30/11/2013

De la conjuration des Dieux dans le muti-vers

(un peu de conspirationnisme théologique)

Le Dr Immanuel Velikovsky a produit un livre tendant à montrer que les catastrophes relatées dans les chroniques anciennes des peuples n’avaient rien de symbolique, mais traduisaient des faits réels et historiques qui se sont bien produits.

« Soyons francs et reconnaissons que Velikovsky a fait preuve d'un certain génie dans son opus Mondes en collision. Les parallèles qu'il établit entre les mythes anciens constituent une lecture intéressante, franchement divertissante et, en apparence, plausible. Sa thèse d'une amnésie universelle à propos de la collision des mondes est tout aussi réjouissante qu'improbable. Revenons 3 500 ans en arrière, au moment où un objet de la taille de la Terre fonce vers nous à tombeau ouvert. Le chauffard spatial nous percute une fois ou deux, freine momentanément la rotation de la Terre, puis la fait repartir dans l'autre sens, cause une hausse de température sans précédent, déclenche des catastrophes à l'intérieur même de notre bonne vieille boule, et tout ce que cette série de calamités laisse comme trace dans notre histoire, ce sont des mentions du genre "Et le soleil s'arrêta [Josué, 10 : 13]", ou des récits sur une grande noirceur, des tempêtes, des bouleversements, des inondations, des serpents et des taureaux volant dans le ciel... Aucun chroniqueur ancien ne se donne la peine de consigner le fait qu'un immense objet céleste est venu percuter la Terre. On croirait que quelqu'un, quelque part, aurait flairé la bonne histoire à transmettre à ses enfants et petits-enfants, que l'événement aurait marqué les esprits. Mais personne au monde ne semble en avoir conservé de souvenirs précis. Velikovsky explique le phénomène dans un chapitre de son livre intitulé Une amnésie collective, en se rabattant sur les bonnes vieilles notions freudiennes de souvenirs réprimés et de névrose. Ces cataclysmes ayant dépassé en horreur tout ce que pouvait supporter les êtres humains, ceux-ci ont préféré en enfouir le souvenir dans leur subconscient. Nos mythes anciens seraient par conséquent l'expression névrotique des souvenirs et rêves fondés sur des expériences réelles ».( http://ressourcessceptiques.free.fr/dico/velikov.html)


La critique se veut ironique et acerbe. Si personne ne peut revenir en arrière pour constater « ce qui s’est vraiment passé », une chose est très probable : il y a bien eu au cours de l’histoire des phénomènes cataclysmiques qui ont marqué les esprits. Mais loin de nous faire peur et de nous conduire à la crainte de quelque « apocalypse », cela devrait nous faire réfléchir. Visiblement, la fin du monde a pu déjà avoir lieu un certain nombre de fois, et la terre s’en est remise à chaque fois. Ce qui présume assez bien de l’avenir, malgré tous les oiseaux de malheur.

C’est l’aspect physique des choses. L’aspect métaphysique et spirituel, c’est que ces catastrophes naturelles, ces mouvements de vents déchaînés à l’échelle du cosmos pourraient ne pas être le fruit du « hasard » (mot qui masque notre méconnaissances des causes), mais le résultat d’une intention, d’une volonté, comme les textes anciens l’affirment. De la volonté non pas de « Dieu », mais de dieux pluriels, dont le « Vrai Dieu » lui-même en est un parmi d’autres, assez particulier comme nous allons nous en rendre compte par une audacieuse hypothèse qui explique beaucoup de choses.

Si on prend chaque religion théiste « à la lettre » , un Dieu qui se fait passer pour « le » Dieu créateur, nous donne sa version de la création et du devenir de l’univers. Il inscrit un certain nombre d’élus sur des « listes » d’âmes appelées à la sainteté, tandis que les autres doivent suivre durant leur vie terrestre un certain nombre de règles contraignantes, dans l’espoir d’une chimérique place au Ciel ou la crainte d’une effroyable punition. Cela justifie tous les appels à la violence, que ce soit dans l’Ancien Testament, le Coran, ou même l’Evangile. Dans les cas 1 et 3 les appels au meurtre sont littéraux et on ne voit pas comment voit autre chose qu’un appel gratuit à la violence, à part si on veut se lancer dans de trop subtiles arguties théologiques et circonvolutions mentales pour justifier l’injustifiable et gagner sa place auprès de « son » Dieu. Je crois qu’il faut appeler un chat un chat, ce qui évite bien des déboires. Dans le cas 2, la violence est plus cachée, mais non moins réelle, et encore plus pernicieuse.

Les trois « religions du Livre » ont prédestiné les âmes à leur futur, même si une illusion de libre-arbitre est laissée parfois à la créature. Son « libre-arbitre » c’est dans les faits d’acquiescer à des décrets qui ont été promulgués sans lui demander son avis. Peut-on vraiment parler de liberté ? Ne s’agit-il pas plutôt d’être comme une sorte de caisse enregistreuse qui entérine un registre pour ces âmes ?  Un certain nombre d’âmes sont inscrites dans les listes de la pré-éternité pour vivre dans la post-éternité comblé de bienfaits, et pour les autres c’est le néant, quelque soient leurs efforts. De toutes façon elles ne sont pas encore nées. Tout est déjà scellé dans les registres des dieux éternels qui se partagent notre univers. N'y a-t-il pas un légitime motif à protestation face aux instances célestes, voire de révolte ? Non, parce que d'autres naissent tous les jours...

La situation est criante dans le Christianisme, qui a réussi le prodige de se faire passer pour "démocratique" en permettant le salut à tout homme de bonne volonté ! C’est l’imposture la plus incroyable de tous les temps, car cette religion est encore plus élitiste que les religions antiques avec leur système d’initiations. Jansénius le disait ouvertement et en avait tiré toutes les conséquences. Les cinq préceptes du Christianisme sont compris par la multitude d’une façon très naïve et fausse, mais il ne peut en être autrement, faute de critères de comparaison, d'instruction et d'observation. Ils sont appliqués réellement par les Saints tout autrement.

Prenons l’ « humilité » par exemple. Le vulgaire comprendra qu’il ne faut jamais la ramener (surtout face à un supérieur), même quand on se trouve face à des aberrations criantes, car alors c’est notre ego qui se la joue, la part de nous-mêmes déchue qui parle... Du coup le fidèle va faire le jeu de l’ordre établi qui veut la stabilité à tout prix. Le véritable postulant inscrit à la congrégation des saints comprend que  l’humilité est la seule attitude possible et souhaitable une fois qu’on a réalisé notre « néant créaturel » face à Dieu. Il est tout et nous sommes rien. Que pouvons nous bien prétendre dans ces conditions ? Dieu nous donne l’être car nous ne sommes rien par nous-mêmes. Il n’y a donc pas ou très de peu de connotation psychologique et morale dans cette affaire. L’obéissance ne consiste pas à dire « oui » aveuglément à des consignes idiotes, mais à se laisser guider aveuglément par un Père spirituel qui nous mène dans sa prière, parce que nous en sentons les bienfaits. Mais si ce Père est remplacé par un prêtre lui-même perdu dans le monde, inutile de dire que cette obéissance ne portera aucun fruit et provoquera de la haine en soi.

La « chasteté » des saints consiste à se réserver tout entier pour un Dieu jaloux –corps et âmes confondus- qui veut une personne toute entière pour lui tout seul, d’autant plus que cette âme est sans défense et que l’Esprit de Dieu est incorporel et capable de tout pénétrer. C'est une chasteté dont le signe est un mariage total. Mais la chasteté de la pauvre bonne soeur consiste à se dessécher lentement mais surement, comme un fruit laissé au soleil.

La « pauvreté » ne consiste pas à ne pas posséder de biens physiques ou à tout donner aux pauvres, mais à jeter purement et simplement toutes les apparences de ce monde par-dessus bord, si bien qu’on ne perçoit plus rien de ce monde. Car le futur saint est déjà tout dans l’autre et a perdu pied. Alors que reste-t-il de la charité entendue comme le mouvement spontané de l’âme vers son frère ? Elle ne consiste pas à aller à l’hôpital faire un sourire à un malade ou dire une parole réconfortante à un homme accablé par le malheur comme on l'apprend au catéchisme, mais à partager uniquement avec ses amis inscrits sur une liste d’éternité les biens célestes. Cela peut aller très très loin, comme l’attestent les exemples dans la fameuse « encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique » de Joachim Bouflet. Elle montre Symphorose Chopin et son amie sainte inédique comme il se doit (je ne me souviens plus son nom) qui s’échangent des hosties par bi-location et se communiquent des informations l’une envers l’autre qui restent inconnues de leurs proches… Les anges viennent même faire la vaisselle des saints quand ils sont trop occupés. Ils leur permettent de traverser des murs pour aller évangéliser des peuples dans des contrées lointaines, facilitent toutes sortes de prodiges télékinésiques qui laisseraient sans voix les adeptes de la « métapsychique » et du paranormal. Si bien qu’à la lecture de ces ouvrages, on se rend compte que les saints qui viennent de la tradition catholique romaine ne vivent pas dans notre monde au quotidien. Ils sont bel et bien dans un autre monde qui a quelques vagues intersections avec le notre. Evidemment nous sommes persuadés que nous partageons tous le même univers, parce que nous sommes habitués à penser comme ça mais il n’en est rien. Nous avons même là un exemple flagrant d’un univers qui semble être entré en collision avec le nôtre et qui a apporté croix, soutanes et églises, mais qui au final ne semble pas avoir le moindre rapport avec nous.

Celui qui se fait passer pour le « Vrai Dieu » n’est-t-il pas plutôt un Etre « omniscient » doté d’une Volonté très puissante qui existe dans un autre univers, qui « met la main » sur les âmes inscrites sur ses listes (littéralement elles ne s’appartiennent plus, puisque le « Saint-Esprit » agit à leur place) tout en maintenant dans l’ignorance et la crasse le reste de l’humanité ? Sa méthode « catholique » paraît toujours la même : destruction préalable du corps par « accident » ou tout autre moyen légal, maladies très éprouvantes pour le sujet qui est la cible de l’ange ou « mission » impossible à réaliser (comme celle de Jeanne d’Arc ou la construction du Mont Saint-Michel), souffrances effroyables qui alternent avec les extases et les délices indicibles, pour finalement abîmer la victime immolée dans une contemplation de feu qui arrache l'âme à tout ce qui est terrestre pour la consommation suprême.

Mais ce qui est vraiment bizarre dans ce scénario apparemment immuable, c’est que la souffrance ne semble pas se transmuter comme telle en lumière de façon simultanée (le « corps de souffrance » même serait vécu comme un « corps de gloire », telle une pièce unique qui a deux faces si tout était "normal" et cela justifierait cette méthode). Or, d’après les récits et les biographies, les phases de souffrance alternent avec les phases de délices, comme si un puissant narcotique était absorbé par les âmes ravies qui en voudront toujours davantage, au prix de davantage de destructions corporelles. Il faut quand même avouer que cette «façon de faire » est un peu étrange, même si elle est très efficace. Mais tout le monde souhaite-t-il brûler physiquement du feu de Dieu, voir son cœur physiquement troué par la puissance de l’amour ou sa tête transpercée par le doigt délicat de Saint-Michel ?

Une hypothèse assez inquiétante se fait jour, qui dévoile l’origine proprement « extra-terrestre » du Christianisme et explique son côté « ovni » en regard des autres religions. Si celui qui se fait appeler le « Vrai Dieu » était une sorte d'Entité qui aurait décidé de faire l’impossible, pris par une lubie céleste qui lui est propre ? Partager l’ignorance des êtres car il s'ennuyait un peu ? (normalement c’est impossible car par définition l’ignorance ne se partage pas avec la sagesse, mais là le « privilège » du Christianisme c’est de rendre cela possible et c'est ça qui lui confère con caractère unique).  En ce cas le « vrai Dieu » se divise en trois personnes (et on a bien un « tri-théisme » comme le disent les musulmans qui disent que les chrétiens ne respectent pas l’unicité de Dieu), afin que le « Fils » sacrifié mais on imagine consentant puisse « descendre » dans la matière et l’ignorance pour effectuer sa mission et aller pêcher les âmes inscrites sur sa liste.

 Comme la part du « Père » est restée « en haut » et ne « voit rien » de ce qui se passe, le "Dieu-vrai" dépêche un « agent spécial », le « Saint-esprit », en fait un collectif d’anges, chargé d’assurer la liaison entre le ciel et la terre. Normalement les anges ont très peu la possibilité de se manifester sur terre, en raison de la différence de « densité » des mondes. Il leur manque le « périsprit » qui est fourni pas les êtres incarnés et permet la matérialisation de "fluide". Dans le cas du « spiritisme » (cf. le livre « communication avec l’au-delà » de Greber qui explique tout ça clairement) les esprits descendent grâce au médium qui libère son périsprit.

