15/11/2013

Du vrai Dieu, de ses usurpateurs et des geôliers des hommes

La plupart des « croyants » imaginent que Dieu est omniprésent, au milieu de nous, prêt à intervenir pour un oui ou pour un non dans nos affaires en vertu du « contrat » qui le lie à l’homme. Pourtant il ne se passe rien du tout et le mal prolifère très bien, dans les églises comme dans le monde profane. Les athées partant de l’observation de bon sens qu’un tel Dieu est introuvable et ils en concluent un peu hâtivement que Dieu n’existe pas. Effectivement, si on regarde autour de soi (et à toutes les époques de l’histoire), on observe une longue et interminable souffrance sans rémission. Avoir la foi c'est commencer à concevoir ce qui ne va pas de soi pour sortir de ce marasme sans avoir la moindre certitude, mais une certaine idée de la vérité. C'est faire une hypothèse transcendante et non une déduction nécessaire, à partir de l'observation impartiale de notre condition. En un mot, c'est un pari et non un rapport de police qu'on impose à soi et aux autres.

Le constat initial du bouddha est toujours valide: il n'y a pas un atome de la création qui soit exempt de la souffrance et de la corruption. Il en a tiré une « médecine » de l’esprit consistant à en faire l’anatomie grossière et subtile, afin de séparer les facteurs vertueux et non vertueux pour être heureux et atteindre le Vrai Dieu. Monté sur son souffle très subtil appelé « esprit de claire-lumière », il est exempt de souillure et de perturbations, doté de prodiges et d’apparitions visionnaires, mais il est indicible et inexprimable. Il va sans dire qu’un tel Dieu n’a rien à voir avec ce que nous percevons habituellement, et que relativement à nous, il est totalement caché et occulté. Non pas parce qu’il veut intentionnellement se voiler pour jouer à cache-cache avec nous, mais parce que telle est sa nature. Le Parfait seul  possède l’Etre et la Lumière, tandis que la création consiste en un ensemble de « vases » , de "substances" créées qui ne possèdent pas l’être par elles-mêmes mais en procèdent.

Concrètement, cela veut dire que si on ne « voit » pas Dieu et qu’on ne parle pas avec lui aussi facilement qu’on le voudrait, cela tient à la nature même des phénomènes. Parce que Dieu se tient dans un Royaume pur de clarté et de félicité, alors que nous évoluons au sein de la matière, d’une nature différente, procédant d'une "saisie" d'une volonté qui s'est extériorisée, qui a voulu recevoir "de l'extérieur" ce qu'elle ne parvenait pas à concevoir. Cela ne veut donc pas dire que la matière est mauvaise par elle-même ou quoi que ce soit du genre, mais qu’elle est différente par nature de l’Etre dont elle provient : elle a été créée dans l’occultation de l’être-même dont elle procède.

Pratiquement, cela veut dire qu’il n’y a pas de lien entre le « Vrai Dieu » et nous, parce que le Parfait n’a pas de nature « interventionniste » dans sa création. Il respecte la liberté de l’homme et son indétermination foncière sans faire appel systématiquement à ses "relais angéliques". Il ne se manifeste pas par lois et décrets arbitraires pour imposer son règne. Au contraire, les faux dieux avides, les usurpateurs (procédant de la sphère qu’Aurobindo appelait le « sur- mental ») sont des entités globales qui peuvent usurper le vrai Dieu en remplissant le vide laissé par son absence dans le monde matériel. Usurpateurs que les « gnostiques » appellent les « archontes », les "autorités". Le terme de « gnostique» désigne un mouvement hétérogène apparu au début de l’histoire du Christianisme qui pose et résout de façon convaincante et logique (conformément à ce qu’on observe effectivement autour de soi) le problème du mal et bien d'autres complètement inexplicable autrement.

Dieu n’enraye pas le mal dans la création (argument classique des athées), tout simplement parce qu’il ne le « voit » pas dans la sphère où il réside. Pour le voir et l’enrayer, il lui faut des yeux, des oreilles et des sens. Le croyant, en priant, bien qu’il ne « voit » pas (encore) Dieu lui adresse une supplique et une demande qui « monte » jusqu’à lui grâce à sa ferveur. Elle est entendue par des anges qui avertissent le Père et en retour il peut donner des réponses et des aides. En vérité, c’est le croyant qui donne à Dieu ses yeux et ses oreilles à raison de sa foi, qui consiste à concevoir ce qu’il ne peut pas encore percevoir. C’est bien une sorte de pari, et non une certitude dogmatique qu’on s’impose et qu’on va imposer aux autres.

