08/11/2013

Le salut par le chemin de l'altérité

En consultant « l’Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique », maître-livre de Joachim Bouflet en trois tomes (on trouve sur scribd des extraits, en particulier des fragments de l’extraordinaire tome trois consacré aux anges et à leurs relations avec les saints), l’évidence m’a sauté aux yeux : contrairement à la croyance colportée sur le sujet et véhiculée allégrement (ce que je croyais auparavant en toute bonne foi avant de m'être penché un peu plus sur la question), le Christianisme, pas plus que les autres religions, ne s’adresse à "tout le monde". Il est ni plus ni moins élitiste que les autres religions, même s'il paraît plus "démocratique" par certains abords.

Les Saints s’écrivent entre eux et leurs discours ne peuvent être compris que par ceux qui vivent déjà dans le monde spirituel. Pour les autres, leurs histoires représentent des contes de bonnes femmes ou de pieuses édifications sans substance, car n'ayant pas de véritable objet, elles ne peuvent avoir de signification. Pour qu'une expression ait un sens, il faut que l'objet qu'elle vise soit "rempli" par un contenu expressif. Or, les êtres de relation qui peuplent le monde surnaturel étant inconcevables pour les esprits ordinaires, tout discours à leur propos est tout simplement hors de propos. C'est pour ça que les kabbalistes précisent bien que leurs Ecritures (Talmud et Zohar) ne disent absolument rien du monde sensible, mais décrivent les réalités des "mondes supérieurs", qui n'ont rien en commun avec les nôtres, sinon un lointain reflet.

Lorsque je me réveille le matin vers huit heures, c’est par les cris de ma petite fille de 17 mois par l'esprit du baby-phone dont je dois aller m’occuper et j'ai du mal à me sortir du lit. Lorsque Gemma Galgani  se lève à quatre heure pour entamer sa journée édifiante, c’est son ange gardien qui vient directement la tirer du lit et lui parler pour l'inciter à faire d'austères mortifications et des prières pour les âmes. Pour tous les saints, leur ange se manifeste très tôt (souvent dès 5 ans) et sa relation avec lui devient très vite plus réelle et substantielle que les relations ordinaires. A partir de là, nul besoin de trop de théologie et de s’enquérir des autres religions, parce qu’il « suffit » d’obéir à la « voix de l’ange ». On comprend dès lors que la sainteté puisse être acquise très vite. Parce que ce qui est vu comme insupportable (la souffrance vécue comme gloire et la croix comme résurrection) pour les êtres englués dans le samsara (nous ne pouvons pas concevoir cette antinomie) est une joie et une bénédiction pour les autres, une « action de grâce ». De même devenir martyr et persécuté qui devient presque aisé pour ceux qui sont destinés à l'être.

Mais suivre les conseils destinés à de telles exceptions revient à faire le jeu des "faussaires de Dieu" (un autre ouvrage de Joachim Bouflet) qui font croire que nous sommes tous "appelés à la sainteté", voire que nous sommes tous déjà saints et parfaits avant même d'imiter l'exemple de Jésus ! Dans les monastères, si un pauvre novice pose la moindre question théologique ou s'interroge sur la pertinence de telle ou telle chose pratique (l'état des cultures dans le jardin) le supérieur lui fait immanquablement remarquer qu'il "manque d'humilité", comme s'il était déjà capable de souffrir pour les autres et de jouir de la Béatitude des justes, alors qu'il nage dans l'angoisse comme tout le monde. Il est vrai que cette béatitude consiste pour un laïc chez les "traditionalistes" d'avoir l'assurance que sa femme ne portera pas de pantalon à la maison, ce qui représente tout le monde le sait une offense suprême au Créateur. Et pour un "moderniste" la certitude  qu'il est "tolérant" (envers quoi ?) et '"accepte la différence" (laquelle ?). 

