22/11/2013

Nature du samsara, anges, serpents...

L'autre jour, je pensais au bazar du samsara et au fait que quoi qu'on fasse, patient ou pas, gentil ou pas, finalement on ne peut pas aider les gens. C'est finalement un peu la morale de l'ancien testament, d'un certain point de vue. On peut imaginer finalement que Yahvé est un brave type qui aurait voulu aider les gens, il a essayé toutes les méthodes rien n'a fonctionné. De là, on pourrait penser que le faux Dieu, c'est celui qui n'a pas compris que ça ne sert à rien d'intervenir dans la vie des autres, et qu'un vrai Dieu, c'est un Dieu qui laisse les gens venir à lui. Au passage, je me pose une grave question théologique : quel est l'idiot qui a laissé un serpent entrer dans le paradis ? Ce qui me fait dire que le début de la Genèse ne tient pas debout. Imaginez que vous ayez deux enfants que vous aimez plus que tout, qu'ils jouent dans votre jardin et que vous soyez omnipotent : est-ce que vous laissez entrer un ravisseur d'enfants, une vipère des sables ou un crocodile géant - c'est-à-dire un être qui ne pourra que faire du mal à vos enfants, sans aucun bénéfice possible ? Aucun parent digne de ce nom ne ferait une chose pareille. Jésus demande un jour si un père donnerait un scorpion à son enfant. Si on en croit la Genèse, son Père l'a fait.

Quoi qu'il en soit, nous avons tous un voyage de plusieurs millions de kilomètres à faire, et j'ai compris l'autre jour que je ne dois pas perdre mon temps à faire avancer de trois centimètres quelques malheureux qui se sont scellés au sol avec une chaîne en titane. Mon roman et une rencontre chanceuse ont pu me montrer qu'une fraternité extraordinaire pourrait exister entre humains, supérieure même à ce qui existe entre les anges. Mais il ne faut pas rêver, c'est dans une autre galaxie, et dans une autre création. Entre moi et mon voisin chrétien, il n'y a pas le millionième de ce qui existe entre Shams et Ryndil. Je ne vois pas l'intérêt de faire évoluer la relation à trois millionièmes au prix d'un temps précieux. En effet, il y a tellement à faire qu'il y a de quoi prendre peur, et chaque minute est comptée. Je me dis souvent que tout le "bien" que j'aurai essayé de faire aux autres, je vais m'en mordre les doigts à l'heure de ma mort.

Sinon, pour ceux qui voudraient être éclairés quant au niveau spirituel des anges, c'est très simple. Comme ce sont des êtres de Yetzirah, ils ont la lumière d'Atzilut, qui est encore la 3è vision de thögal (pour les plus élevés). Ils ne peuvent obtenir la lumière de l'Essence puisque pour l'obtenir il faut pouvoir se résorber, et un être immortel n'a aucun moyen de se résorber. Kelsang Gyatso le dit autrement, en signalant qu'une fois mort, il devient impossible d'atteindre la claire lumière, et que les boddhisattvas morts de la 10è terre sont fort ennuyés de cela. C'est pourquoi les anges devront s'incarner s'ils veulent connaître la lumière de l'Essence. Pour pouvoir se résorber, il faut être mortel. Ou il faut être un Bouddha.

01:15 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

"Il faut conclure qu'Eve a demandé ce qui impliquait la présence du don d'un serpent: la connaissance...
On devrait donc conclure que le serpent, était malgré les apparences, un effet de la Générosité divine portée à son paroxysme, parce qu'il voyait bien que sa petite Eve (sauf son respect), l'aimait de tout son coeur! Et qu'il n'avait pas le choix...il fallait faire venir une intelligence extérieure qui saurait s'y prendre, Eve était peut-être beaucoup trop aimante pour désobéir d'elle-même malgré la question que quelqu'un à bien dû se poser... De plus, je ne sais pas si je le suis jusque là, et si c'était un moyen habile adapté à son temps ou quoi, mais selon Saint Paul (qui n'est pas apprécié de tous les prêtres, à cause de choses comme ça), Dieu a sciemment planté le pêché, par le fait même de l'interdire en premier lieu, sans quoi l'idée même de désobéissance n'aurait pu naître".