Ce qui explique comment le croyant du Vrai Dieu se libère des faux et des "gourous" de tout poil, et surtout de l’idée même de gourou et de tout ce qui pourrait s’en approcher. Il est même allergique à ce genre d'idoles. Une personne très médiatique aujourd’hui s’est prise pour Dieu et prétend diriger des âmes. Elle s’appelle Amma. Elle s’est prise pour le Démiurge et a été investie par une puissance archontique, alors qu’elle était très prometteuse à ses débuts et semblait promise à la sainteté. Mais la kabbale explique bien que quand les Lumières sont trop fortes, s'il n'y a pas un "écran total" (qui consiste en une remontée de Malkhut au niveau de Tiferet qui va expulser d'un seul coup toute la lumière précédemment entrée) la brisure du vase est inéluctable car il ne peut pas supporter la pression.  Le symptôme est facile à identifier : prétendre assurer le salut, donner un droit ou un "permis de Dieu" tout en asservissant mentalement et psychiquement la personne, en la rendant esclave d’un privilège imaginaire octroyé. Si Dieu est absent dans notre monde saisi, les archontes eux sont partout et prétendent occuper le trône. Le problème c’est que 99% des humains sont devenus les enfants des archontes, à leur corps défendant ou selon leur volonté propre. Le résultat c'est le malheur, la folie et la mort.  

Ils prétendent alors régir le monde selon leurs décrets qui peuvent se contredire ou s’accorder (pour peu de temps). Ce qui explique la variété des Dieux qui se disputent le « partage des âmes », tous plus autoritaires et arbitraires les uns que les autres, semant la terreur tout en promettant le paradis. En effet, comme il n’existe pas de « pont » tout fait entre le monde de la matière obscurcie et celui de l’esprit pur, il est facile pour un « démiurge » de se faire passer pour Dieu et d’usurper la place. ne délivre-t-il pas les bons points ? N'informe-t-il pas ce Dieu caché des vices et des vertus des pécheurs endurcis ? Le vrai Dieu n’intervient pas ou très peu dans nos histoires. Il atténue le Mal en envoyant des « leurres » lumineux éontiques qui diffusent une sorte de « doctrine universelle », de « sagesse prophétique » qu’on retrouve quasiment à l’identique dans chaque religion. C'est la bonne partie des religions.

Le discernement des puissances archontiques et éontiques permet d’atténuer l’emprise des despotes non humains et leurs alliés serviles humains qui contrôlent ces religions et veulent des esprits enrégimentés. Mais comme cette lumière (ou ce qu’il en reste) est enténébrée et mêlée aux effluves hégémoniques qui veulent asservir l’individu et parfois même tout un peuple, il est extrêmement difficile de se sortir de cette sphère d’influence. En tous cas seul c'est quasiment impossible. Une puissance archontique peut même descendre sur tout un peuple en prétendant en faire un « peuple élu » promis à un brillant avenir, alors qu’elle le prépare au statut de victime universelle sans contrepartie réelle. L’âme de l’homme a ainsi été « capturée » depuis l’origine par les puissances archontiques qui ont enrayé le plan divin et seule la descente du « Fils de Dieu » peut la délivrer.


