05/11/2013

Plaisir vital et sentiment spirituel

Parfois on expérimente des états tellement différents de notre état ordinaire qu'on ne peut rien en faire et que ça ne nous convainc absolument de rien. Mais après de longues années, on voit finalement un certain rapport.

Il y a donc 5 ou 6 ans j'ai eu deux expériences de claire lumière dans le sommeil (non qualifiées puisque sans gouttes fondues), une sans phénomènes, et l'autre avec phénomènes. La plus intéressante peut être, puisque dans cette expérience on se voit la source de tous les phénomènes, dans une béatitude absolument absolue que rien ne semble pouvoir surpasser (sauf une claire lumière plus profonde j'imagine). On réalise que toute expérience quelle qu'elle soit c'est du pipi de chat en comparaison, ou encore que la claire lumière est effectivement la source de tout. (ça me fait penser à une nouvelle de Robert Howard, où le diable donne une montre à un type en lui disant de l'arrêter quand il veut, et que cet instant durera éternellement. Le type se dit que quand il sera heureux il arrêtera la montre, mais finalement il ne s'estime jamais assez heureux. Donc là, je parle d'un moment où on pourrait arrêter la montre). Mais en fait ça n'a strictement aucun effet de conviction. ça vaut à peine plus qu'une certitude intellectuelle, quand on dit par exemple "Il n'y a que Dieu qui peut nous rendre heureux" mais qu'on continue à courir partout. Là c'est pareil, on a vu en quelque sorte l'essence divine, on sait que c'est le bonheur absolu, mais c'est comme si on n'avait rien vu, on ne change pas d'un iota. Cela dit la mémoire est là quand même, et donc au fur et à mesure qu'on progresse (ce qui est très très long), on commence à voir qu'il y a un certain rapport entre notre perception et cet absolu. Un petit rapport, mais on commence à percevoir comment on pourra passer de l'un à l'autre. C'est à partir de là qu'on acquiert quand même une certitude qu'il est possible de se sortir du samsara (la seule inconnue c'est le temps que ça prendra), même si personne ne vient nous aider.

Mais là encore les choses sont plus compliquées qu'elles ne paraissent. En effet, Dieu est notre créateur. On peut le considérer comme extérieur (ce que font les chrétiens), mais enfin, il ne nous a pas créé comme un menuisier fabrique une table. Il est notre fonds. Donc forcément ses attributs et connaissances sont les nôtres, si on peut remonter suffisamment haut. ça n'est pas possible autrement.

Personne ne réfléchit finalement à ce que ça suppose, que Dieu est notre créateur. Car il n'existe dans notre monde matériel aucun rapport de cette sorte. Donc on ne se le représente pas. Mais si on cherche à comprendre le sens véritable de cela, on en arrive à la conclusion qu'il y a forcément une continuité. Une image assez proche, ça pourrait être le rapport entre la sève de l'arbre (Dieu) et les feuilles. La sève passe dans les feuilles. Ici je parle de l'essence. Dieu en tant que (chaîne infinie de) sambhogakaya(s), c'est encore une autre affaire. On n'est pas absolument certain de savoir lequel détient les clés de notre maison (Allah, YHWH, Jésus, Gourou Rinpoche...), mais ça n'est pas si grave cela dit, car au niveau du dharmakaya, ils sont Un.

Ce que je veux dire, c'est que si on a un projet vraiment sérieux, Dieu ne peut pas l'ignorer, car c'est aussi le sien. Pour autant qu'on sache relier ce projet à son propre fonds, il est obligé de répondre, et c'est d'ailleurs ce qu'on constate.