Ce que tu exposes est une thèse parfaitement "non chrétienne" à mon sens, mais rassure-toi tu n'es pas le premier, à savoir que tu introduis une nécessité dans le "plan divin", là où il n'y a que le jeu de différentes "variations probables". Dieu ne contraint personne et laisse les êtres venir librement à lui. Ce sont les êtres qui "contraignent" Dieu à leur donner une version de lui-même par leurs propres conceptions et leurs propres choix et c'est que le bouddhisme nous enseigne ainsi que l'expérience. Par exemple tu nous dis qu' "il voyait bien que sa petite Eve l'aimait de tout son coeur". Mais d'où tu tires cela ? C'est en fait le début de ton propre "roman dharmique". A aucun moment dans les écritures Eve est présentée comme ça, comme une "petite créature" toute faible et il n'est pas dit grand chose non plus de la façon dont elle aime son Dieu. En fait le récit initial est parfaitement lacunaire et énigmatique, et chacun le remplit avec ses propres conceptions.

L'idée que la désobéissance est une "nécessité" pour accomplir le salut montre à mon avis une limite dans l'exercice de l'intelligence et conduit à un monde cruel et immoral: cela veut dire que le "mal" est nécessaire. Or, il est aisé facile de concevoir les choses tout autrement, le mal est introduit par la créature et non par une "ruse" de Dieu.

"C'est toi qui nous a donné la solution de cette énigme avec ce que tu explique des anges (merci aussi d'avoir répondu à ma question de l'autre jour en plus dans ce que tu dis), l'incarnation, et la Chute des hommes était nécessaire pour acquérir la lumière de l'Essence, sans cette idée, on ne peut pas tout mettre ensemble".

Ce que tu dis me parait relever de ce cliché, exprimé par exemple chez Martines de Pasqually et Louis Claude de Saint-Martin et rendu ici. Position foncièrement anti-chrétienne puisqu'elle introduit une nécessité en Dieu et le rejet pur et simple de la "création" au profit de "l'émanation".

"d) Adam a été émané sous une "forme glorieuse" par nécessité

Par ailleurs, autre point singulièrement important pour notre réflexion à propos de ce qui distingue émanation et Création, la division entre monde matériel et immatériel, entre formes passives d’apparence de matière ténébreuse et formes impassives ne date absolument pas pour Martinès de la prévarication d’Adam, mais de la première prévarication des esprits pervers qui eut pour effet de contraindre le Créateur de créer « l’univers physique en apparence de forme matérielle, pour être le lieu fixe où ces esprits pervers auraient à agir et à exercer en privation toute leur malice. » (Traité, 6). Adam apparaît ainsi sur la scène de l’histoire divine comme un esprit émané quaternaire, un être immatériel qui, de par sa faute, sera précipité dans un corps de matière ténébreuse formé, selon une loi ternaire, par les essences spiritueuses - « trois essences spiritueuses d'où sont provenues toutes les formes corporelles » (Traité, 256) -, ce qui d’ailleurs, redisons-le une nouvelle fois, toutes ces thèses relèvent de conceptions que l’Eglise rejette violemment mais que Martinès professe et soutient, soit celle de l’ensomatose, c’est-à-dire de l’incorporisation d’un esprit immatériel, celui d'Adam, dans ce monde sensible - être préexistant au sein de la vie divine avant sa chute dans le corps - en raison d’une faute antérieure : « Vous savez que le Créateur émana Adam homme-Dieu juste de la terre, et qu'il était incorporé dans un corps de gloire incorruptible. » (Traité, 43). Mais si Adam a été placé initialement selon Martinès dans une forme purement spirituelle et glorieuse certes, cette forme toute glorieuse qu’elle fût répondait cependant à une nécessité, et pas des moindres.