Mais pour nous autres, s’imaginer pouvoir suivre l'exemple des Saints en notre état revient juste à créer de nouvelles confusions et à s’illusionner encore un peu plus. J'ai passé récemment une nuit à dormir dans une cage d'escalier, car j'ai été mis dehors de chez ma logeuse pour d'obscures raisons. Son mari est un malade mental qui dicte ses lois quand une tête ne lui revient pas et il n'hésite pas à recourir à la violence, au chantage et aux menaces pour arriver à ses fins. Dans la meilleure disposition d'esprit possible, je n'ai pas réussi à récupérer un joli cadeau  (et je n'ai même pas essayé) qui n'avait plus sa place dans cette maison et qui était promis à Marie par son créateur (c'était une très jolie petite boîte en porcelaine peinte). Sans ange, l'affaire se serait probablement finie par un bon coup de machette et donc j'ai du jouer la prudence et céder à la nécessité. Ce n'est pas simplement le "manque de foi" qui m'a fait reculer dans cette périlleuse mission, mais une appréciation réaliste de la situation. Après je peux faire semblant de prier pour la pauvre femme esclave de l'influence de son mari qui hante maintenant l'appartement en plein nuit comme un fantôme, mais sincèrement cela ne va rien changer du tout à son état.

Jésus a « existencié » le Nom divin de « Fils de Dieu », il s’est bien incarné sur terre (contrairement à ce que pensent les musulmans), mais cela ne veut pas dire qu’il peut sauver tout le monde. Pas plus lui qu’un autre Prophète ou envoyé il n’a cette possibilité. Il a certes « restauré » les Noms divins endommagés après la chute d’Adam dans leur Genre universel et dans leurs espèces, mais pas dans les individus singuliers. C’est logique puisqu’Adam est un Etre universel et non un homme individuel, donc la Restauration est celle d'un être collectif et non celle de personnes séparées. Il a la propriété de diffracter de façon infinie et de donner différentes « versions » de sa propre histoire dans différents individus (ce qui explique les nuances des différentes confessions et la variété de ses apparitions). Donc tout reste à faire pour chaque personne, car chaque cas est unique et particulier. 

En effet, si on étudie l’histoire de près et on ne se contente pas des racontars, on s’aperçoit que la sainteté résulte d’une prédestination dont les signes sont visibles assez rapidement. Voir par exemple l’histoire édifiante de la Vierge qui est apparue à Juan Diego au Mexique en 1531 et relatée dans le livre du Père François Brune la Vierge du Mexique et tous les cas relatés dans l'opus de Joachim Boufflet. A chaque fois on constate le même phénomène : le saint est dirigé par son propre ange qui lui envoie tous les « signes » voulus. Et cela n’a rien de subjectif, il lui dit, fais ceci, fais cela, connaissant pour lui avec précision la voie qui va le mener à la sainteté. Par ailleurs, il est clair que le sort de l’humanité n’a pas changé dans son ensemble depuis l’incarnation de Jésus et a peut être même empiré.

La raison de l' « élection » du futur saint, c’est la prédestination, à savoir que des « listes d’âmes » ont été écrites de toute éternité, permettant aux émissaires de Dieu de sauver un certain nombre d’êtres par les religions et les Prophètes. Un certain nombre et pas tout le monde. Les personnes honnêtes dans la chrétienté sont arrivés à cette conclusion, comme Augustin, Calvin ou le fameux Jansenius, mais c'est absolument scandaleux pour le public, surtout si on ne propose pas d'alternative. Soit le Paradis (pour quelques élus choisis suivant un "plan" incompréhensible) soit un purgatoire à la durée indéfinie ou même l'enfer et la damnation.

Il est très difficile pour la théologie d’accorder la liberté humaine (qui est pécheresse par nature suite à la chute d’Adam) et la gratuité de la grâce. A chaque fois que les savants se sont confrontés à cette épineuse question, il leur a fallu fabriquer un édifice branlant afin de concilier ce qui peut difficilement l'être par la raison. Alors, on laisse croire au bon peuple que tout le monde peut être sauvé, alors qu’en vérité seuls quelques êtres sont et vont être sauvés par Jésus. Cette polarisation explique la fameuse querelle historique entre « Janséniste » et « Jésuites » qui reste obscure sans cet arrière-plan. Les jansénistes sont ceux qui ont exprimé clairement la vérité ultime du Christianisme (seuls certaines âmes vont être sauvées et cela résulte d’un décret divin préalable et non de l’application d’une liberté qui n’existe plus après le péché), tandis que les jésuites sont ceux qui s’accommodent avec le pouvoir temporel et prétendent que le salut peut être atteint par tout le monde, moyennant le respect juridique de certaines règles. Nous vivons évidemment encore sous ce régime. L’abbaye de Port-Royal a été éradiquée, car elle mettait en cause la collusion entre les pouvoirs temporels et spirituels qui se soutiennent par leur mensonge pour se disputer le contrôle des esprits.


