09/11/2013

"Ceci est moi" (saison 8 / chap10-02)

    Bien que j'aie passé ma journée à travailler comme un âne pour les ermites - qui apparemment ne m'en vouent pas une reconnaissance éternelle - j'ai passé une excellente nuit. Après notre prière habituelle, que nous avons faite dans une petite chapelle dédiée à la Sainte Vierge, je me trouvais dans un état de grande ivresse spirituelle, et je me suis mis à danser dans la lande, comme un feu follet. Les deux lunes étaient hautes dans le ciel, et la mer incroyablement calme, en contrebas. C'était une nuit magique.
    Corps âme et esprit, je n'étais que louange, je ne sais si le monde se dissolvait en moi ou si je me dissolvais en lui, je ne voyais partout que lumière. Shams dansait avec moi, nos corps tournoyant à l'unisson sous la voûte étoilée accompagnés du chant des grillons, et j'avais l'impression que les anges dansaient avec nous. Finalement, je me suis effondré sur le sol, et je suis resté là, dans une extraordinaire félicité. Shams s'est laissé tomber à côté de moi. 
    J'étais couché dans l'herbe à côté de lui, en train de regarder les étoiles, lorsque m'est revenu un très ancien souvenir. J'étais tout petit, sur les genoux de ma mère, et j'avais la sensation que le monde entier m'appartenait, que j'étais relié à tout, encore vierge de cette misérable sensation d'altérité qui viendrait plus tard. La présence de Shams me donnait cette même sensation, l'herbe, les arbres, la brise nocturne, le ciel, les petits animaux de la nuit... tout cela, c'était comme le jardin d'Eden, et je comprenais que ce jardin était constitutif de la nature adamique, dont il reste un puissant souvenir chez les enfants. Pour eux, les choses ne sont pas délimitées par leur nom. Le bruit d'un moteur n'est pas le bruit produit par un assemblages de pièces mécaniques, c'est un souffle mystérieux qui traverse le corps, et retourne à sa source, qui est l'esprit de celui qui contemple. Mais ensuite, le langage aidant, le mental se développe, avec sa manie de tout fixer, et plus l'on vieillit, plus ces souffles se fixent, rigidifiant la structure énergétique. Méditant sur cette question, j'ai soudainement réalisé qu'au fond, la sensation dont j'avais joui quand j'étais au pouvoir - et qui m'avait souvent fait regretter cette époque - c'était bien celle-là. Un jour même j'en était tombé à genoux en pleurant sur le pont du Deänir, devant tous mes officiers médusés. Nous venions d'arriver en vue de la planète Myrdin, dont tous les souverains m'avaient prêté allégeance, et j'avais ressenti avec une extraordinaire intensité ce sentiment qui paraît déplacé à l'esprit rationnel mais qui est en réalité la marque de notre nature adamique "ceci est à moi" ou mieux encore "ceci est moi". Car ainsi que Dieu le promet à chacun de Ses serviteurs :"La création toute entière t'appartiendra". Et pour cause, car chaque conscience crée son propre univers.
    Si à l'époque j'avais su ce que signifiait ce mouvement de l'âme, à savoir que j'essayais simplement de retrouver la sensation d'être avec ma mère au jardin d'Eden, j'aurais entraîné mon esprit au lieu d'ennuyer les gens autour de moi. Bien entendu, il va sans dire que la Proximité divine est infiniment supérieure à la sensation du petit enfant, et que c'est cela qui est visé au final, mais il est bon de réaliser que lorsqu'on est petit, on a une constitution propre à nous faire aimer Dieu. Et je me disais que même lorsque notre enfant n'est pas l'émanation d'un grand maître, il suffit de prendre conscience de cela et de le préserver de l'altérité jusqu'à un âge où il devient capable de reporter sur Dieu l'amour qu'il a pour sa mère. 

23:26 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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