De quelle type cette nécessité ?

Voici la réponse : « La forme dans laquelle Adam fut placé était purement spirituelle et glorieuse, afin qu'il pût dominer sur toute la création, et exercer librement sur elle la puissance et le commandement qui lui avaient été donnés par le Créateur sur tous les êtres. » (Traité, 47). L’homme a donc été émané en réalité, comme nous le constatons, non pour bénéficier d’un don gratuit, d’une vie libre non soumise à aucun objet particulier, offerte par un don gratuit pour le simple le bonheur de l’homme et de sa postérité, mais pour combattre les esprits pervers : « Nous comprendrons aisément, par cette figure, que l'homme n'avait été émané que pour être toujours en aspect du mauvais démon, pour le contenir et le combattre. La puissance de l'homme était bien supérieure à celle du démon, puisque cet homme joignait à la sienne celle de son compagnon et de son intellect et que, par ce moyen, il pouvait opposer trois puissances spirituelles bonnes contre deux faibles puissances démoniaques ; ce qui aurait totalement subjugué les professeurs du mal et, par conséquent, détruit le mal même. » (Traité, 16).

Ainsi ce caractère de « nécessité », présidant à toute la doctrine de la réintégration, va si loin - et c’est là un point qui n’est généralement pas du tout perçu dans ce qu’il signifie réellement sur le plan théorique par les commentateurs de Martinès – que sans la première prévarication des esprits révoltés Dieu n’aurait sans doute jamais créé l’homme, Adam, le mineur spirituel - « l'ordre de l'émanation des mineurs spirituels n'a commencé qu'après la prévarication et la chute des esprits pervers » (Traité, 233) - montrant bien que l’ensemble du corpus conceptuel martinésien est fondé, sous-tendu, appuyé sur cette loi de « contrainte nécessaire » qui participe d’une approche très différente de la gratuité de la Création telle qu’enseignée, et soutenue officiellement, par le dogme de l’Eglise qui insiste sur la fait que Dieu crée à partir « de rien » (ex nihilo ; 2 M 7, 28) un monde ordonné et bon, qu’Il transcende à l’infini, en une action créatrice indépendance de toute contrainte extérieure : Deus ex solis suae naturae legibus, et a nemine coactus agit. On le voit, la doctrine de la réintégration est une pensée singulièrement originale de par sa distance d’avec la conception de l’Eglise, possédant ses critères propres et sa logique interne spécifique, tant sur le plan métaphysique, spirituel et initiatique, qu’il convient de comprendre, pour ensuite les respecter, sous peine de tomber dans des divagations fantaisistes.

Une question cependant. La couche glorieuse où fut émancipé Adam, que le Traité nous présente comme « figurée par six et une circonférence » dont les six cercles signalaient les six pensées du Créateur utilisées pour la création du temple universel : « les six cercles, le Créateur représentait au premier homme les six immenses pensées qu'il avait employées pour la création de son temple universel et particulier » (Traité, 22), était-elle uniquement immatérielle ne comportant que « l’apparence de forme matérielle », ou bien avait-elle déjà en son sein des régions de matière ténébreuse ?

e) Les démons n’ont pas été enfermés dans un « chaos », ils ont été chassés du Ciel et sont restés des esprits

Tout d’abord une précision, cette couche n’est pas le temple universel, mais une « figure » de ce temple, ce qui est bien différent. Les circonférences tracées par l’Eternel lors de l’émancipation d’Adam, sont un symbole, un signe, mais non la chose même ; elles ont pour fonction d’évoquer, de représenter, tout en isolant et protégeant Adam, mais ne sont pas la réalité objective du temple universel, elles ne sont « qu'une forme de figure apparente », qui est transitoire aussi vite réintégrée que générée par l’esprit : « Cette forme glorieuse [dans laquelle Adam fut placé], n'est autre chose qu'une forme de figure apparente, que l'esprit conçoit et enfante selon son besoin et selon les ordres qu'il reçoit du Créateur. Cette forme est aussi promptement réintégrée qu'elle est enfantée par l'esprit. » (Traité, 47).