Alors comment obtenir ce périsprit, afin que les anges puissent venir directement aider les saints en violant les « lois de la nature » ? Par le prix du sang ! La quantité de sang produite et dégagée est directement proportionnelle à la quantité de « saint-esprit » qui peut descendre. Dans le cas de la messe, il s’agit de la transsubstantiation du vin qui montre analogiquement le processus. Mais dans les faits, c'est le sang des martyrs qui permet l'union de la « communion des saints ». Il ne s’agit pas de « magie noire » mais il y a bien une sorte d’ « opération occulte et mystique » qui permet aux anges d’agir et de faire leurs miracles, de guérir, etc… Non pas pour tous, mais pour quelques uns. Le saint ne rachète pas d’autres âmes, mais travaille pour lui-même, exactement comme dans les autres religions, en suivant un mode radical de purification. Chez les catholiques, il semble impensable de déraciner le mal autrement qu’en éliminant un corps corrompu et en le remplaçant par un autre. Chez les Orthodoxes, la méthode est plus douce et plus traditionnelle. Le sacrifice du « sang » se rapproche plus des autres religions. On sue beaucoup et on prie énormément, mais la transmission exige avant tout de confier son âme à un Père spirituel qui va la diriger vers sa source. Chez les protestants, les esprits descendent et donnent des charismes, mais comment savoir s’il s’agit vraiment des esprits du « Vrai Dieu » ou tout autre chose ? Il y a aussi des mystiques isolés, qui réinventent complètement leur Jésus et ont leur propre révélation privée. Dans ce cas précis il font seul leur salut même s’ils impressionnent parfois leur entourage.  

Alors le Christianisme oui quand on est sur la liste du livre de vie, mais pourquoi laisser les autres non inscrits dans le néant en encre même pas sympathique ? Après on peut toujours s’inventer des « signes », mais les signes affabulés c’est quand il n’y a pas de traces réelles d’une intervention surnaturelle. Dans 99% des cas il n’y a pas de signes et il n’y en aura pas. Au fond les gens le savent et ne peuvent pas croire au mensonge. C’est pour ça que le monde est dans un tel état et que les églises se vident. Chaque boutiquier de Dieu vend un petit bout de parchemin, en cachant soigneusement le secret de sa confection. Mais en regardant de près chaque parchemin, ô stupeur, on découvre une imposture généralisée pour le profit de quelques uns.

C’est ce qui me paraît effroyable avec toutes les religions qui sont apparues sur terre jusqu’à présent. Le « Dieu » sauve effectivement quelques âmes qui reçoivent le prix de leur pratique et de leur dévotion, et les autres sont laissées pour compte. Le scénario est le même partout : on impose à la multitude des règles et des devoirs complètement absurdes, sachant qu’elles n’ont mené, ne mènent et ne mèneront à rien.  Alors que fait-on si on est inscrit sur aucune liste ? On devient désespéré ? On devient jaloux et adepte de Lucifer qui a voulu refaire le plan d’un Dieu en « mieux » ? On se dit que finalement tout ça n’a pas d’importance et qu’il vaut mieux laisser tomber ?

 
A un extrême, on peut devenir haineux et à moitié fou, comme Jörg Lang von Liebenfels, le fondateur de « l’ariosophie » ancien moine cistercien, qui, comprenant que les grâces ne tomberaient jamais sur lui, a « relu » la Bible à sa façon et en tiré des conclusions racistes. Voyant qu’il n’appartiendrait pas au groupe des « élus » et voulant s’y rattacher de force, il commença à imaginer qu’il faudrait purifier la plus grande part de l’humanité en exterminant ceux qui avaient péché originellement, en espérant peut-être que la foudre du « Dieu-elektron » allait le régénérer... La plupart des malheureux qui hantent les monastères finissent de façon plus convenue dans l’acédie, leurs facultés et leur vitalité s’éteignant progressivement, tandis que les autres espèrent devenir des surhommes on ne sait pas trop comment.

Mais on peut aussi choisir la voie de la modération et devenir bouddhiste en comprenant l’intention des bouddhas. On peut alors commencer à exercer sa liberté même si c’est un peu fastidieux et difficile, surtout au début.

La méthode c’est de comprendre que les « textes religieux » ne décrivent absolument pas un monde d’événements physiques (c’est l’interprétation du Zohar des actions relatées dans l’Ancien Testament, il peut y avoir une concordance avec un événement physique qui s’est produit historiquement, mais tout s’explique par le jeu des sephirots dont il faut apprendre le langage qui correspond à des mouvements spécifiques au sein du corps subtil qu’il faut apprendre à discerner et à produire ; tant qu’on croit à la littéralité on est dans l’erreur la plus complète ; les sages ont choisi d’exemplifier des mouvements du corps subtil par des exemples tirés dans le monde sensible, mais en fait rien ne correspond au « monde sensible » : il s’agit donc bien de faire un « stade de génération » qui sépare les apparences sensibles avec les apparences pures générées et non d’interférer dans le cours des événements extérieurs, mais des mouvements possibles du corps subtil pour amener à la « correction » de son fonctionnement, à sa purification. C’est une opération intérieure et "alchimique".

C’est dit explicitement dans le commentaire autorisé du Zohar par Ashlag en plusieurs endroits.


A lire : Quelle est la fondation sur laquelle la Kédousha (sainteté) est construite ?


Il en découle une règle évidente. Tout texte qui prétend être « littéral » va conduire tôt ou tard au massacre et au fanatisme. On voudra qu’Israël règne sur terre, ou que le Royaume de Jésus soit imposé de force si ce n’est la Loi du Prophète… Pour le prix de quelques âmes sauvées, le peuple des fidèles est abruti par des règles absurdes. C’est une action de nature criminelle qui est encouragée par les autorités et qui conduit effectivement au crime. Ce que les athées ont fait remarquer à juste titre sans comprendre la nature de ce qui est en jeu, un combat de titans qui se déroulent au-dessus de nous. En fait les « dieux » sont des êtres qui ont chacun une volonté propre et qui s’auto - limitent. Peut-être qu’Allah veut précipiter la fin des temps en collusion avec Jésus, mais Gourou Rinpoche n’est peut-être pas d’accord…Il règne donc sur terre comme au ciel un équilibre de la terreur, qui garantit la paix et l’équilibre des puissances. Ce qui est en haut n’est-il pas comme ce qui est en bas ? Aussi saugrenue cette hypothèse paraît au premier abord, autant elle tient la route si on regarde de plus près.

 
Les rationalistes sont les jouets de forces qui les dépassent et ne peuvent rien percevoir de l’effrayante complexité du multi-vers et des collisions qui se produisent à intervalle régulier entre les mondes. L’apparition du Christianisme correspond à une sorte de collision entre deux univers qui n’ont absolument rien de commun. C’est une religion extra-terrestre au sens propre (résultant de la « scission d’un bouddha en trois parties ») qui a produit un singularité dans notre continuum spatio-temporel et a supplanté l’ancien Régent Jéovah qui a dû visiblement se retirer et se résorber. Une fois qu’un corps arc en ciel s’est résorbé, il ne peut plus intervenir dans le monde de l’ignorance. Mais on dirait que certains être très puissants tiennent à tout prix à garder leur emprise sur notre bonne vieille terre. Allah tient à tout prix à imposer une Loi qui justifie toutes sortes de crimes barbares pour quelques saint au-dessus du lot. Qu’a-t-elle de si merveilleux pour que des êtres si forts s’intéressent à des vermisseaux comme nous qui vivent à peine cent ans et n’ont pas de pouvoir ? Aurobindo et Mère avaient pressenti que les religions traditionnelles voulaient déposséder l’homme de quelque chose sans préciser exactement quoi : tout simplement son pouvoir créateur, résultat de son indétermination foncière pour la majorité d’entre nous pauvres et misérables.

C’est la kabbale et le bouddhisme conjugués qui nous donnent la clef de l’oeuvre : en entrant dans la matière, l’homme souffre d’un manque mais peut se faire co-créateur à l’instar du Dieu bon grâce à la lumière de l’essence. Ce qui explique bien des jalousies et un intérêt prodigieux de la part de grands loups de l’espace… Il peut partager l’attribut même de la création avec le créateur et produire son propre univers, car tout est créé par l’esprit. Bouddha a refusé de se prononcer sur l’existence de Dieu, car il savait qu’il n’y avait pas un seul Dieu mais une seule essence émanant une énergie infinie et une multitude de Dieux-entités gravitant autour et voulant exercer une volonté sur les univers qui surgissent spontanément. Mais visiblement tout n’est pas réglé comme du papier à musique, même autour du Trône. Chaque entité a des outils à sa disposition pour créer : des « lettres-mondes », des « paroles de pouvoir », des « formes parfaites »… Elles rentrent en concurrence les unes avec les autres, chaque entité voulant établir son règne unique. La vie du multi - vers est donc beaucoup plus animée que tout ce qu’on pourrait bien imaginer avec notre cerveau limité et semble une expression baroque et protéiforme. L’étude de toutes les chroniques nous en apprend plus que toutes les extases possibles et imaginables, tout en permettant de partager un tout petit peu la vie d’autres êtres par similitude.

22:29 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/11/2013

Tous bientôt éveillés ? (une lettre de MisterT)

Il m'a fallu du temps pour comprendre que l'expérience exceptionnelle et ponctuelle de l'abolition de la souffrance n'engageait pas qu'une fois connue, on puisse s'en prévaloir pour définitivement la "nullifier" comme non-existante.
Tout le monde sauf Aurobindo est là dedans.
Du coup, ça ne peut déboucher de toute bonne foi que sur la négation de la douleur. Dans mon cas, je dois faire une sévère auto-critique puisqu'après avoir expérimenté une sacrée douleur, je ne me suis pas empêché de mal jauger tout ceci, sans comprendre qu'aucun "retour à la maison" ne pourrait transmuter ce principe fondamental.

Le pire est que la crise économique aidant, on peut s'attendre à ce que tous les thérapeutes désertent les thérapies existentielles au profit de l'enseignement de cette caricature d'éveil.

Une amie l'autre jour n'avait jamais imaginé que les "éveillés" avaient trouvé un filon économique !!! J'ai fini par lui dire que demain quand tout un chacun, grâce à eux, aura à terme réalisé être éveillé, puisque tu comprends "le problème c'est la pensée de ne pas être éveillé, or c'est juste une pensée", alors il y aurait un problème de société.
En toute logique plus personne ne voudrait ni être prof, ni manœuvre chez PSA, ni rien d'autre. Quand tu penses que tu gagnes plus de fric à donner des satsangs et à vendre des bouquins qu'à être ingénieur, pas besoin de voir l'état de la société dans 15 ans. Tout le monde sera enseignant satsang.
Mais à terme, il n'y aura alors plus personne à devoir être enseigné, tout le monde aura rapidement fini par comprendre que tout va très bien (en plus la Tv et la pub le dit au quotidien). Les enfants eux-mêmes seront éduqués par mimétisme dans cet aspect des choses.
La société s'effondrera, dans la décadence (comme l'Inde l'a été) et ultime problème, il faudra ensuite obliger tous les éveillés hypnotisés à suer sang et eau pour se casser le cul à bosser dur 40 heures par semaine.

Tels les smicards actuels qui noient leur prolétarisme, s'oubliant souffrir au stade de football, dans le sexe et la TV, les éveillés en tout genre auront alors réintégré l'état qu'ils n'ont jamais quitté ; mais la société n'y aura pas résisté, plongée dans la décadence d'animaux grossiers, certains d'avoir touché du doigt l'absolu. Imagine avec le progrès technique, et la coercition par lui permise (notamment si gouvernement mondial) ce qu'il en sera devenu de la société...

13:55 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

26/11/2013

Attaque du démon

Samedi soir le prêtre était possédé du démon. Tout ça à cause d'un voile émotionnel - comme quoi les voiles émotionnels font vraiment toucher le fond de la bêtise et de la méchanceté. En effet, comme il a un sérieux problème avec son voeu de célibat, pour lui il est impensable que trois personnes vivant dans une maison ne soient pas des pervers finis. Aurait-il voulu dégoûter certains catéchumènes de se faire baptiser qu'il ne s'y serait pas pris autrement. En effet, E* venait d'animer la messe (pour le chant), ce qui lui prend en général quelques heures de préparation, et voilà qu'elle se fait insulter. Quant à Jean, il s'occupe de la chorale des enfants du catéchisme, ce qui lui a coûté 250 euros pour acheter un instrument pour l'accompagner, et il s'entend dire qu'il ne mène pas une vie chrétienne, qu'il est bizarre et pas normal, tout ceci parce qu'il a un enfant en n'étant pas marié et prétend être chaste depuis des années (n'ayant brisé ce "voeu" que pour faire un enfant, ceci dans le but d'élever un être humain qui soit un cadeau pour les autres au lieu d'être une plaie). Bref. On ne savait que penser réellement de ce prêtre (au niveau de sa relation à Dieu), mais la morale de cette histoire, c'est qu'il y a un lien direct entre l'oraison et la transmutation de l'énergie sexuelle. Si cette dernière est toute coincée (ce qui se voit dans le corps énergétique), c'est que l'oraison n'est pas bonne et qu'on peut s'attendre à quelque manifestation démoniaque ici et là.

Ceci me fait penser aux Oeuvres d'Elisabeth de la Trinité que je suis en train de lire. Quelques pages, c'est bien, mais au final, elle répète sans arrêt la même chose, ce qui n'a je pense aucune utilité pour les gens qui ne sont pas dans son état. Elle est incapable de voir que les autres ne conçoivent pas Dieu comme elle le conçoit, elle ne fait donc que leur donner des conseils qui ne servent à personne, sauf à ceux qui sont déjà à moitié saints. Le christianisme, c'est quelques milliers de saints qui s'aident entre eux, et en-dessous une bande de malheureux qui n'ont pas la moindre idée de ce qui se passe au-dessus. Quelque documentaire qu'on aille voir sur les monastères chrétiens et ceux qui se sont consacrés à Dieu (avec l'exception du Mont Athos), c'est une catastrophe, les gens n'ont pas la moindre idée de ce qu'ils sont censés faire.