Parmi les éons, il y a l’Homme (primordial, originel) ainsi que le Fils de l’Homme. C’est à partir de son reflet que le Démiurge et ses archontes décident de fabriquer l’homme, Adam. Le Père, grâce à ses anges déguisés en archontes, suggère au Démiurge d’insuffler son esprit, la Lumière dont il s’était emparé, à Adam. La Lumière est ainsi passée à l’humanité. De rage, les archontes emprisonnent Adam dans l'Éden, vu comme un lieu terrible. Les puissances d’en - haut cachèrent la Gnose et la Vie dans le fruit défendu, et envoyèrent un Sauveur sous la forme du serpent pour inciter Adam et Ève à s’emparer de ces secrets.
Les archontes installent en Adam un second esprit, le contrefacteur, qui va sans cesse combattre les mouvements de l'esprit tiré vers le haut. Le premier couple est expulsé de l'Éden par le Démiurge, furieux. Il souille Ève de sa lubricité, ce qui explique la génération d’Abel et Caïn. La vraie postérité d’Adam ne commence qu’avec Seth, dont seule la descendance, les parfaits, est promise au salut. Le Démiurge envoie le Déluge pour anéantir les parfaits, mais Noé s’abrite avec les siens dans l’Arche et au final c’est la race née de l’union des anges du Démiurge et des filles de la terre qui est anéantie .
Les archontes sont liés à la voûte céleste, au mouvement des planètes. Chaque partie de l’homme, physique ou psychique, appartient souverainement à la puissance de la voûte céleste qui l’a façonnée. Dans ce corps assemblé descend une âme qui, traversant l’un après l’autre chacun des cieux des planètes, y reçoit, en fonction du moment de ce passage, telle ou telle disposition par laquelle l’individu restera soumis aux astres. Enfin, les puissances insinuent dans le fœtus l’esprit contrefacteur destiné à contrarier les pulsions éventuelles de l’homme vers le salut.
Le mélange de tous ces facteurs entraîne des degrés de perfections fort différents qui expliquent les trois grandes catégorisations de l’humanité (pneumatique, psychique ou hylique)


À l’origine de tout,

Il y a un Éon parfait, invisible, inconcevable et éternel, habité par un Être absolu et immuable, le Pro-Père, replié sur lui-même et coexistant avec sa Pensée qui est, elle, Silence absolu.
De cette unité primitive du Pro-Père et de sa Pensée émane une seconde image du Père. Cette première émanation est dégagée de l’isolement primordial et capable d’engendrer. Elle suscite alors l’apparition des trente éons hiérarchisés du Plérôme.

- La présence du Plérôme

Le Plérôme est un terme grec signifiant "plénitude" et qui désigne le monde céleste formé par l'ensemble des éons, que le gnostique atteindra à la fin de son aventure terrestre On y retrouve : Monogène, Logos, Mère céleste, Homme primordial, Fils de cet Homme (ou Seth céleste), grande Génération des Fils de l’Homme primordial, Sophia (Sagesse, parfois qualifiée de lascive), etc. Ces éons vont par couples, féminin/masculin, appelés syzygies. Les éons sont, en même temps que des personnifications de concepts, des univers à part entière, infinis et éternels, reproduisant le schéma général du Plérôme tout entier et de l’Inengendré suprême.

- Dualisme radical ou mitigé

L’opposition entre le monde idéal de la Lumière et celui, imparfait, des Ténèbres et de la Matière peut suivre trois schémas.
Les plus radicaux situent, à l’origine de la création du monde matériel, une subite agression des eaux ténébreuses préexistantes contre la Lumière d’en haut, attaque qui se déroule dans l’espace intermédiaire d’un troisième principe, air ou vide. On retrouve ce thème chez les bogomiles et les manichéens.
Plus fréquemment, la Lumière d’en-haut préexiste seule à toute création. Un accident survenu dans le monde supérieur engendre une puissance difforme et ignorante, Ialdabaôth, autour de qui se forme un éon ténébreux, notre bas monde. La Lumière entreprend une œuvre salvatrice pour anéantir cet éon maléfique. Selon une première variante, Sabaôth, le fils d’Ialdabaôth, va découvrir la Lumière et sera mis par les puissances supérieures à la place de son père pour engager le cosmos vers le salut. Une seconde variante montre Ialdabaôth revenant lui-même au bien.
Les diverses divinités sont considérées comme perverses, liées au monde matériel, tel le Démiurge de la Bible. Les gnostiques n’emploient pas le terme « Dieu » pour désigner l’Être infini dont tout le monde supérieur émane. )(Wikipedia)


Cette perversité se retrouve dans toutes les religions et chez leur dévots. C’est inévitable, car le dévot soumis à une puissance archontique se trouve soumis à une double contrainte, reflet de l’image idéalisée des parents et de son propre fantasme d'enfant tout-puissant : il veut « plaire » à son Dieu (ses parents) pour être son « élu », quitte à dénier l’humanité de son entourage (ses frères) et même à massacrer tout autour de lui pour les besoins de la « cause » la plus noble qui soit, le salut des âmes ou la pseudo-protection de la "petite sœur" ou de la femme « innocente » et "pure". La réalité est un suicide de soi et le règne de la loi des mafias. Le « monde des archontes » est séduisant car on y espère avoir une « place », un « rôle » assigné où il y a des « inférieurs » et des « supérieurs ». On y craint ses supérieurs, alors on essaye de ne pas trop maltraiter ceux jugés comme « inférieurs » de peur du châtiment. C’est le règne de la terreur, le contraire de la liberté, de l’amour et de la charité.