Ce premier point est important car il permet de comprendre que cette projection en forme de figure apparente, ne prétend pas être concrètement, le temple universel, mais uniquement son image, sa « figure » apparente. Reste toutefois à savoir, comme il nous a été donné de le lire non sans étonnement, si les essences spiritueuses détachées dans l’axe feu central en raison de la prévarication des démons, se trouvaient à l’état de « chaos indifférencié » assimilable à l’abîme d’avant la Création, considérant que leur opération leur avait valu un séjour dans la privation, c’est-à-dire, un simple éloignement de Dieu : «…c'est pour avoir tenté une opération opposée aux lois immuables du Créateur que les démons se trouvent n'avoir d'autre puissance que cette puissance quinaire de confusion et qu'ils sont précipités dans les abîmes de la privation divine pour une éternité. » (Traité, 240) ? Si on répond positivement, pour tenter de faire correspondre la position de Martinès avec le texte de la Genèse par une acrobatie thématique entre la couche spirituelle, dans laquelle le Créateur plaça son premier mineur et l’abîme de la privation divine – même si on est encore très loin des définitions dogmatiques de l’Eglise mais disons que l’intention de s’en approcher est assez aisément décelable malgré une impossibilité catégorique que certains se refusent à admettre – alors on peut donner libre cours à une relecture assez osée du Traité, allant jusqu’à soutenir, en inférant « l’abîme de privation » avec le « tohu bohu » de Genèse I, une très hypothétique correspondance avec « l’exégèse des Pères de l’Eglise », ce qui d’ailleurs n’aurait pas manqué de faire sursauter vigoureusement les vénérables auteurs placés sur les autels des différentes confessions chrétiennes, sans même parler de leurs prévisibles réactions s’ils avaient pu se pencher sur les thèses du Traité de Martinès. Ce type d’exercice visant à faire rentrer dans le moule ecclésial la pensée martinésienne, auquel nous sommes à présent habitué, se heurte cependant à une sérieuse difficulté, et elle n’est pas mince : c’est qu’on ne peut assimiler la création matérielle consécutive à la prévarication des esprits rebelles à « l’abîme » sur lequel l’esprit de Dieu planait au tout début de la Création. Le passage de l’Ecriture : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre. Et la terre était informe et vide ; les ténèbres couvraient l’abîme et l’Esprit de Dieu reposait sur les eaux » (Genèse I, 1-2), ne fait pas du tout écho à une sanction, à une région matérielle constituée pour y enfermer les démons, ces deux versets indiquent l’acte et l’état primitifs qui ont servi de point de départ à l’œuvre ordonnatrice d’où est procédé l’univers tel que nous le contemplons actuellement, et c’est cette définition qui est reprise et sur laquelle insistent tous les Pères de l’Eglise, la plupart se refusant à spéculer sur l’intervalle entre les deux versets de Genèse 1, 1 et Genèse 1, 2. Aucun d’eux ne soutient l’idée d’une identité entre l’abîme sur lequel l’Esprit de Dieu reposait, et un lieu où les démons auraient été placés dans une sorte de magma indifférencié, de situation latente et intermédiaire, et ceci pour une raison évidente, c’est que les démons pour la dogmatique chrétienne, n’ont pas été enfermés dans un « chaos » fût-il originel, en réponse à leur révolte, ils ont été chassés du Ciel certes, mais ils sont restés des esprits !