02:41 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/11/2013

S'inventer sa Génèse

"Il faut conclure qu'Eve a demandé ce qui impliquait la présence du don d'un serpent: la connaissance...
On devrait donc conclure que le serpent, était malgré les apparences, un effet de la Générosité divine portée à son paroxysme, parce qu'il voyait bien que sa petite Eve (sauf son respect), l'aimait de tout son coeur! Et qu'il n'avait pas le choix...il fallait faire venir une intelligence extérieure qui saurait s'y prendre, Eve était peut-être beaucoup trop aimante pour désobéir d'elle-même malgré la question que quelqu'un à bien dû se poser... De plus, je ne sais pas si je le suis jusque là, et si c'était un moyen habile adapté à son temps ou quoi, mais selon Saint Paul (qui n'est pas apprécié de tous les prêtres, à cause de choses comme ça), Dieu a sciemment planté le pêché, par le fait même de l'interdire en premier lieu, sans quoi l'idée même de désobéissance n'aurait pu naître".

Ce que tu exposes est une thèse parfaitement "non chrétienne" à mon sens, mais rassure-toi tu n'es pas le premier, à savoir que tu introduis une nécessité dans le "plan divin", là où il n'y a que le jeu de différentes "variations probables". Dieu ne contraint personne et laisse les êtres venir librement à lui. Ce sont les êtres qui "contraignent" Dieu à leur donner une version de lui-même par leurs propres conceptions et leurs propres choix et c'est que le bouddhisme nous enseigne ainsi que l'expérience. Par exemple tu nous dis qu' "il voyait bien que sa petite Eve l'aimait de tout son coeur". Mais d'où tu tires cela ? C'est en fait le début de ton propre "roman dharmique". A aucun moment dans les écritures Eve est présentée comme ça, comme une "petite créature" toute faible et il n'est pas dit grand chose non plus de la façon dont elle aime son Dieu. En fait le récit initial est parfaitement lacunaire et énigmatique, et chacun le remplit avec ses propres conceptions.

L'idée que la désobéissance est une "nécessité" pour accomplir le salut montre à mon avis une limite dans l'exercice de l'intelligence et conduit à un monde cruel et immoral: cela veut dire que le "mal" est nécessaire. Or, il est aisé facile de concevoir les choses tout autrement, le mal est introduit par la créature et non par une "ruse" de Dieu.

"C'est toi qui nous a donné la solution de cette énigme avec ce que tu explique des anges (merci aussi d'avoir répondu à ma question de l'autre jour en plus dans ce que tu dis), l'incarnation, et la Chute des hommes était nécessaire pour acquérir la lumière de l'Essence, sans cette idée, on ne peut pas tout mettre ensemble".

Ce que tu dis me parait relever de ce cliché, exprimé par exemple chez Martines de Pasqually et Louis Claude de Saint-Martin et rendu ici. Position foncièrement anti-chrétienne puisqu'elle introduit une nécessité en Dieu et le rejet pur et simple de la "création" au profit de "l'émanation".

"Adam a été émané sous une "forme glorieuse" par nécessité

Par ailleurs, autre point singulièrement important pour notre réflexion à propos de ce qui distingue émanation et Création, la division entre monde matériel et immatériel, entre formes passives d’apparence de matière ténébreuse et formes impassives ne date absolument pas pour Martinès de la prévarication d’Adam, mais de la première prévarication des esprits pervers qui eut pour effet de contraindre le Créateur de créer « l’univers physique en apparence de forme matérielle, pour être le lieu fixe où ces esprits pervers auraient à agir et à exercer en privation toute leur malice. » (Traité, 6). Adam apparaît ainsi sur la scène de l’histoire divine comme un esprit émané quaternaire, un être immatériel qui, de par sa faute, sera précipité dans un corps de matière ténébreuse formé, selon une loi ternaire, par les essences spiritueuses - « trois essences spiritueuses d'où sont provenues toutes les formes corporelles » (Traité, 256) -, ce qui d’ailleurs, redisons-le une nouvelle fois, toutes ces thèses relèvent de conceptions que l’Eglise rejette violemment mais que Martinès professe et soutient, soit celle de l’ensomatose, c’est-à-dire de l’incorporisation d’un esprit immatériel, celui d'Adam, dans ce monde sensible - être préexistant au sein de la vie divine avant sa chute dans le corps - en raison d’une faute antérieure : « Vous savez que le Créateur émana Adam homme-Dieu juste de la terre, et qu'il était incorporé dans un corps de gloire incorruptible. » (Traité, 43). Mais si Adam a été placé initialement selon Martinès dans une forme purement spirituelle et glorieuse certes, cette forme toute glorieuse qu’elle fût répondait cependant à une nécessité, et pas des moindres."
(http://jean-marcvivenza.hautetfort.com/archive/2012/11/13/la-doctrine-de-la-reintegration-des-etres.html)


Si on suit cette conception résumée dans cette phrase édifiante, l'homme est un outil pour combattre le mal et non une réalité qui a sa propre fin. "L’homme a donc été émané en réalité, comme nous le constatons, non pour bénéficier d’un don gratuit, d’une vie libre non soumise à aucun objet particulier, offerte par un don gratuit pour le simple le bonheur de l’homme et de sa postérité, mais pour combattre les esprits pervers." Mais qui a introduit le mal dans l'univers ? On voit bien qu'une telle conception qui soumet Dieu à sa propre nécessité est vicieuse par essence et conduit à l'idée que le mal doit est extirpé par la force et la violence, ce qui précisément ne marche pas.

On peut considérer que si le serpent a été introduit dans l'enceinte sacrée (sans en faire une figure positive comme dans la conception gnostique pour délivrer Adam du "faux Dieu"), ce n'est pas l'effet de la volonté du Gardien du jardin pour accomplir un plan machiavélique, mais une création de l'esprit des êtres habitant le jardin qui se sont laissés aveuglés par leur propre capacité créative. Le résultat de leur propres pensées (le résultat de leur "karma" naissant par une saisie initiale, vouloir engendrer dans l'extériorité, dans la "saisissabilité") non reconnues et non d'un agent extérieur. Et le Dieu bon et parfait ne peut pas s'y opposer car il laisse la liberté aux créatures, il peut juste entériner et ensuite trouver la meilleure solution pour améliorer les choses. Là il créée le monde, non pas pour "enfermer les démons et les juguler" mais pour "briser" l'âme collective d'Adam, afin qu'il y ait possibilité de rachat. Tant que l'âme n'est pas fractionnée, elle ne peut être réparée. Alors que plusieurs morceaux séparés peuvent être purifiés avant d'être réunis à nouveau. C'est le "travail" du Christ et de ses saints pour restaurer l'unité du genre humain. Donc la création matérielle est positive et permet à l'histoire de continuer.

Maintenant revenions en arrière. Si le serpent n'avait pas été introduit par les pensées de nos ancêtres, pour autant Adam et Eve ne seraient pas restés comme des Anges. En effet les anges peuvent louer et glorifier Dieu tant qu'ils veulent, mais ils ne peuvent pas réaliser l'essence, c'est-à-dire devenir créateurs à leur tour. Ils sont limités par la perfection des attributs et l'irradiation des lumières et des qualités. Et c'est d'ailleurs ça qui a causé leur chute, c'est la "saisie" de la perfection émanée qu'ils se sont attribués à eux-mêmes. Pour pouvoir sentir sa "pauvreté" essentielle, il faut un milieu pour ça, un "monde" avec des gouttes, une création matérielle, ou un monde bien particulier, mi-matériel mi émané. Cela s'appelle la "terre" qui donne une chance unique, mais il existe aussi d'autres "lieux" qui ont cette propriété extra-ordinaire. Endroit privilégié que les bouddhistes appellent "akanishta" et permet d'accomplir l'état de bouddha. Mais on peut supposer aussi qu'une région du "paradis" de Jésus a aussi ces propriétés, afin de permettre aux êtres de continuer à évoluer.

Or c'est ça le projet de dieu, que les êtres ne soient pas des réceptacles passifs et soumis, mais eux-mêmes des créateurs qui agissent en synergie avec Lui pour augmenter sa gloire et la richesse de son expression. Si Adam et Eve n'avaient pas extériorisé leur pensée, la terre aurait été sans doute quand même créée, ils auraient connu la "mort" afin qu'ils puissent réaliser l'essence, (car c'est en introduisant la différenciation entre "mort" et "vie" qu'on peut établir la véritable Vie éternelle), mais le processus aurait été harmonieux et sans heurt, sans toute la "perte" que nous connaissons dans notre monde, et finalement les anges se seraient aussi incarnés pour évoluer. Ce qu'Aurobindo et mère appelaient un "monde supra-mental" où chaque chose est à sa place.

Il résulte logiquement de toutes ces considérations que même aujourd'hui les anges ne peuvent pas rester en l'état. Ils devront bien s'incarner un jour ou l'autre (thèse que Maître Philippe répète assez souvent) si Dieu est vraiment bon car il ne peut pas laisser des êtres "à la traine". On peut supposer que c'est le mode de la rédemption possible de la terre: l'incarnation des anges avant la "descente" de l'Amour, qui amène finalement le "démon" lui-même à s'incarner. Et non pas une "réintégration des êtres" dans un Principe purement spirituel ou une terre matérielle qui devient mystérieusement un royaume de paix et de justice on se sait trop comment...

Qu'est-ce ce que le cliché du démon ? La puissance métaphysique et l'être qui a refusé de se prosterner devant un être "fait d'argile" et de souffle et préfère roder dans l'univers en tant qu'esprit en empoisonnant tout le monde et en bloquant le mouvement plutôt que continuer le chemin évolutif. Cet être est stupide et se croit plus malin que son créateur. Il veut refaire le plan à sa façon et ne fait qu'engendrer le chaos, le sien et celui des autres. Pour être racheté, il lui faut donc s'incarner un jour ou l'autre, afin qu'il comprenne que pour réaliser l'essence (= acquérir la possibilité de devenir lui-même créateur), il lui faut acquérir le mode d'être de la "pauvreté" et de l"humilité", donc devenir semblable à l'homme. Pour le coup, c'est seulement par ruse que le démon pourra être racheté, beaucoup plus que par la violence et le rejet: "chassez le par la porte et il revient par la fenêtre". Et même on peut imaginer que c'est un être très séduisant qui pourra le conduire à s'incarner, une sorte "d'éon de beauté" qui accepte de se sacrifier. Ainsi, il sera "piégé" entre ses deux tendances: celle de rester pur esprit dans l'espace et celle de vouloir le pouvoir sur la terre.

Les chrétiens disent qu'il faut "aimer son ennemi". Mais qui met cela en pratique ? Pour pouvoir le faire (au moins dans son esprit purifié) il faut en avoir une conception adéquate. Or, le principe du mal est posé comme une extériorité (un "serpent" qui sort de nulle part...), et on fait porter aux juifs le chapeau du meurtre de Jésus. Or il semble que les juifs soient plutôt les victimes dans cette affaire. Et pourquoi Judas aurait-il été forcément un traitre ? Dans la version "sutrique" des évangiles, la faute est reportée sur autrui. Mais on peut concevoir un univers probable dans lequel Judas accepte d'être le dernier des derniers et un être accusé injustement, rejeté dans l'ombre. En ce sens c'est le meilleur ami de Jésus. Il a existé une secte "gnostique" appelée "caïnites" qui voyaient en Judas l'ami privilégié de Jésus, mais pour de mauvaises raisons à mon avis : il l'avait aidé à se débarrasser de son enveloppe charnelle encombrante pour retourner dans les cieux ! C'est nier à nouveau le principe de l'incarnation, le mystère de la double nature, qui fait l'originalité du Christianisme. Alors qu'on peut imaginer que Judas a voulu précisément cette incarnation et que Jésus soit "livré" par la méchanceté des hommes. Peut-être a-t-il hâté les choses alors que les romains étaient un peu indécis, et on imagine ce qui a du lui en coûter...

J'ai retrouvé une petite "Méditation nouvelle sur le pseudo-evangile de Judas" par Babilos de Cesaree, extraite d’un papyrus conservé miraculeusement sur une planète jumelle de la terre. C'est assez mauvais mais c'est amusant.

« Et il vit douze croix plantées sur le mont des Ogives toutes différentes les unes des autres et pourtant l’expression d’un arbre de vérité glorieux émané dans le muti–vers en une Figure couronnée : Lui, le Fils unique de Dieu, le plus Beau et le plus Majestueux, le plus envié au Ciel et le plus méconnu parmi les créatures ».

- Judas : ô Père, comment pourrais-je devenir semblable à toi ?

- Jésus : En devenant un Fils unique, comme j’ai été celui de mon Père.

- Judas : Mon Père n’est-il donc pas ton père ?

- Jésus : Chaque fils est l’Un seul, de même que chaque père. Et tu auras la pire des réputations, celle d’avoir livré le Fils de Dieu à la multitude.

- Judas : Je voudrais souffrir autant que toi tu vas souffrir.

- Jésus : c’est impossible, tout a sa raison dans le Plan de mon Père. Je suis le Fils de Dieu et tu es une simple créature. Ma mission diffère donc de la tienne. Tu es le premier Fils de l’ombre et je suis le Soleil de Lumière incréée.

- Judas : Fils de l’ombre ?

