26/12/2013

Le bon usage de l'Avatar

Reprenons ce que nous disent les Avatars d’eux-mêmes et examinons leurs propos. Ce qui les distinguent des bouddhas très lointains pour nous (parce qu'il est très difficile de les concevoir et qu'ils n'ont pas de karma commun avec nous) c’est qu’ils prétendent se situer sur un « plan d’immanence », au plus près de la matière. C’est pour cette raison facilement qu’ils se font adorer par des grandes foules (alors que le culte des bouddhas est quand même plus restreint et moins facile d'accès), parce qu’ils sont très proches des gens (leurs qualités sont visibles et sensibles), aptes à inspirer des millions de vies de migrants en drainant vers eux une quantité de shakti quasiment illimitée qu'ils vont redistribuer un peu dans tous les sens mais avec une grande prodigalité. Ils peuvent être la source d'une grande inspiration et d'une grande aide.


Dans toutes les autres manifestations du sacré, la divinité est tout à la fois absente et présente, et généralement plutôt absente que présente. La spiritualité consiste à voir et sentir en cette absence une présence et en cette présence une absence, selon tout une gamme de rapports subtils de dissimulations et de dévoilements, pour aboutir à un équilibre dynamique qui embrase toute notre vie. Le peuple hébreu est errant tout autour de la terre sans point fixe d’attachement (ce qui signale la "rupture" avec son Dieu tutélaire). Les chrétiens vivent dans le paradoxe permanent d’une Toute-puissance qui s’est incarnée dans une forme partageant des attributs relatifs et qui est un peu difficile à appréhender pour la raison. Les musulmans sunnites tournent tout leur être vers la transcendance d’un Dieu qui dépasse toute qualification et tout attribut humain et les chiites vivent dans l’occultation mystérieuse du 12è imam. Si on est bouddhiste, tant qu’on a pas conçu clairement un bouddha dans son esprit (ce qui n’est pas une mince affaire), il ne faut pas espérer en rencontrer un dans son jardin ou sa salle à manger...


Mais les Avatars nous racontent qu’ils sont là bel et bien autour de nous, dans un plan d’immanence, et que seul notre absence de foi et de dévotion les empêchent de nous déverser leur grâce. Ils possèderaient les attributs d’omniprésence - omnipotence - omniscience dans ce monde même, tels des rayons d’esprit pur qui arrivent à descendre jusqu’à cet univers tordu, et le désordre de notre terre dont on pourrait s'offusquer ne tiendrait qu'à notre propre égarement, puisqu'ils limitent volontairement leur action pour préserver notre liberté.


« DIEU, VOTRE GUIDE -1 août 1956
Dieu est « Mahâshakti » et le « Jiva » (l'individu) est « Mâya Shâkti ». Il est ce qui est réel, tandis que le « Jiva » est l'ombre, l'apparence, l'illusion. Même Moi, Je dois endosser cette « Maya Shâkti » pour venir parmi vous, comme le policier doit se déguiser en voleur, pour pouvoir se mêler au gang et l'arrêter. Le Seigneur ne peut ni descendre, ni se montrer dans Sa « Mahâshakti » intacte. Il doit venir, limité dans Sa splendeur pour devenir l'objet de la « Bhakti » (dévotion) et de l'amour des hommes. Dans ce monde impermanent et en constante transformation, le pouvoir immanent du Seigneur est la seule et unique entité durable et constante ».

«LA VIE DIVINE - 1 avril 1957 (date approximative)
Une assemblée telle que celle des « travailleurs de la mission de la vie Divine » doit embrasser l'humanité entière. Tous en font partie, sans exception et tous se déplacent péniblement sur le chemin de la Réalisation de la Divinité Immanente. La mission de l'être humain est de se fondre dans l'Absolu. L'existence, ou « Sat », a été engendrée par la source de tout « Sat » : Brahman. Ainsi la conscience ou « Chit » est née de la conscience suprême de Brahman, et « Ananda » (la béatitude), aussi. Vous êtes tous « Sat-Chit-Ananda Swarupa » : les incarnations du Principe Suprême, mais vous n'en n'avez pas conscience. Vous imaginez que vous êtes un individu sujet à telle ou telle limitation. C'est ce mythe que vous devez abolir pour amorcer une vie Divine. C'est la Divinité qui inspire, anime et dirige la vie de tous les êtres, quelle que soit leur structure physique. Toutes les entités, de la plus petite à la plus grande vont un jour se jeter dans l'estuaire pour se fondre dans l'océan de la béatitude.

