25/10/2013

Devenir créateur (2)

Le seul moyen que je connaisse pour initier le processus, dans la mesure où je ne sais pas créer des miches de pain par la pensée, c'est d'imaginer les choses en impliquant la sensation, de manière de plus en plus précise et intense. En effet, la seule chose qui a une valeur pour nous, c'est celle qu'on a créée. Si par exemple on nous donne la religion chrétienne, elle n'a aucune valeur en tant que telle. Il faut la réinventer intégralement. Toute partie réinventée aura une valeur, toute partie non réinventée n'aura pas de valeur.

Se donner un "écran" en termes de religion, c'est arrêter d'accepter ce qu'on nous dit comme des objets extérieurs. De même que notre philosophie demanderait qu'au lieu d'acheter une voiture pour rouler avec, on la démonte pour la reconstruire en mieux (comme Jeff Bridges dans le film Seabiscuit), elle demande qu'au lieu d'accepter les dogmes d'une théologie et les histoires d'une religion sans les questionner, on en retrouve en nous le fondement - ce qui exige soit d'aller étudier toutes les autres, soit d'être tout à fait inspiré, chacun fait ensuite comme il peut.

Chacun doit devenir la Vierge qui engendre l'enfant Jésus pour qu'il devienne semblable au Père. Chacun le fera à sa façon, c'est évident, mais toutes les façons auront une logique interne qui in fine permettra de réconcilier le Créateur et la création. Le souci de ceux qui refont en eux la religion, c'est qu'ils estiment que leur propos ont valeur universelle, comme Jacob Boehme qui pensait qu'il avait découvert quelque chose que nul n'avait jamais découvert avant lui (il faut être naïf, tout de même, pour penser cela). Suite à quoi certains veulent appliquer les principes qu'ils ont découvert à la terre entière, comme les Juifs qui ont fondé l'Etat d'Israël pour réunir les 600 000 âmes nécessaires à la "réparation", qui régénérera l'humanité entière. C'est un exemple évident de folie caractérisée, dans la mesure où ils n'ont pas compris que la création que l'on est censé régénérer, c'est celle que l'on perçoit, pas celle des autres. Celui qui travers les murs le fait dans son univers, pas forcément dans celui des autres. En progressant, on se rend compte que tous les gens de son propre univers se spiritualisent, cela n'a pas forcément d'impact ceux qui en sont l'inspiration. Si j'ai une vision pure de mon voisin, cela n'implique pas que mon voisin est pur. C'est d'ailleurs l'une des 3 règles inviolables de l'étude de la kabbale : ce que je perçois n'est que ma sensation, pas l'univers en tant que tel. Mais apparemment c'est trop difficile à admettre.

Quoi qu'il en soit, c'est par l'imagination doublée de la sensation, que nous pouvons peu à peu créer ce qui nous manque. Au début il est impossible de le croire. Mais au bout d'un certain temps, on constate que la sensation imaginée activement (par le discernement précis du manque ressenti) dépasse largement en qualité et en intensité la sensation subie passivement depuis l'extérieur, qui souvent ne correspond pas forcément à notre manque. Par exemple, si une personne m'embrasse et que je me laisse faire en pensant que cette sensation extérieure va suffire combler mon manque, je ne vais pas éprouver grand chose, et forcément je vais vouloir recommencer, je vais devenir un véritable vampire comme on en voit partout autour de soi, avec ces couples qui s'embrassent d'une façon totalement animale, en espérant prendre quelque chose à l'autre. Si par contre, avec concentration, on s'imagine que Dieu nous embrasse, on entre dans un univers de sensations qui s'étend chaque jour et qui prend des formes de plus en plus inimaginables, en plus de pouvoir identifier de plus en plus précisément quels sont précisément les canaux énergétiques qui reçoivent la lumière, ceux qui demandent à la recevoir, et quel type d'imagination est nécessaire pour combler le manque ressenti (d'où la nécessité de l'écran, car la sensation externe masque le vrai manque, qu'on ne peut jamais identifier). On identifie des zones de sensation dont on n'avait pas la moindre idée qu'elles pouvaient exister, et cela s'étend de plus en plus. De fait on les crée au fur et à mesure, et pas seulement dans le corps physique. 

