16/11/2013

L'hérésie cathare

"Comme je l'ai dis à Ry l'autre jour, tout rappelle le catharisme avec elle, aussi bien la relation elfique qui ressemble à l'adoption d'une socià, que le nom de la ville, que d'autres trucs".

D'après le peu que je connais du catharisme (j'ai peu étudié la question mais c'est intéressant de soulever cette apparente parenté), leurs partisans n'ont en fait pas grand chose de chrétien dans la mesure où ce sont des adeptes du "pur esprit", tenant d'un moralisme exacerbé et proches dans leur pratique d'un rigorisme puritain. Pour eux, Jésus ne s'est pas incarné, n'a pas partagé notre ignorance, ne possède pas la double nature humaine et divine. La salut ne consiste pas à racheter l'esprit et la matière, mais à s'évader et se fondre dans l'esprit seul (précisément la tentative que récusent Aurobindo et Mère comme la lâcheté des religieux). De mon point de vue, cela fait perdre tout son sens au christianisme et aboutit à un mode de vie "sectaire" qui va automatiquement être pourfendu pas l'environnement qui ne va pas supporter que des gens se nomment "parfaits" et se croient supérieur à tout le monde. Ils sont obsédés par le souci de non procréation, c'est absolument effrayant. Ils prennent la virginité dans un sens purement matériel, suivant l'adage "qui fait l'ange fait la bête" et le résultat c'est qu'ils ont été persécutés car ils étaient d'une prétention insupportable.

Inutile de dire qu'ils ne m'inspirent aucune sympathie. Pour eux (d'après le peu que j'ai compris), Jésus ne peut pas être présent dans la création même renouvelée et régénérée (donc on doit devenir des "purs esprits" grâce à l'imposition des mains par le rituel du "consolament") et le salut passe par l'appartenance à leur organisation sectaire (ils récusent tout l'apport de la tradition, les sacrements et haïssent visiblement l'union des deux sexes, qui est à la base de la création).

"Le sacrement du consolament (consolation, en occitan, du latin consolamentum) ou « baptême d'esprit et du feu » par imposition des mains et de l'évangile de Jean sur la tête du postulant , est le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l'homme : l'esprit". On en revient à l'initiation antique où tout le "pouvoir" est détenu finalement par un humain qui se fait passer pour un substitut de Dieu. S'il est réellement "parfait" ça peut marcher mais à tous les coups c'est un illuminé ou un fanatique sous l'influence d'un archonte qui va faire entrer tout le monde sous un rapport dominant/dominé. Leur "Dieu Bon" est encore une falsification, parce que dans les faits on en revient à l'imposition d'une règle arbitraire qui se fait passer pour divine. Dans tous les ordres plus ou moins sectaires, c'est comme ça que ça fonctionne. Ce n'est pas parce qu'on met le mot que la chose y est.

Ce que j'explique dans l'article c'est tout autre chose et n'a rien à voir avec la compilation et la juxtaposition d'éléments culturels plus ou moins invérifiables et l'enfermement dans des "mots". "Gnostique" est une appellation générique mais qui ne veut pas dire grand chose en fait. Je pars de ce qui est pour moi un fait d'expérience et d'observation et j'essaye d'en trouver la racine métaphysique en analysant différentes possibilités de réponse à un problème trouvées dans l'histoire. Je ne fais pas du "tourisme" en faisant des liens plus ou moins justes (je ne parle pas pour toi en particulier). L"inde", la "Grèce" ce sont des concepts généraux très flous. Le fait réel d'observation c'est l'absence de Dieu dans le monde et dans son expérience personnelle et comment on l'explique et on en rend compte. Parce que c'est ça qui oriente la suite des événements.

A quoi est due cette absence ? Au fait que nous ne suivons pas correctement des règles ? Que nous sommes méchants intrinsèquement et qu'il faut nous corriger sévèrement ? Ou que nous ne savons pas comment concevoir Dieu pour en faire l'expérience ?

C'est cette dernière hypothèse que je retiens, parce qu'elle est la plus riche de sens, ayant aussi testé un peu les autres. Il est évident que Dieu ne descendra pas sur moi, parce que je ne vaux rien. Alors j'observe que les gens qui prétendent que "tout est parfait" telles que les choses nous apparaissent sont des menteurs. Je vois que ceux qui constatent que le monde matériel est gangrené par le mal et veulent s'échapper avec leur petit groupe "d'élus" sont à mes yeux des lâches qui poursuivent un espoir bien chimérique tout en se croyant le sel du ciel.

Je sais que Dieu habite dans un monde de lumière auquel je n'ai pas accès à cause de ma confusion et de mon impuissance. Donc de là c'est le désespoir et la "nuit noire" , parce que je sais qu'aucune imposition des mains n'y changera quoi que ce soit, qu'aucune Mère divine improvisée ne changera rien à mon sort, pas plus qu'un papa doté de tous les pouvoirs. Et par moi-même je pourrai faire toutes les ascèses et les végétarismes, cela ne changera rien du tout à la situation.