« Le jansénisme est issu d'un courant théologique s'inscrivant dans le cadre de la Réforme catholique, apparu dans les années qui suivent le Concile de Trente mais qui puise ses sources dans des débats plus anciens. S'il tire son nom de Cornelius Jansen, il se rattache à une longue tradition de pensée augustinienne.

L'essentiel des débats ayant abouti au jansénisme porte sur les relations entre grâce divine (que Dieu accorde aux hommes) et liberté humaine dans le processus du Salut. Au Ve siècle, l'évêque africain Augustin d'Hippone s'était opposé à ce sujet au moine britannique Pélage. Ce dernier soutenait que l'homme a en lui la force de vouloir le bien et de pratiquer la vertu, une position relativisant l'importance de la grâce divine. Augustin refuse cette vision et déclare que Dieu est le seul à décider à qui il accorde (ou non) sa grâce. Les bonnes ou mauvaises actions de l'Homme (sa volonté et sa vertu, donc) n'entrent pas en ligne de compte, puisque le libre arbitre de l'homme est réduit par la faute originelle d'Adam. Dieu agit sur l'homme par l'intermédiaire de la grâce efficace, donnée de telle manière qu'elle atteint infailliblement son but, sans pour autant détruire la liberté humaine. L'homme a donc un attrait irrésistible et dominant pour le bien, qui lui est insufflé par l'action de la grâce efficace.

La théologie médiévale, dominée par la pensée augustinienne, laisse peu de place à la liberté humaine dans la question de la grâce: Thomas d'Aquin tente cependant d'organiser autour de la pensée d'Augustin un système métaphysique permettant de concilier grâce et liberté humaine. Il lui faut tenir à la fois l'affirmation de l'action divine dans chaque action de l'homme, et l'affirmation de la liberté de ce même homme. Les scolastiques XIVe siècle-XVe siècle vont s'éloigner de l'augustinisme en ayant une vision plus optimiste de la nature humaine.

La Réforme s'inscrit en rupture avec la scholastique. Luther et Calvin prennent tous deux saint Augustin comme référence mais en radicalisant le discours. Là où, pour Augustin, il ne s'agit que d'affirmer la toute-puissance de Dieu face à la liberté humaine exaltée par le pélagianisme, Martin Luther considère que seule la Foi (donnée librement ou pas par Dieu) permet d'être réceptif à la grâce divine, et Jean Calvin va encore plus loin en liant grâce et salut : celui qui n'a pas reçu la grâce ne peut être sauvé. Le libre arbitre de l'homme est donc totalement nié. Toutefois, ce jugement n'est pas partagé par tous. Pour Louis Cognet si les réformateurs mettent en avant la prédestination de l'homme, ils ne lient pas explicitement grâce et libre arbitre.

Pour contrer la Réforme, l'Église catholique lors du Concile de Trente réaffirme dans la sixième session, en 1547, la place du libre arbitre, sans toutefois se prononcer sur son rapport avec la grâce . Mais cette position ne fait pas l'unanimité et un Jésuite le père Lainez défend une position que ses détracteurs vont qualifier de pélagienne. De fait, les jésuites relancent le débat, craignant qu'un augustinisme trop marqué n'affaiblisse le rôle de l'Église dans le Salut des chrétiens et n'affaiblissent sa position face aux protestants. Dans le sillage de l'humanisme de la Renaissance, ils ont une vision moins pessimiste de l'homme et cherchent à lui donner sa place dans le processus du Salut en s'appuyant sur la théologie thomiste, qui leur paraît un bon compromis. C'est dans ce contexte que Thomas d'Aquin est proclamé docteur de l'Église en 1567.

Les conflits théologiques s'accentuent à partir de 1567 : à Louvain, le théologien Michel De Bay (Baïus) est condamné par le pape Pie V pour sa négation de la réalité du libre arbitre. En réponse à Baïus, le jésuite espagnol Luis Molina, alors enseignant à l'université portugaise d'Évora, soutient l'existence de la grâce « suffisante », qui apporte à l'homme les moyens de son Salut, mais n'entre en action que par la volonté expresse de l'être humain. Cette thèse est violemment combattue par les augustiniens, ce qui aboutit en 1611 à l'interdiction par le Saint-Office de toute publication sur le problème de la grâce.

