07/10/2013

La fin des haricots (roman saison 8/6-1)

            Sur les conseils du père Joseph, je suis retourné sur le continent, où j'erre comme une âme en peine depuis deux semaines. J'aurais aimé m'entretenir davantage avec lui, car il semble relativement éclairé, mais, tout en ne me manifestant aucune hostilité, il m'a bien fait comprendre que nous n'avions rien à faire ensemble.

            Je dois dire que mes amis me manquent, les humains n'ayant pas grand chose en commun avec les elfes. Il m'arrive de parler à certains, mais jamais très longtemps, car la rigidité de leurs structures mentales interdit toute forme de communication au sens où je l'entends. Je parle évidemment de personnes cultivées.

            Je ne comprends pas pourquoi il en est ainsi. Lorsque je propose une nouvelle idée à un elfe, il m'écoute, et lorsqu'on me propose une nouvelle idée, cela m'intéresse grandement. Mais à l'âge de vingt ans, les humains considèrent qu'ils savent tout ce qu'ils ont besoin de savoir pour mener leur vie... alors qu'ils ne savent pas le début de ce qui pourrait leur permettre de réaliser leur potentiel. La plupart d'entre eux n'ont pas la moindre idée que le bonheur dont ils pensent jouir n'est en réalité que de l'amertume au regard du bonheur véritable. Peut-être que c'est une question de plasticité cérébrale, il paraît que dans l'espèce humaine les neurones se renouvellent difficilement, et qu'en outre il y en a beaucoup moins que chez nous, alors...

            Quant aux relations personnelles... je peux toujours courir pour retrouver ce que j'ai connu avec Ram et les autres, excepté peut-être à travers les unions. J'ai constaté récemment que de ce point de vue, je suis moins dangereux qu'autrefois. Pour la santé du moins, car pour le psychisme, faire connaître à quelqu'un la joie en Dieu n'est pas dénué de conséquences. Beaucoup d'esprits sont trop fragiles pour le supporter, et moi je ne sais pas les prendre en charge. A mon retour je suis passé voir ma petite danseuse, celle que je n'avais jamais osé toucher. Elle m'a accueilli avec une si grande joie, et nous avons passé un moment si merveilleux... Mais depuis, elle me cherche partout, on la croirait devenue folle. Je n'ose plus l'approcher, une fois c'était déjà trop pour elle.

            Bref, je n'ai aucune relation fructueuse avec les hommes, j'ai peur de faire du tort aux femmes, et pourtant je sais que c'est à travers les relations interpersonnelles que réside pour moi l'accomplissement. Constatant cela, j'ai fini par me coucher sous un arbre, sous la pluie, décidé à ne plus bouger de là tant que Dieu ne m'inspirerait de solution à mon problème. Je déteste l'humidité, mais ça n'avait plus d'importance.

12:11 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.