05/11/2013

Vents, canaux et gouttes

Pour commencer je renvoie au seul livre sérieux sur la question, Claire lumière de félicité, de Kelsang Gyatso. Cela dit, il ne vous donnera aucun moyen de repérer ce que c'est, moi j'ai cherché pendant des années avant d'avoir une certitude sur la question.

En fait c'est quelque chose de facile à repérer, mais de difficile à maîtriser (les canaux étant les trajets suivis par les vents, on peut considérer que c'est la même chose sous un autre angle). Les vents c'est l'énergie vitale, et on les sent surtout quand on a une forte perturbation. Par exemple quand on a très peur (genre on se promène dans la rue en pleine nuit, 3 types à l'air louche arrivent vers nous d'un air menaçant. Ou alors, on se présente à l'oral d'un concours, et on ne connaît rien au sujet qu'on a tiré). A ce moment on sent comme une sorte de vortex qui s'élève depuis le ventre et qui monte à la tête en détruisant tout sur son passage (et qui peut donner très envie d'aller aux toilettes, on sait donc même à quel vent précis on a affaire). Quand on est en colère : on sent un feu qui monte du bas, et qui nous donne envie de tout casser, on peut même le sentir aller dans les bras, à ce moment là on a envie de taper la personne. Le désir : c'est aussi un feu qui monte du bas, et on a envie de sauter sur la personne, mais pas comme quand on est en colère. La tristesse : on a une espèce de truc qui monte et qui nous fait pleurer. L'hyperventilation : on sent plein de picotements dans les mains. Bref, les vents sont assez sensibles sous forme de picotements électriques, de vortex émotionnel, ou de feu. Chez une personne ordinaire, ils sont assez cloisonnés. Il y a un certain nombre de chemins très grossiers qui sont toujours les mêmes, genre quand on a les boules ça nous fait toujours mal à la gorge de la même façon, mais dans l'ensemble, ils sont assez peu nombreux à se déplacer en même temps, à cause de l'armure caractérielle, qui les empêche de trop se déplacer trop vite et trop en masse.

La pratique a donc plusieurs fonctions :
- enlever le cloisonnement, en sorte que les vents tendent à se réunir entre eux et à former des masses plus grandes. On a donc intérêt à les maîtriser sinon on ne se contrôle plus.
- créer des canaux de plus en plus fins, ce qui va donner des sensations de plus en plus précises et fines.
- faire entrer tout ce bazar dans le canal central afin que ça évite de tout dévaster. C'est la partie la plus difficile, car le canal central est complètement bouché, et les chakras avec.

Ceux qui connaissent le travail sur les chakras doivent savoir que, en règle générale, tout ce qu'on nous apprend sur la question c'est n'importe quoi. Un vent dans un chakra, ça n'est pas une sorte de vibration ou de sensation de truc qui tourne, c'est une sensation à la fois délicieuse et douloureuse, qui normalement fait pleurer. Les vibrations et tout ça, ce sont des vents en dehors du canal central, et c'est un truc qui au final peut se révéler dangereux, s'ils s'amassent (dans le chi-qong ils disent que le chi c'est dangereux, et c'est vrai. Ils parlent de ça).

Donc à force de pratique, il finit se passer que quand les vents se déchaînent (quelle que soit la cause), au lieu de partir en vrille, ils entrent avec force dans le chakra du coeur et on se sent défaillir, mais plutôt d'amour ou d'extase. "Aime ton ennemi" ça n'est rien d'autre, et ça ne se fait pas avec des bons sentiments. La claire lumière se manifeste quand ils peuvent entrer suffisamment nombreux, mais ça veut dire qu'il faut avoir tout décloisonné, ce qui prend beaucoup de temps. Avec le temps, on finit par sentir assez bien la masse qui arrive à se déplacer. De tout cela il découle que plus on pratique plus on ressent puissamment les émotions (cela se vérifie ensuite par le fait qu'il y a des Saints qui tombent en extase pour tout et n'importe quoi). Le maître spirituel, ça n'est donc pas quelqu'un qui ne ressent rien et qui est toujours très calme de ce fait, c'est quelqu'un qui sent énormément plus qu'une personne ordinaire, mais dont l'émotion se transforme en sentiment spirituel. Sinon il serait complètement fou (et d'ailleurs quand un maître part en vrille et brise son récipient, il se comporte comme un fou). 

Ensuite une fois que les vents peuvent être dirigés au bon endroit, on peut expérimenter les gouttes. Soit une forte chaleur à l'intérieur du canal central (qui ensuite peut se répandre partout), soit du frais qui descend. La claire lumière n'est qualifiée qui si les gouttes circulent dans le canal central en même temps que les vents se dissolvent dans le coeur.

22:44 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Merci pour la réactivité et la clarté de l'explication. Ca me fait penser à un truc qui m'arrive de temps en temps quand j'écoute de la musique qui m'émeut, un espèce d'orgasme auditif, ça ressemble à un vent aussi.

Écrit par : Dédédu13 | 05/11/2013

Effectivement, ça peut passer de l'oreille au coeur. Il y a un vent pour chacun des 5 sens. Donc en théorie ceci peut se passer avec chaque sensation, à chaque instant.

Écrit par : Ry | 06/11/2013

On mesure grâce à ce que tu décris toute la malhonnêteté ambiante du discours spirituel tenu tant par les pseudos-disciples que par les dits-maîtres.
Chacun participe à ce faux hinayana (qui n'est même pas pratiqué concrètement, pas plus par les uns que par les autres) qui tient lieu de cache-misère.
Sur le sujet des sens voilà le lien de ce que disait Scupoli dans ce livre passionnant qu'est le "Combat spirituel" à ce sujet de l'ouverture du coeur obtenue par cette contemplation, en "remontant". (on pense immédiatement aux tantras, et c'est en lisant ce paragraphe que j'ai enfin compris "intérieurement" pourquoi les parèdres tenaient toujours des armes acérées tranchantes à la face de leur époux).
http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Scupoli/LeCombat.html#xxi

et pour la mise en application "totale" le chapitre suivant et (sinon on va s'installer très vite dans le bliss grossier, et on ne ne "se perdra pas").
Pour ma part je n'ai rencontré personne chez les religieux qui semble en avoir fait sa pratique quotidienne (ou qui l'est ainsi formalisé).

Attention aux lecteurs éventuels de l'ouvrage, ce livre est plutôt dédié aux religieux pour le reste des chapitres (je n'en connais que les 32 premiers).
St François de Sales qui aimait cet ouvrage a donc pour cette raison écrit pour les "dames du monde" son "Introduction à la vie dévote", elle nous est adaptée en tant que nous vivons dans le monde( cf notamment le chapitre 13).

Écrit par : MisterT | 06/11/2013

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