f) La Création du monde matériel est une conséquence de la prévarication


Très différente la position de Martinès, vis-à-vis de laquelle il ne peut y avoir nulle contestation, pour luidoctrine,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,livre,martinésisme,martinismemétaphysique,mystique,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie le monde matériel a été conçu, avant l’émanation d’Adam, pour servir de prison aux esprits révoltés ! Il le rappelle constamment dans le Traité, et ajoute ceci sur quoi il importe d’insister : sans prévarication il n’y aurait jamais eu de Création, et ce point est en contradiction absolue, encore une fois, d’avec la conception de la Création selon le dogme de l’Eglise pour lequel la Création n’est pas une conséquence de la Chute, mais un don d’amour, l’expression d’une générosité diffusive, un témoignage de pure Charité. Avec Martinès la tonalité est donc tout autre, radicalement autre même comme on peut en juger : « Sans cette première prévarication, aucun changement ne serait survenu à la création spirituelle, il n’y aurait eu aucune émancipation d'esprits hors de l'immensité, il n'y aurait eu aucune création de borne divine, soit surcéleste, soit céleste, soit terrestre, ni aucun esprit envoyé pour actionner dans les différentes parties de la création. Tu ne peux douter de tout ceci, puisque les esprits mineurs ternaires n'auraient jamais quitté la place qu'ils occupaient dans l'immensité divine, pour opérer la formation d'un univers matériel. Par conséquent, Israël, les mineurs hommes n'auraient jamais été possesseurs de cette place et n'auraient point été émanés de leur première demeure ou, s'il avait plu au Créateur de les émaner de son sein, ils n'auraient jamais reçu toutes les actions et les facultés puissantes dont ils ont été revêtus de préférence à tout être spirituel divin émané avant eux. » (Traité, 237). (http://jean-marcvivenza.hautetfort.com/archive/2012/11/13/la-doctrine-de-la-reintegration-des-etres.html)

Si on suit cette conception résumée dans cette phrase édifiante, l'homme est un outil pour combattre le mal et non une réalité qui a sa propre fin. "L’homme a donc été émané en réalité, comme nous le constatons, non pour bénéficier d’un don gratuit, d’une vie libre non soumise à aucun objet particulier, offerte par un don gratuit pour le simple le bonheur de l’homme et de sa postérité, mais pour combattre les esprits pervers." Mais qui a introduit le mal dans l'univers ? On voit bien qu'une telle conception qui soumet Dieu à sa propre nécessité est vicieuse par essence et conduit à l'idée que le mal doit est extirpé par la force et la violence, ce qui précisément ne marche pas.

On peut considérer que si le serpent a été introduit dans l'enceinte sacrée (sans en faire une figure positive comme dans la conception gnostique pour délivrer Adam du "faux Dieu"), ce n'est pas l'effet de la volonté du Gardien du jardin pour accomplir un plan machiavélique, mais une création de l'esprit des êtres habitant le jardin qui se sont laissés aveuglés par leur propre capacité créative. Le résultat de leur propres pensées (le résultat de leur "karma" naissant par une saisie initiale, vouloir engendrer dans l'extériorité, dans la "saisissabilité") non reconnues et non d'un agent extérieur. Et le Dieu bon et parfait ne peut pas s'y opposer car il laisse la liberté aux créatures, il peut juste entériner et ensuite trouver la meilleure solution pour améliorer les choses. Là il créée le monde, non pas pour "enfermer les démons et les juguler" mais pour "briser" l'âme collective d'Adam, afin qu'il y ait possibilité de rachat. Tant que l'âme n'est pas fractionnée, elle ne peut être réparée. Alors que plusieurs morceaux séparés peuvent être purifiés avant d'être réunis à nouveau. C'est le "travail" du Christ et de ses saints pour restaurer l'unité du genre humain. Donc la création matérielle est positive et permet à l'histoire de continuer.