La vie Divine est le souffle même de tous les êtres. Elle est « Sathya » (la vérité) « Prema » (l'amour) et « Ahimsa » (la non-violence). Comment peut-on être faux envers quelqu'un alors qu'en réalité il n'y a pas « d’autre »? C'est la peur qui engendre le mensonge. Quand on réalise qu'il n'existe qu'une seule et unique entité, il ne peut y avoir de place pour de tels sentiments. L'entité que vous aimez le plus au monde, c'est vous-mêmes! Quand vous reconnaissez que tout ce qui existe et tous les êtres ne sont qu'une autre forme de vous-mêmes, vous pouvez aimer à la perfection. Qui pourrait faire du tort à qui... quand tous ne sont qu'un?

Comment mener une vie Divine ? Tout effort en vue de réaliser l'unité qui est à la base de la multiplicité apparente est un pas vers la vie Divine. Vous devez baratter le lait si vous voulez séparer et identifier le beurre qui y est immanent. Ainsi, vous devez suivre un certain processus de pensée et d'action pour aller au coeur de la foi. Cette foi vous fera comprendre que ce monde est en fait un mélange étrange de « Sathyam » (vérité) et d’« Asathyam » (non vérité), et qu'il est « Mithya » (irréel). La vie Divine n'admet pas d'impureté de caractère ni d'erreur de jugement. Les personnes qui vivent ainsi doivent mettre leurs qualités supérieures en relief afin d'être des exemples pour les autres. Quand on a arraché les racines de l'anxiété, de la peur et de l'ignorance, la véritable personnalité de l'homme peut se révéler. La foi élimine l'anxiété et nous assure que tout ce qui arrive est pour le mieux et que la volonté du Seigneur doit se faire. » (Saï-Baba)


Donc suivant ce mantra, en adorant son propre "Je suis" sous la forme de sa divinité d'élection on finit par se fondre dans son propre Soi immortel et non né et on atteint la félicité. Soit. Amma ne dit pas autre chose et elle ne cesse d’affirmer qu’elle est omniprésente et omnisciente dans sa Terre pure. Mais dans les faits, on constate que la lumière et la grâce déversées chez les disciples est sans arrêt gaspillée par les dévots, de telle sorte qu’on assiste à un jeu sans fin à somme nulle, dans laquelle il semble n’y avoir aucun progrès quand on retourne d'année en année aux divers tours, même si le robinet est constamment ouvert. Le « sanathana dharma » a beau jeu d’être réaffirmé sans arrêt il est aussitôt oublié et les masses de dévots deviennent un peu comme des drogués, voire des sortes de zombis qui ont un besoin absolu de leur darshan, ne voient plus rien autour d’eux et se sentent pleins d'une auto-suffisance. Alors comment concilier l' affirmation grandiloquente des avatars à leur sujet et ce qu’on observe concrètement autour de soi, si on leur donne le bénéfice du doute et qu'on prend le parti de leur bonne foi ? Le modèle proposé par la kabbale fournit la réponse.


« Il n'existe rien hormis le désir du Créateur consistant à faire plaisir, et le désir de la création consistant à recevoir, à éprouver des délices. Tout est subordonné à ce processus. Quoi que nous puissions dire de la création, de toutes les phases de son développement : minéral, végétal, animal et humain, tout est désir de recevoir une certaine portion de lumière, désir de se délecter. Le Créateur a créé la création pour que, quand elle reçoit la lumière, elle se délecte non pas égoïstement, mais avec une perfection absolue : qu'elle éprouve des délices infinis et illimités. Si la lumière pénètre le récipient et l'emplit totalement, ce récipient ne peut plus rien recevoir, car la lumière éteint le désir, et la délectation disparaît avec l'extinction du désir.

