07/12/2013

Les élus, les dieux et les hommes

Il me semble que certains êtres sont littéralement « prédestinés » dans leur vie terrestre, ce qui les dispense de trop se poser de questions. Si on baigne de naissance dans un autre monde fait de félicité, de sens et de pouvoir, pourquoi s'en faire  et sonder le mystérieux inconnu et les secrets des autre dieux ? Les membres de la "race des dieux" sont inscrits dans des « listes d’élus » et pris en charge pas leurs « dieux ». Ces dieux peuvent être connus sous les noms publics de Jeovah, Allah ou même Jésus, la Mère divine, ou prendre la forme d’autres entités connues et inconnues. Ce sont des êtres dotés d'une volonté propre et qui influencent le cours d'univers entiers. Il en existe à mon avis des milliards.

Ils ont tous la capacité de se faire passer pour « Dieu » lui-même (vu la naïveté et la bêtise insondable des êtres humains), le "Parfait et le Très Bon" qui se tient au-dessus de la mêlée mais qui est silencieux et non agissant, source de toutes les qualités et de tous les univers, et d’usurper son titre. De toutes façons sa nature est la non-intervention, la béatitude et la paix qui transcendent tout. La palme revenant au Dieu des chrétiens qui se fait nommer le « Dieu vrai » et prétend éclipser tous les autres ! Il est vrai qu’il a réalisé sa propre mutilation et son auto-sacrifice (il s’est scindé en trois personnes) pour faire ce qu’aucun autre Dieu n’avait pu même envisagé, même Odin qui aime pourtant le sang frais : partager l’ignorance des êtres en se livrant aux ténèbres. Le malheureux Fils a donc du souffrir une Passion sans équivalent dans l’histoire, afin d’amener la Lumière pour certains hommes. Mais le problème c’est qu’au final cela ne change rien à notre condition si on est pas inscrit de facto sur une liste de prédestiné.

Jean-Paul Sartre dans un tout autre contexte a écrit des lignes fort pertinentes qui éclairent notre condition.

"L'existentialisme n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt : même si Dieu existait, ça ne changerait rien ; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyons que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence ; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action, et c'est seulement par mauvaise foi que, confondant leur propre désespoir avec le nôtre, les chrétiens peuvent nous appeler désespérés."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'existentialisme est un humanisme)


Même si "Dieu" existe, et là est toute la nuance concernant l’hypothèse de son existence ou de son absence, s’il ne nous a pas inscrit sur son « livre de vie » cela ne changera à notre affaire et à notre vie. C’est là où se situe le nœud gordien pour les chrétiens et pour toutes les religions. On laisse des misérables, des orphelins des Dieux, croupir dans des cercles de religieux qui radotent sans fin, alors qu’ils n’ont rien à y faire. On comprend que des esprits forts comme Lucifer ou Nietzsche se soient révoltés : le "plan" laisse des êtres à la traîne sans raisons valables. Est-ce juste en fin de compte ? Car la vie des non-prédestinés est d'un genre inférieur, limitée et souvent gâchée, et personne ne prend la peine de dire que l'affaire est sans avenir. Mieux : tout est fait pour maintenir le statut quo, afin qu'il n'y ait pas de remous et de vagues dans l'univers. On fait mijoter les esclaves dans l’espoir qu’un jour ils iront au paradis, que cela soit celui d’Amma, de Jésus, de Bouddha et j’en passe et des meilleures, en leur imposant des règles toutes plus bêtes les unes que les autres qui les font s'entredéchirer.

