28/10/2013

Catéchuménat et profession de foi (lettre au père S.)

Mon Père,

Je vous écris à nouveau concernant non plus le catéchuménat pour les enfants, mais celui des adultes. En effet, j'ai assisté dimanche à la séance avant la messe, et j'ai été un peu étonné par ce que j'ai entendu - bien que je l'aie déjà entendu plusieurs fois par le passé, cependant plus j'essaie de progresser dans la foi, plus mon étonnement grandit. Je vous fais donc part de ma perplexité et vous demande de bien vouloir m'éclairer un peu. Cela ne remet en question bien entendu aucunement ma demande de baptême, mais me permettra de mieux comprendre les personnes qui sont autour de moi et de m'adapter si besoin est. Avant d'en venir au Christianisme, j'ai étudié et pratiqué de manière approfondie d'autres religions, et j'ai pu constater que l'Esprit Saint n'avait aucune limite. Mais si l'Esprit de vérité est partagé, le Fils est inconcevable hors de son Eglise temporelle et éternelle.

Ce qu'il m'a manqué à chaque fois pour progresser spirituellement et trouver du sens à ma vie dans mes recherches précédentes, c'est un exemple réel et concret que je puisse suivre pour me donner envie d'aller toujours de l'avant malgré de nombreux obstacles. Bouddha nous a légué de merveilleuses techniques de méditation aussi ingénieuses que profondes pour pallier à notre condition déchue. Les dieux hindous révèlent à foison les qualités infinies de Dieu et ses énergies qui transcendent les limites humaines. Le Prophète témoigne de l'Unicité et de la transcendance absolue de l'essence divine. La tradition juive manifeste l'incorporation de Dieu dans l'histoire humaine. Mais c'est le Christianisme seul qui nous donne un exemple parfait d'action, nous permettant de donner un sens à la souffrance en cessant de la refuser. Ce n'est plus une malédiction ou quelque chose qu'on ne peut accepter que du bout des lèvres en raison de sa fatalité et de son caractère inéluctable, mais un bienfait qui permet d'accéder à une transfiguration et à une vision béatifique.

Voilà ce que je lis tant dans les Evangiles que dans les innombrables vies de saints que j'ai pu parcourir (faute d'en avoir une expérience de première main). Partout revient le même leitmotiv : le Saint (c'était l'objet du cours) qui suit l'exemple de Jésus a complètement retourné la "vision du monde" naturelle. Il fait et souhaite ce que personne ne souhaite et veut : il demande à Dieu la souffrance comme moyen d'évolution, car elle lui permet de tourner toutes ses forces et ses facultés vers Lui, alors que la recherche du bien-être assoupit l'âme et conduit même ultimement à la mort spirituelle. Je ne connais aucun contre-exemple dans la tradition chrétienne d'un Saint qui ne souhaite pas prendre sur lui les souffrances des autres ou revivre la Passion du Seigneur, mais peut-être suis-je mal renseigné.

Il n'y a là rien de masochiste ou de complaisant dans le dolorisme comme les athées et les rationalistes l'imaginent, mais une possibilité pour l'homme de changer complètement sa nature s'il le souhaite. Et il atteint bien une forme de perfection, même si elle est relative. En effet, Jésus, en se donnant à l'humanité toute entière par amour, permet à chacun de le suivre, sans privilège de race, d'intelligence, de caste ou de fonction. Parce que quelle que soit sa condition, tout le monde souffre. C'est le constat et la base de la prédication du bouddha, mais ce dernier propose de mettre un terme à la souffrance en éliminant ses causes par des pratiques ascétiques et le développement de qualités de l'esprit, alors que Jésus propose de faire de la souffrance en tant que telle un chemin. C'est finalement bien plus facile, parce que de toute façon la souffrance est omniprésente dans la création suite au péché. En faire une voie en soi montre le caractère radical, absolument nouveau du Christianisme par rapport à tous les autres chemins que j'ai pu explorer et vivre jusqu'à présent. Oserais-je dire que c'est sa supériorité (je précise que je considère que toutes les grandes religions sont inspirées par l'Esprit) car elle nous donne un exemple unique qui ne se reproduira pas une seconde fois dans l'histoire humaine ? Toutes permettent à leur façon de se purifier, de développer l'altruisme et de rendre un culte à un Dieu d'amour (le prétendu athéisme du bouddhisme est un mythe), mais seul le Christianisme permet de donner un sens à la souffrance en tant que telle.

Or, j'ai entendu aujourd'hui ce qui ressemble plus à une profession de foi stoïcienne ou épicurienne qu'à une invitation à la vie surnaturelle. En prétendant que la vie chrétienne permet au mieux d'accepter passivement les souffrances qu'on doit traverser inévitablement dans la période de vie qui nous est échue, il me semble qu'on ravale le Christianisme à une sagesse mondaine tout à fait ordinaire. Pourquoi alors aller à l'Eglise ? Pour se rassurer ? Ce qui satisfait sûrement le plus grand nombre qu'il ne faut pas "effrayer", mais cela ne va pas à mon avis contribuer à nous ouvrir les portes du Ciel. Certes on peut toujours tirer des "leçons de vie" de nos souffrances (mais je n'ai pas besoin d'aller à l'Eglise pour entendre cela, c'est le discours dominant partout), mais en quoi est-ce une imitation de Jésus ? En quoi cela nous permet d'acquérir les dons du Saint Esprit ?

