01/11/2013

La religion de l'amour est aussi celle de l'observation

On dirait qu'en 2800 ans, rien n'a changé :


1:2
Cieux, écoutez ! terre, prête l'oreille ! Car l'Éternel parle. J'ai nourri et élevé des enfants, Mais ils se sont révoltés contre moi.
1:3
Le boeuf connaît son possesseur, Et l'âne la crèche de son maître : Israël ne connaît rien, Mon peuple n'a point d'intelligence.
1:4
Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d'iniquités, A la race des méchants, aux enfants corrompus ! Ils ont abandonné l'Éternel, ils ont méprisé le Saint d'Israël. Ils se sont retirés en arrière...
1:5
Quels châtiments nouveaux vous infliger, Quand vous multipliez vos révoltes ? La tête entière est malade, Et tout le coeur est souffrant.
(Livre d'Isaie)

Quoi qu'il en soit les discussions avec les chrétiens de la région (notamment les responsables du catéchuménat) sont édifiantes. Personne n'a finalement la moindre idée de quoi il retourne. Pour eux, c'est quelque chose de purement intellectuel.

Par exemple, une dame très chrétienne a eu un "accident de chat" en début de semaine. Je lui ai demandé innocemment si elle avait offert sa souffrance à Dieu sur le moment, puisqu'elle était en train de nous lire un texte sur la question pour nous édifier, ce à quoi elle a répondu tout aussi innocemment qu'elle n'était pas en état de le faire, mais qu'elle a remercié Dieu quand le vétérinaire a dit que le chat allait bien. On peut donc dire qu'après 60 ans de vie chrétienne, il n'y a aucun résultat, puisque la moindre des choses c'est de penser à Dieu quand on souffre. Sinon, on fait de la méditation.

Il y a un blog qui est bien, c'est celui-là. Il publie des textes plutôt inspirants, et parfois je regrette de ne pas faire de même, mais finalement, ce dont on a besoin, ce n'est pas de textes inspirants, car il y en a des milliers, voire des millions. Par contre, les textes qui expliquent comment tirer profit des textes inspirants, cela n'existe quasiment pas. Voilà soixante ans que les personnes dont je parle plus haut lisent des textes inspirants, vont à la messe, en pèlerinage et ainsi de suite, mais quand on leur parle de l'expérience de Dieu... c'est quelque chose de tout à fait inconnu. Alors les textes inspirants ne peuvent rien inspirer, ils sont inutiles. Lorsque j'ai suggéré qu'à une personne souffrante et chrétienne, il faudrait dire que sur une telle voie c'est une bénédiction de souffrir, et qu'elle doit se réjouir plutôt qu'être triste, on me répond "Surtout pas malheureux, il faut lui apporter des fleurs et lui dire quelques mots gentils". Alors je ne sais pas, mais quand je suis cloué au lit, je m'en fiche des fleurs et des mots gentils, j'ai trop mal pour ça. Par contre, Dieu, je peux encore y penser, c'est bien la seule chose à laquelle je peux encore penser. Les fleurs et les mots gentils, c'est pour les bien portants, ou ceux qui ne vont pas encore trop mal, qui ont encore des yeux et des oreilles. Mais parfois on n'a plus d'yeux ni d'oreilles. Si à ce moment quelqu'un vient nous encourager à nous souvenir de Dieu, il fait véritablement une bonne action.

Mais on dirait que les gens perdent tout à fait conscience quand ils souffrent, au point qu'ils oublient ce que c'était. Ils n'observent rien dans ces moments, et finalement déduisent ce que veut la personne souffrante à partir de ce que veut la personne bien portante. Mais si on s'est bien observé quand on a vraiment mal quelque part, on n'a envie ni de manger des tartes aux framboises, ni d'écouter de la musique, ni que qui que ce soit vienne essayer de nous consoler parce que ça nous dérange plus qu'autre chose. La pensée de Dieu est la seule chose qui puisse encore nous atteindre. Après, peut-être que le cas d'une maladie grave est différent, et que les gens aiment être distraits, mais si c'était moi, je ne voudrais vraiment pas qu'on essaie de m'en distraire. Il y a quelques années j'avais discuté avec une personne de 35 ans environ qui avait un cancer au stade terminal, manifestement il n'avait aucun désir d'être distrait ni de bavarder, il souhaitait au contraire se focaliser sur ce qui était vraiment important pour lui. Pourtant, il n'était pas particulièrement religieux, à part le new age. Je me souviens aussi d'un ami dont la fille s'était suicidée, il y a 10 ans, on voyait bien que quoi qu'on puisse faire ou dire, de toutes façons ça ne changerait absolument rien pour lui. Il était au plus noir de la nuit, point final.

Mais les gens raisonnent suivant leurs idées, jamais suivant leurs observations. Si seulement ils observaient un peu les choses, leur vie serait changée. Cela dit, ils verraient aussi le mensonge. Depuis qu'E* apprend à observer, elle s'est rendue compte que de tous les gens qui prétendent l'aimer (sa famille entre autres) personne ne l'aime. Les gens qui sont les plus proches sont ceux qui finalement la détestent le plus. Sa mère ne s'est pas du tout inquiétée quand son nouveau mari songeait à la violer et la menaçait avec un cutter, au point qu'elle a dû s'enfuir de la maison tellement elle était terrorisée. Par contre, maintenant qu'elle est avec moi et que je l'incite à penser par elle-même en regardant vraiment ce qui se passe, sa mère est devenue très inquiète. Elle dit qu'elle a très peur de moi. Motif : je me promène avec un casque mp3 sur les oreilles, et elle n'arrive pas à me cerner. Son père aussi me déteste et il a peur (et il s'inquiète, bien entendu). Motif : il se sent jugé. Disons plutôt qu'il se sent observé, et que son petit cinéma ne marche plus.

C'est un peu le revers de la médaille. Si l'on "sait" comment aimer quelqu'un et qu'on le fait, par comparaison cette personne va constater que personne d'autre ne l'aime... Ce n'est pas un grand secret ni quelque chose de très difficile : il faut vouloir le bonheur de la personne et l'encourager sur cette voie. Mais cela veut dire aussi que l'on a identifié ce qui peut rendre réellement heureux dans une vie.

18:47 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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