A l’école du crime, qui n’est pas propre à une religion particulière mais est partagée, chacun se développe selon différentes proportions de laideur, eu égard au taux de pénétration et d’infiltration des puissances archontiques : chacun selon sa « loi » se sent en droit d’aller étriper le voisin, de disposer de lui comme il lui convient et de le soumettre. A l’opposé de cette barbarie, il y a le Principe christique, qui considère que le règne de la pseudo-loi est terminé, et que la seule loi qui tienne est celle de l’Amour. Il n’y a pas de règles qui mènent au ciel, et en qui concerne la vie en société, celles élémentaires qui découlent de l’application du droit naturel suffisent à réguler les interactions entre les êtres. Sinon on a toujours un bon prétexte pour aller dépouiller son voisin, peut-être même pour le faire avancer et le sauver ! L’histoire des religions se confond avec celle des crimes perpétrés au nom de Dieu pour quelques Saints sauvés, qui ont quitté le monde de la matière, vivent dans leur imagination vraie et ont la plupart du temps perdu un sens de l’observation des faits qu’ils n’ont jamais eu. Le prix de la sainteté de quelques uns, c’est l’abêtissement du reste de la population, parce qu’au passage ils ont raconté n’importe quoi et ont laissé des maximes qui ne pouvaient s’appliquer qu’à eux et non s’universaliser.

Dès que la « loi » religieuse tente de s’imposer on peut être certain  qu’on s’éloigne du Principe christique de la relation personnelle qui est unique. Il y a autant de croix que d’hommes et aucune ne se ressemble vraiment. Jésus cherche simplement que nous allions au Père, par notre initiative et notre demande sincère, en confessant que nous sommes rien, que nous ne pouvons pas communiquer avec le Bien car nous sommes corrompus, qu’il y a un  écran entre lui et nous et une triple nuit à traverser : celle des sens, de l’âme et de l’esprit que le Fils même de Dieu a du connaître pour rejoindre le Père. Alors le Dieu de bonté peut apparaître, caché au milieu des ténèbres. L’Eglise a condamné comme hérétiques des personnes qui avaient un peu de bon sens et des capacités d’observation. Si Dieu n’est pas présent dans ce monde, il y a une raison profonde à cela : la différence de nature entre le Démiurge source de tous les travestissements et de toutes les déceptions et le Dieu de bonté source d’espérance, d’allégresse et de vérité.  


Marcion (v.85- v.160) est un personnage capital du christianisme primitif mais c'est aussi le premier grand hérétique. Marcion est né dans une famille chrétienne du Royaume du Pont. C’est un représentant typique des élites chrétiennes non juives. Son père, riche armateur, fut épiscope de Sinope. Il part en Asie Mineure avant de se rendre à Rome vers 135 où il est le premier à amener les lettres de Paul inconnues auparavant. Il devint membre influent de l’Église de Rome en lui faisant une importante donation avant d'être excommunié par celle-ci pour ses positions. Ce rejet est sans influence en Bithynie où il s'en retourne reprendre la charge sacerdotale de son père.
Il publia les Antithèses, où il dit que le Dieu de Jésus n’a rien à voir avec le Créateur de l’Ancien Testament, divinité ignorante, brutale et matérialiste. Il rejette les anciennes Écritures, ne gardant qu’une sélection des nouveaux écrits . Exclu de l’Église de Rome en, il se lance dans des campagnes missionnaires, fonde de nombreuses églises où l’on pratiquait une morale très austère, comportant la renonciation à la sexualité et à la vie de famille, tout en se préparant au martyre. Son Église qui s’étend « à tout le monde habité » rivalisera longtemps avec la Grande Église avant de disparaître vers le IXe siècle.