- Jésus : Ta lumière est la plus obscure, celle des réprouvés et des mal-aimés qui agissent dans le silence et le secret, loin de la foule. Tu n’as pas de génitrice connue, sinon l’opprobe des hommes. Ma Mère est Marie, le pur miroir des phénomènes et des créatures, et je m’offre pour le salut des âmes. Toi, tu resteras pour la mémoire collective le traite, le fourbe le fiel de la terre. Je serai le Sauveur et le Sel, pour eux tu seras le Livreur et l’Empoisonneur. Ainsi est-il écrit.

- Judas : plaise à ton Père de changer ses décrets et ces funestes destinées.

- Jésus : ses décrets sont immuables mais les destinées non scellées.

- Judas : ne pourrais-tu pas lui suggérer de s’offrir un nouveau calame ?

- Jésus : le doute est la pire des plaies et tu le sais. Ta mission est plus grandiose et plus magnifique que la mienne: tu iras encore plus bas que moi par-delà les enfers des sens que j’ai déjà visités et connus. Tes œuvres seront plus prodigieuses encore.

- Judas : par-delà les enfers des sens ?

- Jésus : les enfers conceptuels, les caves obscures du multi-vers, les voûtes délabrées au sein desquelles gisent les débris de Mes Théologies non restituées.

- Judas : je suis ton ami et je veux connaître et partager ton secret.

- Jésus : mon secret, je vais te le donner : il te permettra de voyager au cœur de ma Personne multipliée, dans le Champ des Croix clairsemées. Autant de vies, autant de visions, autant de versions différentes de l’histoire probable d’un Fils unique, père de tous les enfants orphelins de l’univers qui ont coupé leurs racines avec les âmes-groupe et le commun. Qui se sont retrouvés détestés du nombre et ont du traverser les espaces sidéraux esseulés. Chacun, selon sa complexion physique, vitale et mentale finit par me retrouver, car je permane éternellement en un Esprit de vérité qui englobe absolument toutes les créations présentes, passées et futures.

- Judas : je le garderai comme la prunelle de mon cœur et plaise au Ciel que les enfants issus de ma Pensée puissent contempler eux aussi le seul Dieu Bon qui se tient au-dessus de la mêlée.

- Jésus : O Œil éternel qui contemple les merveilles de mon histoire oubliée, tu es ma mémoire et mon avenir, l’immortel Baiser qui permet l’accomplissement de notre histoire commune.


"C'est du roman" dira-t-on. En effet, mais qu'est-ce que la théologie ordinaire sinon une "saisie" particulière de certaines conceptions parmi une infinité de mondes et de Dieux probables qui ont chacun leur sens ? Il existe une sorte d'Arbre de la vie universelle dont les "hérésies" (les conceptions partielles et limitées) et les apparences malignes qui en découlent ne sont que des branches qui ne peuvent pas donner de rameaux et les fruits qui ne parviennent pas à verdir, et non des arbustes dont on doit à tout prix se séparer en les coupant et en les excluant. Si on fait cela, ils finissent par repousser un peu plus loin et pourrissent tout le terrain, car les graines subsistent. Les dogmes tels qu'ils sont exposés sont parfaitement incohérents, non parce que ce sont des "mystères" impénétrables, mais parce que l'orgueil des hommes les poussent à s'aveugler sur les opérations de leur esprit. Ils conçoivent en leur for intime leur image de Dieu (avec toute une histoire qui va avec) et essayent ensuite de la faire passer pour une "révélation" extérieure. C'est le péché même selon les bouddhistes, la saisie de leur esprit et de leur propres pensées.

L'univers pourrait être tout autre, et c'est en examinant un ensemble de ses "variations probables" qu'on peut s'en rendre compte. Mais pour ça il faut essayer de faire varier les choses afin de créer les circuits dans son corps énergétique, se donner un ou des langages en s'instruisant. Voilà à mon avis la "scienta divina", qui permet de se rendre compte que ce qui est présenté comme "la" chose (comme l'histoire du serpent) n'est qu'une représentation d'un événement probable, un objet infini par nature mais vu sous un certain angle. Mais il faut étudier sérieusement l'histoire pour le savoir et ne pas hésiter à faire sa propre "théogonie" ou "stade de génération". C'est comme ça que la "mythologie" est apparue, la "gnose", et la "kabbale", la "philosophie", la "théologie", etc., comme autant de variations créatrices et d'hypothèses plus ou moins porteuses de sens autour de l'acte divin créateur. On peut tout à fait le "sonder" et l'interroger à l'infini, il demeurera toujours un mystère face auquel on est frappé de stupeur et d'admiration. C'est un exercice dont on ne se lasse pas et avec lequel on a pas fini, car tous les autres sont ennuyeux au bout d'un moment : leur objet est moins riche et limité. Il permet de nous donner une "forme" qui relie l'absolu et le relatif, de mettre progressivement en pensées et en images ce qui est reste inexprimable et virtuel. Et il me semble qu'une "transmission" réussie se traduit par l'émergence en nous d' un langage spécifique et signifiant qui exprime notre bonne nature et peut se communiquer partiellement aux autres qui le souhaitent et en font la demande.

22:24 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Nature du samsara, anges, serpents...

L'autre jour, je pensais au bazar du samsara et au fait que quoi qu'on fasse, patient ou pas, gentil ou pas, finalement on ne peut pas aider les gens. C'est finalement un peu la morale de l'ancien testament, d'un certain point de vue. On peut imaginer finalement que Yahvé est un brave type qui aurait voulu aider les gens, il a essayé toutes les méthodes rien n'a fonctionné. De là, on pourrait penser que le faux Dieu, c'est celui qui n'a pas compris que ça ne sert à rien d'intervenir dans la vie des autres, et qu'un vrai Dieu, c'est un Dieu qui laisse les gens venir à lui. Au passage, je me pose une grave question théologique : quel est l'idiot qui a laissé un serpent entrer dans le paradis ? Ce qui me fait dire que le début de la Genèse ne tient pas debout. Imaginez que vous ayez deux enfants que vous aimez plus que tout, qu'ils jouent dans votre jardin et que vous soyez omnipotent : est-ce que vous laissez entrer un ravisseur d'enfants, une vipère des sables ou un crocodile géant - c'est-à-dire un être qui ne pourra que faire du mal à vos enfants, sans aucun bénéfice possible ? Aucun parent digne de ce nom ne ferait une chose pareille. Jésus demande un jour si un père donnerait un scorpion à son enfant. Si on en croit la Genèse, son Père l'a fait.

Quoi qu'il en soit, nous avons tous un voyage de plusieurs millions de kilomètres à faire, et j'ai compris l'autre jour que je ne dois pas perdre mon temps à faire avancer de trois centimètres quelques malheureux qui se sont scellés au sol avec une chaîne en titane. Mon roman et une rencontre chanceuse ont pu me montrer qu'une fraternité extraordinaire pourrait exister entre humains, supérieure même à ce qui existe entre les anges. Mais il ne faut pas rêver, c'est dans une autre galaxie, et dans une autre création. Entre moi et mon voisin chrétien, il n'y a pas le millionième de ce qui existe entre Shams et Ryndil. Je ne vois pas l'intérêt de faire évoluer la relation à trois millionièmes au prix d'un temps précieux. En effet, il y a tellement à faire qu'il y a de quoi prendre peur, et chaque minute est comptée. Je me dis souvent que tout le "bien" que j'aurai essayé de faire aux autres, je vais m'en mordre les doigts à l'heure de ma mort.

Sinon, pour ceux qui voudraient être éclairés quant au niveau spirituel des anges, c'est très simple. Comme ce sont des êtres de Yetzirah, ils ont la lumière d'Atzilut, qui est encore la 3è vision de thögal (pour les plus élevés). Ils ne peuvent obtenir la lumière de l'Essence puisque pour l'obtenir il faut pouvoir se résorber, et un être immortel n'a aucun moyen de se résorber. Kelsang Gyatso le dit autrement, en signalant qu'une fois mort, il devient impossible d'atteindre la claire lumière, et que les boddhisattvas morts de la 10è terre sont fort ennuyés de cela. C'est pourquoi les anges devront s'incarner s'ils veulent connaître la lumière de l'Essence. Pour pouvoir se résorber, il faut être mortel. Ou il faut être un Bouddha.

01:15 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/11/2013

L'Esprit des Asûrim (roman saison 8 / chap10-7)

            Hier soir, lorsque je suis rentré à la grotte après ma journée de travail - qui pour une fois n'avait pas été trop épuisante - après m'être baigné dans la rivière, j'ai trouvé Shams en train de méditer nu sur une couverture. Dans la posture en cinq points, les yeux fermés, il me faisait penser à certaines statues du dieu Shiva, il s'en dégageait une beauté, une sérénité, un amour...

            Saisi d'une violente émotion, je suis tombé à genoux près de lui, avec des soupirs à fendre les pierres. L'effet était dévastateur, je brûlais littéralement, et je me demandais comment mon pauvre coeur allait pouvoir tenir le choc. Mais peu à peu, l'énergie s'est normalisée, et j'ai pu m'asseoir en face de lui pour le contempler sans risquer l'infarctus. Chaque partie de son corps était adorable, et il sentait divinement bon. Je le regardais amoureusement, et me sentais devenir complètement femme, chose qui ne m'était plus arrivée depuis que j'avais cessé d'avoir des unions avec Erik. Son aura se mêlait à la mienne, pénétrait mon corps physique aussi bien que subtil et me comblait de sensations sublimes, inconnues, cependant je désirais davantage, comme s'il demeurait en moi des zones opaques, qui n'étaient pas illuminées par sa beauté.

            Soudain il a ouvert les yeux, plongeant son regard dans le mien. "Viens.
           J'ai quitté mon habit et je me suis assis sur lui pour l'enlacer. J'étais si calme et si concentré qu'il était clair pour moi qu'il tenait tous mes vents en place, car vu les sentiments que j'avais pour lui, j'aurais dû me trouver dans un état de trouble indescriptible, tremblant de tous mes membres. Je sais l'émotion qui peut me saisir à certains moments, surtout lorsque l'amour m'enflamme d'un bout à l'autre. Mais je n'étais plus moi-même. Nous nous sommes longuement caressés, je me laissais pénétrer par ses vents lumineux et purs, j'étais porté sur les ailes d'un ange sublime.

            C'est alors que son énergie a touché quelque chose au fond de mon être, quelque chose que je croyais disparu ou du moins subjugué, ce feu sombre et glacé que j'avais passé des années à maîtriser dans son aspect masculin. Mais voilà que je le retrouvais dans ma partie féminine, tel un dragon tapi au coeur de mon désir. Je l'ai vu s'élever, et moi j'étais tout à fait impuissant. C'était une obscurité sans fond, un feu dévorant parce qu'insatiable, c'était le coeur du néant, et cette chose qui était la corruption originelle de mon peuple, le soleil noir de mes visions, a essayé d'absorber l'ange doré, comme un trou noir qui absorberait une étoile. Mais l'ange brillait de mille feux, car une autre lumière était venue se fondre en lui, plus auguste, un soleil spirituel d'une puissance absolue. Shams m'est apparu d'un coup dans un aspect courroucé qui n'était autre qu'une émanation de Daniel sous l'émanation de ses noms les plus destructeurs. De sa lance dorée il a transpercé le coeur du dragon tandis que son énergie brisait toutes mes résistances. A genoux devant cette puissance, j'étais subjugué, dissous, emporté comme un fétu de paille sur une vague immense. Mais comme tous les Asûrim, j'ai deux coeurs, et le dragon, après s'être récupéré dans des profondeurs connues seulement de lui-même, a ressurgi plus puissant que jamais, tel un monstre marin qui se régénère dans les abysses. Sa noirceur contenait toute la colère, toute la faim, toute la folie de mon peuple. Il n'était que néant face au soleil qui lui faisait face, mais il préférait être détruit plutôt que céder d'un pouce. L'orgueil du démon dans toute sa splendeur. Et moi j'étais sa créature pieds et poings liés, alors je m'apprêtais avec un certain fatalisme à disparaître dans le néant car j'étais submergé par le déchaînement de sa folie, même si je savais que la puissance divine s'apprêtait à réduire en cendres. Ci-gît un petit Asûrim qui n'était pas très avisé...

            C'est alors que l'impensable s'est produit. Le soleil s'est retiré, comme s'il se résorbait dans sa source, et seul est resté l'ange doré, avec toute sa beauté et toute sa fragilité. Il était à genoux, tête baissée. Comment cette petite mise en scène m'avait relié à toute la puissance ténébreuse de ma race, je ne sais, mais je sais que la force qui me poussait à le désirer, à le faire mien, dépassait tout ce que j'avais connu. Et je l'aurais pu, car j'étais devenu plus que moi-même. Maintenant qu'il était en moi physiquement, je pouvais m'unir à lui totalement, toutes ses énergies, son âme si merveilleuse, tout cela devenait mien si je le voulais. A ceci près qu'il ne s'agissait pas exactement de moi, mais de l'esprit de corruption qui avait fait chuter mon peuple, et qui était si étroitement mêlé à nous que nous pouvions penser qu'il était nous.