Il n'est possible de recevoir sans limites que dans le cas où l'homme reçoit dans une intention non orientée vers soi-même, autrement dit quand il se délecte pour faire plaisir à celui qui donne. Par expérience, nous savons tous que même lorsque nous avons très faim et que nous commençons à manger, au bout d'un certain laps de temps, nous apaisons notre faim au point de ne plus désirer manger, même si les mets proposés sont les plus délicieux.

Le plaisir n'est pratiquement éprouvé qu'à la limite entre le plaisir lui-même et le désir d'éprouver du plaisir. Dès que le plaisir pénètre dans le désir et commence à le satisfaire, le désir d'éprouver du plaisir s'éteint progressivement. Si le plaisir est plus grand que le désir, il provoque même de la répulsion.

Comment transformer le plaisir en quelque chose de parfait et d'illimité ? Un schéma particulier a été mis au point par le Créateur. Selon ce schéma, si l'homme éprouve du plaisir non pas de recevoir pour soi-même, mais de faire plaisir à autrui, ce plaisir est infini parce qu'il dépend de la quantité et de la personne à qui il peut faire plaisir, plus la quantité donnée est grande, plus cet homme éprouve de plaisir. Cet état engendre une existence éternelle, la perfection, et correspond aux attributs divins. C'est précisément à cet état que le Créateur souhaite amener l'ensemble de la création. Si la créature souhaite exclusivement recevoir, elle se trouve naturellement dans un cercle fermé et a bien la sensation qu'elle est à l'intérieur de ce cercle. Si elle ressentait le plaisir que le Créateur éprouve quand elle se délecte, elle se délecterait infiniment, à l'image de la mère qui donne sans réserve à son enfant.

Le schéma optimal correspond à la perfection. La lumière ne porte pas de simples délices en elle, il s'agit des délices procurés par la connaissance illimitée, l'existence infinie, la connaissance de soi, l'analyse de soi, par la sensation d'éternité, de perfection et de délectation qui imprègne tout. Ce schéma idéal correspond au Créateur qui donne sans réserve la lumière à la créature. Cette créature consent à recevoir la lumière à la condition qu'elle fasse ainsi plaisir au Créateur.

Ce schéma est qualifié de réciproque, porte le nom de lumière réfléchie, à la différence de la lumière directe qui émane du Créateur. Pour réaliser ce schéma, il faut, avant tout, qu'il y ait un désir qui attire la lumière directe vers la créature. Ensuite, la créature place un écran sur le trajet de cette lumière, un écran qui fait obstacle à la pénétration de la délectation éprouvée à des fins personnelles et qui dirait en quelque sorte qu'il peut recevoir les délices en lui, mais seulement dans une portion équivalant à ce qu'il peut donner sans réserve, autrement dit dans une intention orientée vers le Créateur. En d'autres termes, l'échange suivant a lieu: le Créateur procure du plaisir à la créature, celle-ci consent à éprouver, à recevoir ce plaisir à la condition exclusive que, ce faisant, elle fasse plaisir au Créateur ». (Cahiers d’étude de la Kabbale, Cahier n°4 – Structure des mondes spirituels)

 
Il semble que les Avatars ont le pouvoir de donner sans compter car ils sont réellement omniprésents, mais cela signifie-t-il pour autant qu’ils partagent l’attribut de l’Intelligence éveillée ? En d'autres termes, peut-on être un quasi Dieu mais limité intellectuellement ? Il semble que oui (d'ailleurs si on lit les anciennes chroniques c'est un peu ce qu'on voit), malgré tout le respect qu’on doit à des êtres plus évolués que nous. Si on lit le livre récemment publié par Gayatri, Amma n’est pas parvenu à faire sortir de la frustration même ses disciples les plus proches et elle a du se résoudre à coucher avec son homme de main, sans grand résultat pour lui au final. Gayatri n'a pas su tirer grand chose de son expérience, à part du ressentiment. Pourtant, pouvoir côtoyer pendant un temps une Reine amazonique ou un agent du Prince de ce monde me semble plus intéressant que mener une vie misérable où il ne se passe rien du tout et végéter, ce qui est promis à la plupart d'entre nous. En vérité, à chaque fois que la lumière est donnée par Amma, que ce soit par le haut ou vers le bas, elle est absorbée dans un trou noir de l’espace, un maelstrom des océans et est gaspillée. Ce n’est pas la bonne volonté d'Amma qui est en cause, mais la bêtise des dévots qui se sont agglutinés autour d’elle pour le pire et le fait qu’elle n’a pas donné de méthode pour que les disciples fabriquent eux-mêmes leur récipient, la seule chose qui peut contenir l’amour divin et la lumière pour la faire fructifier.
 