Du fait que Marcion retenait certains textes chrétiens du Nouveau Testament considérés ultérieurement comme canoniques, bien des critiques refuseront de considérer Marcion comme un gnostique. Adolf von Harnack en fait une des figures les plus importantes de l’histoire de l’Église entre Paul de Tarse et Augustin d'Hippone.
Marcion partage l’essentiel du dualisme gnostique, sans inclure les implications apocalyptiques. Il oppose la Loi et la Justice, instituées par le Dieu Créateur de l’Ancien Testament, Yahvé, à l’Amour et à l’Évangile, révélés par le Dieu Bon à travers Jésus. Par la prédication de Jésus, le Démiurge apprend l’existence du Dieu Transcendant, et il se venge en livrant Jésus à ses persécuteurs. Par son sacrifice, Jésus rachète l’humanité au Dieu Créateur. Mais les fidèles continueront d’être persécutés jusqu’à la fin des temps, lorsque le Dieu Bon se fera connaître, qu’il les recevra dans son royaume, et qu’il anéantira la Matière et le Créateur/Démiurge.

Pour Harnack (Adolf von Harnack Marcion. L'Evangile du Dieu étranger, contribution à l'histoire de la fondation de l'Eglise catholique), Marcion «radicalise les antithèses religieuses de Paul» entre la Loi et la vision d'amour portée par la figure du Christ, au point d'outrepasser les positions de l'apôtre : «L'Ancien Testament est abandonné.» La pensée de Marcion se meut pourtant tout entière dans l'univers religieux des juifs de son temps. Harnack soutient d'ailleurs l'hypothèse de sa judéité. Il n'y a chez Marcion aucune tentation philosophique («grecque»), aucun emprunt à d'autres sources que la tradition juive d'une part et d'autre part celle du courant paulinien qu'il revendique comme unique filiation. On sait combien Paul s'est voulu «apôtre des gentils». Si Marcion pose l'existence de deux dieux opposés, le bon et l'autre, chez lui ce dernier n'est autre que le dieu créateur de la Bible. Il admet pourtant que les faits qu'enseigne le livre juif sont véridiques. Toutefois, ce dieu néfaste n'est pas méchant au sens ordinaire (ou comme peut l'être le démiurge d'autres courants gnostiques) et Marcion lui accorde même le qualificatif de «juste». Mais cette justice est celle de la Loi (mosaïque puisque Marcion n'en reconnaît pas d'autre) et donc celle de la contrainte. Le dieu annoncé par Jésus, en revanche, est radicalement étranger au monde et pur amour. Entre les deux divinités, le choix est strictement exclusif : la foi en Jésus comme sauveur n'est pas la «fin de la loi» mais son rejet pur et simple. On doit à Marcion, dit Harnack, d'avoir «annoncé que Jésus n'a pas besoin d'accréditation, car ce sont ses paroles et ses actions qui l'accréditent (...). Christ n'a pas besoin de précurseur ni d'auxiliaire». Logiquement, les Eglises marcionites ne reconnaissaient pas l'autorité naissante dévolue aux clercs dans la Grande Eglise : «Pour eux la simplicité consiste à renverser la discipline», se plaignait Tertullien.

Harnack était un savant autant qu'un croyant. Toute la première partie de son livre est occupée par la restitution patiente du corpus marcionite. Les oeuvres de Marcion sont perdues et des traces n'en subsistent que dans les citations polémiques qu'en font les auteurs dont les manuscrits se sont transmis parce qu'ils représentaient la tradition catholique orthodoxe. Si Marcion a pu connaître un ou plusieurs autres Evangiles, canoniques ou pas, il ne fait cas que du seul Luc. Il a donc édité l'Evangile du «secrétaire» de Paul et des épîtres de ce dernier, rayant impitoyablement de leur texte ce qui lui paraissait être des ajouts indus (en particulier, bien sûr, tout ce qui renvoie au passé juif de l'AT, y compris les prophéties messianiques). Le «livre saint» bipartite de Marcion préfigurait la division en deux parties du futur Nouveau Testament, voire la notion de canon, par l'usage exclusif qu'il accordait à ces textes au sein de son Eglise. Pour Harnack, le testament chrétien serait donc «né sous l'impression faite par la création de Marcion».