            Je pouvais voir parfaitement que l'union à Dieu de Shams n'était pas scellée. Si je cédais à la faim qui m'habitait, à ce feu inextinguible, et jamais de ma vie je ne m'étais senti aussi peu libre de lui résister, je l'entraînais avec moi dans ma chute - je le savais mais cela ne diminuait en rien mon désir. Je savais tout, que cela ne me donnerait pas ce que je voulais, qu'ensuite tout serait bien pire, que cet esprit qui me poussait n'était pas moi, mais l'illusion était d'une puissance absolue. L'illusion que si je cédais à cette tentation, j'obtiendrais exactement ce que je désirais, le paradis, et que si je résistais j'aller brûler pour l'éternité dans les feux de l'enfer. Car c'était bien les feux de l'enfer qui brûlaient en moi, avec la promesse du paradis juste à portée de main... si je cédais. 

            Mais Shams ? Mon bien-aimé... Allongé sous moi, très pâle, il s'offrait en sacrifice, on aurait dit le Christ au Jardin des Oliviers. Pour mon salut, il m'offrait son âme. Je veux dire par là qu'il m'offrait une ultime chance de faire usage de ma liberté, de me prouver que même si le démon avec toute sa puissance se déchaînait en moi, ma volonté n'appartenait qu'à moi. Je me suis souvenu en une fraction de seconde de tout ce que j'avais vécu avec lui, son amitié, sa bonté, sa vulnérabilité, sa beauté... Shams mon ange sublime. Je ne pouvais pas lui faire ça. Quoi qu'il m'en coûte ça n'était pas possible. J'ai réalisé avec une clarté totale que pour lui j'étais prêt à subir tous les tourments possibles et imaginables, que je ne pouvais pas faire autrement.

            Je me suis séparé de lui, et la douleur que j'ai ressentie... mon Dieu... C'était comme si j'étais plongé dans le feu, et que mon corps se régénérait aussi vite qu'il se consumait. Je me tordais sur le sol, je hurlais comme un damné, mais j'avais fait mon choix. Mon corps n'avait jamais ressenti une douleur pareille, qui était surnaturellement permise par je ne sais quelle licence divine, mais mon esprit était serein, et je renouvelais mon choix. Dussé-je rester là-dedans trois kalpas, j'aimais Shams, et cet amour me suffisait. Je ne sais ce que le Christ a subi sur la Croix, car le Père l'avait abandonné. Moi, mon amour était avec moi, dans mon coeur, et cela me donnait une joie sans pareille malgré ma souffrance. Je crois que cet endroit a été défini comme le Purgatoire...

            Cela n'a pas duré trois kalpas. Quelques minutes, peut-être, qui m'ont semblé une éternité. Et puis la douleur a fait place à une paix... la "Paix du Christ", c'était cela. Une suavité, une lumière... je n'étais qu'un petit enfant, un rien du tout qu'un ange avait pris dans ses ailes si aimantes et si douces. J'ai pleuré longtemps dans les bras de Shams, et je pouvais dire son soulagement...

23:39 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

18/11/2013

Petit débat entre amis...

J'ai mis sur Amazon un commentaire sur le livre de Rachel et Robert Olds, sur la pratique de Thögal. Leur réponse a été pour le moins surprenante, compte tenu du résultat qu'ils prétendent avoir atteint.

A friend of mine offered this book to Tenzin Namdak, actual head of Bön lineage, supposed to achieve rainbow body when he will leave. He didn't seem so much interested and said that the drawings are correct, but "something is missing. They didn't get the fruit", i.e. they won't achieve rainbow body.
Now, the question is "what" ? Maybe we have a first clue, in the fact that their approach is totally naturalist. There is only earth, nature, light... Where are the buddha fields, the revelations, the transmissions, one is supposed to get with the third vision ? Just read the life of Shardza Rinpoche and others. It's totally different.
Apparently it is possibe to get the visions (or a part of them) without getting the real meaning. Because, according to many teachings, there is no "matter" in the universe, only "beings" (what we call matter being alledgedly the "body" of beings, who we can't see because of our obscurations). But in this book, there are no beings, only matter.

 

Myopia

What's missing in our drawings is the Tibetan/Buddhist/Bon template that is usually etched into the minds of practitioners who hold to those doctrines. The divine intent woven throughout the fabric of being is wider in scope than any template. Templates are self-limiting, based on doctrines and iconography reinforced by visualization practices, which mold habits of perception that intrude into and distort pure perception of the essence of being in the practice of Tögal. If you go into Tögal practice to justify and verify your expectations and beliefs, you will miss the full transformative power of the visions themselves.

You seem to assume that when we use the words Earth, nature, and light we mean that they are inert, solid, and devoid of being. That is your prejudice in relation to those words, not ours. There is no separation between pure essence and the manifestations of its radiance. When your obscurations fall away, essence and radiance are equally holy, this is the transmission, it's called Oneness, the grace of the resolution of phenomena.

The templates are part of the obscurations, let them go, look with clearer farseeing eyes to blend with the divine intent at the heart of all being.

Your comments are symptomatic of a larger madness that has been afflicting human culture for thousands of years, a myopic view of the sacred vision that is this life that has had disastrous results for our planet and ourselves. Please see our essay Divine Treason at www.acircleisdrawn.org.

 

Dear Rachel and Robert,
Let's just say that Tenzin Namdak said that you didn't achieve rainbow body - which you should have if your practice was correct. Maybe he's wrong.
The other things I have said are only my guess - guess that you didn't fully understand, far from it. I didn't state that earth, nature... as you describe them were devoid of being, but devoid of beings ! I mean that earth as pure consciousness is not the same as earth as a buddha field. There is not only Essence and Radiance. There are Beings, Buddhas, Herukas, Dakinis... Relating with a Buddha is not the same as relating with impersonal consciousness. Buddhism is not clear about metaphysical questions, but christianism is : Essence is nothing without Persons.
You will probably say that there is no Creator. Tenzin Namdak said that our universe is the creation of Buddha Kuntuzangpo, and that new rainbow bodies could not contradict his rules - so they had to go elsewhere to create their own universe. This Kuntuzangpo seems very like a Person, and not only Essence/Radiance.
There is nothing especially spiritual in the Essence, it is the core of all naturalist views. What is truly spiritual is the Person or Hypostasis. If you miss it, you just teach a naturalist view, which is not a dzogchen view, since the core of dzogchen is Guru yoga. Relationship with "someone" else, who is also in you heart, since he achieved total union with essence. What the Christians call "God".

Now, I'm really sad that you laugh at me and even insult me, calling me "mad", without understanding what I had to say. Not sad for me, because I'm totally accustomed to people insulting me. But for dzogchen practicioners who have supposedly reached the highest possible state. If the highest state results in being similar to everyone in the world - i.e. not being able to show open mind and kindness when you are criticized, I really prefer the lower state of Bön teachers with their templates.

If I wasn't sure about the Lopön judgment about you, your answer just gave me the evidence I was lacking, and I'm happy that you gave it in public. Because no dzogchen practicioner would entangle himself in such a debate. Clearly, Shardza Rinpoche wouldn't answer a single word to my critic, nor the Lopön. Buddhahood speaks for itself.

Finalement c'est puissant : ils se croient plus malins que tout le monde, y compris les fondateurs de lignées. Voilà donc le résultat d'une pratique qui n'est pas intégrée à l'état naturel : on se croit arrivé au sommet de l'échelle spirituelle alors qu'on ne l'a pas encore trouvée. Et en plus c'est foutu pour eux, car ils ont tiré toutes leurs cartouches.

20:27 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/11/2013

Se faire connaître de Dieu

"Dans la mesure ou cette appellation commune est justifiée (gnosticisme), on peut dire que toutes ces doctrines ont eu pour objet, partant de la foi en une révélation, de la transformer en une connaissance (gnôsis) capable d'unir l'homme à Dieu".

Je connaissais ce genre de texte particulièrement assommant.

Etienne Gilson, aussi respectable est-il concernant son érudition, ne fait que répéter et recopier pieusement ce qui se trouve dans des livres écrits antérieurement à lui en considérant arbitrairement que les textes gnostiques ne sont que "spéculations". Pourtant, si on lit les textes orthodoxes et la philocalie elle aussi pétrie 'd"hellénisme" et non suspecte autant que les "gnostiques" d'hérésie, le terme "intellect" chez les Pères de l'Eglise est omniprésent pour qualifier la prière. Ce n'est pas un hasard s'ils ont choisi ce mot. La contemplation de Dieu survient quand l'Intellect totalement purifié devient un "miroir des énergies-Idées divines" et descend dans le coeur. Alors cela voudrait dire, si on suit notre érudit, qu'ils sont aussi des "gnostiques" puisque l'intellect est "l'agent" de la foi. Gilson confond Intellect avec "raison raisonnante" pour asseoir sa propre vision limitée. C'est à cause de personnes comme lui que le christianisme devient précisément "irrationnel" et une espèce de nuage vaporeux flottant sur la terre.

Je propose de définir le terme "chrétien" selon un critère unique et simple : une doctrine est chrétienne si elle accepte le principe de l'incarnation, que Jésus proposé à l'imitation des humains partage les "deux natures" humaines et divines, qu'il aurait pu échouer dans sa mission tout en étant le "Fils unique de Dieu". Cela me parait parfaitement orthodoxe et suffisant pour distinguer le christianisme de toutes les autres religions.

"Dans la mesure où la pensée divine de créer, et l'acte de création lui-même, cet agir qui représentait la foi qu'a Dieu en lui-même ont été simultanés, sans quoi on est obligé de penser une dualité et un temporalité en Dieu".
La "foi" pour moi est une supposition temporaire et non une certitude, c'est pour ça qu'elle inclut le doute. Il ne paraît pas très logique de dire que Dieu a une "foi" de lui-même. Il se connaît parfaitement lui-même ainsi que tous les possibles incluant le devenir des créatures. Mais il ne sait pas forcément ce que ces créatures vont faire de ces possibles. Beaucoup de mystiques ont passé leur temps à méditer sur ce point.
Il est possible de concevoir une temporalité et une altérité qui surgissent de Dieu sans être contraire à son unicité : c'est tout simplement l'univers avec ses créatures qui sont distinctes de l'essence car elles n'ont pas l'être mais la "substance" (cf Stoffels). Elles ont une certaine autonomie "en Dieu" mais pas l'être car elles sont libres.

Les "puristes" et les sectaires sont ceux qui refusent cette distinction et voudraient que l'homme "soit" Dieu, pur esprit, pure vertu ou toute autre chose, sans qu'il conserve sa spécificité de créature. Les créatures sont un miroir pour les qualités de dieu, mais non Dieu elles-mêmes. C'est pour ça que les sectaires ont l'Ange déchu pour chef qui veut égaler Dieu en tant que Père en niant le Fils, rêvent secrètement de se mettre à sa place et d'asservir les autres selon un pseudo-ordre de dignité. C'est un peu comme ça dans toutes les sectes ésotériques et tous les mouvements spirituels qui dégénèrent. Ils refusent l'ordre social existant au profit d'un pseudo ordre spirituel et rêvent de détruire la société telle qu'elle est plutôt que l'améliorer peu à peu.

Du coup toute personne qui fait des recherches spirituelles est d'emblée suspecte d'appartenir à une "secte" car elle se distingue des autres par la nature de ses intérêts et se trouve de fait hors du champ de référence commun et objet de toutes les projections délirantes. On lui prête à tort la volonté de :
- obéir à un chef qui manipule les autres à sa guise en jouant sur leurs émotions (le fameux "gourou") et leurs faiblesses et qui se fait passer pour Dieu en offrant à ses fidèles des gratifications (privilèges et grades au sein de la secte)
- vouloir faire sécession, s'isoler des autres et isoler ses membres des autres
- se livrer dans le secret à d'effroyables pratiques (objet de tous les fantasmes)
- détourner de l'argent dans son intérêt

La pratique de la vie chrétienne c'est autre chose :
- ne pas avoir de chef ni de gourou mais juste prendre conseil vis à vis de ceux qui ont plus de maturité et d'expérience
- aller vers la société et ne pas avoir peur de se faire rembarrer
- vivre fraternellement en amitié
- pouvoir lâcher momentanément toit et biens si besoin est

En une phrase, souffrir d'être pris systématiquement pour ce qu'on est pas, accusé de maux imaginaires et pouvoir s'en réjouir.



"Dans la mesure ou cette appellation commune est justifiée (gnosticisme), on peut dire que toutes ces doctrines ont eu pour objet, partant de la foi en une révélation, de la transformer en une connaissance (gnôsis) capable d'unir l'homme à Dieu".

L'essence de Dieu est inconnaissable en elle-même et ne "connaît" rien non plus, sans le travail des "anges". C'est un fond sans fond, un gouffre, un abîme, une vallée de ténèbres et de clarté, une indétermination foncière, un au-delà de toutes caractéristiques, une béance, une "vacuité", etc... Elle est aveugle mais est forgée par un désir secret : se faire connaître. Mais partant d'elle-même que peut-elle faire connaître ? "Rien" puisqu'elle n'est encore rien de défini et pourtant cette essence est la source de tout. Il lui faut donc faire surgir d'elle-même quelque chose, afin que de "rien" provienne un "quelque chose".

De cette essence apparaît donc un "oeil magique" qui aura la capacité de tout voir ce qui est concevable dans les trois temps. A travers cet "oeil" surgit la vision du Fils et de toutes les créatures qui vont être créées ultérieurement. Cet oeil est aussi un "miroir" et une volonté qui commence à s'apparaître à elle-même et à se connaître. Elle se connaît dans le Fils par la "Vierge éternelle", le miroir toujours pur qui laisse apparaître toutes les formes qui vont être conçues. En ce sens cette "Vierge" est con-susbtantielle avec les trois personnes de la Trinité.