Maintenant revenions en arrière. Si le serpent n'avait pas été introduit par les pensées de nos ancêtres, pour autant Adam et Eve ne seraient pas restés comme des Anges. En effet les anges peuvent louer et glorifier Dieu tant qu'ils veulent, mais ils ne peuvent pas réaliser l'essence, c'est-à-dire devenir créateurs à leur tour. Ils sont limités par la perfection des attributs et l'irradiation des lumières et des qualités. Et c'est d'ailleurs ça qui a causé leur chute, c'est la "saisie" de la perfection émanée qu'ils se sont attribués à eux-mêmes. Pour pouvoir sentir sa "pauvreté" essentielle, il faut un milieu pour ça, un "monde" avec des gouttes, une création matérielle, ou un monde bien particulier, mi-matériel mi émané. Cela s'appelle la "terre" qui donne une chance unique, mais il existe aussi d'autres "lieux" qui ont cette propriété extra-ordinaire. Endroit privilégié que les bouddhistes appellent "akanishta" et permet d'accomplir l'état de bouddha. Mais on peut supposer aussi qu'une région du "paradis" de Jésus a aussi ces propriétés, afin de permettre aux êtres de continuer à évoluer.

Or c'est ça le projet de dieu, que les êtres ne soient pas des réceptacles passifs et soumis, mais eux-mêmes des créateurs qui agissent en synergie avec Lui pour augmenter sa gloire et la richesse de son expression. Si Adam et Eve n'avaient pas extériorisé leur pensée, la terre aurait été sans doute quand même créée, ils auraient connu la "mort" afin qu'ils puissent réaliser l'essence, (car c'est en introduisant la différenciation entre "mort" et "vie" qu'on peut établir la véritable Vie éternelle), mais le processus aurait été harmonieux et sans heurt, sans toute la "perte" que nous connaissons dans notre monde, et finalement les anges se seraient aussi incarnés pour évoluer. Ce qu'Aurobindo et mère appelaient un "monde supra - mental" où chaque chose est à sa place.

Il résulte logiquement de toutes ces considérations que même aujourd'hui les anges ne peuvent pas rester en l'état. Ils devront bien s'incarner un jour ou l'autre (thèse que Maître Philippe répète assez souvent) si Dieu est vraiment bon car il ne peut pas laisser des êtres "à la traine". On peut supposer que c'est le mode de la rédemption possible de la terre: l'incarnation des anges avant la "descente" de l'Amour, qui amène finalement le "démon" lui-même à s'incarner. Et non pas une "réintégration des êtres" dans un Principe purement spirituel ou une terre matérielle qui devient mystérieusement un royaume de paix et de justice on se sait trop comment...

Qu'est-ce ce que le cliché du démon ? La puissance métaphysique et l'être qui a refusé de se prosterner devant un être "fait d'argile" et de souffle et préfère roder dans l'univers en tant qu'esprit en empoisonnant tout le monde et en bloquant le mouvement plutôt que continuer le chemin évolutif. Cet être est stupide et se croit plus malin que son créateur. Il veut refaire le plan à sa façon et ne fait qu'engendrer le chaos, le sien et celui des autres. Pour être racheté, il lui faut donc s'incarner un jour ou l'autre, afin qu'il comprenne que pour réaliser l'essence (= acquérir la possibilité de devenir lui-même créateur), il lui faut acquérir le mode d'être de la "pauvreté" et de l"humilité", donc devenir semblable à l'homme. Pour le coup, c'est seulement par ruse que le démon pourra être racheté, beaucoup plus que par la violence et le rejet: "chassez le par la porte et il revient par la fenêtre". Et même on peut imaginer que c'est un être très séduisant qui pourra le conduire à s'incarner, une sorte "d'éon de beauté" qui accepte de se sacrifier. Ainsi, il sera "piégé" entre ses deux tendances: celle de rester pur esprit dans l'espace et celle de vouloir le pouvoir sur la terre.