La controverse se concentre alors à Louvain, ville où l'université catholique, augustinienne, s'oppose au collège jésuite. En 1628, Cornelius Jansen, plus connu sous le nom de Jansenius, alors professeur à l'université, entreprend la rédaction d'une somme théologique visant à régler le problème de la grâce en faisant une synthèse de la pensée de saint Augustin. Ce travail, un manuscrit de près de mille trois cents pages intitulé Augustinus, est presque achevé lorsque son auteur, devenu évêque d'Ypres, meurt brusquement en 1638. Il y affirme que depuis le péché originel, la volonté de l'homme sans le secours divin n'est capable que du mal. Seule la grâce efficace peut lui faire préférer la délectation céleste à la délectation terrestre, c'est-à-dire les volontés divines plutôt que les satisfactions humaines. Cette grâce est irrésistible, mais n'est pas accordée à tous les hommes. Jansen rejoint ici la théorie de la prédestination de Jean Calvin . » Dès les années 1600, Jansenius avait établi une fructueuse collaboration avec un de ses condisciples de l'université de Louvain, le bayonnais Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (dit Saint-Cyran). Ayant achevé leurs études, les deux hommes se retirent à Bayonne, de 1611 à 1616, pour y travailler ensemble sur divers problèmes théologiques. La question de la grâce n'est alors pas centrale dans leurs travaux. Ce n'est qu'après la publication de l'Augustinus, en 1638, que Saint-Cyran se fait le héraut des thèses augustiniennes, d'abord plus par fidélité envers son défunt ami que par véritable conviction personnelle ».

(Wikipedia, je conseille de lire tout l’article qui est fort instructif)

Si on étudie sérieusement plusieurs religions, on aboutit à une vision quasi dualiste, à savoir que l’immense majorité des êtres n’est pas promis au Paradis (même le plus bas) , mais à une éternelle subsistance dans un état de mi-vie et de mi-mort, un état de paralysie des facultés, qui représente une sorte d’éternel purgatoire, tandis que l’autre évolue dans une autre condition. C'est exactement ce qu'on peut observer autour de soi si on essaye de faire bouger les choses. Ce n’est pas l’enfer au sens fort (réservé à ceux qui nuisent sciemment à leur prochain et veulent sa destruction), mais une universelle stagnation dans "l’entre-deux", le bardo entre l'être et le non-être. Dire la vérité, que très peu d’âmes seront sauvées par les religions est scandaleux et repoussant. Alors, quel intérêt à suivre une religion si tout est joué d’avance suivant un Plan qui ne donne pas sa chance à tout le monde ?

Je pense qu’il faut avoir une vision plus juste du Jeu divin dans son ensemble. Certaines âmes sont inscrites dans les Listes de la pré-éternité pour la post-éternité. Les autres, l’immense majorité comme vous et moi, ne sont inscrites dans rien du tout. Si elles attendent leur salut d’un quelconque sauveur ou d’une doctrine toute faite, elles sont sûres de végéter sans fin et d'être exploitées par les puissances temporelles. Mais Dieu dans sa Miséricorde leur a laissé une porte de sortie : puisqu’elles sont inscrites nulle part, elles peuvent elles-mêmes « créer » leur propre salut en s’inspirant des autres, c’est-à-dire concevoir avec des idées vraies et des moyens adéquats sa propre évolution en puisant là où se trouvent les exemples et les signes du Vrai, du Beau et du Bien. C'est le chemin de l'altérité, qui peut constituer une voie en tant que telle et qui n'a jamais été vraiment exploré jusqu'à présent, même s'il y a eu des précurseurs, comme au début de la Renaissance (je songe à un Pic de la Mirandole par exemple). Cela ne sert à rien d’être jaloux de ceux qui sont « élus » et « prédestinés », parce que quelque part, ils déploient un aspect grandiose de la création et du Plan de sauvetage, mais partiel. Les êtres non prédestinés sont vides au départ de tout être. Mais c’est ce vide même, ce « retrait de Dieu » , cette "nuit obscure" qui  permet l’apparition d’une réalité nouvelle au beau milieu des Décrets divins qui ont été posé de toute éternité, comme nous l’enseigne la véritable kabbale. On peut dire que c’est la condition d’une Liberté réelle qui rend ultimement l’homme participant activement aux attributs de création. La réparation des vases brisés pour le commun des mortels est du ressort de l’homme, non de Dieu. Pour y parvenir, la seule solution c’est de réunir les fragments de connaissance éparpillés et une certaine fraternité, mais pour cela il ne faut pas compter sur les autorités qui laisseront mourir de soif les fidèles de chaque religion. Ce fait est déjà attesté par l’histoire.