Voilà une façon d'avoir une cognition valide de la création en Dieu. Il y en a d'autres. Celle là est particulièrement riche, c'est celle de Jacob Boehme. Ensuite il faut la mettre en "images" dans son esprit pour lui donner vie et sens en méditant et en faisant son "roman cosmogonique". Les chrétiens butés disent qu'une telle prétention est délirante, parce qu'on ne peut pas sonder les mystères de Dieu. Ils disqualifient cette "mystagogie" en lui accolant le terme insultant à leurs yeux de "théosophie". "On est convenu d'appeler théosophie la prétention à connaître ce qui se passait et ce qui se passe au sein de l'être absolu avant la production du monde multiple, indépendamment de cette production. C'est une prétention extravagante". (Claude Tresmontant, les métaphysiques principales) "la gnose et la théosophie prétendent savoir quelque chose de la vie intime de l'Absolu sans partir de l'expérience objective".

Pour Tresmontant, adepte de la "méthode expérimentale" en métaphysique, c'est un crime. Pourtant c'est une voie. Les "mythologies" reconstruites sont des tentatives de "roman dharmique" plus ou moins réussies, plus ou moins adéquates, concevant plus ou moins bien leur objet. L'objet est infini et jamais épuisé par une génération intime, il est toujours au-delà. Les chrétiens à la sauce Tresmontant ne sont pas du tout réalistes, contrairement à leurs prétentions. En effet ils ne résolvent pas le véritable problème, qui n'a rien à voir avec la méthode des sciences : comment se faire connaître de Dieu qui est "hors" de notre système de perception tout en se trouvant "dans" notre coeur en un point minuscule ? Du coup ils spéculent sans rien apporter pratiquement, tout en se croyant très subtils et détenteurs de la vérité.

La réponse est évidente c'est la "prière" et non l'application de magies, de systèmes de yogas, de manipulations énergétiques diverses comme on voit dans toutes les sectes et le pseudo-bouddhisme actuel. Toute cela ne permet pas de sortir de l'univers sensible et astral corrompu, le "monde sub-lunaire" fait des quatre éléments grossiers et subtils comme on disait autrefois. Mais il faut comprendre que la prière est notée unique refuge pour "informer" Dieu de notre état et de notre misérable condition mais ce n'est pas du tout donné et évident à cause de l'état de notre corps énergétique. Mais si on veut juste modifier le corps énergétique sans comprendre pourquoi, ça ne marche pas. Les bouddhistes croient qu'ils sont déjà assistés par le Ciel bouddhiste qui ne peut pas les connaître, donc le tragique de leur condition leur échappe pour l'heure complètement.

Sinon il ne nous voit et ne nous entend pas. C'est ça l'expérience de tous les jours et de tout un chacun. Et la raison "mystagogique" c'est qu'il ne le peut pas, non pas parce qu'il est mauvais, mais parce que c'est impossible. Il faut que nous nous fassions connaître selon notre nom. Tant que je ne me fais pas connaître à lui par un mouvement de volonté, il ne peut pas me connaître et m'aider. Celui qui prétend le contraire est un archonte ou un usurpateur. Et celui qui désire être aidé de cette façon se prépare à prendre un ticket direct pour l'enfer sous prétexte d'être gratifié. Donc celui qui prie correctement va finir par se faire connaître du Père par le Fils, du fait de l'énergie et de l'intensité produite par la souffrance. Mais celui qui veut améliorer sa condition "sub-lunaire" en voulant être "bien vu" de l'usurpateur qu'il prend à tort pour Dieu ne fait juste que bouger un pion sur un échiquier dont il est le jouet et la victime consentante.

Voilà en quoi le christianisme est une connaissance. Pas tant celle que nous pouvons avoir de Dieu (nous en avons toujours une image générique approximative), mais celle que Dieu peut avoir de nous-même si nous savons comment le prier.

L'essence du Christianisme c'est de permettre le passage de l'Absolu à la personne, de l'essence à la substance, de frayer un chemin entre le "Dieu inconnaissable" et les créatures dans les deux sens, si on voit les choses comme ça, on se dégage de tout "moralisme" et tout s'explique assez logiquement. C'est un problème pratique et non spéculatif malgré l'apparence. L'image générique de Dieu qui est fausse mais qui est incrustée dans notre langage et nos façons de pensée, est une sorte d"oeil" mystérieux qui voit tout sans que nous ne voyons, un être caché derrière un rideau (le "voile") qu'il n'y aurait qu'à tirer pour en obtenir la vision. Cette conception poussée à l'extrême aboutit à "Big Brother'. Dieu est une sorte de policier invisible que nous ne voyons pas, mais qui nous épie et nous surveille, constamment, et qui est prêt à distribuer récompenses et punitions. Mais ça c'est la projection du "policier intérieur", du "juge" qui empêche la vie de se déployer. Cette image, aussi primitive soit-elle et bien incrustée, conditionne tout. Hier au catéchisme des enfants, le prof leur répétait à l'envie que Dieu est là, prend soin de tout le monde, qu'il connaît tout de nous, etc... Les enfants s'ennuyaient ferme et régnait un silence de mort. En effet c'est peut-être un peu angoissant de savoir qu'un Etre invisible nous surveille, sans qu'on connaissance vraiment ses intentions. Mais si on regarde si un tel être existe vraiment en retournant sa pensée vers sa source, on ne trouve "rien" de substantiel et de réel.

J'ai juste fait demander pourquoi Dieu qui est si bon et généreux, va laisser une personne croupir dans sa crasse si elle décide de ne plus se laver et prendre soin d'elle, afin de souligner que si Dieu est bon et parfait, ce n'est pas pour autant qu'il intervient dans nos vies. La réponse ordinaire ça sera que Dieu veut que ses enfants apprennent à obéir à ses "lois" et comprennent le fonctionnement de la nature. Certes. Mais peut-être Dieu ne régit pas tout non plus et laisse ce soin aux créatures.

Je crois que l'essence de la vie spirituelle consiste à se faire connaître de Dieu pour être connu de lui (ainsi que les créatures), afin qu'il nous aide et que nous puissions ultimement lui rendre grâce, chose qui ne va pas de soi et procède surnaturellement. C'est le motif de la prière personnelle, le rôle d'intercession du prêtre envers les fidèles, et du Père spirituel envers ses disciples. Du coup on comprend mieux le repentir, la confession et le pardon. L'acception courante part de l'image primitive que Dieu est un oeil invisible qui voit tout, un être omniscient caché derrière un rideau, un miroir sans tâche dans lequel nous nous reflétons déjà. A partir de là, se repentir c'est avouer ses crimes devant un être supposé déjà informé pour ne pas recommencer. Se confesser c'est détailler l'étendue de ces crimes. Pardonner, relativiser l'ampleur du crime par rapport à la grandeur de Dieu.

A mon avis se repentir ce serait supplier que les anges agissent et les êtres saints fassent intercession pour que les fautes soient connues du Père et qu'il puisse nous aider à ne plus recommencer. Se confesser, c'est préciser les choses afin de donner plus de densité à l'information. Pardonner, c'est espérer que l'ensemble du problème soit examiné par des instances célestes et qu'une solution inédite soit trouvée. C'est donc un "mouvement de l'âme" qui fait le pari surnaturel que nous pouvons être "entendu" et non pas un acte de nature juridique, une déposition devant un tribunal.

C'est ce qu'on a reproché souvent au Christianisme, de favoriser et d'exacerber la "culpabilité" et d'enfermer les gens dans leur "péché". Du coup on apprend aujourd'hui aux enfants et aux grands que tout est déjà gagné, qu'un type qui a existé il y a deux mille ans a bossé pour nous et qu'on n'est tranquille maintenant, pour peu qu'on signe son acte de baptême et qu'on aille à la messe le dimanche. C'est l'opposé extrême. Le vrai problème qui ne relève pas d'une prétendue culpabilité n'est même pas soupçonné : en tant que créature, tant que nous restons confinés dans notre esprit individuel, nous ne pouvons nous faire connaitre du Père car lui-même ne nous connaît pas. Il ne réside pas dans ce monde, il est transcendant même si il peut se révéler dans l'intimité du coeur. Il peut nous sauver, mais par nous-mêmes nous ne pouvons pas nous élever jusqu'à Lui. Le problème n'est donc pas moral mais "ontologique". Comment agir pour que nous puissions être connu de Lui ?

 

Lorsqu'on lit le tome deux de l'encyclopédie de Joachim Bouflet, on s'aperçoit que les Saints vivent dans un autre univers. Les miracles sont légion, précisément parce que ce ne sont pas des miracles. Les portes des églises s'ouvrent mystérieusement, les hosties lévitent, les pains et les vivres se multiplient spontanément, l'eau se transforme en vin aussi simplement qu'elle s'évapore sous forte température, un manteau étendu permet de traverser une mer et de doubler un batelier médusé, l'eucharistie favorise l'inédie, les corps d'apparition sont florès pour apporter des provisions dans les congrégations, les anneaux qui entérinent le mariage mystique se matérialisent pour les mystiques qui ont accédé à l'union sponsale, et certains saints sortent des murs de la prison dans laquelle ils ont été jetés en les traversant, etc... Des objets physiques sont émanés et d'autres répondent comme si c'étaient des personnes à part entière, attestant que tout est être et vivant dans l'univers, qu'il n'existe pas de "choses" inertes.

A la lecture, on se rend compte que pour eux ce ne sont pas des "miracles", ce sont des choses naturelles comme marcher et respirer. Pour nous c'est incroyable car on voit ça comme des choses externes qu'on ne peut pas comprendre. Comme dirait quelqu'un ces prodiges attestent qu'ils vivent dans leur "état naturel" où tout est possible et spontané. Leurs actions miraculeuses en attestent, de même que leurs "visions" procèdent directement d'eux-mêmes. Elles n'ont aucune extériorité. ce ne sont pas des phénomènes "magiques", "parapsychologiques" produits pas une intention mentale. Ils résultent de leur perpétuelle prière, la jonction établie avec le Père, la source dont tout procède. C'est bien un "signe" de l'existence d'un autre monde, d'un au-delà, qui ne nous est pas accessible, et non pas du fait que tout est relié par "sympathie" dans notre monde corrompu dans une "âme du monde" où tout est interchangeable. C'est la différence entre la magie et la religion, l'occultisme et la foi, la recherche du pouvoir et celle de la vérité.

14:31 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/11/2013

L'hérésie cathare

"Comme je l'ai dis à Ry l'autre jour, tout rappelle le catharisme avec elle, aussi bien la relation elfique qui ressemble à l'adoption d'une socià, que le nom de la ville, que d'autres trucs".

D'après le peu que je connais du catharisme (j'ai peu étudié la question mais c'est intéressant de soulever cette apparente parenté), leurs partisans n'ont en fait pas grand chose de chrétien dans la mesure où ce sont des adeptes du "pur esprit", tenant d'un moralisme exacerbé et proches dans leur pratique d'un rigorisme puritain. Pour eux, Jésus ne s'est pas incarné, n'a pas partagé notre ignorance, ne possède pas la double nature humaine et divine. La salut ne consiste pas à racheter l'esprit et la matière, mais à s'évader et se fondre dans l'esprit seul (précisément la tentative que récusent Aurobindo et Mère comme la lâcheté des religieux). De mon point de vue, cela fait perdre tout son sens au christianisme et aboutit à un mode de vie "sectaire" qui va automatiquement être pourfendu pas l'environnement qui ne va pas supporter que des gens se nomment "parfaits" et se croient supérieur à tout le monde. Ils sont obsédés par le souci de non procréation, c'est absolument effrayant. Ils prennent la virginité dans un sens purement matériel, suivant l'adage "qui fait l'ange fait la bête" et le résultat c'est qu'ils ont été persécutés car ils étaient d'une prétention insupportable.

Inutile de dire qu'ils ne m'inspirent aucune sympathie. Pour eux (d'après le peu que j'ai compris), Jésus ne peut pas être présent dans la création même renouvelée et régénérée (donc on doit devenir des "purs esprits" grâce à l'imposition des mains par le rituel du "consolament") et le salut passe par l'appartenance à leur organisation sectaire (ils récusent tout l'apport de la tradition, les sacrements et haïssent visiblement l'union des deux sexes, qui est à la base de la création).

"Le sacrement du consolament (consolation, en occitan, du latin consolamentum) ou « baptême d'esprit et du feu » par imposition des mains et de l'évangile de Jean sur la tête du postulant , est le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l'homme : l'esprit". On en revient à l'initiation antique où tout le "pouvoir" est détenu finalement par un humain qui se fait passer pour un substitut de Dieu. S'il est réellement "parfait" ça peut marcher mais à tous les coups c'est un illuminé ou un fanatique sous l'influence d'un archonte qui va faire entrer tout le monde sous un rapport dominant/dominé. Leur "Dieu Bon" est encore une falsification, parce que dans les faits on en revient à l'imposition d'une règle arbitraire qui se fait passer pour divine. Dans tous les ordres plus ou moins sectaires, c'est comme ça que ça fonctionne. Ce n'est pas parce qu'on met le mot que la chose y est.

