12/11/2013

L'incarnation des anges (saison 8 / chap10-4)

- Comment se fait-il que tu n'aies pas de vies antérieures ?
- Je suis né de l'amour de mon père et de ma mère.
- Comme beaucoup de gens j'imagine.
- Non, pas comme ça. Je suis né comme naissent les anges, mon âme a procédé du pur amour spirituel unissant deux âmes. Mais sous cette forme immatérielle, je n'avais pas la possibilité d'évoluer, pas d'une façon qualitative, car cela nécessite d'avoir des gouttes. Ma mère spirituelle s'est alors unie physiquement à un homme qu'elle aimait, afin de me donner un corps de chair.
    Je le considérais avec un amour renouvelé. Mon Shams adoré était un ange, un vrai.
- En somme, les êtres qui engendrent l'ange ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui donnent le corps physique.
- En effet.
- Qui est ton père spirituel ?
- Daniel.
- A-t-il beaucoup d'enfants ?
- Il est tout à fait impossible de le savoir, mais je soupçonne qu'il en a un certain nombre. Ce que je sais, c'est que la plus grande partie des habitants d'Akanishta sont ses descendants d'un point de vue biologique. C'est grâce à cela que nous avons la capacité du voyage transdimensionnel. C'est lui qui l'a eue le premier. Lorsqu'il était encore humain Akanishta a modifié son génome pour qu'ils soient plus proches, car elle voulait en faire son époux, ce qu'elle a réussi à faire, je crois. Tous ses descendants ont hérité de ses nouvelles facultés, nous sommes tous en symbiose avec elle, d'une certaine façon. C'est pour cette raison qu'il nous est si pénible de la quitter" continua-t-il :"Pour en revenir à notre sujet initial, j'ai moi-même de nombreux anges autour de moi, qui procèdent de mon amour pour Dieu, et de l'amour qu'Il a pour moi. Mais ils sont d'un genre différent, ils sont plus simples que ceux qui doivent s'incarner.
    Soudain, les paroles de Yelenn me sont revenues en mémoire.
- Et moi ?
- Tu étais un ange merveilleux né de l'amour spirituel d'Elendriel et de Feännor. Mais tu étais si pressé de t'incarner...
    J'ai été saisi d'une puissante émotion :"Mais que j'ai vu chez Yanni ?
- Ce que tu as pu voir n'est qu'une autre façon d'interpréter le même événement. Feännor a cédé à ton impatience, il a pris femme alors qu'il n'aurait pas dû, et son choix n'a pas été le meilleur, parce que ta hâte n'était pas approuvée de Dieu. Voilà l'origine de ta chute. A partir de là, la suite était écrite.
    Je baissai la tête, plein de contrition.
- Crois-tu que les choses se seraient mieux passées si j'avais attendu ?
- Aurais-tu pu attendre ? C'est une question qu'on peut se poser.
    Que dire à cela ? Que penser ? J'étais d'un caractère impatient, je l'avais toujours été, pace que j'avais été créé ainsi. Parfois, c'était un grand avantage. Parfois, un défaut.
- Y en a-t-il beaucoup qui chutent ?
- Un certain nombre, oui. L'incarnation n'est pas quelque chose de facile. J'ai eu de la chance car j'ai pu rester avec mes parents, mais si je m'étais incarné sur une autre planète, dans une autre famille, qui sait ce qui aurait pu m'advenir ?
- Pourquoi serais-tu allé ailleurs ?
- Mon oncle Rama a eu autrefois un enfant qui est allé s'incarner chez vous, les Asûrim, en vue d'y porter la bonne parole. Cela ne lui a pas réussi..." finit-il d'un air attristé.
- Est-il toujours vivant ? Sais-tu où il se trouve ?
- Je le sais.
- Je le connais ?
- Pas encore.
    Quel mystère il faisait.
- Ne peux-tu m'en dire plus ?
- Ne t'inquiète pas, tu le rencontreras.   
    Il avait perçu ma curiosité, plus que de la curiosité d'ailleurs. Rencontrer le cousin de Shams, pensez donc. Même s'il avait mal tourné, ce devait être quelqu'un d'intéressant.
- Ne pourrais-tu l'aider ?
- Non.
- J'imagine que maintenant, vous devez faire en sorte de tous vous incarner sur Akanishta.
- Cela n'est pas un gage de réussite. Lorsque ma mère est née, elle avait déjà eu une soeur, qui avait été bannie, il y a trois siècles environ. Une fille de Daniel.
- Qu'est-ce qu'elle avait fait ?
- Nul ne le sait. C'est Daniel qui l'a bannie lui-même, il a fait en sorte que personne ne puisse la retrouver, ni ne sache ce qui s'était passé. Il était furieux.
    Au fond, je ne voyais qu'un seul crime qui soit punissable de cette façon, mais je n'ai pas approfondi le sujet.
- Penses-tu que tu auras des enfants ? Des enfants biologiques je veux dire" demandai-je soudain.
- Je l'espère.
- As-tu déjà connu une femme ?
- Non.
- L'as-tu désiré ?
- Je n'ai jamais aimé une femme de la façon qui m'aurait fait la désirer charnellement.
- Tu veux dire que tu n'as pas connu le désir pour lui-même ?
    Il est resté silencieux un moment.
- Il me semble que ce que tu appelles le désir pour lui-même, c'est lorsque nous voyons en l'autre une qualité que nous n'avons pas et que nous souhaiterions nous approprier. Dans ce pays je n'en ai pas encore rencontré. Quant à mon pays, il offre d'autres possibilités, notamment l'union des âmes. L'union physique n'est utilisée que pour concevoir les enfants, ou pour aider les visiteurs dont l'âme est encore prisonnière du corps.
- Je crains bien d'être dans ce cas.
- Tu l'es en partie, certes. Mais il y a aussi une part de toi qui est réceptive à l'union spirituelle.
    C'est à ce point de la discussion que je me suis rendu compte de quelque chose de très étrange, qui me frappait seulement maintenant. Je n'éprouvais pas de désir pour lui. Clairement j'aurais dû, considérant sa beauté et l'amour que j'avais pour lui. Je n'aurais pas dû pouvoir passer une seule nuit tranquille à ses côtés. Pourtant j'étais tout à fait tranquille, l'union physique n'était qu'une lointaine possibilité qui émergeait à peine aux horizons brumeux de mon mental et ne me préoccupait nullement.
- Qu'est-ce que tu m'as fait ? demandai-je soudain.
- Je ne fais rien. Lorsque je me trouve avec une personne réceptive, les choses sont comme elles doivent être, simplement. Il se produit un alignement naturel des énergies en vue du plus grand bien.
    Mais voilà que j'étais troublé, j'avais le sentiment que ma liberté avait été contrainte.
- Tu ne dois pas désirer ce qui ne serait pas correct" continua-t-il :"Sinon tu vas de désaligner et mon petit palmier ne pourra plus boire à la fontaine du paradis. C'est donc ce que tu veux ?
- Non..." murmurai-je.
- Ne t'ai pas dit que je t'unirais à moi complètement ?
- Si.
- Crois-tu que je puisse te tromper ?... La seule chose qui pourrait m'en empêcher, c'est toi. Ne m'en empêche pas, je t'en prie, car j'ai soif de ton amour.
    Je tombai à genoux :"Pardonne-moi.

16:03 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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