« Pic se proposait toujours de faire le tour complet d'un sujet et de le considérer autant que possible sous plusieurs angles, afin de s'en faire une idée qui fût le plus conforme possible à la réalité. Pour Pic, le syncrétisme consistait à observer un même absolu de plusieurs points de vue différents, une approche scolastique aux résonances très modernes.

Pic fondait ses idées principalement sur Platon, tout comme son maître Ficin, mais il gardait un profond respect pour Aristote. Bien qu'il fût lui-même le produit de l'étude des humanités (la studia humanitatis), Pic était par nature un éclectique, et représentait à certains égards une réaction contre les exagérations de l'humanisme pur ; ainsi, en 1485, dans une longue et célèbre lettre à Hermolao Barbaro, il défend ce qu'il y avait de meilleur à ses yeux chez les commentateurs médiévaux et arabes d'Aristote, comme Averroès et Avicenne. Ce fut toujours l'objectif de Pic que de réconcilier les partisans de Platon et ceux d'Aristote, car il était convaincu que l'un et l'autre exprimaient les mêmes concepts, mais avec des mots différents. Voilà peut-être la raison pour laquelle ses amis le surnommaient « princeps concordiae », c'est-à-dire « prince de la concorde », (un jeu de mots, « Concordia » étant l'un des fiefs de sa famille)5. De même, Pic pensait qu'une personne instruite devait aussi étudier les sources hébraïques et talmudiques, ainsi que l'Hermétisme, parce qu'il était convaincu qu'elles présentaient, en d'autres mots, la même image de Dieu que l'Ancien Testament.

Il termine son Discours sur la dignité de l'homme, qu'il se propose d'annexer à ses 900 Thèses, puis il se rend à Rome pour donner suite à son projet de les défendre. Il les fait publier à Rome en décembre 1486 sous le titre Conclusiones philosophicae, cabalasticae et theologicae et offre de défrayer les dépenses de tout érudit qui viendrait à Rome pour en débattre publiquement. En février 1487, le pape Innocent VIII interdit le débat proposé, et charge une commission de vérifier l'orthodoxie des thèses. Bien que Pic réponde aux accusations dont elles font l'objet, treize d'entre elles sont condamnées. Pic s'engage par écrit à les retirer, mais ne change pas d'opinion quant à leur validité, et entreprend, pour les défendre, d'écrire une Apologie (Apologia J. Pici Mirandolani, Concordiae comitis, publiée in 1489), qu'il dédie à Laurent. Informé de la circulation de ce manuscrit, le pape institue un tribunal d'Inquisition, forçant Pic à renoncer également à l'Apologie — ce qu'il consent encore une fois à faire.

Néanmoins, le pape déclare ses thèses non orthodoxes, affirmant : « Elles sont pour partie hérétiques, et pour partie fleurent l'hérésie; d'aucunes sont scandaleuses et offensantes pour des oreilles pieuses ; la plupart ne font que reproduire les erreurs des philosophes païens ... d'autres sont susceptibles d'exciter l'impertinence des juifs ; nombre d'entre elles, enfin, sous prétexte de philosophie naturelle veulent favoriser des arts ennemis de la foi catholique et du genre humain »4. L'un des détracteurs de Pic soutient même que « Kabbale » est le nom d'un auteur impie hostile à Jésus-Christ.»

(Wikipedia, Pic de la Mirandole)



 « Alors que la censure de la Seconde lettre à un duc et pair et la condamnation Antoine Arnauld semblent certaines, Blaise Pascal entre dans la polémique aux côtés des jansénistes.

Celui-ci s'est décidé à se consacrer à la religion depuis un peu plus d'un an16. Sa sœur Jacqueline est une des grandes figures du monastère de Port-Royal des Champs, et lui-même a eu aux Granges de Port-Royal de nombreux entretiens avec les Solitaires (notamment le fameux entretien avec Louis-Isaac Lemaistre de Sacy sur Épictète et Montaigne).

