14/10/2013

Textes de la semaine (3)

Le lépreux guéri près de Corozaïn.

" Où es-tu, Abel ? " crie une voix.
Le lépreux remue, il a sur les lèvres quelque chose qui voudrait être un sourire. Mais elles sont tellement rongées ces lèvres que c'est une chose informe cet essai de sourire. Il répond d'une voix étrange, stridulante, qui me fait penser aux cris de certains oiseaux dont j'ignore le nom exact : "Je suis ici ! Je ne croyais plus que tu viendrais. Je pensais qu'il t'était arrivé malheur, j'étais triste. Si tu me manques, toi aussi que va-t-il rester au pauvre Abel ? En parlant ainsi il s'achemine vers la route jusqu'à la distance permise par la Loi. On le voit parce qu'il s'arrête à moitié route.
Sur la route arrive un homme qui paraît courir tant il va vite. "Mais est-ce bien toi Samuel ? Oh ! si ce n'était pas toi celui que j'attends, qui que tu sois, ne me fais pas de mal !"
"C'est moi, Abel, c'est bien moi, et en bonne forme. Regarde comme je cours. Je suis en retard, je le sais, et j'en suis peiné pour toi. Mais quand tu sauras... oh ! tu seras heureux. Et ici, j'ai non seulement les quignons de pain habituels mais une miche entière, fraîche et bonne, toute pour toi. J'ai aussi un bon poisson et un fromage. Tout pour toi. Je veux que tu fasses la fête, pauvre ami, pour te préparer à une fête plus grande encore."
"Mais comment es-tu si riche ? Je n'y comprends rien..."
"Tout à l'heure, je te le dirai."
"Et en forme, il semble que ce n'est plus toi !"
"Rends-toi donc compte. J'ai su qu'à Capharnaüm se trouvait  ce Rabbi qui est saint, et j'y suis allé."
"Arrête, arrête ! Je suis infecté."
"Oh ! n'importe. Je n'ai plus peur de rien." L'homme qui n'est autre que le pauvre bossu guéri et bien traité par Jésus se trouve arrivé en fait, de son pas rapide, à quelques pas du lépreux. Il a parlé tout en marchant et il rit, heureux.
Mais le lépreux dit encore : "Arrête-toi, au Nom de Dieu. Si quelqu'un te voit..."
"Je m'arrête. Regarde : je mets ici les provisions. Mange, pendant que je parle." Il pose le paquet sur une grosse pierre et l'ouvre.
Puis, il s'écarte à quelques pas pendant que le lépreux s'avance et se jette sur ce festin inaccoutumé. "Oh ! qu'il y a longtemps que je me suis ainsi régalé. Que c'est bon ! Et pense que je serais allé ainsi me reposer, l'estomac vide. Pas un homme de pitié aujourd'hui... et toi non plus... J'avais mâché des radis..."
"Pauvre Abel ! J'y pensais, mais je disais : "C'est bien. Maintenant il va être triste, mais ensuite il sera heureux !"
"Heureux, oui, pour cette bonne nourriture. Mais après..."
"Non, tu seras heureux pour toujours." Le lépreux hoche la tête.
"Rends-toi compte, Abel, si tu peux avoir la foi, tu seras heureux."
"Mais la foi en qui ?"
"Dans le Rabbi. Dans le Rabbi qui m'a guéri."
"Mais je suis lépreux, et au dernier degré, comment peut-il me guérir ?"
"Oh ! il le peut. Il est saint."
"Oui, Élisée aussi a guéri Naamân le lépreux... je le sais... Mais moi... Moi je ne puis aller au Jourdain."
"Tu seras guéri sans besoin d'eau. Écoute : ce, Rabbi, c'est le Messie, comprends-tu ? Le Messie ! C'est le Fils de Dieu. Il guéri tous ceux qui ont foi. Il dit : "Je le veux" et les démons s'enfuient et les membres se redressent, et les aveugles recouvrent la vue."
