08/10/2013

Le petit garçon malade (roman saison 8/6-3

           C'était un petit garçon de cinq ans, alité sur une paillasse dans une chambrette sans mobilier. Ses frères et soeurs se trouvaient dans la pièce d'à côté, un peu plus grande, et nous observaient d'un air inquiet. Apparemment la mère les avait séparés, par crainte qu'ils ne tombent tous malades.
            Shams s'est assis au chevet du petit, qui avait l'air bien mal en point. Exsangue, il avait une fièvre terrible, délirait à moitié et semblait souffrir beaucoup. Son aura indiquait des lésions abdominales importantes. Quand à son niveau d'énergie vitale... il n'y avait même plus de quoi s'en faire un casse-croûte - je plaisante. Bref, il n'en avait plus pour longtemps.

            Shams a posé la main sur sa tête, et j'ai compris qu'il priait. Etonnamment, j'ai vu son aura vitale se résorber. En même temps, l'enfant s'est calmé. Quelque chose s'est fait en lui, mais pas de la façon que je connaissais. Au bout de quelques minutes, il a ouvert les yeux.
- Shams, c'est toi ?
- C'est moi, Karim.
- Est-ce que je vais mourir ?
- Non, tu n'as rien de grave. C'est juste une fièvre passagère, et puis tu as dû manger quelque chose qui n'était pas bon. Demain, il n'y paraîtra plus rien. Après demain, tu pourras retourner à l'école.
           Puis il se leva, il était pâle, il avait l'air fatigué. C'était lui qui n'avait pas l'air bien, maintenant. Il a défait le sac qu'il portait en bandoulière pour en sortir un autre sac et s'est tourné vers la femme.

- Je t'ai trouvé des oeufs et un peu de beurre, tiens.
- Merci. Alors il n'a rien ?" fit-elle d'un air étonné.
- Regarde, il va déjà mieux.
            En effet, le gosse avait déjà l'air de vouloir s'asseoir.

           Nous avons marché en silence pendant un moment.
- Pourquoi n'as-tu pas fait comme nous faisons tous ?" demandai-je enfin.
            Je parlais du pouvoir que nous avions, en tant qu'elfes noirs, de guérir les humains de divers maux (y compris la vieillesse), en leur transférant de notre énergie vitale.
           Personnellement, je ne le faisais pas, tout simplement parce que j'étais limité en Xi. Pour autant, j'aurais pu guérir ce gosse moi-même.

- Ce n'est pas correct, parce que c'est forcer la main de Dieu. Ce n'est pas à nous de choisir qui doit vivre et qui doit mourir. Si tu sauves une âme que Dieu a décidé de rappeler à Lui, cette âme risque de se corrompre, car tu la fais sortir des voies naturelles. N'as-tu pas remarqué ce qui advient à ceux dont vous prolongez la vie de manière illicite ?
            Je l'avais bien remarqué.

- Pour tous les maux, il n'y a qu'un seule remède : la prière" conclut-il.
- Dieu a utilisé ton énergie cependant.
- Moins que ce qui était nécessaire. Parfois Il le fait, parfois Il ne le fait pas. Mais je m'attends toujours à ce qu'Il le fasse, c'est une façon de prouver ma détermination dans la Charité. Nous devons être prêts à donner notre vie pour notre prochain, c'est seulement ainsi que nous gagnerons le royaume des Cieux.
- Je croyais qu'il se gagnait par l'ascèse.
- Si tu es prêt à y passer mille ans, pourquoi pas. D'ailleurs, rien ne prouve que ça marcherait, regarde dans quel état tu t'es mis. Tu t'es purifié dans une certaine mesure, et ensuite ? Ce n'est pas parce qu'on a une assiette propre qu'on sera rassasié. Où est ton pain ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Où est ton Dieu ?
            Je n'ai su que répondre.

- Tu es un être passionné, tu ne rêves que d'amour" reprit-il "et cependant tu ne t'es jamais adressé à Celui qui peut te combler. Ne sais-tu pas qu'il existe un Dieu qui ne rêve que de se donner à toi, dont l'amour est infiniment plus brûlant que le tien ?
- Il ne m'a pas touché" murmurai-je.
- Je le vois. Je vais prier pour toi, mon ami, car ta peine me brise le coeur.
- Et toi, ton Dieu t'a-t-il comblé ?
- Au-delà de toute mesure. Il m'a éprouvé, aussi. Il m'éprouve encore, mais je L'aime, Il est ma Vie.

14:07 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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