Ce que j'explique dans l'article c'est tout autre chose et n'a rien à voir avec la compilation et la juxtaposition d'éléments culturels plus ou moins invérifiables et l'enfermement dans des "mots". "Gnostique" est une appellation générique mais qui ne veut pas dire grand chose en fait. Je pars de ce qui est pour moi un fait d'expérience et d'observation et j'essaye d'en trouver la racine métaphysique en analysant différentes possibilités de réponse à un problème trouvées dans l'histoire. Je ne fais pas du "tourisme" en faisant des liens plus ou moins justes (je ne parle pas pour toi en particulier). L"inde", la "Grèce" ce sont des concepts généraux très flous. Le fait réel d'observation c'est l'absence de Dieu dans le monde et dans son expérience personnelle et comment on l'explique et on en rend compte. Parce que c'est ça qui oriente la suite des événements.

A quoi est due cette absence ? Au fait que nous ne suivons pas correctement des règles ? Que nous sommes méchants intrinsèquement et qu'il faut nous corriger sévèrement ? Ou que nous ne savons pas comment concevoir Dieu pour en faire l'expérience ?

C'est cette dernière hypothèse que je retiens, parce qu'elle est la plus riche de sens, ayant aussi testé un peu les autres. Il est évident que Dieu ne descendra pas sur moi, parce que je ne vaux rien. Alors j'observe que les gens qui prétendent que "tout est parfait" telles que les choses nous apparaissent sont des menteurs. Je vois que ceux qui constatent que le monde matériel est gangrené par le mal et veulent s'échapper avec leur petit groupe "d'élus" sont à mes yeux des lâches qui poursuivent un espoir bien chimérique tout en se croyant le sel du ciel.

Je sais que Dieu habite dans un monde de lumière auquel je n'ai pas accès à cause de ma confusion et de mon impuissance. Donc de là c'est le désespoir et la "nuit noire" , parce que je sais qu'aucune imposition des mains n'y changera quoi que ce soit, qu'aucune Mère divine improvisée ne changera rien à mon sort, pas plus qu'un papa doté de tous les pouvoirs. Et par moi-même je pourrai faire toutes les ascèses et les végétarismes, cela ne changera rien du tout à la situation.

La seule solution c'est donc de confesser cette incapacité. Parce que le Fils de Dieu lui-même a vécu ce noir éprouvant et a été soumis à de nombreuses tentations desquelles il a triomphé. Cela je peux le croire, même si je ne le sais pas au sens fort du terme. C'est donc un "article de foi, une hypothèse que je vais vérifier peu à peu et non une certitude immédiate. Il a assumé pleinement notre humanité avec ses ténèbres et n'était pas un "pur esprit". Il a eu le même problème de communication que nous avec le Père et il a pu le résoudre visiblement. Il est donc digne de confiance. La tentation ce n'est pas la chair et la peur de la procréation, mais s'imaginer qu'on mérite de s'en sortir plus que le voisin pour telle ou telle raison, qu'on est plus "pur" et qu'on a plus de "droits". Même le Fils de Dieu aurait pu échouer dans sa mission et il n'a pas eu de droits particuliers, alors nous ? N'y a-t-il pas là motif à un émerveillement devant le fait que Dieu, s'il existe, laisse la plus proche de ses créatures, la première d'entre elles libre ? Et la vraie pureté, la virginité retrouvée survient à mon humble avis lorsque notre prétention infondée à être sauvé est abandonnée. Alors Dieu vient régénérer la créature, lorsqu'il a été informé de son existence, qui devient actuelle à ce moment précis de la "rencontre". C'est la prière assistée par les anges qui "monte" vers le ciel et qui vient informer le Père qui peut alors répondre. Jésus a créé un "chemin de lumière" dans la matière pour que la créature puisse faire sa demande au Père en passant par Lui et en souffrant comme lui car c'est le chemin le plus court pour se faire connaître du "Dieu bon et parfait", et je ne vois pas comment elle pourrait prétendre à ce titre, sinon en se prenant elle-même pour Dieu. Le rapport entre la Lumière incréée et les Ténèbres est donc très complexe et la "solution cathare" paraît très grossière et superficielle, laissant en paix le véritable fauteur de troubles.

Le Mal n'est pas la matière elle-même, mais le mouvement d'extériorisation de la volonté en l'homme qui la rigidifie. Après cette "saisie", elle devient alors la proie de puissances ténébreuses qui ne sont pas de la "matière" mais de "l'esprit désincarné" qui rôde et s'empare des âmes en les assoupissant, profitant de leur immobilisme et leur inertie. Mais la matière peut être "réveillée" par l'esprit, si elle reprend une forme pure et retrouve alors peu à peu sa virginité. Cela ne passe pas par l'ascétisme d'après ma maigre méditation sur le sujet et expérience, mais par la méditation de la vie de Marie en tant qu'elle est "visitée" purement par l'esprit.

23:55 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

15/11/2013

Du vrai Dieu, de ses usurpateurs et des geôliers des hommes

La plupart des « croyants » imaginent que Dieu est omniprésent, au milieu de nous, prêt à intervenir pour un oui ou pour un non dans nos affaires en vertu du « contrat » qui le lie à l’homme. Pourtant il ne se passe rien du tout et le mal prolifère très bien, dans les églises comme dans le monde profane. Les athées partant de l’observation de bon sens qu’un tel Dieu est introuvable et ils en concluent un peu hâtivement que Dieu n’existe pas. Effectivement, si on regarde autour de soi (et à toutes les époques de l’histoire), on observe une longue et interminable souffrance sans rémission. Avoir la foi c'est commencer à concevoir ce qui ne va pas de soi pour sortir de ce marasme sans avoir la moindre certitude, mais une certaine idée de la vérité. C'est faire une hypothèse transcendante et non une déduction nécessaire, à partir de l'observation impartiale de notre condition. En un mot, c'est un pari et non un rapport de police qu'on impose à soi et aux autres.

Le constat initial du bouddha est toujours valide: il n'y a pas un atome de la création qui soit exempt de la souffrance et de la corruption. Il en a tiré une « médecine » de l’esprit consistant à en faire l’anatomie grossière et subtile, afin de séparer les facteurs vertueux et non vertueux pour être heureux et atteindre le Vrai Dieu. Monté sur son souffle très subtil appelé « esprit de claire-lumière », il est exempt de souillure et de perturbations, doté de prodiges et d’apparitions visionnaires, mais il est indicible et inexprimable. Il va sans dire qu’un tel Dieu n’a rien à voir avec ce que nous percevons habituellement, et que relativement à nous, il est totalement caché et occulté. Non pas parce qu’il veut intentionnellement se voiler pour jouer à cache-cache avec nous, mais parce que telle est sa nature. Le Parfait seul  possède l’Etre et la Lumière, tandis que la création consiste en un ensemble de « vases » , de "substances" créées qui ne possèdent pas l’être par elles-mêmes mais en procèdent.

Concrètement, cela veut dire que si on ne « voit » pas Dieu et qu’on ne parle pas avec lui aussi facilement qu’on le voudrait, cela tient à la nature même des phénomènes. Parce que Dieu se tient dans un Royaume pur de clarté et de félicité, alors que nous évoluons au sein de la matière, d’une nature différente, procédant d'une "saisie" d'une volonté qui s'est extériorisée, qui a voulu recevoir "de l'extérieur" ce qu'elle ne parvenait pas à concevoir. Cela ne veut donc pas dire que la matière est mauvaise par elle-même ou quoi que ce soit du genre, mais qu’elle est différente par nature de l’Etre dont elle provient : elle a été créée dans l’occultation de l’être-même dont elle procède.

Pratiquement, cela veut dire qu’il n’y a pas de lien entre le « Vrai Dieu » et nous, parce que le Parfait n’a pas de nature « interventionniste » dans sa création. Il respecte la liberté de l’homme et son indétermination foncière sans faire appel systématiquement à ses "relais angéliques". Il ne se manifeste pas par lois et décrets arbitraires pour imposer son règne. Au contraire, les faux dieux avides, les usurpateurs (procédant de la sphère qu’Aurobindo appelait le « sur- mental ») sont des entités globales qui peuvent usurper le vrai Dieu en remplissant le vide laissé par son absence dans le monde matériel. Usurpateurs que les « gnostiques » appellent les « archontes », les "autorités". Le terme de « gnostique» désigne un mouvement hétérogène apparu au début de l’histoire du Christianisme qui pose et résout de façon convaincante et logique (conformément à ce qu’on observe effectivement autour de soi) le problème du mal et bien d'autres complètement inexplicable autrement.

Dieu n’enraye pas le mal dans la création (argument classique des athées), tout simplement parce qu’il ne le « voit » pas dans la sphère où il réside. Pour le voir et l’enrayer, il lui faut des yeux, des oreilles et des sens. Le croyant, en priant, bien qu’il ne « voit » pas (encore) Dieu lui adresse une supplique et une demande qui « monte » jusqu’à lui grâce à sa ferveur. Elle est entendue par des anges qui avertissent le Père et en retour il peut donner des réponses et des aides. En vérité, c’est le croyant qui donne à Dieu ses yeux et ses oreilles à raison de sa foi, qui consiste à concevoir ce qu’il ne peut pas encore percevoir. C’est bien une sorte de pari, et non une certitude dogmatique qu’on s’impose et qu’on va imposer aux autres.

Ce qui explique comment le croyant du Vrai Dieu se libère des faux et des "gourous" de tout poil, et surtout de l’idée même de gourou et de tout ce qui pourrait s’en approcher. Il est même allergique à ce genre d'idoles. Une personne très médiatique aujourd’hui s’est prise pour Dieu et prétend diriger des âmes. Elle s’appelle Amma. Elle s’est prise pour le Démiurge et a été investie par une puissance archontique, alors qu’elle était très prometteuse à ses débuts et semblait promise à la sainteté. Mais la kabbale explique bien que quand les Lumières sont trop fortes, s'il n'y a pas un "écran total" (qui consiste en une remontée de Malkhut au niveau de Tiferet qui va expulser d'un seul coup toute la lumière précédemment entrée) la brisure du vase est inéluctable car il ne peut pas supporter la pression.  Le symptôme est facile à identifier : prétendre assurer le salut, donner un droit ou un "permis de Dieu" tout en asservissant mentalement et psychiquement la personne, en la rendant esclave d’un privilège imaginaire octroyé. Si Dieu est absent dans notre monde saisi, les archontes eux sont partout et prétendent occuper le trône. Le problème c’est que 99% des humains sont devenus les enfants des archontes, à leur corps défendant ou selon leur volonté propre. Le résultat c'est le malheur, la folie et la mort.  

Ils prétendent alors régir le monde selon leurs décrets qui peuvent se contredire ou s’accorder (pour peu de temps). Ce qui explique la variété des Dieux qui se disputent le « partage des âmes », tous plus autoritaires et arbitraires les uns que les autres, semant la terreur tout en promettant le paradis. En effet, comme il n’existe pas de « pont » tout fait entre le monde de la matière obscurcie et celui de l’esprit pur, il est facile pour un « démiurge » de se faire passer pour Dieu et d’usurper la place. ne délivre-t-il pas les bons points ? N'informe-t-il pas ce Dieu caché des vices et des vertus des pécheurs endurcis ? Le vrai Dieu n’intervient pas ou très peu dans nos histoires. Il atténue le Mal en envoyant des « leurres » lumineux éontiques qui diffusent une sorte de « doctrine universelle », de « sagesse prophétique » qu’on retrouve quasiment à l’identique dans chaque religion. C'est la bonne partie des religions.

Le discernement des puissances archontiques et éontiques permet d’atténuer l’emprise des despotes non humains et leurs alliés serviles humains qui contrôlent ces religions et veulent des esprits enrégimentés. Mais comme cette lumière (ou ce qu’il en reste) est enténébrée et mêlée aux effluves hégémoniques qui veulent asservir l’individu et parfois même tout un peuple, il est extrêmement difficile de se sortir de cette sphère d’influence. En tous cas seul c'est quasiment impossible. Une puissance archontique peut même descendre sur tout un peuple en prétendant en faire un « peuple élu » promis à un brillant avenir, alors qu’elle le prépare au statut de victime universelle sans contrepartie réelle. L’âme de l’homme a ainsi été « capturée » depuis l’origine par les puissances archontiques qui ont enrayé le plan divin et seule la descente du « Fils de Dieu » peut la délivrer.


Parmi les éons, il y a l’Homme (primordial, originel) ainsi que le Fils de l’Homme. C’est à partir de son reflet que le Démiurge et ses archontes décident de fabriquer l’homme, Adam. Le Père, grâce à ses anges déguisés en archontes, suggère au Démiurge d’insuffler son esprit, la Lumière dont il s’était emparé, à Adam. La Lumière est ainsi passée à l’humanité. De rage, les archontes emprisonnent Adam dans l'Éden, vu comme un lieu terrible. Les puissances d’en - haut cachèrent la Gnose et la Vie dans le fruit défendu, et envoyèrent un Sauveur sous la forme du serpent pour inciter Adam et Ève à s’emparer de ces secrets.
Les archontes installent en Adam un second esprit, le contrefacteur, qui va sans cesse combattre les mouvements de l'esprit tiré vers le haut. Le premier couple est expulsé de l'Éden par le Démiurge, furieux. Il souille Ève de sa lubricité, ce qui explique la génération d’Abel et Caïn. La vraie postérité d’Adam ne commence qu’avec Seth, dont seule la descendance, les parfaits, est promise au salut. Le Démiurge envoie le Déluge pour anéantir les parfaits, mais Noé s’abrite avec les siens dans l’Arche et au final c’est la race née de l’union des anges du Démiurge et des filles de la terre qui est anéantie .
Les archontes sont liés à la voûte céleste, au mouvement des planètes. Chaque partie de l’homme, physique ou psychique, appartient souverainement à la puissance de la voûte céleste qui l’a façonnée. Dans ce corps assemblé descend une âme qui, traversant l’un après l’autre chacun des cieux des planètes, y reçoit, en fonction du moment de ce passage, telle ou telle disposition par laquelle l’individu restera soumis aux astres. Enfin, les puissances insinuent dans le fœtus l’esprit contrefacteur destiné à contrarier les pulsions éventuelles de l’homme vers le salut.
Le mélange de tous ces facteurs entraîne des degrés de perfections fort différents qui expliquent les trois grandes catégorisations de l’humanité (pneumatique, psychique ou hylique)


À l’origine de tout,

Il y a un Éon parfait, invisible, inconcevable et éternel, habité par un Être absolu et immuable, le Pro-Père, replié sur lui-même et coexistant avec sa Pensée qui est, elle, Silence absolu.
De cette unité primitive du Pro-Père et de sa Pensée émane une seconde image du Père. Cette première émanation est dégagée de l’isolement primordial et capable d’engendrer. Elle suscite alors l’apparition des trente éons hiérarchisés du Plérôme.