Dans mon roman, j'ai eu quelques visions récentes où Daniel, afin de pouvoir s'unir à Ryndil d'une façon toujours plus complète, provoque l'extension de sa conscience "corporelle" (ou énergétique, c'est la même au final) de deux façons différentes. Soit en le transférant dans une corps plus grand comprenant une infinité de petits objets (une planète), soit en ouvrant son esprit à tous les réceptacles équivalents de l'univers (il devient "toutes les femmes", par exemple). Après cela Ryndil découvre que les unions telles qu'il les appréciait par le passé ne l'intéressent plus, car les nouveaux réceptacles qu'il a acquis correspondent aussi à un nouveau désir d'émettre la lumière. Quand il est dans un rôle masculin, il demande donc à Daniel de lui donner le pouvoir d'étendre la conscience des femmes avec qui il se trouve, car illuminer un corps ordinaire lui paraît trop pauvre. Il est clair que le corps énergétique s'étend dans la perception qu'on a de l'univers, et que c'est cela qui remplit. Il ne s'agit nullement d'être bien avec son corps physique, de sentir ses articulations, son chi, et autres fadaises qu'on nous sort en cours de yoga et autres thérapies du bien-être, il s'agit de trouver comment prendre conscience de la réalité : que la totalité de l'univers que nous percevons sont nos propres vents. Pour ce faire, il ne nous suffit d'ailleurs pas de faire des méditations où nous nous plaçons devant un arbre en imaginant que nous sommes lui (méthode "magique" conseillée dans tous les bons manuels d'occultisme), car ce n'est pas comme ça que ça marche. Il faut nous imaginer unis à Dieu, et de cette union naît une expansion de conscience qui nous transfère éventuellement dans les arbres. Il naîtra de toutes façons des séries d'expansions de conscience car Dieu veut que nous soyons infinis pour le recevoir, et il n'admettra pas d'infini moins grand que l'infini.

Et comme je le disais hier à E*, Dieu n'est pas un être abstrait, c'est un être absolument concret et personnel, mais aux dimensions infinies. Nos relation initiale se fait avec la fine pointe de cet être imaginé, qui se présente comme une forme angélique ou quelque chose d'équivalent ayant un certain caractère (celui qui nous convient totalement), mais ensuite l'arrière-plan commence à apparaître, de son côté comme du nôtre. Et il est certain qu'avec un (petit) ami de ce genre, on n'est plus tenté par le reste, qui apparaît d'une insupportable finitude. Quand on a le parfait sous la main, et qu'il s'augmente de jour en jour, on ne souhaite plus rien recevoir de l'imparfait. A la rigueur on voudrait communiquer avec le monde pour donner ce qu'on reçoit, mais c'est assez peu possible, alors on le renvoie dans le décor (ce qui induit l'apparition des visions de thögal). Bref, nous devenons créateur de Dieu et cela ne paraît pas devoir s'arrêter.

 