Pascal est invité par Arnauld à porter l'affaire devant l'opinion17. Le 23 janvier 1656, après une première condamnation « de fait » neuf jours plus tôt, une lettre fictive intitulée Lettre écrite à un provincial par un de ses amis, sur le sujet des disputes présentes à la Sorbonne est ainsi publiée clandestinement et anonymement18. Dix-sept autres Provinciales suivent, jusqu'au 24 mars 1657 ; Pascal continue ensuite de contribuer à la cause janséniste en rédigeant pour le compte de prêtres parisiens certains des Écrits des curés de Paris, dans lesquelles la morale laxiste des jésuites est condamnée.

Dans ses Lettres, celui-ci dénie toute réalité à un quelconque « parti janséniste ». Selon Augustin Gazier, « il s'agissait pour l'auteur des Petites Lettres de désabuser un public trop crédule, et de faire paraître dans tout son jour la parfaite orthodoxie de ceux que la calomnie représentait comme des hérétiques. Pascal n'hésitait pas à dire que le prétendu jansénisme était une chimère, une invention grossière et abominable des jésuites, ennemis acharnés de saint Augustin et de la grâce efficace par elle-même ».



« Les Provinciales sont une défense très solide de l'augustinisme et une apologie de Port-Royal, mais elles sont surtout connues pour les attaques ironiques faites à l'encontre des jésuites. Elles sont attendues et recopiées par le peuple, qui rit de la manière dont Pascal tourne les jésuites, casuistes et molinistes en ridicule. Si les trois premières lettres sont directement liées à la condamnation d'Antoine Arnauld, les suivantes sont de style différent puisque Pascal, voyant la condamnation acquise, passe à la contre-attaque. Il s'en prend violemment aux jésuites, accusés d'avoir une morale relâchée. Ces lettres, qualifiées de « divines » par la marquise de Sévigné, sont en fait une campagne d'opinion : le public se détourne des questions théologiques et se consacre au dénigrement des mœurs supposées relâchées des jésuites. Cela n'est pas toujours bien vu de certains jansénistes, qui voient dans les nombreuses attaques personnelles contenues dans les lettres un manquement à la charité chrétienne.

La mise à l'Index par Rome des Provinciales intervient dans ce contexte où le jansénisme passe d'une querelle de théologiens à un mouvement de plus en plus connu et implanté dans le monde laïc. D'après Augustin Gazier, le principal motif de leur condamnation n'est pas la théologie (puisque celle-ci est inattaquable), ni même les attaques contre les jésuites, mais bien le fait que des questions de foi soient portées en place publique : « Aussi la partie doctrinale des Provinciales est-elle inattaquable ; elles n'ont pu être censurées par la Sorbonne ou condamnées par les papes, et si elles ont été mises à l'index, comme le Discours de la méthode [de Descartes], c'est parce qu'on leur reprochait d'avoir traité en français, pour les gens du monde et pour les femmes, des questions litigieuses dont les savants seuls auraient dû avoir connaissance. »
(Wikipedia)


Comme le racontait Amma, si quatre hommes perdus dans la nuit dotés chacun d’une pioche sur une île déserte décident de creuser ensemble pour atteindre une source et ne pas mourir de soif plutôt qu’isolément, ils auront certainement une chance de la trouver. Et il est certain qu’ils mourront tous de soif s’ils sont persuadés chacun en leur for intérieur d’être les élus qui vont être les premiers à s’emparer du trésor. En conjuguant différentes « lumières » ni purement surnaturelles ni limitées au monde sensible, on peut commencer à réparer les vases sans attendre une grâce hypothétique. Parce que l’esprit même immergé dans l’ignorance a encore en lui des résidus et des traces (« reshimots ») des Mondes purs engloutis qui peuvent ré-émerger quand le « point du cœur » est activé. Et a partir de là, il est possible de ré-engendrer en soi toute la trame de la création, même si cela prend du temps. La kabbale de Luria donne la « logique formelle » du processus, mais il faut la « remplir » avec un contenu sinon cela reste une coquille vide. Les écrits des Saints chrétiens donnent une idée vivante et opérante de ce qu’est une « relation personnelle » avec Dieu. La méthode du «  Roman dharmique » permet de trouver pour chacun un contenu adéquat. L’enseignement bouddhiste donne la clef qui permet de se libérer des conceptions et apparences grossières en observant son esprit,  et potentiellement de réaliser « l’union transformante » par ses yogas de génération et d'accomplissement. Avec ces « jambes » multiples, on peut avoir quelque espoir d’avancer, même s’il est ténu.

 

17:52 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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