13/10/2013

Nuit obscure (saison 8 / chap8-1)

    Moi qui croyais passer une nuit aussi merveilleuse que la précédente, j'ai été bien détrompé. J'ai passé les deux heures qui ont précédé l'aube dans une intense souffrance, au point que j'ai dû me traîner dehors pour ne pas déranger mon compagnon de chambrée.
    Je réalisais peu à peu, non pas avec l'intellect, mais dans mon coeur, qu'il existait des êtres véritablement excellents, plus excellents que tout ce que j'avais pu concevoir jusqu'à présent, et je comprenais que j'étais un idiot qui avait fait n'importe quoi de tout le temps que Dieu lui avait donné - même si en même temps il n'avait jamais eu l'impression d'avoir eu le choix, mais cela ne changeait rien. Je m'étais comporté comme un démon, faisant le mal autour de moi sans discontinuer, alors qu'il existait dans l'univers des êtres si bons, qui ne prenaient naissance que pour faire le bien de tous. Jamais je n'avais pris conscience de leur beauté et de leur noblesse, et maintenant que j'avais rencontré Shams, je réalisais ma petitesse et mon iniquité, regrettant amèrement tout ce que j'avais fait. Inspiré par son exemple, je voulais être comme lui, un refuge pour les êtres souffrants, médecin pour les malades, protecteur pour les abandonnés, nourriture pour les affamés, lampe pour ceux qui recherchent la lumière, et serviteur de tous, mais voilà, je n'étais pas né pour cela, mon passé en témoignait avec la plus grand éloquence. J'étais fait du plus vil métal, comment pouvais-je me comparer à l'or pur ? Jamais je ne serais une lumière pour les êtres.
    Tout ce qui me restait à faire, c'était à servir Shams et son Dieu, et à méditer sur mon néant. Et puis je pensais aussi à tous les misérables qui n'auraient jamais la chance de rencontrer un être aussi excellent, et même si l'on dit "Dieu fait bien ce qu'Il fait", je ne comprenais pas la raison d'être du monde que j'avais sous les yeux.
        Au petit matin, j'avais tellement pleuré que mon corps était épuisé, et j'avais un trou dans le coeur par lequel je sentais s'écouler la grâce divine. J'ai dormi une petite heure, et quand je me suis réveillé, j'étais étonnamment calme. Etabli dans l'espace du coeur, tous les phénomènes me semblaient le palais de la divinité. Vraiment, c'était étonnant comme la nuit-même j'avais pu me dire que ma souffrance ne cesserait jamais, et la croire aussi éternelle que l'enfer, alors qu'au petit matin, tout avait disparu. Je me suis assis pour prier, bientôt j'ai été saisi par l'extase en murmurant le nom de mon amour, et pris de folie, je me suis mis à embrasser les herbes, les arbres, et à les caresser comme je l'aurais fait avec une amante :"Oh mon Dieu, mon Dieu, comme je t'aime..."
        C'est dans cet état que Shams m'a trouvé, en train de serrer un petit arbre contre mon coeur.
- Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Je deviens fou" fis-je en lui baisant les pieds.
- Et surtout tu te donnes en spectacle.
    Regardant autour de moi, j'ai aperçu deux filles qui étaient en train de m'observer, à demi cachées derrière un bouquet d'arbres, un peu plus loin. Elles ne se moquaient pas du tout, au contraire elles avaient l'air très intéressées, et on pouvait les comprendre, en un sens. A la façon dont j'avais embrassé les arbres, il était facile de comprendre ce que je pouvais faire avec une fille.

11:24 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.