"Oh ! si j'avais la foi, moi ! Mais comment puis-je voir le Messie ! "
"Voilà... je suis venu pour cela. Lui il est là, dans ce pays. Je sais où il est ce soir. Si tu veux... Moi, je me suis dit : "Je le dis à Abel et si Abel reconnaît avoir la foi, je Le conduis au Maître "
"Tu es fou, Samuel ! Si je m'approche des maisons, je vais être lapidé."
"Non, pas jusqu'aux maisons. La nuit va tomber, je te conduirai jusqu'à ce petit bois. Et puis, j'irai appeler le Maître. Je te l’amènerai... "
"Va, va tout de suite ! J'arrive par mes propres moyens jusqu'à ce point. Je cheminerai dans le fossé derrière la haie, mais toi va... va... oh ! va chercher, cher ami ! Si tu savais ce que c'est que d'avoir ce mal. Et d'avoir l'espoir de guérir !..."
Le lépreux ne s'occupe plus de la nourriture. Il pleure et gesticule implorant son ami.
"Je pars, et toi, arrive." L'ancien bossu s'éloigne au pas de course.
(…)
"C'est toi, Abel ?"
"Oui, c'est moi."
"Arrive. Le Maître t'attend ici, sous le noyer."
Le lépreux sort du fossé et monte sur la berge, il la franchit et s'avance dans un pré. Jésus, adossé à un noyer très élevé, l'attend.
"Maître, Messie, Saint, aie pitié de moi !" et il s'affale sur l'herbe aux pieds de Jésus. Le visage collé au sol, il dit encore : "Oh ! mon Seigneur, si Tu veux, Tu peux me purifier !" Puis il ose se mettre à genoux, tendre ses bras squelettiques, aux mains tordues et il tend son visage osseux, tout dévasté... Des larmes tombent de ses orbites malades que la lèpre a rongées.
Jésus le regarde avec tant de pitié. Il regarde ce fantôme qu'un mal horrible dévore et dont une vraie charité peut seule supporter le voisinage tant il est répugnant et malodorant. Et voici, que Jésus tend une main, sa belle main droite et saine comme pour caresser le pauvret.
Celui-ci sans se lever, se rejette en arrière sur ses talons et crie : "Ne me touche pas ! Aie pitié de Toi !"
Mais Jésus fait un pas en avant. Solennel, respirant une douce, bonté, il pose ses doigts sur la tête dévorée par la lèpre et dit à pleine voix, d’une voix qui n'est qu'amour et pourtant impérieuse "Je le veux, sois purifié !" La main reste quelques minutes sur la pauvre tête. "Lève-toi. Va trouver le prêtre. Accomplis ce que la Loi prescrit. Ne dis pas ce que je t'ai fait, mais, seulement soit bon, ne pèche plus jamais. Je te bénis."
"Oh  Seigneur ! Abel ! Mais tu es tout à fait guéri !" Samuel, qui voit la transformation de son ami, crie de joie.
"Oui. Il est sain. Sa foi le lui a mérité. Adieu. La paix soi avec toi."
"Maître ! Maître ! Maître ! Je ne te quitte plus. Je ne puis plus te quitter !"
"Fais ce que veut la Loi. Puis, nous nous reverrons encore. Pour la seconde fois que ma bénédiction soit sur toi. "
Jésus s'éloigne en faisant signe à Samuel de rester. Et les deux amis pleurent de joie, pendant qu'à la lueur d'un quartier de lune ils retournent à la caverne pour s'arrêter une dernière fois à ce repaire infortuné.
Extrait de L'Evangile tel qu'il m'a été révélé par Maria Valtorta.
http://www.maria-valtorta.org