En vérité, les règles fonctionnent et ont un sens quand un Dieu particulier a jeté son dévolu sur l’âme qu’il a créée précédemment. Alors la « règle » est une restriction indispensable à la descente de la Lumière, l'irruption soudaine de la Grâce et la stabilisation de la Félicité. Toutes trois s’éploient généreusement sur celui qui a été choisi volontairement. Les chroniques des saints abondent dans ce récit redondant. Si un écran n'est pas instauré, l'élu deviendrait fou, perdrait la raison ou céderait à l’orgueil. Il doit donc subir des « nuits noires » (à la Saint-Jean de la Croix) et de sévères épreuves (comme les saints et martyrs chrétiens) pour recevoir toujours plus.  Il lui faut donc que son Dieu assigne sans cesse une limite à son chouchou qui est la « Loi » qu’il donne en même temps que sa Miséricorde, pour faire cet « écran » qui seul permet aux réceptacles de Lumière de se purifier et de s’agrandir sans céder sous la pression. C’est le témoignage de son amour. Sinon il y a risque que les réceptacles explosent comme cela arrive parfois (je crois que c’est même ça qui est arrivé à Amma car elle n’a pas fait « d’écran » au nombre et à la folie de ses disciples et s'est prise pour le Dieu qui l'a investie). Tout cela est expliqué en détail dans la kabbale juive suivant le Ari et son interprète Ashlag.
 
Mais si un Dieu ne nous a pas mis sur sa liste, toutes ces règles n’ont aucun sens, à part venir pourrir sa vie et être un prétexte à empoisonner celle des autres. C’est toute l’histoire des religions qui perdent l'homme sans essence et sans trop de qualités à la base.
"Quand Dieu se tait, on peut lui faire dire ce que l'on veut."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)


Cela ne tient pas à une prétendue part « humaine » et trouble qui s’opposerait à une part « divine et pure », mais au fait que les gens ne veulent pas voir l’aveuglante vérité : ils ne sont rien et n’ont pas d’être, en d'autres terme pas d’âme du tout. Elle n'a pas encore été créée car aucun Dieu ne l'a créée. Ils n’entendent rien et sont aveugles. Ils manquent d’humilité et ne refusent de "voir" leur triste condition.

"Dieu est mort, mais l'homme n'est pas, pour autant, devenu athée. Ce silence du transcendant, joint à la permanence du besoin religieux chez l'homme moderne, voilà la grande affaire aujourd'hui comme hier."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Situations)

"Je me demandais à chaque minute ce que je pouvais être aux yeux de Dieu. A présent je connais la réponse : rien. Dieu ne me voit pas, Dieu ne m'entend pas, Dieu ne me connaît pas. Tu vois ce vide au-dessus de nos têtes ? C'est Dieu. Tu vois cette brèche dans la porte ? C'est Dieu. Tu vois ce trou dans la terre ? C'est Dieu encore. Le silence c'est Dieu. L'absence c'est Dieu. Dieu c'est la solitude des hommes. Il n'y avait que moi : J'ai décidé seul du Ma l; seul, j'ai inventé le Bien. C'est moi qui ai triché, moi qui ai fait des miracles, c'est moi qui m'accuse aujourd'hui, moi seul peut m'absoudre ; moi, l'homme. Si Dieu existe, l'homme est néant ; si l'homme existe... "
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon Dieu, acte 2)
 

Mais là où l’affaire se complique, c’est qu’on peut « réaliser » au moins en partie son néant d’être (donc acquérir un minimum d'humilité), mais ce n’est pas pour autant que Dieu va se pencher sur notre cas et nous susurrer tendrement des mots doux à l’oreille. Alors il ne reste plus qu'à poser un soit-disant "libre choix" dans le néant du monde sensible, de se "projeter" dans un avenir illusoire. Pendant ce temps, Dieu est occupé ailleurs. Avec les membres de sa « communauté des saints », il aime se faire connaître d’eux toujours plus intimement et n'en a rien à faire de nous. Pour nous autres cela sera toujours zéro, encore zéro et éternellement zéro, alors que pour les êtres prédestinés c'est la béatitude éternelle. Bref ce qu'on appelle l'enfer, l'absence de Dieu et de l'être. Comment ne pas se révolter ? 

"Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)

A partir de là, on comprend aisément comment des sentiments de haine et de revanche sont générés chez les « réprouvés », qui sont d’autant plus aigris qu’ils imaginent que la récompense est proche. J'ai autour de moi une personne qui souffre tragiquement de cette situation. Mais à chaque pas en avant, elle ne fait que s’éloigner un peu plus de son but. C’est une situation dramatique qui pousse à la compassion, mais ces personnes refusent de voir la vérité en face, qui est assez cruelle il est vrai. Alors pendant que les dieux font la fête avec leurs élus et convolent en "noces chymiques", les êtres englués dans le samsara pleurent et travaillent pour rien, tout en jalousant dans leur folie d'autres réprouvés qu'ils s'imaginent privilégiés. Mais à qui profite ce crime organisé ?
 