Ma saison 9 raconte la vie de Daniel du temps où il était humain, et j'y découvre beaucoup de choses. En fait, Dieu n'a pas prévu de moyen de salut pour sa race, mais lui, il veut en trouver un, alors il va chercher, et il va trouver. En fait, il va trouver tout ce qu'il va demander, parce que Dieu ne peut rien lui refuser. Et ce dernier ne peut rien lui refuser parce qu'il est son fonds (et que Daniel est un saint qui s'ignore, à savoir qu'il est tout à fait connecté, il dispose de l'infini potentiel créatif de l'Essence divine). En fait c'est absolument limpide. Qu'est-ce qu'un saint ? C'est quelqu'un dont la structure le pousse à donner pour trouver la béatitude, et non à recevoir. A partir de là il est connecté au Créateur, puisque le créateur, par définition, est don. 

Il serait d'ailleurs intéressant de signaler la différence entre plaisir vital et sentiment spirituel. Le plaisir vital a pour cause directe le fait de recevoir. Si on n'en a pas assez on est frustré, mais en fait on n'en a jamais assez pour ne pas être frustré, et du coup ça rend totalement égoïste. J'ai un ancien ami qui est prêt à laisser un honnête homme coucher dehors pour recevoir une fille chez lui tellement il est esclave du plaisir vital. Et il en est fier, parce qu'il prend ça pour une haute réalisation.En fait ça rend les gens cinglés, comme on le voit dans les stages qui sont censés l'augmenter.

Le sentiment spirituel a pour cause directe le fait de donner. On est très content d'en avoir ne serait-ce qu'un peu, il n'est pas frustrant par nature, au contraire il remplit. Et on ne se damnerait pas pour l'augmenter, car il est très éprouvant pour le coeur, surtout quand il est en surplus, ce qui est très commun car le corps n'est pas du tout câblé pour le recevoir. Autant l'augmentation du plaisir vital ne pose pas de problèmes au corps, qui est fabriqué pour ça (ça ne poserait de problème à aucune homme de se faire caresser par 4 femmes à la fois plutôt que par une seule), autant l'augmentation du sentiment spirituel est une épreuve permanente, car il faut réellement aller contre nature.

C'est pour ces raisons que les mystiques chrétiens ont le plaisir vital en horreur, pour eux c'est le démon incarné. Cela dit c'est plus compliqué que ça, car il peut se transformer en sentiment spirituel, pour autant qu'on ait les bons câblages. Mais c'est fort rare, la plupart de ceux qui le prétendent se fourrent le doigt dans l'oeil, et proposent des stages de tantras qui ne sont que des prétextes à répandre le vice. Pour être certain de son fait, il faudrait être capable de passer une nuit dans le lit d'une femme superbe en ne faisant rien sauf la tenir dans ses bras, sans se sentir frustré. De plus la souffrance est tout aussi efficace que le plaisir et ne présente pas les mêmes dangers. Si donc l'on veut développer le sentiment spirituel, il est moins dangereux de demander à Dieu de nous envoyer des souffrances que de séduire toutes les filles du quartier, qui de toutes façons ne sont pas des partenaires qualifiées.

Donc, le sentiment spirituel est quelque chose que, par nature, on ne connaît pas. C'est pour cette raison que les maîtres disent qu'on ne s'en sortira pas sans eux. Ils savent qu'on sera automatiquement attiré par le plaisir vital, et qu'on va s'imaginer que le sentiment spirituel, c'est la même chose en mieux. Mais comme je l'ai dit ça n'a rien à voir puisque la cause de l'un, c'est de recevoir, tandis que la cause de l'autre, c'est de donner (d'où l'accent mis sur la Charité chez les chrétiens), et le corps n'est pas fabriqué comme ça. Quand on le découvre, on découvre donc réellement quelque chose dont on n'avait pas la moindre idée. On n'a pas du tout la sensation d'être "revenu à la maison" (comme tant de gens qui prétendent avoir une expérience spirituelle), on a au contraire l'impression d'être introduit dans une demeure dont on n'avait pas la moindre idée qu'elle pouvait exister. Et, comme disent les mystiques, on s'imagine qu'il n'y en a pas d'autres au-dessus, mais il y en a d'autres, qui sont encore plus inimaginables. Et ainsi de suite.

13:37 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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