sans support. Je pense que c'est quelque chose qui a à voir avec le positionnement des canaux kati (qui paraît-il sont horizontaux chez l'homme ordinaire et dirigés vers le haut chez les bouddhas), car cela passe par les yeux. A ne pas confondre avec la focalisation qui passe par les canaux ordinaires, c'est tout autre chose, mais il y a quelque part une analogie, si on veut. C'est en ceci je crois qu'on a vraiment besoin du stade de génération. Un lama a dit quelque chose d'équivalent au sujet de tummo. Qu'un homme ordinaire n'expérimente pas assez de félicité pour être jamais capable de reconnaître la nature de son esprit, mais qu'avec tummo, à force de multiplier la félicité, on finit par faire le lien. Ici c'est la même chose. A force de créer des objets purs en focalisant son énergie, on finit par comprendre que les objets de la réalité matérielle ont été créés par une énergie semblable, mais qu'ils sont tombés dans l'insconscience et se sont séparés de nous. Une fois qu'on repère l'opération, on apprend à focaliser de plus en plus souvent et de plus en plus nettement, c'est ainsi que le champ même de la réalité matérielle commence à intégrer son état naturel - même s'il y a de nombreuses étapes - et que l'Ami intérieur commence à montrer son visage dans le monde "extérieur".

19:31 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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