J'ai l'impression aujourd'hui, dans l'Eglise ou ailleurs, que la philosophie du bien-être a tout envahi, au catéchisme comme ailleurs. N'est-ce pas cela le véritable "péché de chair", adorer le bien-être comme une idole ? Il me semble entendre partout la même litanie et il ne paraît même plus concevable de penser que la souffrance puisse être une purification au moment même où elle est vécue, pour autant qu'elle soit offerte à Dieu. Ce matin, l'on nous a soutenu mordicus que la souffrance n'avait de valeur qu'en tant que "leçon de vie", mais qu'elle n'a aucun effet direct dans le corps, l'âme ou l'esprit (ou seulement un effet négatif). C'est malheureusement contraire à toute expérience à partir du moment où l'on veut bien observer le phénomène au lieu de le fuir. Et cela me semble précisément la base de l'imitation de Jésus Christ : constater par soi-même que ce qui transforme le coeur de pierre en coeur de chair, c'est le feu de la souffrance, physique, morale ou spirituelle. Annoncer dès le départ que cela n'existe pas et n'existera jamais, c'est dénier au futur chrétien toute possibilité d'embrasser sa Croix (qu'il a pourtant déjà sur le dos). Prôner une forme de stoïcisme ou d'épicurisme pour avoir l'air acceptable et dans le vent, c'est simplement succomber à l'esprit du monde (et manifester son ignorance). Et même prendre les autres pour des imbéciles en les privant de la vraie richesse de l'Eglise, ce qui fait sa singularité. Avec un peu de lucidité, on se rend compte qu'entrer dans la voie de l'imitation de Jésus est sans doute notre unique chance de sortir de nous-mêmes, tellement nos mauvaises habitudes sont profondément ancrées par la recherche du confort et notre façon de raisonner viciée par le désir de profiter d'une paix égoïste.

On peut avoir toutes les qualifications mondaines qu'on veut, en aucun cas cela nous donne un passeport pour le paradis, même si on respecte toutes sortes d'obligations comme se faire baptiser, aller à la messe, ne pas dire du mal de son voisin, etc... En aucun cas je ne vois dans la vie et l'exemple de Jésus un appel au bien-être conçu de façon mondaine et à une vie "pépère", mais un cri déchirant qui succède à une effroyable et terrible agonie pour nous réveiller de notre torpeur. Alors il ne faut sûrement pas faire peur aux nouveaux venus. Mais en divulguant une parole finalement identique à ce qu'on entend partout (s'accommoder tant bien que mal de la souffrance en privilégiant le bien-être sous un vêtement spirituel), doit-on s'étonner que les églises soient vides ou témoins d'un autre âge, que les fidèles désertent, les charismes s'étiolent et que les vocations disparaissent ?  

La responsable du catéchisme a déjà prévu de faire deux groupes, afin d'éviter que nous "découragions" les nouveaux, et surtout une certaine jeune fille. Mais pour avoir parlé avec cette jeune fille, j'ai pu constater qu'elle souffrait énormément pour diverses raisons. Qu'est-ce qui l'aidera le plus ? La résignation et l'espoir que les choses s'arrangent ? Ne préférerait-elle pas apprendre que la souffrance est la voie royale pour aller au Ciel, et que loin d'être défavorisée par rapport à ceux qui sont plus heureux, elle est favorisée selon le point de vue de Jésus ? Pourquoi l'empêcher de profiter de cette chance, elle et tous ceux qui sont dans son cas ?

J'espère que vous me ferez partager votre point de vue.

13:18 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Réponse du Père (qui est polonais) :

" Merci pour vos paroles. Je suis vraiment petit devant votre discours si beau et remarquable et au même temps je rends grâce a Dieu que ma foi en Lui et si simple et ordinaire. Je demande l'Esprit Saint qui m'eclaire de la transmettre tant quelle est. Mais une transmission de la Foi ne se fera jamais si a la suite ou pendant nous ne vivions pas une culture religieuse au quotidien. Vos questions et vos doutes, vos remarques m'encourage. Justement on ne peux pas peur de se poser toutes les questions même si on ne saurait pas repondre tout de suite. Par apport l'equipe qui vous prépare au baptême, je connais ces chrétiens comme vous, depuis 6 semaines. Mais je vais prendre r-v avec eux qu'il puisse entendre comment ils ont veçu cet rencontre de dimanche derniere avec vous. C'est possible que vous même vous êtes plus competent dans la religion (en general) qu'eux car vous aviez etudié plus que nous (j'ai l'impression). Mais c'est trés interessant d'avoir qlqn comme vous. en tout cas nous aussi on va prendre r-v ou je vous repondrai enfin a votre invitation prochainement. Bonne semaine. "

Écrit par : Jean | 28/10/2013

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