Le résultat, c’est que les âmes se brisent autour d’Amma autant que les mouches tournent autour du pot de miel, répétant comme dans un écho lointain l’antique brisure des vases qui a atomisé l’Adam a Rishom, par présomption de sa valeur et de sa capacité à accueillir toute la Lumière divine dans la matière elle-même (cf texte référencé chapitre 5). Kali n'a même rien à voir avec cette affaire. Or, par définition la matière (Malkhut) est le dernier sephiroth qui peut être restauré à la toute fin du processus car c’est le plus corrompu. C’est le dernier à pouvoir recevoir la Lumière qui descend selon cinq grandes vagues, correspondant à cinq types d’extases de plus en plus puissantes et prolongées (correspondant au processus de constitution et d’apparition cosmologique des cinq partzufim et aux cinq stades de fonte des gouttes individuels dans tumo). Au fur et à mesure que les lumières sont intégrées en un être, il y a un « appel » quasi irrésistible des désirs résiduels dont la mémoire (reshimot) a été activée de recevoir la lumière. Mais comme il est humainement impossible de résister à un tel appel, alors l’écran doit éjecter toute la lumière, car la pression interne et externe est insupportable et c'est le Maître ou son Dieu qui le fait pour soi. Mais pour un être quasi divin qui certes n'a sans doute pas de "mémoire" comme nous mais peut être légèrement identifié à son rôle il y a un danger de tomber dans cette tentation qui a pour racine le désir de "bien faire" pour une humanité de fourmis.


Il semble qu’Amma a pensé pouvoir changer le monde par son œuvre humanitaire, et ce faisant elle a un peu délaissé sa mission spirituelle tout en brisant - quasiment par mégarde - les âmes autour d’elle, faute de réceptacle constitué.


Quels sont les enseignements à en tirer pour son prochain passage sur terre quand celui-là sera achevé ?

Et bien pour ceux qui voudront être ses dévots, il faudra sans doute qu’elle fasse comme dans toutes religions qui se respectent, qu’elle donne une règle et une loi ainsi qu’un enseignement structuré et pas juste des darshans et du travail, afin que les dévots puissent se fabriquer des klis. Sinon l’affaire risque de recommencer à l’identique. Cela signifie aussi qu’à une moindre mesure, si on est pas un petit potier qui ne compte pas sur les autres pour recevoir quelque chose, il vaut mieux volontairement créer un écran entre soi et une source de chaleur afin de ne pas être brûlé vif et consumé par le feu. C’est cela l’enfer, la fournaise qui se ravive sans arrêt, il n’est pas dû aux péchés de la créature qui la font brûler et qui la rendent fou par l’effet d’un châtiment et d’une punition quelconque, mais le résultat du désir d’un contact trop rapproché entre deux natures dissemblables et hétérogènes : une matière purifiée et une autre qui ne l'est pas (encore). Or le feu céleste ne purifie pas la matière, il la consume et il la brûle comme le feu naturel. Ce qui la purifie, c’est la formation d’un écran qui permet au flux de grâce de se réguler (raison pour laquelle les moines sont astreints à plein de travaux pénibles dans les monastères orthodoxes) qu'on appelle en alchimie "feu contre nature" ou "philosophique" (Encyclopédie des connaissances humaines Tome XVIII, Le Feu, p755), que ce soit par le suivi absolu d’une règle unique ou l'auto-développement par un processus continu de transformations et de métamorphoses incessantes.

23:09 Écrit par Jean Matheos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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