"Le désordre est le meilleur serviteur de l'ordre établi. [...] Toute destruction brouillonne, affaiblit les faibles, enrichit les riches, accroît la puissance des puissants."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)

Comme le salut ne se produit pas et se fait attendre (on attend toujours Godot...), alors la haine et la malveillance des gens augmentent en proportion de la frustration, ce qui rend l’atmosphère proprement irrespirable dans les cercles spirituels infestés par le mensonge. Il y a l’idée insensée que le groupe est « élu » et que tous ses membres vont monter mystérieusement vers le ciel pour une Ascension. Peut-être une soucoupe volante ou autre chose d'infiniment improbable... Mais dans les faits concrets, dans la vie quotidienne, rien de tout cela ne se produit, et on se retrouve dans la situation d’Antoine Roquentin dans la nausée qui ne peut sortir de lui-même, de sa pensée et de son néant d’existence.

« La chose, qui attendait, s'est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j'en suis plein.- Ce n'est rien : la Chose, c'est moi. L'existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J'existe.J'existe. C'est doux, si doux, si lent. Et lége r: on dirait que ça tient en l'air tout seul. Ça remue. Ce sont des effleurements partout qui fondent et s'évanouissent. Tout doux, tout doux. Il y a de l'eau mousseuse dans ma bouche. Je l'avale, elle glisse dans ma gorge, elle me caresse - et la voila qui renaît dans ma bouche, j'ai dans la bouche à perpétuité une petite mare d'eau blanchâtre - discrète - qui frôle ma langue. Et cette mare, c'est encore moi. Et la langue. Et la gorge, c'est moi.

Je vois ma main, qui s'épanouit sur la table. Elle vit - c'est moi. Elle s'ouvre, les doigts se déploient et pointent. Elle est sur le dos. Elle me montre son ventre gras. Elle a l'air d'une bête à la renverse. Les doigts, ce sont les pattes. Je m'amuse à les faire remuer, très vite, comme les pattes d'un crabe qui est tombé sur le dos. Le crabe est mort : les pattes se recroquevillent, se ramènent sur le ventre de ma main. Je vois les ongles - la seule chose de moi qui ne vit pas. Et encore. Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant - on dirait un poisson, s'il n'y avait pas les poils roux à la naissance des phalanges. Je sens ma main. C'est moi, ces deux bêtes qui s'agitent au bout de mes bras. Ma main gratte une de ses pattes, avec l'ongle d'une autre patte ; je sens son poids sur la table qui n'est pas moi. C'est long, long, cette impression de poids, ça ne passe pas. Il n'y a pas de raison pour que ça passe. A la longue, c'est intolérable... Je retire ma main, je la mets dans ma poche. Mais je sens tout de suite, à travers l'étoffe, la chaleur de ma cuisse. Aussitôt, je fais sauter ma main de ma poche ; je la laisse pendre contre le dossier de la chaise. Maintenant, je sens son poids au bout de mon bras. Elle tire un peu, à peine, mollement, moelleusement, elle existe. Je n'insiste pas : ou que je la mette, elle continuera d'exister et je continuerai de sentir qu'elle existe ; je ne peux pas la supprimer, ni supprimer le reste de mon corps, la chaleur humide qui salit ma chemise, ni toute cette graisse chaude qui tourne paresseusement comme si on la remuait à la cuiller, ni toutes les sensations qui se promènent là-dedans, qui vont et viennent, remontent de mon flanc à mon aisselle ou bien qui végètent doucement, du matin jusqu'au soir, dans leur coin habituel.

Je me lève en sursaut : si seulement je pouvais m'arrêter de penser, ça irait déjà mieux. Les pensées, c'est ce qu'il y a de plus fade. Plus fade encore que de la chair. Ça s'étire à n'en plus finir et ça laisse un drôle de goût. Et puis il y a les mots, au-dedans des pensées, les mots inachevés, les ébauches de phrases qui reviennent tout le temps : "Il faut que je fini... J'ex... Mort... M. de Roll est mort... Je ne suis pas... J'ex..." Ça va, ça va... et ça ne finit jamais. C'est pis que le reste parce que je me sens responsable et complice. Par exemple, cette espèce de rumination douloureuse : j'existe, c'est moi qui l'entretiens. Moi. Le corps, ça vit tout seul, une fois que ça a commencé. Mais la pensée, c'est moi qui la continue, qui la déroule. J'existe. Je pense que j'existe. Oh! le long serpentin, ce sentiment d'exister - et je le déroule, tout doucement... Si je pouvais m'empêcher de penser! J'essaie, je réussis : il me semble que ma tête s'emplit de fumée... et voila que ça recommence :
"Fumée... ne pas penser... Je ne veux pas penser... Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c'est encore une pensée."
On n'en finira donc jamais?

Ma pensée, c'est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m'arrêter. J'existe par ce que je pense... et je ne peux pas m'empêcher de penser. En ce moment même - c'est affreux - si j'existe, c'est parce que j'ai horreur d'exister. C'est moi, c'est moi qui me tire du néant auquel j'aspire : la haine, le dégoût d'exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m'enfoncer dans l'existence. Les pensées naissent par derrière moi comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête... si je cède, elles vont venir la devant, entre mes yeux - et je cède toujours, la pensée grossit, grossit, et la voilà, l'immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence. (...)
Je suis, j'existe, je pense donc je suis ; je suis parce que je pense, pourquoi est-ce que je pense? je ne veux plus penser, je suis parce que je pense que je ne veux pas être, je pense que je... parce que... pouah ! » (Jean-Paul Sartre / La nausée)

 
Toute autre est la situation des êtres inscrits sur une « liste » dans l’éternité, comme on peut le voir en lisant des bio de saints dans toutes les religions (Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extra-ordinaires dans la vie mystique). Ils ont des signes précis de leur prédestination depuis l’enfance et leur vie s'accompagne de manifestations miraculeuses, car ils vivent dans un autre monde, qui n'a que des petites intersections avec le notre que nous croyons partager avec eux. Par exemple, des anges viennent leur parler, ils leur disent ce qu’ils doivent faire, leur donnent souvent une « mission ». Ce n’est pas un effet spécieux de l’imagination, mais la façon dont le Dieu en charge d’une certaine âme joue avec cette âme pour l’éprouver et entrer en union avec elle. Cela peut aller loin : Saint-Michel n'hésite pas à trouer les têtes pour ceux qui ont la tête un peu dure. Ainsi, l’histoire que le Dieu nous a montrée avec son enfant est-elle toute entière amour, jubilation et suavité, même dans les épreuves les plus difficiles et les plus rocambolesques. Tout fait sens pour renforcer le sentiment d'appartenance de l'âme à celui qui l'a créée.  

"[...] un élu, c'est un homme que le doigt de Dieu coince contre un mur."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)
 

Ce qui compte dans la vie du saint, ce n’est pas le contenu des événements qui se passent sur la terre. C'est qu’ils lui servent de « matière », de « base » pour établir une relation d’amour indéfectible avec son Seigneur. Ce sont les naïfs qui pensent que Dieu donne des « missions » pour des missions, pour les autres que le Saint lui-même. Il peut agir comme il veut avec ses élus, car il peut tout. La France aurait pu être délivrée autrement des anglais que par les moyens invraisemblables déployés par Jeanne-d’Arc (en suscitant par exemple un Napoléon avant l'heure), mais son Dieu a voulu jouer avec elle d’une certaine façon, parce que c’est ça qui lui plaisait, même si les procédés sont extravagants. Mais il aurait pu s’y prendre autrement, et Allah ou Heruka auraient sans doute procédé tout autrement...

L’essentiel c’est donc d'établir et de faire fructifier la relation d’amour (l’effusion de l’Esprit procédant du Père et du Fils) entre l’élu (le Fils) et le Père (le Dieu de l’élu). Le contenu de cette relation est juste un prétexte pour que l’amour se déploie en une relation vivante et personnelle. C’est aussi ce qu’éprouvent les personnes dite « libérées » en Inde. Ce ne sont pas les témoins neutres et détachés d’un monde vide en soi, mais les acteurs engagés dans une relation pleine et entière avec leur dieu sur le terrain du monde qui est devenu le miroir pur (et parfois impudique) de leurs ébats avec lui. Mais comme cette vision est privée, il n’y a pas de problème, elle reste secrète et les idiots sont dupés.   

Evidemment tous ceux qui ne vivent pas une telle relation "chérubinique" et envient cette relation sont persuadés que l’important c’est que Dieu fasse telle ou telle chose sur terre. Ils « littéralisent » pour ainsi dire Dieu, espèrent le faire entrer de force dans la trame de la réalité sensible pour masquer leur vide existentiel. C’est un phénomène de « saisie » au sens propre. Cela produit une regrettable et tragique confusion entre "amour séraphique" qui est toujours personnel et normes de conduites standardisées communes. Le dieu d’un Elu joue simplement avec lui et se moque un peu du reste pour progresser en amour et en perfection au sein de sa relation toujours perfectible dans sa manifestation, même si elle est parfaite en essence. Le monde est bien un prétexte pour cette "lila".

Il existe plusieurs races de Dieu avec plusieurs groupes d’élus aux caractères bien affirmés et trempés, de même qu’il y a des espèces bien différenciées d’hommes communs suivant leurs qualités et leurs aspirations. Je me demande même si les hommes et les femmes appartiennent à la même espèce, je n’en suis pas certain du tout. J'habite aussi avec un être androgyne qui vient visiblement d'ailleurs et je sais qu'il existe toutes sorte de personnes très différentes capables de certains prodiges du fait de leur différence. L’imposture de l’histoire humaine consiste à nier la réalité de la nature des Dieux (alors qu’on voit bien les traces précises de leur action sur certaines personnes choisies, les saints, et leur absence chez les autres), ou à réduire cette pluralité manifeste à un « Dieu unique » qui prétend avoir le monopole et régner sur tous. En fait au ciel comme sur la terre la bataille fait rage pour créer des âmes, se partager des élus, fabriquer des mondes, assurer la continuité des processions divines, engager des milices angéliques, etc…

La vie divine est une intense activité, une profusion extra-ordinaire, qui évoque davantage une composition baroque que la supposée immuable « harmonie des sphères » (alors que la vie réelle du cosmos est faite de catastrophes, de collisions multiples, c’est un bazar sans nom). La «  vie des maîtres », ce n’est pas se rassembler calmement autour d’une table pour discuter paisiblement de l’avenir de l’humanité, mais c’est coups fourrés, intrigues, équivoques et changements permanents. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et réciproquement. Les dieux peuvent prendre toutes les formes qu’ils veulent, il est donc très difficile même pour eux de savoir ce qui se passe vraiment, alors certains préfèrent demeurer tranquilles dans les sphères plutôt que trop se mêler des affaires humaines. Mais un autre a choisi une aventure unique et s’est mutilé pour venir faire une liste spéciale et rassembler des élus…Il doit passer pour avoir des goûts bizarres.


Donc pour l’homme qui a perçu qu’il n’avait pas d’essence fixe, pas de nature pré-déterminée, qu’il n’appartenait à aucune « liste », il ne lui reste plus qu’à devenir bouddhiste.

Bouddha savait bien que la majorité de la population ne pouvait pas trop compter sur les dieux au sens théiste, alors il a ouvert un chemin permettant de créer son Dieu, une relation personnelle d’amour avec un être dont on a la vision exclusive, avec son propre esprit sans faire appel à la race des dieux et à une alliance impossible et trompeuse. Mais cette voie est extrêmement subtile et délicate. Mais au moins on a une méthode plutôt que rien, en attendant qu’un véhicule réellement adapté à la race humaine se manifeste pour elle et soit créé en connaissance de cause.

17:19 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Albert Einstein a dit :
Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'univers, je n'en suis pas tout à fait sûr.

