14/10/2013

Le petit Séraphin (une histoire juive)

Il y a très, très longtemps, vivait dans un village perdu un homme pieux qui avait une femme très avare. Elle était si avare qu'elle ne voulait même pas chauffer la maison en hiver, même quand le gel était le plus mordant. En conséquence, cet homme pieux ne pouvait dire ses prières en hiver. Dès qu'il se levait le matin, il sortait de chez lui pour se promener sur la place du village. Il trouvait que le gel et le vent y étaient moins acérés que chez lui. Quand il rentrait à la maison le soir, il allait se coucher immédiatement pour ne pas mourir de froid.
Lorsque cet homme arriva au bout de son triste pèlerinage sur cette terre et se présenta à la Porte du Ciel, les juges célestes l'interrogèrent sur ses prières et les jours et les nuits d'hiver.
"Je ne pouvais pas prier. Ma femme ne voulait pas faire de feu."
Sa femme ne voulait pas faire de feu! En entendant ces mots, les juges célestes se frottèrent le menton. Ils se frottèrent le menton et leurs esprits furent ramenés à toutes les joies du mariages, la vie matrimoniale en bas sur la terre, il y a bien longtemps. Sa femme ne voulait pas faire de feu! Ils se frottaient le menton et étaient sur le point d'ouvrir la porte du pardon, de la liberté et du salut.
L'âme de cet homme se réjouit.
Quand soudain, à l'improviste, apparut un petit séraphin. Un vrai mioche et sans la moindre expérience! Mais tout lumière et tout flamme, comme le sont les Séraphins.
"Quoi! cria-t-il aux juges. Vous allez laisser entrer au Paradis un pécheur comme celui-ci ? Si la femme d'un homme ne veut pas faire de feu, son esprit peut-il se permettre d'oublier son Créateur et Seigneur de l'Univers ? Il devrait avoir honte d'un tel comportement! Même si l'hiver était aussi rude qu'en Sibérie..."
Il n'avait pas terminé que déjà les juges l'interrompaient en lui jetant un tamis de cuivre. C'était le même type de tamis utilisé par notre maître Moïse dans le désert pour recouvrir l'éternel feu de l'autel, de façon à ce que personne ne se brûlât lorsqu'on transportait le Tabernacle. Avant que le Séraphin ne réalise ce qui était arrivé, ses flammes furent enchaînées et il prit la forme d'un être humain de chair et d'os. Il se retrouva dans une peau humaine en un clin d'oeil, et le voilà sur la terre, se tenant devant la porte d'une petite veuve en deuil. Au Ciel, vous devez le savoir, tout est réglé comme du papier à musique.
Bon gré, mal gré, il frappa à la porte. C'était une femme d'ordre cette petite veuve, décente, modeste. Chaste mais pas intraitable. Quand s'acheva son deuil, elle devint sa femme. Pendant quelque temps, tout se passa très bien. Dans ce ciel nuptial, le Séraphin ne ressentait pas de nostalgie pour un ciel meilleur. Il oublia tout ce qu'il avait connu là-haut et dut accepter le fait qu'il n'était plus qu'un simple mortel. Il trouva même qu'après tout, ce n'était pas si mal d'être un simple humain, à condition de n'être pas seul. Puis vint l'hiver...Seigneur!...
"Femme, allume un feu, s'il te plaît !" demanda-t-il. Rien.
"Le feu, ma petite colombe !" pria-t-il. De nouveau, rien.
"Allume un feu, allume un feu !" implora-t-il, supplia-t-il, se fâcha-t-il et jura-t-il. Mais sa femme ne voulut pas allumer un feu. A quoi bon chauffer ? Tout argent dépensé pour un feu est gaspillé.
Dans un froid pareil, vous ne sortez pas de votre chaude tanière, même si vous avez été un Séraphin flamboyant. Notre Séraphin essaya bien une fois de les dire, ses prières. Mais il retourna dans son lit, à moitié gelé. Lui, un si fier Séraphin ! On ne pouvait songer à prier quand le froid était si cruel.
Il eut la chance que les cieux le prennent bientôt en pitié et le libèrent à temps de ses souffrances. Qui sait ce qu'il serait devenu ? Depuis lors, notre bon Séraphin n'objectait plus rien lorsqu'un pauvre homme arrivait à la Porte du Ciel, rendant sa femme responsable de ses propres manquements.

13:20 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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