14/10/2013

Une demande singulière (saison 8 / chap8-04)

    Hier matin, nous avons travaillé à construire une nouvelle hutte à l'autre bout de la propriété, puis j'ai rédigé mon journal et j'ai lu un peu tandis que Shams prenait son repas avec les autres. A ceux qui lui demandaient pourquoi je ne mangeais pas avec eux, il disait que j'étais allergique à de nombreux aliments, et que j'avais un régime spécial.
    A un moment donné, j'ai entendu frapper à la porte quelques coups discrets.
- Qui est-ce ?
- C'est Karina, je peux entrer ?
    Je me suis redressé, tandis que cette fille superbe se glissait dans ce petit refuge de célibataires qu'était devenue notre hutte. Je l'ai reconnue tout de suite, c'était l'une des deux qui m'avait vu embrasser les arbres. Je savais très bien ce qu'elle venait faire ici, et je n'avais pas tellement l'intention de lui céder, cependant j'étais curieux d'entendre ses arguments.
- Qu'est-ce que tu lis ?"fit-elle en venant s'asseoir en face de moi, avec un sourire charmeur qui révélait une magnifique rangée de dents blanches. Assez typée, elle avait de longs cheveux noirs, un petit nez mutin, une bouche sensuelle, et ses yeux de biche reflétaient une innocence assez surprenante, compte tenu de ce qu'elle était venue me dire.
    Je lui ai montré mon livre, elle a hoché la tête sans trop savoir quoi dire. Ce n'était manifestement pas une intellectuelle.
- Tu es le cousin de Shams ?
- En effet.
- Je t'ai vu l'autre jour, et..." Elle a baissé les yeux d'un air gêné :"Tu dois me prendre pour une fille de petite vertu.
- Est-ce le cas ?
- Oh non ! J'ai été mariée, tu sais. Mais mon homme est mort au bout de six mois, tué par des brigands. Le pire, c'est que nous étions pauvres, il n'avait rien. Sans enfants, j'ai été recueillie par le Cheikh. Il est mon grand oncle. Maintenant, il me cherche un nouveau mari, mais moi je suis triste, parce que je sais que je ne retrouverai jamais quelqu'un comme Abdel. Ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention de te demander en mariage. Je sais ce que tu es. Je l'ai vu.
- Ce que je suis ?
- Un ange. Alors je me suis dit que tu pourrais peut-être m'emmener au ciel.
    Les bras m'en tombaient.
- Tu veux mourir ?
- Je ne parle pas de mourir. Je voudrais juste revoir Abdel, pour lui demander ce que je dois faire, et je sais que tu peux m'emmener dans son ciel. Dieu me l'a dit.
- Quel ciel ?
- Pourquoi me poses-tu toutes ces questions, comme si tu étais un idiot ? Tu sais très bien de quoi je te parle.
- Pardon, mais ta demande n'est pas banale. Et puis de quelle façon t'imagines-tu que je vais pouvoir faire cela pour toi ?
- Je sais que tu aimes t'unir aux femmes, et moi je te trouve très beau. Et puis ce n'est pas comme si j'étais infidèle, tu n'es pas un humain. Fais-moi tienne, prends mon âme, emmène-la au ciel et ramène-la ensuite" fit-elle en pressant ma main. Le croirez-vous ? J'en ressentais un violent désir. La perspective d'une simple union n'a plus le charme qu'elle avait autrefois, pour moi, mais ce qu'elle me proposait...   
- Je crains de ne pas savoir te ramener. J'ai conduit des gens qui me l'ont demandé au paradis, mais je n'ai jamais eu à les ramener.
- Ils devaient être en mauvaise santé. Moi je suis jeune et en bonne santé, tu sauras me ramener.
    J'ai essayé de demander à Dieu ce que je devais faire, mais soit il ne m'a pas entendu, soit j'étais sourd, soit il m'estimait trop indigne pour me répondre. Je résolus donc de demander l'avis de Shams.
- Je dois demander à mon Cheikh" répondis-je simplement.
    Elle s'est relevée, et elle a déposé un léger baiser sur mes lèvres, avant de s'éclipser de son pas léger. Je me suis laissé tomber sur ma couche, consumé de désir. Oh, les femmes... elles savent me prendre par les sentiments.

18:52 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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