Les chrétiens disent qu'il faut "aimer son ennemi". Mais qui met cela en pratique ? Pour pouvoir le faire (au moins dans son esprit purifié) il faut en avoir une conception adéquate. Or, le principe du mal est posé comme une extériorité (un "serpent" qui sort de nulle part...), et on fait porter aux juifs le chapeau du meurtre de Jésus. Or il semble que les juifs soient plutôt les victimes dans cette affaire. Et pourquoi Judas aurait-il été forcément un traitre ? Dans la version "sutrique" des évangiles, la faute est reportée sur autrui. Mais on peut concevoir un univers probable dans lequel Judas accepte d'être le dernier des derniers et un être accusé injustement, rejeté dans l'ombre. En ce sens c'est le meilleur ami de Jésus. Il a existé une secte "gnostique" appelée "caïnites" qui voyaient en Judas l'ami privilégié de Jésus, mais pour de mauvaises raisons à mon avis : il l'avait aidé à se débarrasser de son enveloppe charnelle encombrante pour retourner dans les cieux ! C'est nier à nouveau le principe de l'incarnation, le mystère de la double nature, qui fait l'originalité du Christianisme. Alors qu'on peut imaginer que Judas a voulu précisément cette incarnation et que Jésus soit "livré" par la méchanceté des hommes. Peut-être a-t-il hâté les choses alors que les romains étaient un peu indécis, et on imagine ce qui a du lui en coûter...

J'ai retrouvé une petite "Méditation nouvelle sur le pseudo - evangile de Judas" par Babilos de Cesaree, extraite d’un papyrus conservé miraculeusement sur une planète jumelle de la terre. C'est assez mauvais mais c'est amusant.


« Et il vit douze croix plantées sur le mont des Ogives toutes différentes les unes des autres et pourtant l’expression d’un arbre de vérité glorieux émané dans le muti – vers en une Figure couronnée : Lui, le Fils unique de Dieu, le plus Beau et le plus Majestueux, le plus envié au Ciel et le plus méconnu parmi les créatures ».


-Judas : ô Père, comment pourrais-je devenir semblable à toi ?

-Jésus : En devenant un Fils unique, comme j’ai été celui de mon Père.

-Judas : Mon Père n’est-il donc pas ton père ?

-Jésus : Chaque fils est l’Un seul, de même que chaque père. Et tu auras la pire des réputations, celle d’avoir livré le Fils de Dieu à la multitude.

-Judas : Je voudrais souffrir autant que toi tu vas souffrir.

-Jésus : c’est impossible, tout a sa raison dans le Plan de mon Père. Je suis le Fils de Dieu et tu es une simple créature. Ma mission diffère donc de la tienne. Tu es le premier Fils de l’ombre et je suis le Soleil de Lumière incréée.

-Judas : Fils de l’ombre ?

-Jésus : Ta lumière est la plus obscure, celle des réprouvés et des mal-aimés qui agissent dans le silence et le secret, loin de la foule. Tu n’as pas de génitrice connue, sinon l’opprobe des hommes. Ma Mère est Marie, le pur miroir des phénomènes et des créatures, et je m’offre pour le salut des âmes. Toi, tu resteras pour la mémoire collective le traite, le fourbe le fiel de la terre. Je serai le Sauveur et le Sel, pour eux tu seras le Livreur et l’Empoisonneur. Ainsi est-il écrit.

-Judas : plaise à ton Père de changer ses décrets et ces funestes destinées.

-Jésus : ses décrets sont immuables mais les destinées non scellées.

-Judas : ne pourrais-tu pas lui suggérer de s’offrir un nouveau calame ?

-Jésus : le doute est la pire des plaies et tu le sais. Ta mission est plus grandiose et plus magnifique que la mienne: tu iras encore plus bas que moi par-delà les enfers des sens que j’ai déjà visités et connus. Tes œuvres seront plus prodigieuses encore.

-Judas : par-delà les enfers des sens ?

-Jésus : les enfers conceptuels, les caves obscures du multi-vers, les voûtes délabrées au sein desquelles gisent les débris de Mes Théologies non restituées.