La seule solution c'est donc de confesser cette incapacité. Parce que le Fils de Dieu lui-même a vécu ce noir éprouvant et a été soumis à de nombreuses tentations desquelles il a triomphé. Cela je peux le croire, même si je ne le sais pas au sens fort du terme. C'est donc un "article de foi, une hypothèse que je vais vérifier peu à peu et non une certitude immédiate. Il a assumé pleinement notre humanité avec ses ténèbres et n'était pas un "pur esprit". Il a eu le même problème de communication que nous avec le Père et il a pu le résoudre visiblement. Il est donc digne de confiance. La tentation ce n'est pas la chair et la peur de la procréation, mais s'imaginer qu'on mérite de s'en sortir plus que le voisin pour telle ou telle raison, qu'on est plus "pur" et qu'on a plus de "droits". Même le Fils de Dieu aurait pu échouer dans sa mission et il n'a pas eu de droits particuliers, alors nous ? N'y a-t-il pas là motif à un émerveillement devant le fait que Dieu, s'il existe, laisse la plus proche de ses créatures, la première d'entre elles libre ? Et la vraie pureté, la virginité retrouvée survient à mon humble avis lorsque notre prétention infondée à être sauvé est abandonnée. Alors Dieu vient régénérer la créature, lorsqu'il a été informé de son existence, qui devient actuelle à ce moment précis de la "rencontre". C'est la prière assistée par les anges qui "monte" vers le ciel et qui vient informer le Père qui peut alors répondre. Jésus a créé un "chemin de lumière" dans la matière pour que la créature puisse faire sa demande au Père en passant par Lui et en souffrant comme lui car c'est le chemin le plus court pour se faire connaître du "Dieu bon et parfait", et je ne vois pas comment elle pourrait prétendre à ce titre, sinon en se prenant elle-même pour Dieu. Le rapport entre la Lumière incréée et les Ténèbres est donc très complexe et la "solution cathare" paraît très grossière et superficielle, laissant en paix le véritable fauteur de troubles.

Le Mal n'est pas la matière elle-même, mais le mouvement d'extériorisation de la volonté en l'homme qui la rigidifie. Après cette "saisie", elle devient alors la proie de puissances ténébreuses qui ne sont pas de la "matière" mais de "l'esprit désincarné" qui rôde et s'empare des âmes en les assoupissant, profitant de leur immobilisme et leur inertie. Mais la matière peut être "réveillée" par l'esprit, si elle reprend une forme pure et retrouve alors peu à peu sa virginité. Cela ne passe pas par l'ascétisme d'après ma maigre méditation sur le sujet et expérience, mais par la méditation de la vie de Marie en tant qu'elle est "visitée" purement par l'esprit.

23:55 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Sur votre vision de ce qu'est la gnose (je vous copie ci-dessous cette note figurant sur le texte des 153 préceptes d'Evagre, texte facilement lisible sur le web), vous êtes influencé(e) par des anachronismes.
Dans le vocabulaire des Pères, la Gnose est la connaissance intellectuelle qui permet l'expérience de Dieu et le "gnostique" est le moine qui a acquis la "connaissance de Dieu". Il ne faut pas confondre cette Gnose avec la "gnose" des gnostiques des IIème et IIIème siècles.

De plus, vous pouvez parcourir sur googlebooks un ouvrage passionnant du spécialiste d'Evagre (Guillaumont) et vous trouverez :
Intelligence (grec "nous") est la "faculté de penser et donc l'intelligence, l'esprit, la pensée mais aussi la sagacité, la sagesse, le projet, l'intention.
Mais "nous" est aussi l'âme, le coeur, et, par suite, le sentiment, la manière de penser, la volonté ou le désir. Pour les Pères, "nous" désigne la double faculté qu'a la personne de penser le monde ou de contempler Dieu.

Sur votre phrase "Dans la mesure où la pensée divine de créer, et l'acte de création lui-même, cet agir qui représentait la foi qu'a Dieu en lui-même ont été simultanés, sans quoi on est obligé de penser une dualité et un temporalité en Dieu"....

je vous invite à vous pencher sur la vision d'Origène (et pas sur Wikipedia !!!), par commodité voici un bref résumé. Dieu ne peut conserver l'attribut de la toute puissance sans l'exercer. Sa bonté étant de créer, il ne pourrait donc y avoir de temps en lequel sa bonté soit restée inactive, sinon on tombe de fait dans votre argument. Mais cette création éternelle, par le Verbe, n'est pas celle des hommes ni du monde tel qu'il est, mais des esprits et la matière, d'où sortira le monde concret (humains compris).

Vous avez donc la résolution de votre souci, puisque je vous rappelle que le catéchisme de l'Eglise catholique rappelle bien que la création du monde émane d'un choix volontaire de Dieu, et non d'une nécessité (incompatible avec la liberté divine).
Dieu ne peut que se répandre d'amour par principe, mais n'est pas contraint de créer le monde, c'est pour cela qu'il engendre éternellement le Verbe, il ne peut qu'aimer le Fils, lui même est transi d'amour pour le Père, cette relation d'amour éternelle étant l'Esprit-saint. Engendrer consubstantiellement, n'est pas créer dans le temps !

Je ne comprends pas le sens de votre phrase "...Pour moi, c'est ce que traduit le christianisme en parlant de Trinité éternelle, dans laquelle le Verbe n'est pas antérieur à Dieu....", vous avez du intervertir des mots.

Écrit par : misterT | 18/11/2013

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