Par ailleurs, celui-ci a écrit un autre livre, les Antithèses, dont «l'autorité devait être reconnue de tout marcionite» admis dans l'église. L'ouvrage commence par «la seule phrase un peu longue que nous possédions mot à mot de la plume de Marcion : "oh, merveille de merveilles, ravissement, puissance et étonnement, que l'on ne peut rien dire ni penser de l'Evangile et qu'on ne peut le comparer à rien"». Harnack remarque qu'aucun mot n'y est plus fréquent que celui de «nouveau» : «Tout doit être lu sous le seul point de vue de la nouveauté du message du Dieu d'amour rédempteur et du caractère effrayant et lamentable du Dieu cruellement juste du monde et de la Loi (...). Seul Luther, avec sa foi en la justification, peut rivaliser ici avec Marcion.» (L'Evangile selon Marcion)


Une fois de plus, l’étude de l’histoire et des sources croisées des  religions nous renseigne plus que toutes les « révélations » qu’on pourrait avoir subjectivement et permet d’ôter les doutes qui obscurcissent l’esprit et paralysent l’action. Dieu n’intervient pas ou qu’avec parcimonie dans l’histoire humaine, mais quelques personnes un peu décidées et éduquées  pourraient tout à fait endiguer le flot de bêtise qui empêche les âmes de se développer correctement. La création n’est pas mauvaise mais est juste momentanément captive de la prédation d’ « anciens » en tous genres, qui bloquent les initiatives des jeunes et se font passer pour un Dieu dont ils ont usurpé le Trône nécessairement vacant et se font les geôliers des hommes et leurs femmes complices en association de malfaiteur.  

14:54 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

"Comme je l'ai dis à Ry l'autre jour, tout rappelle le catharisme avec elle, aussi bien la relation elfique qui ressemble à l'adoption d'une socià, que le nom de la ville, que d'autres trucs".

D'après le peu que je connais du catharisme (j'ai peu étudié la question mais c'est intéressant de soulever cette apparente parenté), leurs partisans n'ont en fait pas grand chose de chrétien dans la mesure où ce sont des adeptes du "pur esprit", tenant d'un moralisme exacerbé et proches dans leur pratique d'un rigorisme puritain. Pour eux, Jésus ne s'est pas incarné, n'a pas partagé notre ignorance, ne possède pas la double nature humaine et divine. La salut ne consiste pas à racheter l'esprit et la matière, mais à s'évader et se fondre dans l'esprit seul (précisément la tentative que récusent Aurobindo et Mère comme la lâcheté des religieux). De mon point de vue, cela fait perdre tout son sens au christianisme et aboutit à un mode de vie "sectaire" qui va automatiquement être pourfendu pas l'environnement qui ne va pas supporter que des gens se nomment "parfaits" et se croient supérieur à tout le monde. Ils sont obsédés par le souci de non procréation, c'est absolument effrayant. Ils prennent la virginité dans un sens purement matériel, suivant l'adage "qui fait l'ange fait la bête" et le résultat c'est qu'ils ont été persécutés car ils étaient d'une prétention insupportable.

Inutile de dire qu'ils ne m'inspirent aucune sympathie. Pour eux (d'après le peu que j'ai compris), Jésus ne peut pas être présent dans la création même renouvelée et régénérée (donc on doit devenir des "purs esprits" grâce à l'imposition des mains par le rituel du "consolament") et le salut passe par l'appartenance à leur organisation sectaire (ils récusent tout l'apport de la tradition, les sacrements et haïssent visiblement l'union des deux sexes, qui est à la base de la création).

"Le sacrement du consolament (consolation, en occitan, du latin consolamentum) ou « baptême d'esprit et du feu » par imposition des mains et de l'évangile de Jean sur la tête du postulant , est le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l'homme : l'esprit". On en revient à l'initiation antique où tout le "pouvoir" est détenu finalement par un humain qui se fait passer pour un substitut de Dieu. S'il est réellement "parfait" ça peut marcher mais à tous les coups c'est un illuminé ou un fanatique sous l'influence d'un archonte qui va faire entrer tout le monde sous un rapport dominant/dominé. Leur "Dieu Bon" est encore une falsification, parce que dans les faits on en revient à l'imposition d'une règle arbitraire qui se fait passer pour divine. Dans tous les ordres plus ou moins sectaires, c'est comme ça que ça fonctionne. Ce n'est pas parce qu'on met le mot que la chose y est.

Ce que j'explique dans l'article c'est tout autre chose et n'a rien à voir avec la compilation et la juxtaposition d'éléments culturels plus ou moins invérifiables et l'enfermement dans des "mots". "Gnostique" est une appellation générique mais qui ne veut pas dire grand chose en fait. Je pars de ce qui est pour moi un fait d'expérience et d'observation et j'essaye d'en trouver la racine métaphysique en analysant différentes possibilités de réponse à un problème trouvées dans l'histoire. Je ne fais pas du "tourisme" en faisant des liens plus ou moins justes (je ne parle pas pour toi en particulier). L"inde", la "Grèce" ce sont des concepts généraux très flous. Le fait réel d'observation c'est l'absence de Dieu dans le monde et dans son expérience personnelle et comment on l'explique et on en rend compte. Parce que c'est ça qui oriente la suite des événements.