-Judas : je suis ton ami et je veux connaître et partager ton secret.

-Jésus : mon secret, je vais te le donner : il te permettra de voyager au cœur de ma Personne multipliée, dans le Champ des Croix clairsemées. Autant de vies, autant de visions, autant de versions différentes de l’histoire probable d’un Fils unique, père de tous les enfants orphelins de l’univers qui ont coupé leurs racines avec les âmes-groupe et le commun. Qui se sont retrouvés détestés du nombre et ont du traverser les espaces sidéraux esseulés. Chacun, selon sa complexion physique, vitale et mentale finit par me retrouver, car je permane éternellement en un Esprit de vérité qui englobe absolument toutes les créations présentes, passées et futures.

-Judas : je le garderai comme la prunelle de mon cœur et plaise au Ciel que les enfants issus de ma Pensée puissent contempler eux aussi le seul Dieu Bon qui se tient au-dessus de la mêlée.

-Jésus : O Œil éternel qui contemple les merveilles de mon histoire oubliée, tu es ma mémoire et mon avenir, l’immortel Baiser qui permet l’accomplissement de notre histoire commune.


"C'est du roman" dira-t-on. En effet, mais qu'est-ce que la théologie ordinaire sinon une "saisie" particulière de certaines conceptions parmi une infinité de mondes et de Dieux probables qui ont chacun leur sens ? Il existe une sorte d'Arbre de la vie universelle dont les "hérésies" (les conceptions partielles et limitées) et les apparences malignes qui en découlent ne sont que des branches qui ne peuvent pas donner de rameaux et les fruits qui ne parviennent pas à verdir, et non des arbustes dont on doit à tout prix se séparer en les coupant et en les excluant. Si on fait cela, ils finissent par repousser un peu plus loin et pourrissent tout le terrain, car les graines subsistent. Les dogmes tels qu'ils sont exposés sont parfaitement incohérents, non parce que ce sont des "mystères" impénétrables, mais parce que l'orgueil des hommes les poussent à s'aveugler sur les opérations de leur esprit. Ils conçoivent en leur for intime leur image de Dieu (avec toute une histoire qui va avec) et essayent ensuite de la faire passer pour une "révélation" extérieure. C'est le péché même selon les bouddhistes, la saisie de leur esprit et de leur propres pensées.

L'univers pourrait être tout autre, et c'est en examinant un ensemble de ses "variations probables" qu'on peut s'en rendre compte. Mais pour ça il faut essayer de faire varier les choses afin de créer les circuits dans son corps énergétique, se donner un ou des langages en s'instruisant. Voilà à mon avis la "scienta divina", qui permet de se rendre compte que ce qui est présenté comme "la" chose (comme l'histoire du serpent) n'est qu'une représentation d'un événement probable, un objet infini par nature mais vu sous un certain angle. Mais il faut étudier sérieusement l'histoire pour le savoir et ne pas hésiter à faire sa propre "théogonie" ou "stade de génération". C'est comme ça que la "mythologie" est apparue, la "gnose", et la "kabbale", la "philosophie", la "théologie", etc., comme autant de variations créatrices et d'hypothèses plus ou moins porteuses de sens autour de l'acte divin créateur. On peut tout à fait le "sonder" et l'interroger à l'infini, il demeurera toujours un mystère face auquel on est frappé de stupeur et d'admiration. C'est un exercice dont on ne se lasse pas et avec lequel on a pas fini, car tous les autres sont ennuyeux au bout d'un moment : leur objet est moins riche et limité. Il permet de nous donner une "forme" qui relie l'absolu et le relatif, de mettre progressivement en pensées et en images ce qui est reste inexprimable et virtuel. Et il me semble qu'une "transmission" réussie se traduit par l'émergence en nous d' un langage spécifique et signifiant qui exprime notre bonne nature et peut se communiquer partiellement aux autres qui le souhaitent et en font la demande.

Écrit par : Jean | 22/11/2013

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