14/11/2013

"Aime ton ennemi"

Très souvent, y compris chez de nombreux saints, l'enseignement de Jésus se présente comme suit :"Soit bon avec tes frères, ne juge pas, Dieu seul peut juger". Le problème, c'est que si on suit cela sans être Saint, on permet au mal de se répandre pour le bénéfice personnel de pouvoir vivre comme un ange.

Car, en observant bien les individus, on peut finir par avoir une assez bonne idée de ce qu'ils sont, même ceux qui sont particulièrement opaques. Il m'a fallu 10 ans pour juger C* Rinpoche, conclure qu'il était un menteur et un escroc, et qu'il prenait les gens pour des imbéciles, alors même que, précisément, il m'avait bien calculé et s'était aperçu qu'il devait me tenir éloigné de lui, m'en laisser voir le moins possible. Bref. Au final, il se révèle qu'il a abusé de plein de filles, il y a des plaintes pour viol, et son collègue est sous le coup de plaintes pour escroqueries. Idem pour Amma, elle n'est pas facile à juger de l'extérieur, sauf qu'on peut quand même constater l'état des dévôts, qui empirent avec le temps au lieu de s'améliorer. Là aussi, il semble que le scandale finira par faire du bruit, et que j'avais largement sous-estimé le mal.

Bref, on me dit toujours que je vois le mal partout, mais après un certain nombre d'années, il finit toujours par s'avérer que le mal que je vois est très inférieur au mal réel. Je crois que je n'ai jamais jugé quelqu'un pire que ce qu'il était, c'est toujours le contraire. J'ai poussé Jean et Petite Lionne à se rabibocher avec leurs parents sur la foi de leurs déclarations plutôt optimistes (bien que les relations ne soient pas au beau fixe), le résultat a été catastrophique, parce que c'était envisagé comme une action de vérité pour une relation réelle, non pas comme action hypocrite. Il n'y a qu'un seul parent qui ait réagi positivement, les autres se sont déchaînés. Cela me fait d'ailleurs penser à un ami qui vient de s'apercevoir que ses parents ne l'aiment pas, parce que suite à une dure épreuve, il s'est pris à désirer avec eux une relation plus authentique. Il a été servi.

Quoi qu'il en soit, il y a des gens qui me détestent, et je pourrais songer à leur appliquer la parole de l'Evangile "Aime ton ennemi". C'est d'ailleurs ce que j'ai fait. j'ai déclaré à la mère de Petite Lionne que même si son mari me détestait, moi je l'aimais bien, et j'étais absolument sincère. Résultat, il s'est sur-déchaîné, et il a obligé Jean à passer une nuit dehors la semaine suivante. Le souci, je le constate à chaque fois, pas seulement dans mon histoire mais dans l'histoire en général, à chaque fois qu'on se montre bon envers un brigand, il se sent justifié devant Dieu et devant les hommes et multiplie ses forfaits. L'histoire de Maria Valtorta est édifiante à ce sujet. Elle a toujours voulu être bonne avec sa mère, qui était un véritable monstre. Résultat, elle a détruit son père. Son premier amoureux s'est engagé au front (14-18) parce qu'elle l'a viré, il y est mort. Son second amoureux a été totalement détruit lui aussi, il est devenu un fantôme, une pauvre âme errante, suite à des lettres mensongères que la mère lui a écrites. Plus tard elle a essayé d'empoisonner sa fille, elle a rendu la vie infernale à ses domestiques, ses voisins... Tous ceux qui la croisaient étaient dégoûtés de la vie. On peut essayer de me faire croire que Dieu a rattrapé le coup. J'ai des doutes, car Dieu est en train de faire la fête avec ses anges, il ne voit ni ce qui se passe en Somalie, ni ailleurs. Il manque cruellement de caméras. Les plaintes de Ridwan, dans mon roman, ne sont pas inventées, j'ai imaginé que sa mère était justement l'une de ces athlètes du "sois bon avec ton ennemi", au final des milliards de gens ont payé les pots cassés. Cette histoire me paraît tout à fait possible. On pourrait par exemple se demander si Staline n'a pas été pourri par un cinglé ou une cinglée que personne n'a arrêté(e). Buzzati a imaginé quelque chose d'assez voisin avec sa nouvelle "pauvre petit garçon ". Et, comme le dit un ami, quel effet font ces gens, ceux qui répandent le mal, au niveau du continuum de conscience de l'espèce humaine ? Non seulement ils désespèrent les autres autour d'eux, éteignent leurs enfants, mais au niveau de la trame psychique générale ? Est-ce que ma propre sainteté vaut que je les encourage ? Dieu, lui, ne voit que les Saints qui lui arrivent au Ciel, mais il ne voit pas le bazar qu'ils mettent ici avant de devenir réellement capables de convertir les gens. Je pense qu'il y a d'autres moyens de devenir saint.

02:52 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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