- La présence du Plérôme

Le Plérôme est un terme grec signifiant "plénitude" et qui désigne le monde céleste formé par l'ensemble des éons, que le gnostique atteindra à la fin de son aventure terrestre On y retrouve : Monogène, Logos, Mère céleste, Homme primordial, Fils de cet Homme (ou Seth céleste), grande Génération des Fils de l’Homme primordial, Sophia (Sagesse, parfois qualifiée de lascive), etc. Ces éons vont par couples, féminin/masculin, appelés syzygies. Les éons sont, en même temps que des personnifications de concepts, des univers à part entière, infinis et éternels, reproduisant le schéma général du Plérôme tout entier et de l’Inengendré suprême.

- Dualisme radical ou mitigé

L’opposition entre le monde idéal de la Lumière et celui, imparfait, des Ténèbres et de la Matière peut suivre trois schémas.
Les plus radicaux situent, à l’origine de la création du monde matériel, une subite agression des eaux ténébreuses préexistantes contre la Lumière d’en haut, attaque qui se déroule dans l’espace intermédiaire d’un troisième principe, air ou vide. On retrouve ce thème chez les bogomiles et les manichéens.
Plus fréquemment, la Lumière d’en-haut préexiste seule à toute création. Un accident survenu dans le monde supérieur engendre une puissance difforme et ignorante, Ialdabaôth, autour de qui se forme un éon ténébreux, notre bas monde. La Lumière entreprend une œuvre salvatrice pour anéantir cet éon maléfique. Selon une première variante, Sabaôth, le fils d’Ialdabaôth, va découvrir la Lumière et sera mis par les puissances supérieures à la place de son père pour engager le cosmos vers le salut. Une seconde variante montre Ialdabaôth revenant lui-même au bien.
Les diverses divinités sont considérées comme perverses, liées au monde matériel, tel le Démiurge de la Bible. Les gnostiques n’emploient pas le terme « Dieu » pour désigner l’Être infini dont tout le monde supérieur émane. )(Wikipedia)


Cette perversité se retrouve dans toutes les religions et chez leur dévots. C’est inévitable, car le dévot soumis à une puissance archontique se trouve soumis à une double contrainte, reflet de l’image idéalisée des parents et de son propre fantasme d'enfant tout-puissant : il veut « plaire » à son Dieu (ses parents) pour être son « élu », quitte à dénier l’humanité de son entourage (ses frères) et même à massacrer tout autour de lui pour les besoins de la « cause » la plus noble qui soit, le salut des âmes ou la pseudo-protection de la "petite sœur" ou de la femme « innocente » et "pure". La réalité est un suicide de soi et le règne de la loi des mafias. Le « monde des archontes » est séduisant car on y espère avoir une « place », un « rôle » assigné où il y a des « inférieurs » et des « supérieurs ». On y craint ses supérieurs, alors on essaye de ne pas trop maltraiter ceux jugés comme « inférieurs » de peur du châtiment. C’est le règne de la terreur, le contraire de la liberté, de l’amour et de la charité.

A l’école du crime, qui n’est pas propre à une religion particulière mais est partagée, chacun se développe selon différentes proportions de laideur, eu égard au taux de pénétration et d’infiltration des puissances archontiques : chacun selon sa « loi » se sent en droit d’aller étriper le voisin, de disposer de lui comme il lui convient et de le soumettre. A l’opposé de cette barbarie, il y a le Principe christique, qui considère que le règne de la pseudo-loi est terminé, et que la seule loi qui tienne est celle de l’Amour. Il n’y a pas de règles qui mènent au ciel, et en qui concerne la vie en société, celles élémentaires qui découlent de l’application du droit naturel suffisent à réguler les interactions entre les êtres. Sinon on a toujours un bon prétexte pour aller dépouiller son voisin, peut-être même pour le faire avancer et le sauver ! L’histoire des religions se confond avec celle des crimes perpétrés au nom de Dieu pour quelques Saints sauvés, qui ont quitté le monde de la matière, vivent dans leur imagination vraie et ont la plupart du temps perdu un sens de l’observation des faits qu’ils n’ont jamais eu. Le prix de la sainteté de quelques uns, c’est l’abêtissement du reste de la population, parce qu’au passage ils ont raconté n’importe quoi et ont laissé des maximes qui ne pouvaient s’appliquer qu’à eux et non s’universaliser.

Dès que la « loi » religieuse tente de s’imposer on peut être certain  qu’on s’éloigne du Principe christique de la relation personnelle qui est unique. Il y a autant de croix que d’hommes et aucune ne se ressemble vraiment. Jésus cherche simplement que nous allions au Père, par notre initiative et notre demande sincère, en confessant que nous sommes rien, que nous ne pouvons pas communiquer avec le Bien car nous sommes corrompus, qu’il y a un  écran entre lui et nous et une triple nuit à traverser : celle des sens, de l’âme et de l’esprit que le Fils même de Dieu a du connaître pour rejoindre le Père. Alors le Dieu de bonté peut apparaître, caché au milieu des ténèbres. L’Eglise a condamné comme hérétiques des personnes qui avaient un peu de bon sens et des capacités d’observation. Si Dieu n’est pas présent dans ce monde, il y a une raison profonde à cela : la différence de nature entre le Démiurge source de tous les travestissements et de toutes les déceptions et le Dieu de bonté source d’espérance, d’allégresse et de vérité.  


Marcion (v.85- v.160) est un personnage capital du christianisme primitif mais c'est aussi le premier grand hérétique. Marcion est né dans une famille chrétienne du Royaume du Pont. C’est un représentant typique des élites chrétiennes non juives. Son père, riche armateur, fut épiscope de Sinope. Il part en Asie Mineure avant de se rendre à Rome vers 135 où il est le premier à amener les lettres de Paul inconnues auparavant. Il devint membre influent de l’Église de Rome en lui faisant une importante donation avant d'être excommunié par celle-ci pour ses positions. Ce rejet est sans influence en Bithynie où il s'en retourne reprendre la charge sacerdotale de son père.
Il publia les Antithèses, où il dit que le Dieu de Jésus n’a rien à voir avec le Créateur de l’Ancien Testament, divinité ignorante, brutale et matérialiste. Il rejette les anciennes Écritures, ne gardant qu’une sélection des nouveaux écrits . Exclu de l’Église de Rome en, il se lance dans des campagnes missionnaires, fonde de nombreuses églises où l’on pratiquait une morale très austère, comportant la renonciation à la sexualité et à la vie de famille, tout en se préparant au martyre. Son Église qui s’étend « à tout le monde habité » rivalisera longtemps avec la Grande Église avant de disparaître vers le IXe siècle.

Du fait que Marcion retenait certains textes chrétiens du Nouveau Testament considérés ultérieurement comme canoniques, bien des critiques refuseront de considérer Marcion comme un gnostique. Adolf von Harnack en fait une des figures les plus importantes de l’histoire de l’Église entre Paul de Tarse et Augustin d'Hippone.
Marcion partage l’essentiel du dualisme gnostique, sans inclure les implications apocalyptiques. Il oppose la Loi et la Justice, instituées par le Dieu Créateur de l’Ancien Testament, Yahvé, à l’Amour et à l’Évangile, révélés par le Dieu Bon à travers Jésus. Par la prédication de Jésus, le Démiurge apprend l’existence du Dieu Transcendant, et il se venge en livrant Jésus à ses persécuteurs. Par son sacrifice, Jésus rachète l’humanité au Dieu Créateur. Mais les fidèles continueront d’être persécutés jusqu’à la fin des temps, lorsque le Dieu Bon se fera connaître, qu’il les recevra dans son royaume, et qu’il anéantira la Matière et le Créateur/Démiurge.

Pour Harnack (Adolf von Harnack Marcion. L'Evangile du Dieu étranger, contribution à l'histoire de la fondation de l'Eglise catholique), Marcion «radicalise les antithèses religieuses de Paul» entre la Loi et la vision d'amour portée par la figure du Christ, au point d'outrepasser les positions de l'apôtre : «L'Ancien Testament est abandonné.» La pensée de Marcion se meut pourtant tout entière dans l'univers religieux des juifs de son temps. Harnack soutient d'ailleurs l'hypothèse de sa judéité. Il n'y a chez Marcion aucune tentation philosophique («grecque»), aucun emprunt à d'autres sources que la tradition juive d'une part et d'autre part celle du courant paulinien qu'il revendique comme unique filiation. On sait combien Paul s'est voulu «apôtre des gentils». Si Marcion pose l'existence de deux dieux opposés, le bon et l'autre, chez lui ce dernier n'est autre que le dieu créateur de la Bible. Il admet pourtant que les faits qu'enseigne le livre juif sont véridiques. Toutefois, ce dieu néfaste n'est pas méchant au sens ordinaire (ou comme peut l'être le démiurge d'autres courants gnostiques) et Marcion lui accorde même le qualificatif de «juste». Mais cette justice est celle de la Loi (mosaïque puisque Marcion n'en reconnaît pas d'autre) et donc celle de la contrainte. Le dieu annoncé par Jésus, en revanche, est radicalement étranger au monde et pur amour. Entre les deux divinités, le choix est strictement exclusif : la foi en Jésus comme sauveur n'est pas la «fin de la loi» mais son rejet pur et simple. On doit à Marcion, dit Harnack, d'avoir «annoncé que Jésus n'a pas besoin d'accréditation, car ce sont ses paroles et ses actions qui l'accréditent (...). Christ n'a pas besoin de précurseur ni d'auxiliaire». Logiquement, les Eglises marcionites ne reconnaissaient pas l'autorité naissante dévolue aux clercs dans la Grande Eglise : «Pour eux la simplicité consiste à renverser la discipline», se plaignait Tertullien.

Harnack était un savant autant qu'un croyant. Toute la première partie de son livre est occupée par la restitution patiente du corpus marcionite. Les oeuvres de Marcion sont perdues et des traces n'en subsistent que dans les citations polémiques qu'en font les auteurs dont les manuscrits se sont transmis parce qu'ils représentaient la tradition catholique orthodoxe. Si Marcion a pu connaître un ou plusieurs autres Evangiles, canoniques ou pas, il ne fait cas que du seul Luc. Il a donc édité l'Evangile du «secrétaire» de Paul et des épîtres de ce dernier, rayant impitoyablement de leur texte ce qui lui paraissait être des ajouts indus (en particulier, bien sûr, tout ce qui renvoie au passé juif de l'AT, y compris les prophéties messianiques). Le «livre saint» bipartite de Marcion préfigurait la division en deux parties du futur Nouveau Testament, voire la notion de canon, par l'usage exclusif qu'il accordait à ces textes au sein de son Eglise. Pour Harnack, le testament chrétien serait donc «né sous l'impression faite par la création de Marcion».

Par ailleurs, celui-ci a écrit un autre livre, les Antithèses, dont «l'autorité devait être reconnue de tout marcionite» admis dans l'église. L'ouvrage commence par «la seule phrase un peu longue que nous possédions mot à mot de la plume de Marcion : "oh, merveille de merveilles, ravissement, puissance et étonnement, que l'on ne peut rien dire ni penser de l'Evangile et qu'on ne peut le comparer à rien"». Harnack remarque qu'aucun mot n'y est plus fréquent que celui de «nouveau» : «Tout doit être lu sous le seul point de vue de la nouveauté du message du Dieu d'amour rédempteur et du caractère effrayant et lamentable du Dieu cruellement juste du monde et de la Loi (...). Seul Luther, avec sa foi en la justification, peut rivaliser ici avec Marcion.» (L'Evangile selon Marcion)


Une fois de plus, l’étude de l’histoire et des sources croisées des  religions nous renseigne plus que toutes les « révélations » qu’on pourrait avoir subjectivement et permet d’ôter les doutes qui obscurcissent l’esprit et paralysent l’action. Dieu n’intervient pas ou qu’avec parcimonie dans l’histoire humaine, mais quelques personnes un peu décidées et éduquées  pourraient tout à fait endiguer le flot de bêtise qui empêche les âmes de se développer correctement. La création n’est pas mauvaise mais est juste momentanément captive de la prédation d’ « anciens » en tous genres, qui bloquent les initiatives des jeunes et se font passer pour un Dieu dont ils ont usurpé le Trône nécessairement vacant et se font les geôliers des hommes et leurs femmes complices en association de malfaiteur.  

14:54 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |