25/12/2013

La voie du petit potier

Il existe visiblement deux voies bien distinctes. Soit on espère recevoir quelque chose de Dieu par l’intermédiaire d’un Maître ou directement sous forme de félicité et de grâce qu'on ne mérite pas, soit on forge lentement mais sûrement ses réceptacles comme un petit potier, conformément à la méthode de la kabbale, afin d'accueillir progressivement les cinq lumières et les cinq niveaux de l'âme en transformant le désir de recevoir en volonté de donner. Avec la première méthode, on reçoit d’abord, on est plongé dans l'extase mais l'addition est tout de suite très salée : il faut immédiatement construire un écran pour renvoyer la lumière (cf Etude sur Talmud des 10 Sephiroths), sinon le récipient risque d’exploser énergétiquement, et l'élu va perdre la raison. Donc pratiquement le cadeau divin va toujours avec une loi dissimulée plus ou moins dans l'emballage, un système de restrictions d’autant plus fort que le don initial a été important. Plus on est « choisi » et «élu » et plus le prix à payer va être important. Il n’y a qu’à consulter les vies de saints chrétiens pour s’en convaincre. On peut dire que la Loi et la restriction doivent être absolues et non relatives, la « sharia » accompagne la "Miséricorde", le martyr la gloire, la souffrance en enfer la résurrection au ciel. Selon ce cheminement le plus en vogue dans les religions, l’engagement doit être total. Il est absolu et irréversible. Une fois qu’on a pris une direction on ne peut plus en changer sous peine de tout perdre. C’est ce qui se produit avec les fameux « samayas » dans le bouddhisme tantrique qui ne permettent pas la plaisanterie.
 

A l’inverse, dans la voie du petit potier, la loi et la restrictions sont toujours relatives et jamais absolues. Le principe à la base c’est la liberté et la mesure. Le petit potier forge ses klis par résonance sympathique, en suscitant en lui les ambiances et les actions de ses objets de dévotion et de prédilection, qui peuvent changer au cours du temps. Alors pour pouvoir imaginer la vie d’un saint ou d’un Imam du chiisme il faut s’imposer quelques restrictions, afin d' avoir quelque idée de la vie qu’on examine, mais la discipline n’est pas une fin en soi. Elle sert à produire dans l’esprit un cliché viable (parce que tous les êtres en proximité avec leur Seigneur ont connu des restrictions) qui a nécessairement attiré dans son kli une Présence effective qui va le remplir sans un engagement particulier. C'est une loi spirituelle expliquée en détail chez les soufis et dans la kabbale, mais présente partout : le semblable attire le semblable selon les affinités et les sympathies. L’artisan fabrique la forme et Dieu fait tomber la manne et la substance à la mesure du récipient. Mais dans ce cas ce n’est pas un cadeau excédentaire, car Dieu ne peut faire autrement que remplir cette forme exactement selon son "volume spirituel". Un bol aux contours dessinés attire nécessairement un contenu pour le remplir, car l’univers est une plénitude et na nature n'aime pas le vide. L’effort est premier et le remplissage ultérieur et conséquent. Il n’y a donc eu aucun don qui dépasse la capacité de recevoir, contrairement à la première voie où le don est toujours donné en profusion, en excès, ce qui va littéralement obliger le receveur et l’étourdir dans un système de contraintes d’autant plus redoutable que le cadeau aura été important. A l'image de la voie chrétienne, où la plénitude est toujours une effusion débordante et un jaillissement de trop plein.


Alors après chacun fait selon sa tendance, mais il faut savoir que même si on fait tous les efforts du monde (qu’on s’impose un tas de restrictions) mais qu’un Maître ou un Dieu ne nous a pas inscrit dans sa liste, on perd tout simplement son temps et son énergie, voire sa vie. Dans l’autre cas, on commence très modestement, telle la « petite voie » de Thérèse. Et on aspire à rien d’autre que devenir un "débutant", comme le lopön qui a fini en corps-d'arc-en-ciel au nez et à la barbe de tous. Mais petit à petit le potier fait son nid, et ni vu ni connu, il peut fabriquer un grand nombre de klis en puisant un peu partout, en faisant ses courses ici et là, sans jamais rien réclamer à personne, ni amour ni attention particulière, sinon la faculté de discerner là où se trouve le Bien sans le vouloir pour lui. Et en vertu des lois naturelles et sa capacité à former des récipients plus vastes et mieux proportionnés, il reçoit en conséquence, sans excès ni démesure. Y-a-t-il meilleure sagesse pour une personne vierge de toute liste, invisible et sans but mondain, qui puisse concilier aspiration maximale et demande nulle, fabriquer un écran panoramique en pratiquant les restrictions minimales ?

02:20 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.