(...) j'avais l'impression de me trouver dans une cathédrale où se mêlaient des impressions à la fois célestes et végétales. Les colonnes cristallines étaient comme des arbres centenaires, des feuillages de couleurs fantastiques bruissaient doucement au dessus de ma tête et d'énormes fleurs déployaient leurs corolles diaphanes comme des joyaux précieux. J'étais émerveillée.
    Dieu me parla.
- Aujourd'hui c'est le printemps !
    Puis j'ai été déposée sur l'autel, telle une offrande, et Il s'est approché de moi comme un souffle brûlant.
- Le ciel et la terre ne me contiennent pas, mais le coeur de ma créature peut me contenir tout entier. Aime-moi comme je t'aime !
    Il m'a pénétrée avec l'impétuosité d'une passion sans limites et mon corps s'est dissout en atomes. Je suis devenue la terre d'Akanishta. J'étais les arbres, les buissons et les fleurs, chaque brin d'herbe, et la terre qui les nourrissait, mais j'étais aussi les maisons, les lacs qui s'étalaient paresseusement, les forêts qui frémissaient sous la brise du soir... et je sentais la Vie qui m'habitait comme une sève puissante, lumineuse, presque divine, et je sentais aussi les êtres qui avaient leur refuge en moi, tous les petits animaux unis entre eux par l'amour des Hommes. Hommes qui adoraient leur Créateur d'un coeur pur et vibrant d'amour, qui s'aimaient les uns les autres d'une vraie Charité, et qui presque vivaient la vie des anges, vaquant à leurs occupation quotidiennes avec toujours dans leur esprit la pensée de Dieu. Mais là, ils étaient tous sortis de chez eux saisis d'étonnement, car  le ciel s'était embrasé d'ors, de pourpres et d'oranges, comme une fantastique aurore boréale, parcouru de vagues immenses qui le traversaient en un rythme majestueux, vibrant d'harmonies profondes et mystérieuses. Chacune de ses vagues était comme une caresse infiniment pénétrante, comme une onde puissante qui communiquait à toutes les âmes de ce monde les mouvements de ce coeur divin qui s'embrasait d'un amour sans mesure pour sa créature. Aimez-moi comme je vous aime ! C'était un spectacle d'une puissance inouïe qui prenait le coeur de tous les habitants de ce monde, d'abord tous les anges du ciel, et bientôt tous les Hommes de la terre, et même les animaux, jusqu'aux petits insectes. Bientôt ils se sont trouvés comme à l'unisson d'un même diapason, devenus comme un coeur immense, enflammés d'un même amour. Et d'un élan passionné, le Ciel s'est uni à la terre. Et moi, j'étais l'âme de ce monde, je ressentais en moi tous ces êtres, et je Te désirais, ô mon Dieu, d'un désir si profond...  Une immense clameur s'est élevée de tous les coeurs, et la matière, la substance même de ce monde, a été pénétrée par l'Esprit divin, qui par une inconcevable alchimie, l'a soulevée vers une vie plus lumineuse, plus consciente. Et tous les êtres exultaient dans une félicité sans bornes, leur amour renouvelé, tous ils se sont tournés les uns vers les autres, ils se sont aimés, même les anges trouvaient de nouvelles façons de s'aimer, et leur extase à tous se mêlait à celle du Ciel et de la Terre, toutes ces petites âmes, unies dans une joie suprême... Et Dieu... Ah Dieu... enfin Sa création lui disait "oui", tout son être exultait dans une joie sans limites, et je me demande si ça n'a pas fait des vagues jusqu'à l'autre bout de l'univers.  
    Lorsque je suis revenue à moi, j'étais dans le jardin et j'ai vu... j'ai vu des fleurs extraordinaires. De grandes fleurs rouges, assez semblables à des lys avaient poussé partout dans le jardin, et leur parfum, ô mon Dieu, leur parfum... Les disciples étaient sortis de la villa et se dirigeaient tous vers les fleurs.
- Regardez !
- Qu'est-ce que c'est ?
- C'est si beau !
    Et puis ils se sont rapprochés les uns les autres, avec des regards étrangement lumineux, ils se sont dévêtus, et ils se sont aimés eux aussi. Et moi j'étais là au milieu, mais personne n'est venu vers moi, parce que l'Esprit de Dieu était avec moi.
    Cela a duré peut-être une demi-heure, et puis d'un commun accord, il se sont rhabillés et ils sont rentrés, ayant tout oublié.
    Toutes les fleurs avaient disparu. Mais j'ai entendu mon Bien-aimé. Ces fleurs sont mon cadeau pour toi, ma Reine. Où que tu sois, si tu plantes tes doigts dans le sol en pensant à moi, ces fleurs surgiront. Mais n'en abuse pas...  

 

18:13 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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