 « Comment une âme aussi imparfaite que la mienne peut-elle aspirer à posséder la plénitude de l’Amour ?… 0 Jésus ! mon premier, mon seul Ami, toi que j’aime UNIQUEMENT, dis-moi quel est ce mystère ?… Pourquoi ne réserves-tu pas ces immenses aspirations aux grandes âmes, aux Aigles qui planent dans les hauteurs ?… Moi je me considère comme un faible petit oiseau couvert seulement d’un léger duvet, je ne suis pas un aigle j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême j’ose fixer le Soleil Divin, le Soleil de l’Amour et mon cœur sent en lui toutes les aspirations de l’Aigle… »
« Le petit oiseau voudrait voler vers ce brillant Soleil qui charme ses yeux, il voudrait imiter les Aigles ses frères qu’il voit s’élever jusqu’au foyer Divin de la Trinité Sainte… hélas ! tout ce qu’il peut faire, c’est de soulever ses petites ailes, mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ? mourir de chagrin se voyant aussi impuissant ?… Oh non ! le petit oiseau ne va pas même s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son Divin Soleil ; rien ne saurait l’effrayer, ni le vent ni la pluie, et si de sombres nuages viennent à cacher l’Astre d’Amour, le petit oiseau ne change pas de place, il sait que par delà les nuages son Soleil brille toujours, que son éclat ne saurait s’éclipser un seul instant. »
« Parfois il est vrai, le cœur du petit oiseau se trouve assailli par la tempête, il lui semble ne pas croire qu’il existe autre chose que les nuages qui l’enveloppent ; c’est alors le moment de la joie parfaite pour le pauvre petit être faible. Quel bonheur pour lui de rester là quand même, de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi !… Jésus, jusqu’à présent, je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu’il ne s’éloigne pas de toi… mais je le sais et tu le sais aussi, souvent, l’imparfaite petite créature tout en restant à sa place (c’est-à-dire sous les rayons du Soleil,) se laisse un peu distraire de son unique occupation, elle prend une petite graine à droite et à gauche, court après un petit ver… puis rencontrant une petite flaque d’eau elle mouille ses plumes à peine formées, elle voit une fleur qui lui plaît, alors son petit esprit s’occupe de cette fleur… enfin ne pouvant planer comme les aigles, le pauvre petit oiseau s’occupe encore des bagatelles de la terre. Cependant après tous ses méfaits, au lieu d’aller se cacher dans un coin pour pleurer sa misère et mourir de repentir, le petit oiseau se tourne vers son Bien-Aimé Soleil, il présente à ses rayons bienfaisants ses petites ailes mouillées, il gémit comme l’hirondelle et dans son doux chant il confie, il raconte en détail ses infidélités pensant dans son téméraire abandon acquérir ainsi plus d’empire, attirer plus pleinement l’amour de Celui qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs… Si l’Astre Adoré demeure sourd aux gazouillements plaintifs de sa petite créature, s’il reste voilé… eh bien ! la petite créature reste mouillée, elle accepte d’être transie de froid et se réjouit encore de cette souffrance qu’elle a cependant méritée… O Jésus ! que ton petit oiseau est heureux d’être faible et petit, que deviendrait-il s’il était grand ?… Jamais il n’aurait l’audace de paraître en ta présence, de sommeiller devant toi… Oui, c’est là encore une faiblesse du petit oiseau lorsqu’il veut fixer le Divin Soleil et que les nuages l’empêchent de voir un seul rayon, malgré lui ses petits yeux se ferment, sa petite tête se cache sous la petite aile et le pauvre petit être s’endort, croyant toujours fixer son Astre Chéri. A son réveil, il ne se désole pas, son petit cœur reste en paix, il recommence son office d’amour, il invoque les anges et les Saints qui s’élèvent comme des Aigles vers le Foyer dévorant, objet de son envie et les Aigles prenant en pitié leur petit frère, le protègent, le défendent et mettent en fuite les vautours qui voudraient le dévorer. Les vautours, images des démons, le petit oiseau ne les craint pas, il n’est point destiné à devenir leur proie, mais celle de l’Aigle qu’il contemple au centre du Soleil d’Amour. »
« (…) Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, Aigle Adoré, tu viendras chercher ton petit oiseau, et remontant avec lui au Foyer de l’Amour, tu le plongeras pour l’éternité dans le brûlant Abîme de Cet Amour auquel il s’est offert en victime… »
Sainte Thérèse de Lisieux

11:21 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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