Écrit par : Evelyne | 07/12/2013

Il y a quelque mois de cela vous disiez que c'était le bouddhisme qui était impraticable et que c'était le christianisme la solution et maintenant vous dites l'inverse !?

Écrit par : Hein??? | 09/12/2013

Je ne suis pas exactement l'auteur de l'article mais je réponds quand même. En fait les deux sont impraticables tels qu'ils nous sont présentés. Donc je ne vais pas réécrire un article en entier, mais en ce qui me concerne je dirais que 3 éléments sont nécessaires et qu'on ne les trouve pas dans une seule tradition : tummo, thögal, et la spiration d'amour qu'on nomme le Saint Esprit, mais que les bouddhistes vont nommer l'état naturel. Cette spiration, comme tout dynamisme, implique 2 pôles, un pôle émetteur et un pôle récepteur, que nous devons intérioriser tous les deux (en générer des cognitions valides). Je n'ai jamais trouvé dans le bouddhisme l'inspiration qu'il fallait pour cela, tout simplement parce que les textes sont tout à fait insuffisants et que les Rinpoches n'ont pas l'intention de partager leurs mérites avec nous (entre autres ils ne racontent pas leurs expériences, ou seulement de manière très extérieure, rien à voir avec les descriptions qu'on trouve chez les chrétiens et qui nous montrent ce que c'est vraiment, à quoi ça doit ressembler de l'intérieur). Il a donc bien fallu trouver le bon modèle quelque part et c'est chez Jésus et les Saints orthodoxes que nous l'avons principalement trouvé. Il faut en outre y ajouter le roman dharmique sans lequel tout cela resterait très flou.
Quand on dit que le christianisme est impraticable, ce n'est pas en tant que modèle archétypal d'une relation entre Dieu et sa créature, c'est en tant que contenu donné par l'Eglise.
Sincèrement, nous préférerions que la recette du corps de lumière existe dans un PDF de 15 pages, plutôt que répandue dans des milliers de livres.

Écrit par : Ry | 09/12/2013

Bonjour Ry,

tu écris : "Sincèrement, nous préférerions que la recette du corps de lumière existe dans un PDF de 15 pages, plutôt que répandue dans des milliers de livres."

Selon le modèle de la Gnose l'être humain serait constitué de 3 corps : un corps biologique (le corps physique), une âme (corps émotionnel), un esprit (partie non humaine). La 1 ère mort serait celle du corps biologique (tous les atomes sont alors recyclés et réutilisés pour créer d'autres solides, liquides, gaz, c'est à dire d'autres structures matérielles). L'esprit retournerait à sa source...? La 2 ème mort serait celle de l’âme en passant la porte de la lumière, ses constituants seraient donc recyclés, mais dans la lumière (comme le corps physique dans la matière).
Si j'ai bien compris, celui qui réussi à se fabriquer un corps de lumière peut passer la porte de lumière sans être réduit en miettes ? Un peu comme une goutte d'eau qui voudrait rejoindre l'océan sans se diluer dedans ?
Et celui qui voudrait un corps biologique immortel, que fait-il pour empêcher les atomes de son corps de changer de partenaire ? De plus, il faut savoir que le modèle de l'atome est totalement obsolète aujourd'hui, mais très utile pour construire des voitures, des avions. Conclusion, ça n'est pas facile de penser plus loin qu'on ne sait !

Écrit par : Evelyne | 10/12/2013

Peut-être que tu devrais lire "un nouveau corps pour mon âme" (je te l'envoie par email). On voit que l'âme n'est pas recyclée du tout (c'est aussi conforme à ce que dit Seth), mais que les connaissances s'y ajoutent de vie en vie. Je pense que les gnostiques qui font la promotion de ce modèle mènent une entreprise assez louche.
Je dirais plutôt que celui qui arrive à se fabriquer un corps de lumière s'unit à Dieu dans une certaine mesure, à savoir qu'il n'aura plus jamais l'impression de se perdre dans le samsara, ensuite il semble aussi acquérir un pouvoir créateur supplémentaire.

Écrit par : Ry | 10/12/2013

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