03/12/2013

Créer son propre Dieu

En regardant partout autour de soi - livres, pratiquants et forums -, la chose qui provoque l'échec de tout le monde, c'est le manque d'amour. Si Dieu ou un maître ne nous tombe pas dessus, il est quasiment impossible de générer un amour suffisant pour servir de fondement à toutes les pratiques possibles (yoga, mantras, méditation etc). On essaie de développer, la clarté, la sérénité, la joie sans cause, la liberté... tout ça c'est assez facile au fond, mais l'amour transverbérant, ou l'amour séraphique, celui qui va dénouer le noeud du coeur, c'est si difficile que personne ne souhaite s'aviser que c'est la base de tout, le plat principal. Le reste n'est qu'une sauce qui vient agrémenter ce plat.

Cet amour, étant notre fondement même, est la chose la plus cachée au monde. Dieu le réserve à ses saints, les maîtres à leurs proches disciples. Mais on voit finalement que c'est bien ce qui est pratiqué au fond. Quand on essaie de mettre en pratique le Guide du pays de dakinis, qui explique le stade de génération tout bête, on voit bien que tant qu'on n'éprouve pas un amour surnaturel pour le bouddha dont on doit générer la terre pure, c'est absolument peine perdue, ça ne marche pas. Et puisque personne ne semble disposé à nous le donner, il va bien falloir trouver des moyens d'y parvenir, d'une manière ou d'une autre. S'il y a une chose à laquelle on doit passer des années, voire toute sa vie, c'est bien celle-là. Le reste n'est pas important en comparaison, ce sont juste les options de la voiture. Le meilleur moyen à mon sens est le roman dharmique, puisque l'amour ne nous sera donné nulle part ailleurs, ni pour Jésus, ni pour Allah, ni pour Gourou Rinpoche, ni pour Amma. Le véritable critère de cet amour, c'est que pour lui on serait prêt à se faire martyr. En-dessous, ça n'est pas la vraie chose, et cela ne nous mènera pas au but. Cela ne veut pas dire qu'on devra se faire martyr, mais que si l'être auquel on voue son amour nous le demandait, on le ferait, comme Ryndil dans la saison 8 (dans une partie non encore publiée). Ce n'est pas qu'il ait tellement le choix. L'amour le contraint, il ne peut pas vouloir autre chose.

Pour nous, nous devons donc créer un être qui nous inspire cette sorte de dévotion et l'appeler "Dieu". En fin de compte, il est probable que cet être devienne notre corps d'immortalité. En attendant nous devons faire en sorte de concevoir Dieu, et c'est l'entreprise la plus compliquée possible car c'est quelque chose qui est notre opposé sur à peu près tous les plans. On ne sait pas le temps que gagnent les saints lorsque cette chose leur est donnée. C'est vraiment une très grande chance. J'ai rencontré des tas de gens qui prétendaient avoir de la dévotion pour leur maître, mais aucun n'avait ce dont je parle au centième, sinon il serait devenu saint en quelques années. Et dans les histoires tibétaines, de disciple rencontrant son maître, on peut soupçonner assez fortement que cela est donné, vu l'attitude tout à coup très bizarre du disciple qui ne se comporte plus du tout comme une personne normale. C'est pourquoi on dit que le gourou yoga est la base de tout. On oublie simplement de préciser que s'il n'est pas donné, il est inutile d'essayer de le générer sur une base extérieure à soi, Machin Rinpoche ou yidam truc, ces images ne nous correspondent pas, par définition. On est obligé de le tirer de sa propre substance si on veut avoir une chance de réussir. Notre karma fait un gros blocage si on essaie de s'y prendre autrement.

Mais comment un Dieu qui n'existe pas va nous aider ? C'est un peu le secret de l'état humain. Dans la théorie soufie, Dieu existe en tant que tel, mais nous sera toujours inconnaissable. La seule chose que nous pouvons connaître, c'est la projection que nous en faisons. Le vrai Dieu nous donne le pouvoir créateur pour générer notre Dieu à nous, qui est le seul que nous connaîtrons jamais. Alors pour limiter cette créativité, on nous dit que Dieu c'est Jésus, ou Allah, en sorte que tout le monde est bien encadré et que rien ne sort de la norme. En effet, ce pouvoir créateur est finalement énorme, si on y réfléchit. Il faut donc le limiter par tous les moyens possible. C'est à ça que servent les religions, et c'est d'ailleurs à quoi s'appliquent les entités qui sont les chefs de chaque religion. Il faut bien que les hommes puissent créer quelque chose pour qu'ils puissent accéder au paradis où leurs créateurs veulent les voir, mais chacun a sévèrement limité le mode d'emploi à un modèle ou deux.

Mais d'après mon expérience on peut se créer le Dieu qu'on veut, en tartiner ses murs, et avoir vraiment l'impression qu'il est là. Il y a réellement une force qui veille sur nous, et cette force prendra la forme que nous lui donnerons. Toutes les traditions le disent, à travers des dictons du style "je serai tel que tu penses que je suis". Dans le soufisme c'est dit clairement, sauf que le seule modèle possible, c'est le Prophète, ou le Cheikh.

Alors se créer un modèle de toutes pièces, ça n'est pas si facile, mais en s'inspirant de tous les autres, c'est assez possible finalement. Ensuite il faudra écrire son histoire, lui définir un certain nombre d'amis (sa "suite"), imaginer comment il est devenu Dieu, et il aura certainement son petit caractère... Ce qui modifie peu à peu toute notre perception de la réalité, et qui explique un peu mieux comment les dieux se comportent finalement. Si on connaît un peu l'âme humaine et qu'on se met à leur place, on voit vite qu'il n'y a pas 36 modes de relations possibles. Soit il s'en fiche complètement et reste au ciel, ce modèle n'a aucun intérêt, soit on arrive à un modèle de tyran parfait à la Allah ou à la Jehovah, parce que ça ne peut marcher que comme ça. En effet, ce type de Dieu veut tout donner, il doit donc obliger la créature à se créer le réceptacle nécessaire, ce qui ne peut se faire qu'en lui imposant écran sur écran (nuits obscures, souffrances et compagnie). Pour ma part, j'ai opté pour un modèle mixte, qui aime bien les martyrs, mais qui accepte qu'on reste chez soi pour pratiquer et qu'on puisse partir en corps d'arc-en-ciel, ce que les dieux des religions monothéismes n'admettent pas.

01:51 Écrit par Ry | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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