A quoi est due cette absence ? Au fait que nous ne suivons pas correctement des règles ? Que nous sommes méchants intrinsèquement et qu'il faut nous corriger sévèrement ? Ou que nous ne savons pas comment concevoir Dieu pour en faire l'expérience ?

C'est cette dernière hypothèse que je retiens, parce qu'elle est la plus riche de sens, ayant aussi testé un peu les autres. Il est évident que Dieu ne descendra pas sur moi, parce que je ne vaux rien. Alors j'observe que les gens qui prétendent que "tout est parfait" telles que les choses nous apparaissent sont des menteurs. Je vois que ceux qui constatent que le monde matériel est gangrené par le mal et veulent s'échapper avec leur petit groupe "d'élus" sont à mes yeux des lâches qui poursuivent un espoir bien chimérique tout en se croyant le sel du ciel.

Je sais que Dieu habite dans un monde de lumière auquel je n'ai pas accès à cause de ma confusion et de mon impuissance. Donc de là c'est le désespoir et la "nuit noire" , parce que je sais qu'aucune imposition des mains n'y changera quoi que ce soit, qu'aucune Mère divine improvisée ne changera rien à mon sort, pas plus qu'un papa doté de tous les pouvoirs. Et par moi-même je pourrai faire toutes les ascèses et les végétarismes, cela ne changera rien du tout à la situation.

La seule solution c'est donc de confesser cette incapacité. Parce que le Fils de Dieu lui-même a vécu ce noir éprouvant et a été soumis à de nombreuses tentations desquelles il a triomphé. Cela je peux le croire, même si je ne le sais pas au sens fort du terme. C'est donc un "article de foi, une hypothèse que je vais vérifier peu à peu et non une certitude immédiate. Il a assumé pleinement notre humanité avec ses ténèbres et n'était pas un "pur esprit". Il a eu le même problème de communication que nous avec le Père et il a pu le résoudre visiblement. Il est donc digne de confiance. La tentation ce n'est pas la chair et la peur de la procréation, mais s'imaginer qu'on mérite de s'en sortir plus que le voisin pour telle ou telle raison, qu'on est plus "pur" et qu'on a plus de "droits". Même le Fils de Dieu aurait pu échouer dans sa mission et il n'a pas eu de droits particuliers, alors nous ? N'y a-t-il pas là motif à un émerveillement devant le fait que Dieu, s'il existe, laisse la plus proche de ses créatures, la première d'entre elles libre ? Et la vraie pureté, la virginité retrouvée survient à mon humble avis lorsque notre prétention infondée à être sauvé est abandonnée. Alors Dieu vient régénérer la créature, lorsqu'il a été informé de son existence, qui devient actuelle à ce moment précis de la "rencontre". C'est la prière assistée par les anges qui "monte" vers le ciel et qui vient informer le Père qui peut alors répondre. Jésus a créé un "chemin de lumière" dans la matière pour que la créature puisse faire sa demande au Père en passant par Lui et en souffrant comme lui car c'est le chemin le plus court pour se faire connaître du "Dieu bon et parfait", et je ne vois pas comment elle pourrait prétendre à ce titre, sinon en se prenant elle-même pour Dieu. Le rapport entre la Lumière incréée et les Ténèbres est donc très complexe et la "solution cathare" paraît très grossière et superficielle, laissant en paix le véritable fauteur de troubles.

Le Mal n'est pas la matière elle-même, mais le mouvement d'extériorisation de la volonté en l'homme qui la rigidifie. Après cette "saisie", elle devient alors la proie de puissances ténébreuses qui ne sont pas de la "matière" mais de "l'esprit désincarné" qui rôde et s'empare des âmes en les assoupissant, profitant de leur immobilisme et leur inertie. Mais la matière peut être "réveillée" par l'esprit, si elle reprend une forme pure et retrouve alors peu à peu sa virginité. Cela ne passe pas par l'ascétisme d'après ma maigre méditation sur le sujet et expérience, mais par la méditation de la vie de Marie en tant qu'elle est "visitée" purement par l'esprit.

Écrit par : Jean | 15/11/2013

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